Des évadés de Guyane. Le groupe Davaux.
page mis en ligne le 31 juillet 2026
Des évadés de Guyane. Le groupe Davaux.
Les commissions mixtes et les conseils de guerre chargés de la répression de la résistance au coup d’État du 2 décembre 1851 ont « transporté » plus de 300 républicains à Cayenne. Ils vont être rejoints par des insurgés de Juin 1848, jugés trop turbulents durant leur déportation en Algérie, et divers militants du parti républicain capturés après 1851, tels les Mariannistes du Maine-et-Loire en 1855.
Plusieurs départements ont leurs figures qui ont laissé leur vie dans des conditions de déportation ayant assimilé Cayenne à la « guillotine sèche » : Ailhaud de Volx (Basses-Alpes), Edme Millelot (Nièvre), Mourre le Pacifique (Var), Casimir Péret (Hérault),…
Le dernier cité est mort lors de sa tentative d’évasion en octobre 1855. Une tentative relatée en 1889 par Jules-Gustave Prat (« Un bourgeois rebelle »)[1], récit dont s’est largement inspiré Antoine-Emile Moulin (le père de Jean) pour Un républicain martyr, en 1937[2].

Le monument à Casimir Péret à Béziers
D’autres relations d’évasions l’ont précédée.
Dès 1853, Charles Ribeyrolles[3] publie celle de 12 transportés, racontée par un des leurs, Sébastien Riboulet, évadés dès le 12 septembre 1852. Elle est également évoquée par François Barthès dans son ouvrage posthume publié en 1887[4].
Barthès, scieur de long du Tarn, s’évade lui-même début septembre 1854 avec 3 co-détenus. Il en fait le récit dans ce même ouvrage[5]. Nous mettons en liens des détails sur ces deux récits.
Nous voulons nous arrêter sur une autre de ces évasions, celle d’un groupe de 20 transportés politiques, le 14 septembre 1856.
Elle a été relatée par quatre de ses participants :
En octobre 1857, à Salem (Massachusetts), Léon Chautard fait le récit de sa propre évasion de juillet dans le Salem Register, en y incorporant le témoignage d’Hippolyte Paon sur celle de septembre 1856.
La même année, Pierre Seroude publie à New-York, Histoire d’un évadé de Cayenne, écrite par lui même[6].
En 1859, c’est à Bruxelles que les notes de François Attibert sont éditées sous le titre de : Quatre ans à Cayenne, notes de Fr. Attibert, déporté, rédigées par le rédacteur en chef du Bien-Etre Social [Louis Watteau].
Et en 1889, l’Annuaire historique du département de l’Yonne publie une lettre datée de Paramaribo (Guyane hollandaise) le 26 septembre 1856, signée Alphonse Davaux, relatant son évasion de la Guyane. Nicole Voltz-Decor a présenté à nouveau cette lettre dans le Bulletin de la Société Archéologique et Historique des Hauts Cantons de l’Hérault (47, 2024, pp. 55-61), dans un article dédié à Alexandre Carrière, personnage auquel elle avait déjà consacré un article dans la même revue en 2003[7].
Ce petit article n’entend pas faire un point sur les conditions de vie des transportés, ni même retracer leurs tentatives d’évasions.
Il veut simplement identifier les personnalités des participants de la dernière, réussie, que nous venons d’évoquer, celle du 14 septembre 1856.
A la fin de la lettre signée Davaux, figure la liste de ses compagnons d’évasion.

Louis Antoine Hippolyte PAON est né le 3 juin 1816 à Paris où il est serrurier en voiture. Combattant de Février, sans travail, il entre aux Ateliers nationaux. Il est arrêté en juillet 1848, condamné à la déportation en Algérie. Il avait écopé de 10 jours de prison pour rébellion, « redoutable, capable de toutes les violences », et de 64 jours de prison pour « insultes et menaces envers la surveillance et coup et blessures contre les co-détenus ». Au Fort-Lamalgue (à Toulon), il avait pris 15 jours de prison pour « insultes et menaces envers la surveillance, capable de tout, très insolent, particulièrement envers ceux qui sont appelés à l’administrer ; hommes passionné à la révolte ; meneur dangereux ; une surveillance exceptionnelle pour cet homme serait un point de sûreté. » Le 13 juin 1851, le Conseil de guerre de Bône le condamne à 5 ans de fer pour « insultes envers un officier » (voir registre des matricules de la Guyane française). En février 1852, il est le signataire, avec 13 autres détenus de 1848 au fort de Bas-Azoun, d’une lettre de solidarité adressée aux transportés de 1852, transcrite par Victor Conrad dans son Journal d’un déporté[8]. En application du décret du 31 mai 1852[9], il est transféré sur l’Allier à Cayenne où il arrive le 6 juillet 1853. (voir sa notice du Maitron et la base de Jean-Claude Farcy, Inculpés de l’insurrection de Juin 1848). En septembre 1857, il arrive à Salem (Massachusetts) en compagnie de Charles Bivors et d’un autre déporté de 1848 en Algérie, comme lui transféré en Guyane, Léon Chautard, qui s’est évadé le 14 juillet 1857[10]. Ce dernier publie dans le Salem Register, en feuilleton, « Escape from Cayenne » où se trouve les 12, 15, 19 et 22 octobre 1857, le récit de l’évasion de Paon.

