Un rapport de Gustave Dime sur la Guyane

page mise en ligne le 18 octobre 2026

Un rapport de Gustave Dime sur la Guyane

 

Gustave DIME est né le 8 février 1832 à Neuvy-sur-Loire (Nièvre) où il est couvreur. La commission mixte de la Nièvre l’a renvoyé devant le Conseil de guerre car : « Chef de bande. A été aux avants postes un des plus ardents à l’envahissement de la caserne. A couché en joue le gendarme Champenois avec l’intention de lui donner la mort, empêché par Polignon qui a relevé 3 fois son fusil[1]. »

Bien que jugé à Clamecy, Gustave Dime a participé à la résistance au coup d’État du 2 décembre 1851 dans son village de Neuvy.

 

C’est qu’à Neuvy, on a pris les armes. Le bourg de 1670 habitants est agité depuis le 3 et les républicains se soulèvent le 7 après que le maire Laborde, un réactionnaire, a demandé aux pompiers de dissoudre une réunion au café Thème, ce qu’ils refusent. On sonne le tocsin et les républicains s’emparent alors de la mairie où le maire, l’adjoint, le percepteur et le médecin sont arrêtés. La caserne de gendarmerie est occupée et on y prend les armes, sabres, fusils et pistolets, et les munitions. Le château de M. de Coessin est envahi. Une barricade est construite sur la route de Cosne et des renforts sont demandés aux villages voisins d’Arquian (Nièvre) et de Bonny (Loiret). Ils ne viendront pas, la commune de Bonny se soulevant le lendemain[2].

Ponsard, le secrétaire général de la préfecture, relate son intervention dans une dépêche au préfet datée du 9 :

A un kilomètre du bourg de Neuvy, nous avons été accueillis par une fusillade de tirailleurs insurgés, à laquelle ont répondu les nôtres. Trois individus qui avaient fait feu sur nous ont été pris les armes à la main et fusillés de suite. Six insurgés armés, venant au secours de leurs camarades, ont été arrêtés et j’allai leur faire subir le même sort ; mais les braves militaires chargés de l’exécution ont eux-mêmes demandé merci pour leurs ennemis, et j’ai cédé à leurs instances. A la hauteur de la première maison était élevée une barricade ; une section d’infanterie, après avoir essuyé quelques coups de fusil et y avoir répondu par un feu nourri, s’est emparée de la position ; mais déjà les misérables qui la défendaient avaient pris la fuite. Je les fais poursuivre. Entré à Neuvy, j’ai ordonné que tous les habitants (hommes) vinssent se présenter, déclarant que ceux qui ne répondraient pas à l’appel seraient déclarés insurgés et traités comme tels. J’ai ordonné la remise de toutes les armes dans le délai d’une heure. La plus grande partie des habitants est rentrée, rapportant beaucoup de fusils ; j’en ai fait arrêté environ 500, et parmi eux les chefs ; et j’ai déclaré que le premier oserait faire des menaces serait fusillé à la minute. On procède à leur interrogatoire. Un de ces misérables a eu l’infamie de tirer à bout portant sur le brave curé de Neuvy qui venait exhorter la foule à rentrer dans le devoir ; la balle lui a traversé la poitrine, mais les médecins espèrent le sauver. Cet horrible attentat a eu le châtiment qu’il méritait en présence de toute la population. L’ordre est rétabli sur tous les points de l’arrondissement de Cosne.

 

Les trois fusillés « de suite » sont Laurent Etienne Chollet, 20 ans, journalier, né à Neuvy, Antoine Duguet, 31 ans, boulanger, né à Décize, et Louis Boniface Pâris, 43 ans, vigneron, né à Neuvy. Quant à la quatrième victime, coupable d’avoir tiré sur le curé (qui a survécu à ses blessures)[3], il s’agit de Guillaume Thème, 35 ans, boulanger et aubergiste, né à Sancerre, fusillé le 9[4].

Ce sont les noms de ces quatre résistants neuvycois qui sont gravés sur les monuments de Cosne et de Neuvy[5].

 

Soixante-dix-sept résistants de Neuvy sont poursuivis par la commission mixte, dont 26 seront déportés en Algérie où deux mourront[6]. Trois sont renvoyés devant le Conseil de guerre de Clamecy.

Gustave Dime est de ceux-là[7]. Il est condamné le 26 mars 1852 à la déportation simple pour « attentat ayant pour but de changer le gouvernement ou d’exciter à la guerre civile. » Sa peine est commuée le 12 mars 1853 en 15 ans de transportation à la Guyane où il arrive sur la Fortune le 1er septembre 1853[8].

 

Le 14 septembre 1856, il s’évade avec un groupe de 20 transportés politiques.

Cette évasion a été relatée par plusieurs de ses participants. On trouvera les références de ces récits et les fiches biographiques des évadés dans Des évadés de Guyane. Le groupe Davaux, sur ce même site.