Édition de l’ouvrage de Léon Chautard, par Michaël Roy, University of Georgia, 2023
Charles BIVORS est né vers 1821 à Valenciennes (Nord). Journalier à Paris, il est arrêté en juin 1848. Transporté en Algérie, il est condamné à 5 ans de prison le 9 mai 1851 pour coups et blessures par le 2e Conseil de guerre de Bône. « Meneur très exalté. Un mois de cellule pour coups à ses co-détenus. » Au Fort-Lamalgue, à Toulon, il avait écopé de « 15 jours de cellule pour insolences continuelles envers ses supérieurs ; 30 jours de cachot pour s’être battu avec ses co-détenus ; 4 jours de cachot par le commandant du fort pour réponse grossière. Cet homme laisse beaucoup à désirer sur sa conduite ; il n’y a qu’avec la rigidité qu’on peut le dompter. » Selon de décret du 31 mai 1852, il est transféré sur l’Allier à Cayenne où il arrive le 6 juillet 1853 (voir registre Guyane). Avec Davaux, il est signataire (avec d’autres transportés) d’une lettre à Louis Blanc sur leurs conditions de vie en Guyane[11]. (voir la base Farcy 1848). En septembre 1857, il arrive à Salem (Massachusetts) en compagnie de Paon et d’un autre déporté de 1848 en Algérie, comme lui transféré en Guyane, Léon Chautard, qui s’est évadé le 14 juillet 1857[12].
Étienne PAUL est né le 24 décembre 1819 à Paris[13]. Cordonnier à Belleville (Seine). Arrêté six fois pour vagabondage, condamné trois fois. Condamné à la transportation en août 1848, il est déporté en Algérie. Évadé de Lambessa en octobre 1852, il est repris à Sétif. Sur proposition du gouverneur général de l’Algérie, il est transféré sur l’Allier à Cayenne où il arrive le 6 juillet 1853. Le 4 mars 1854, il écrit au ministre de la Guerre, demandant en vertu de quel acte il a été transféré. (voir registre Guyane) (voir la base Farcy 1848).
Pierre SEROUDE est né le 30 janvier 1805 à Sainte-Alyre-ès-Montagnes (Puy-de-Dôme). Peintre décorateur à Clamecy (Nièvre). « Je n’ai fait que mon devoir en prenant les armes », déclara-t-il au Conseil de guerre[14] qui le condamna le 13 février 1852 à la déportation en enceinte fortifiée « comme coupable d’attentat dont le but était de changer le gouvernement ou d’exciter à la guerre civile. ». La peine fut commuée en quinze ans de travaux forcés le 14 février 1853, puis en 15 ans de transportation à la Guyane, le 12 mars suivant. Transporté sur l’Allier, il y arrive le 6 juillet 1853. (voir registre Guyane) Après son évasion, il s’installe à New-York où le rejoignent sa femme et son fils. En 1857, il y publie, en version bilingue, Histoire d’un évadé de Cayenne, écrite par lui-même, 33 p. Il nous apprend que le projet d’évasion fut l’initiative de deux des trente-cinq Mariannistes d’Angers, arrivés en février 1856 en Guyane[15]. Les deux radeaux qui sont alors construits, l’un pour porter les 20 personnes de cette liste, l’autre pour 14, le furent de la même initiative. Selon lui, le radeau de 14 dut aller à terre et ils furent repris. Pierre Seroude rentre en France en 1871. Il était hébergé par le dépôt de mendicité de Nevers en 1881. (voir sa notice du Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux États-Unis) Il obtint une pension par la loi de réparation nationale du 30 juillet 1881. Décédé le 21 août 1892 à Clamecy.
Michel DESSALE est né le 20 mai 1814 à Domérat (Allier). Dentiste à Montluçon (Allier). Il a été condamné à la transportation à Cayenne par la commission mixte car : « Repris de justice en rupture de ban. Homme très dangereux. » (voir la base de Jean-Claude Farcy, Poursuivis à la suite du coup d’État du 2 décembre 1851) Transporté sur l’Erigone, il arrive en Guyane le 27 juin 1852. Il a signé la même lettre que Bivors (cf. supra). Par décision du ministre de l’Intérieur, il est affranchi de sa transportation et est autorisé à rentrer en France le 25 octobre 1856, soit un mois et demi après son évasion ! (voir registre Guyane) Selon Pierre Seroude, il était encore au Surinam en février 1857[16]. Il obtint une pension par la loi de réparation nationale du 30 juillet 1881.
BIJOIE est Louis Jean BIJOUX, né le 5 février 1822 à Neuvy-sur-Loire (Nièvre) où il est marinier. La commission mixte l’a renvoyé devant le Conseil de guerre car : « A pris part à l’insurrection en battant la générale. Se trouvant aux avants postes, demandait la mort du gendarme Champenois lors de l’envahissement de la caserne de gendarmerie. Complicité de tentative de meurtre par excitations verbales. » (voir base Farcy 1851) Le 26 mars 1852, le Conseil de guerre de Clamecy l’a condamné à la déportation simple comme « coupable d’attentat ayant pour but de changer le gouvernement ou d’exciter à la guerre civile. Avec circonstances atténuantes. » Sa peine est commuée le 14 février 1853 en 15 ans de travaux forcés, puis, le 12 mars 1853, en 15 ans de transportation à la Guyane. Il y arrive sur l’Allier le 6 juillet 1853. Il a signé la même lettre que Bivors et Dessale (cf. supra). (voir registre Guyane) C’est certainement lui l’ancien batelier de la Loire dont parle Attibert[17] et qui gouverne le radeau.
Gustave DIME est né le 8 février 1832 à Neuvy-sur-Loire (Nièvre) où il est couvreur. La commission mixte de la Nièvre l’a renvoyé devant le Conseil de guerre car : « Chef de bande. A été aux avants postes un des plus ardents à l’envahissement de la caserne. A couché en joue le gendarme Champenois avec l’intention de lui donner la mort, empêché par Polignon qui a relevé 3 fois son fusil. » (voir base Farcy 1851) Le Conseil de guerre de Clamecy l’a condamné le 26 mars 1852 à la déportation simple pour « attentat ayant pour but de changer le gouvernement ou d’exciter à la guerre civile. » Sa peine est commuée le 12 mars 1853 en 15 ans de transportation à la Guyane où il arrive sur la Fortune le 1er septembre 1853. Il a signé la même lettre que Bivors, Dessale et Bijoux (cf. supra). (voir registre Guyane) Après son évasion, il s’installe à New-York et rejoint l’Internationale et sa fraction libertaire. Il rentre en France en 1878. Il habite Paris en 1883[18]. Il obtint une pension par la loi de réparation nationale du 30 juillet 1881. Le 21 septembre 1884, il lit un poème lors de l’inauguration du monument de Clamecy. (voir sa notice du DBMSFE Maitron)
François ATTIBERT est né le 13 décembre 1824 à Trélazé (Maine-et-Loire) où il est ouvrier ardoisier. Le 16 octobre 1855, il est condamné aux Assises à « la déportation dans une enceinte fortifié hors du territoire continental de l’Empire » car « coupable d’attentat ayant pour objet de porter la dévastation et le pillage dans la commune d’Angers. » En fait, pour avoir organisé l’insurrection de Trélazé en août 1855. Il arrive en Guyane sur la Fortune le 7 février 1856. (voir registre Guyane) Il gagne Londres, puis la Belgique. En 1859, est publié à Bruxelles Quatre ans à Cayenne, notes de Fr. Attibert, déporté, rédigées par le rédacteur en chef du Bien-Etre Social [Louis Watteau]. Il y livre (page 101) une autre version que celle de Pierre Seroude sur la destinée du second radeau (celui qui comprenait 14 évadés) : ses occupants étaient retournés à l’Ile du Diable pour construire un nouveau radeau et tenter une nouvelle évasion. En mer, ils demandèrent de l’aide à un vapeur qu’ils prirent pour hollandais. Mais c’était le bateau-poste qui faisait la liaison Cayenne-Démérary. Ils furent mis aux fers et étaient dans le port de Démérary sur ce bateau-poste. Avertis, les occupants du premier radeau tentèrent de les faire évader en achetant un canot. Mais le vendeur les dénonça. Les hommes du second radeau furent ramenés à l’ile du Diable où 5 tentèrent une troisième évasion par un canot de service avec un soldat. Ils furent repris (page 109). Les 5 mêmes firent une quatrième tentative avec 5 soldats. On pense qu’ils se sont noyés. Nous n’avons pu identifier qu’un seul des 14 occupants de la première tentative[19].
Expulsé de Belgique, François Attibert est condamné à 3 ans de prison et libéré par l’amnistie de 1859. Décédé le 7 août 1866 à Trélazé[20]. (voir sa notice du Maitron). En 1881, sa veuve, Marie Manceau, obtint une pension au titre de la loi de réparation nationale du 30 juillet 1881.
Frédéric GUERIN est né le 9 janvier 1820 à Angers (Maine-et-Loire) où il est ouvrier filassier. Le 6 octobre 1855, il est condamné aux Assises à « la déportation simple » car « coupable d’attentat ayant pour objet de porter la dévastation et le pillage dans la commune d’Angers, avec admission de circonstances atténuantes. » En fait pour avoir participé à l’insurrection de Trélazé en août 1855. Il avait été auparavant condamné le 6 mai 1848 à 1 jour de prison pour coups volontaires et, en 1852, la commission mixte l’avait renvoyé devant le tribunal correctionnel car : « Guérin se serait rendu le 3 décembre 1851 dans le cours de la journée aux carrières d’ardoises des environs d’Angers, qui occupent 1 800 à 2 000 ouvriers, à l’effet de recruter des émeutiers pour le soir. Il leur assignait rendez-vous à la Mairie. Deux seulement consentirent à la suivre. » Le 14 février 1852, il était donc condamné à 3 mois de prison pour « provocation à la rébellion. » Il arrive en Guyane sur la Fortune le 7 février 1856. (voir registre Guyane) (voir sa notice du Maitron) Il obtint une pension au titre de la loi de réparation nationale du 30 juillet 1881.
Pierre MEUNIER, dit Pitois, est né le 31 octobre 1827 à Chevroches (Nièvre). Manœuvre. Condamné le 18 février 1852 par le Conseil de guerre de Clamecy à la déportation dans une enceinte fortifiée pour « attentat dont le but était de changer le gouvernement ou d’exciter à la guerre civile ». Le 14 février 1853, sa peine est commuée en 15 ans de travaux forcés, à nouveau commuée le 15 mars 1853 en 15 ans de transportation à la Guyane française. Il arrive en Guyane le 6 juillet 1853 sur l’Allier. (voir registre Guyane) Il a signé la même lettre que Dime, Bivors, Dessale et Bijoux (cf. supra).
JOFFROY est Auguste GEOFFROY, dit Flambard. Résistant de Dornecy (Nièvre). Condamné le 21 février 1852 par le Conseil de guerre de Clamecy à la déportation dans une enceinte fortifiée. Nous n’avons trouvé aucune autre information à son sujet.
François MONTFALCON est né le 6 juillet 1824 à La Guillotière (Rhône). Tisseur à Lyon. Condamné le 4 juillet 1853 par la Cour impériale de Lyon à 2 ans de prison pour « affiliation à une société secrète. » « Cet individu a les antécédents politiques les plus déplorables. En 1848, il était vice-président d’un club et grand parrain du bureau des Voraces ; en 1849, il fut l’un des plus opiniâtres champions de l’insurrection. Homme extrêmement dangereux ; opinions politiques très exaltées. » Il arrive en Guyane le 7 février 1856 sur la Fortune. (voir registre Guyane) Le Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux États-Unis de Michel Cordillot a une notice sur un Montfalcon, sans prénom, ni mention de date ou de lieu de naissance ou de domicile. Il semble ne pas correspondre à celui-ci puisque il est signataire d’un appel à l’Internationale en 1855, un an avant l’évasion de celui qui nous occupe.
STERAY est Jacques HERAY, né le 22 février 1807 à Vertou (Loire-Inférieure). Serrurier à Lyon. Condamné le 27 juin 1853 à 3 ans d’emprisonnement pour « avoir fait partie d’une société secrète et pour rébellion. » Un arrêté du préfet du Rhône du 24 octobre 1853 prescrit une transportation pour 5 ans à Cayenne. Il arrive en Guyane le 14 juillet 1856 à bord de l’Africaine. (voir registre Guyane) Décédé le 11 août 1878 à Westminster (Royaume-Uni). En 1881, ses fils bénéficient d’une pension de réversion au titre de la loi de réparation nationale.
Pierre Marie Prosper BORDAGE est né le 25 avril 1811 à Cheviré-le-Rouge (Maine-et-Loire). Cordonnier à Tours (Indre-et-Loire). Condamné par les Assises de Tours le 15 mars 1854[21] à 4 ans de prison pour « association à une société secrète. » En fait pour être l’organisateur et le chef de la Marianne, distribution d’écrits séditieux, complicité dans la fabrication et la détention d’armes. (voir sa notice du Maitron) Un arrêté du 24 novembre 1855 le condamne à être détenu pendant 10 ans dans une colonie pénitentiaire par mesure de sûreté générale. Il arrive en Guyane le 14 juillet 1856 à bord de l’Africaine. (voir registre Guyane) En 1881, il bénéficie d’une pension au titre de la loi de réparation nationale.
Jean-Baptiste CHAUVIN est né le 11 mars 1824 à Trélazet (Maine-et-Loire). Ouvrier de carrière à Angers (Maine-et-Loire). Condamné à la déportation simple le 16 octobre 1855 par les Assises comme « coupable de complicité d’attentat ayant pour objet de porter la dévastation, le massacre et le pillage dans la commune d’Angers et de port d’armes dans un mouvement insurrectionnel, avec circonstances atténuantes. » Il avait été condamné le 13 mars 1854 à 13 mois[22] de prison pour affiliation à une société secrète. Arrivé à la Guyane le 7 février 1856 sur la Fortune. (voir registre Guyane) En 1881, sa demande de pension au titre de la loi de réparation nationale est rejetée.
Louis Marie BOUDIN est né le 19 novembre 1832 à Clamecy (Nièvre) où il est apprenti cordonnier. Condamné le 15 février 1852 par le Conseil de guerre à la déportation dans une enceinte fortifiée pour « attentat dont le but était de changer le gouvernement et d’exciter à la guerre civile. » Sa peine est commuée le 14 février 1853 en 15 ans de travaux forcés. Le 12 mars de la même année, elle est commuée en 15 ans de transportation à la Guyane française. Il arrive en Guyane le 6 juillet 1853 sur l’Allier. (voir registre Guyane) Il a signé la même lettre à Louis Blanc que Meunier, Bivors, Dessale, Bijoux et Dime (cf. supra)
SALLILES est Jean Antoine SALLELES, dit le Sergent. Né le 2 mai 1818 à Béziers (Hérault) où il est tonnelier. La commission mixte l’a renvoyé devant le Conseil de guerre car : « Complot. Insurrection. Bandes armées. Commandement supérieur. Tentative d’assassinat sur des soldats et fonctionnaires. Société secrète. Membre de la Commission. » Condamné par le Conseil de guerre à la déportation simple, peine commuée le 12 mars 1853 en 15 ans de transportation à la Guyane française. (voir base Farcy 1851). Après son évasion, il se réfugie en Espagne[23]. Décédé le 22 février 1877 à Béziers. Sa veuve obtint une pension de 800 frs par la loi de réparation nationale de 1881.
Alexandre CARRIERE est né le 2 novembre 1829 à Bédarieux (Hérault) où il est ouvrier tanneur. La commission mixte le renvoie devant le Conseil de guerre car : « Moralité médiocre. Exalté. Insurrection (part active). Bandes armées. Assassinat des gendarmes. Incendie de la caserne. Société secrète. » (voir base Farcy 1851) Le 1er juillet 1852, le Conseil de guerre le condamne à la déportation simple à Nouka-Hiva[24] pour « faits insurrectionnels. » Le 17 février 1853, sa peine est commuée en 15 ans de travaux forcés, puis, le 12 mars de la même année, en 15 ans de transportation à la Guyane française. Il arrive en Guyane le 6 juillet 1853 à bord de l’Allier. (voir registre Guyane) Après son évasion, il gagne Londres, puis Barcelone et rentre en France après l’amnistie de 1859. Il s’installe à Lodève (Hérault) où il est corroyeur et devient conseiller municipal[25]. Décédé le 14 avril 1873 à Lodève. Sa veuve obtint une pension par la loi de réparation nationale de 1881. Nicole Voltz-Decor lui a consacré un article[26].
Louis CAYET[27] est né le 20 mars 1815 à Bourbon-Vendée[28] (Vendée). Tisserand à Moulins (Allier). Condamné par la commission mixte à la transportation à Cayenne car : « Forçat libéré, en rupture de ban. Prend part à l’insurrection. » Arrivé en Guyane le 20 mai 1852 à bord de la Forte. L’administrateur de la Guyane le propose pour une grâce entière le 10 juin 1856, proposition transmise au ministère le 6 septembre. Affranchi de la transportation et autorisé à rentrer en France par décret du ministre de l’Intérieur du 25 octobre 1856, soit un mois et demi après son évasion ! (voir registre Guyane) Il a signé la même lettre à Louis Blanc que Meunier, Bivors, Dessale, Bijoux, Boudin et Dime (cf. supra).
Alphonse DAVAUX, l’auteur du récit dont est extraite cette liste, est né le 2 janvier 1817 à Auxerre (Yonne). Il est charpentier en bateaux à Clamecy (Nièvre). La commission mixte l’avait condamné à la déportation en Algérie pour 10 ans car : « Pendant l’insurrection à laquelle il prenait une part très active, il était en armes à la barricade du Marché. Il s’est fait remarquer par son extrême exaltation. » (voir base Farcy 1851) Mais, il est finalement traduit devant le Conseil de guerre qui, le 15 février 1852, le condamne à la déportation simple pour « attentat dont le but était de changer le gouvernement et d’exciter à la guerre civile. » Sa peine est commuée le 14 février 1853 en 15 ans de travaux forcés, puis, le 12 mars de la même année, en 15 ans de transportation à la Guyane française. Il arrive en Guyane le 6 juillet 1853 à bord de l’Allier. (voir registre Guyane) Il a signé la même lettre à Louis Blanc que Meunier, Bivors, Dessale, Bijoux, Boudin, Cayet et Dime (cf. supra). En 1881, il bénéficie d’une pension au titre de la loi de réparation nationale.
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Aucun des récits qui nous sont parvenus (Paon, Davaux, Attibert et Seroude), ne nous relate comment le groupe de 20 de cette évasion s’est constitué.
Nous remarquerons simplement qu’il comprend 11 résistants de Décembre 1851 :
· 2 de Neuvy[29] (Bijoux et Dime), 5 de Clamecy (Seroude, Meunier, Geoffroy, Boudin et Davaux), 2 de l’Hérault (Salleles et Carrière) et 2 de l’Allier (Dessale et Cayet),
· mais aussi 3 condamnés de Juin 1848 (Paon, Bivors et Paul), 4 Mariannistes (Bordage, Attibert, Guérin et Chauvin) et 2 républicains lyonnais (Montfalcon et Heray).
· parmi eux, 9 sont arrivés ensemble en Guyane le 6 juillet 1853 sur l’Allier.
Huit de ces évadés figurent parmi les 40 signataires de la lettre adressée à Louis Blanc publiée à Londres en février 1855, mais visiblement écrite avant avril 1854, puisque Ailhaud de Volx l’a signée. Nous n’avons pu en identifier que 17.
Parmi ceux-ci, nous ne pouvons que constater des origines géographiques diverses[30]. On remarquera tout de même que certains se sont évadés également : Alexandre Alphonse Guérard et Marcel Casimir Bockensky le 15 août 1856, ce dernier trouvant la mort durant cette évasion[31], et Michel Chaudron[32] qui manquera ses deux tentatives, le 27 novembre 1856, puis le 13 août 1859.
Frédéric Negrel
[1] Jules-Gustave Prat, Les exploits du 2 décembre, récits d’histoire du XIXe siècle. Deuxième série. Un bourgeois rebelle. Le dernier combattant. Un suspect sous le Second Empire, Paris, Dentu, 1889, pp. 3-95
[2] Antoine-Emile Moulin, Un républicain martyr, Casimir Péret (le coup d’état à Béziers, la déportation, la mort), Montpellier, Causse Graille, Castelnau, 1937, 137 p.
[3] Charles Ribeyrolles, Les bagnes d’Afrique, histoire de la transportation de décembre, Londres, Jeffs, 1853, p. 222-225.
[4] François Barthès, Les victimes du coup d’État du 2 décembre. Histoire de la déportation de Cayenne, 1887, pp. 8-9.
[5] François Barthès, op. cit., pp. 14-16
[6] Pierre Seroude, Histoire d’un évadé de Cayenne, écrite par lui même, New-York, 1857.
[7] « Alexandre Carrière, un Bédaricien au bagne de Cayenne », Archéologie et Histoire des Hauts-Cantons, Bulletin de la Société Archéologique et Historique des Hauts Cantons de l’Hérault, 26, 2003, pp. 101-108.
[8] Des treize détenus de quarante-huit au fort [de] Bab-Azoun et d’un quatorzième détenu à l’hôpital du Dey à Alger, à leurs frères les transportés de 1852.
Fort Bab-azoun, 28 février 1852
Chers compatriotes, amis et frères,
Dans les catacombes de Bab-Azoun où l’on nous a plongé dans le fol espoir d’étouffer notre voix importune à nos tourmenteurs, une âme sympathique nous a prévenus de votre arrivée en ces lieux ; elle nous a raconté votre histoire et vos malheurs.
Un homme dont le nom est fatal à la France était le premier magistrat de la République ; il était fils adoptif de la révolution qui le trouva proscrit, errant à l’aventure, et qui lui donna une patrie.
Déjà, antérieurement, il avait deux fois revendiqué la France comme son héritage, et, deux fois vaincu, il n’avait dû qu’à la générosité de son vainqueur la conservation de son existence.
Le croyant guéri, par le malheur, de sa monomanie de régner, la République lui avait confié le fauteuil de la présidence ; mais traître pour la troisième fois, il a déchiré, dans ses fureurs ambitieuses, le sein d’une mère trop généreuse, il a osé porter une main impie sur l’arche sainte de nos institutions.
N’écoutant que votre courage, et sans vous inquiéter du nombre, vous avez résisté à l’usurpateur, vous vous êtes fait les champions du droit contre la force.
Frères, soyez bénis, vous avez bien mérité de l’Humanité, elle vous tiendra compte du sang répandu, de vos douleurs et de vos misères.
Soyez les bienvenus, sur notre terre d’Afrique qui serait un paradis, si nos oppresseurs avaient su en faire autre chose qu’un enfer. Pareils aux harpies de la fable, ils empestent tout ce qu’ils touchent.
Courage, espoir, persévérance, union !
Courage pour supporter les maux présents. Espoir dans l’avenir dont chaque instant nous rapproche.
Persévérance dans la voie pleine de périls, mais glorieuse, que vous suivez. Union, surtout, elle seule peut vous donner la force de vaincre vos ennemis qui sont ceux de l’humanité tout entière.
Quatre ans de captivité nous ont donné de l’expérience ; si vous croyez qu’elle puisse vous servir, ne craignez point, frères, d’y faire appel, il sera toujours entendu.
M. Demangeau, votre administrateur en chef, nous a sous sa férule depuis quatre mois : sa conduite a toujours été convenable avec nous, nous désirons sincèrement qu’il en soit de même à votre égard.
La personne qui se charge de la présente se chargera aussi de votre réponse. Dès que nous l’aurons reçue, nous vous écrirons plus longuement.
Il n’y a parmi nous ni premiers, ni derniers, ni chefs, ni soldats ; chacun consacre toutes ses facultés à la défense commune, au bien être de tous, et remplit ses devoirs à ces seules conditions.
A vous tous, frères, le baiser de paix et de fraternité.
Les transportés de Juin 1848, condamnés par les conseils de guerre.
(Victor Conrad, Journal d’un déporté en Algérie après le coup d’État du 2 décembre 1851, Les Mées, Association 1851, 2024, pp. 52-54.)
[9] Trente condamnés de 1848 sont transférés de l’Algérie en Guyane, selon le décret du 31 mai 1852 qui prévoit ce transfert lorsque les condamnés se sont livrés à des actes de rébellion. (Louis-José Barbançon, « Les transportés de 1848 », Criminocorpus, 148, 2008, en ligne)
[10] Voir la fiche de la base bagne et la notice du Maitron de Léon Chautard.
[11] Lettre publiée par le Morning Chronicle de Londres le 14 février 1855 (par l’entremise de Louis Blanc) et par l’Homme. Journal de la démocratie universelle en date du 23 août 1856. Transcrite par Jules-Gustave Prat, Les exploits du Deux Décembre. Récits d’histoire du XIXe siècle. Deuxième série, Paris, Dentu, 1889, pp. 231-234
[12] Voir la fiche de la base bagne et la notice du Maitron de Léon Chautard.
[13] La base Farcy indique une naissance à Bar-le-Duc (Meuse) vers 1818, mais l’état civil de mentionne aucun Étienne Paul sur la période.
[14] Eugène Ténot, La province en 1851. Étude historique, 1865, p. 51.
[15] Dix-huit moururent rapidement.
[16] Pierre Seroude, Histoire d’un évadé de Cayenne, écrite par lui-même, New York, 1857, appendix
[17] Quatre ans à Cayenne, notes de Fr. Attibert, déporté, rédigées par le rédacteur en chef du Bien-Etre Social [Louis Watteau], Bruxelles, 1859, p. 89.
[18] L’Espérance (Perpignan), 11 avril 1883.
[19] Adolphe FRISON, né le 30 mai 1831 à Oraison (Basses-Alpes) où il est cultivateur. Condamné à la transportation par la commission mixte car : « Affilié. S’est rendu en armes à Digne et aux Mées. Était présent au pillage des caisses du 25e de ligne. Mauvais sujet, l’effroi des honnêtes gens. Condamné à 5 jours de prison [le 28 juin 1850 pour outrage envers un maire et] tapage politique. » (voir base Farcy 1851) Arrivé en Guyane sur l’Erigone le 27 juin 1852. Évadé des iles du Salut le 13 septembre 1856 et réintégré le 24. Nouvelle évasion des iles du Salut le 27 juillet 1857 et réintégré le 1er août. Il avait été pourtant affranchi de la transportation le 23 août 1856 ! et une nouvelle grâce avait été signée le 31 mars 1857 ! Il repart pour la France le 16 septembre. (voir base bagne) Décédé le 29 mars 1876 à Porto Maurizio (aujourd’hui Imperia, Italie). Sa veuve a déposé sa demande de pension trop tardivement.
[20] Sur son activité après son retour en France, on pourra lire : Boris Batais, « L’amnistie de 1859 et le retour des mariannistes en Anjou : entre pardon judiciaire et surveillance policière », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, 117-2, 2010, pp. 69-83
[21] Et non 1844 comme transcrit sur le registre de Guyane.
[22] La notice du Maitron dit 3 mois.
[23] Antoine-Emile Moulin, Un Républicain martyr. Casimir Péret, Montpellier, 1937
[24] Jean-Claude Richard, « Bédarieux, le coup d’État du 2 décembre 1851 et les partis de l’ordre ; une médaille locale de 1851-52 », Bulletin de la Société archéologique et historique des Hauts cantons de l’Hérault, 17, 1994, p. 147.
[25] Nicole Voltz-Decor, « Alexandre Carrière (1829-1873), son évasion du bagne de Cayenne, son retour en France », Bulletin de la Société Archéologique et Historique des Hauts Cantons de l’Hérault, 47, 2024, pp. 55-61
[26] Nicole Voltz-Decor, « Alexandre Carrière, un Bédaricien au bagne de Cayenne », Archéologie et Histoire des Hauts-Cantons, Bulletin de la Société Archéologique et Historique des Hauts Cantons de l’Hérault, 26, 2003, pp. 101-108
[27] Orthographié Caillé sur son acte de naissance.
[28] Aujourd’hui La Roche-sur-Yon.
[29] Un troisième Neuvycois, Jean Billebault, avait été condamné à Cayenne par le Conseil de guerre. Il est mort à l’hôpital maritime de Toulon le 27 novembre 1852.
[30] Cinq Nivernais de Clamecy et Neuvy, 2 Parisiens, 2 Bourbonnais, 2 Bas-Alpins et 1 Héraultais, Viennois, Rouannais, Girondin, Lotois, Meurthois.
[31] Bockensky est né vers 1818 à Viclicka (Pologne autrichienne). Cette évasion était celle d’un groupe de 7 personnes. Outre Bockensky, un Italien, Pianori, y laissa la vie. Il avait été transporté par arrêté ministériel du 14 septembre 1855, pour le simple fait d’être le frère de Giovanni, celui qui avait tiré sur l’empereur le 28 avril 1855. Il fut pour cela enregistré au bagne sous le nom d’Angelo Zenone. (J.-G. Prat, op. cit., p. 234) (voir base bagne). Sur Bockensky, voir son jugement devant le Conseil de guerre.
[32] Déporté en Algérie suivant la décision de la commission mixte de la Meurthe, le ministre de la Guerre décide de le transférer en Guyane le 8 novembre 1852. (voir base bagne)