Après son évasion, il s’installe à New-York et rejoint l’Internationale et sa fraction libertaire. Gustave Dime rentre en France en 1878. Il obtint une pension par la loi de réparation nationale du 30 juillet 1881. Il habite Paris en 1883. Le 21 septembre 1884, il lit un poème lors de l’inauguration du monument de Clamecy. (voir sa notice du Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux Etats-Unis – Maitron)

 

En 1861, dans une lettre confiée à Joseph Déjacque[9], il décrit les conditions de détention en Guyane.

Cette lettre a été transcrite et publiée en 1951 par Arthur Lehning dans le Bulletin of the International Institute of Social History, vol. 6, 1, 1951, pp. 16-32.

Nous la transcrivons ici à notre tour, en y insérant quelques notes.

 

Frédéric Negrel

 

Arthur Lehning, « Une lettre de Joseph Dejacque », Bulletin of the International Institute of Social History, vol. 6, 1, 1951, pp. 16-32 (pp. 26-32 pour le texte de Dime)

 

Joseph Déjacque inclut le texte de Gustave Dime dans une lettre qu’il adresse à Pierre Vésinier[10], datée de New-York, le 20 février 1861.

L’orthographe de la transcription d’Arthur Lehning est respectée.

 

******

 

[p. 22 de l’article, p. 4 de la lettre de Déjacque]

Pour ce qui est des évasions de Cayenne je me suis adressé à un des évadés, un jeune homme de bonne volonté, nommé Dime, qui a entre les mains de nombreux documents qu’il avait arrangés pour être livrés à la publicité. Il en a extrait pour vous un résumé en choisissant ce qu’il a pensé devoir vous être inconnu, attendu que son travail est fort long et ne peut guère être transcrit dans une lettre. Si vous étiez sur les lieux, il se serait fait un plaisir de le mettre en entier à votre disposition. Je crains bien que vous ne trouverez pas dans cet extrait tout ce que vous espériez. Il s’était blessé à la main et j’ai du écrire sous sa dictée les notes qu’il avait commencé à copier et que vous trouverez ci-jointes.

 

 

[page 26 de l’article]

 

Un rapport de Gustave Dime sur la Guyane

 

New York 12 février 1861. Citoyen; le citoyen Déjacque, en ma qualité d’évadé de Cayenne, m’a communiqué votre lettre dans laquelle vous le demandez des renseignements sur la Déportation de la Guyane ; pour vous être utile à la continuation de la publication des Mystères du Peuple[11], je réponds à votre désir : Pour avoir protesté à main avouée contre le Coup d’État du 2 décembre, j’ai été condammé à la déportation par le conseil de guerre de Clamecy (Nièvre) et depuis mon arrestation, jusqu’à mon évasion j’ai écrit un mémoir jour par jour de tout ce qu’il s’est passé durant mes six années de captivité avec le tableau générale de la déportation, les protestations, les ordres du jour, les décisions, les règlements, tout y est textuellement réproduit ; je vous envois pour aujourd’hui les principales nottes et pièces justificatives qui pourront vous renseigner ; si vous en désirez davantage, je suis tout à votre disposition, mon adresse est à Mr. Dime Gustave, 288 Mulberry-New York E.

 

llet de la Mère (Guyane française)

 

Avant l’arrivée de la gabare l’Allier qui déposa, le 7 juillet 1853, sur l’îlet de la Mère, 66 condamnés par les conseils de guerre à la déportation, 4 par les commissions mixtes, et 24 transportés de juin 1848, venant d’Afrique à la Guyane il n’y avait que 175 détenus politiques, condamnés par les commissions mixtes par suite du coup-d’état. A cette époque sur l’administration de Mr. Sarda-Garèga[12], la déportation politique n’avait jamais été soumis à aucun travail; d’abord Mr. Sarda-Garèga, ancien publiciste, et fier d’un transporté d’Afrique n’était pas de la taille d’un bourreau. Il était aussi en guerre ouverte avec les jésuites et l’administration de Cayenne qu’ils traitaient de faussaires et de concussionnaires. Le Père Husse (un Mr.) capitaine des jésuites, ne tarda pas à partir pour Paris où il eut une entrevue avec Louis Napoléon III, il l’amena à la Guyane Mr. le comte Amiral Fouréchan[13] qui prit le gouvernement et Sarda-Garèga fut disgracié ; les détenus politiques ne mourraient pas assez vites, il fallait avisé à un moyen ; ce moyen c’était tr(av)ail et la prosécution ; l’administration ne tarda pas d’en arriver au but ; remarquez que dans l’espace de 18 mois, la déportation n’avait alors perdu qu’un homme. Voici le grand coup. Le 10 août 1853, un de nos camarades, Longuépée[14], avait fait parvenir une tasse de café à un de ses amis en convalaissance à l’hôpital ; l’infermier en ayant fait son rapport, Longuépée fut appelé à se rendre au cachot ; celui-ci se sauva dans la forêt ; le lendemain l’administration fit un appel nominal de toute la détention ; c’est là que les gendarmes commencèrent à se suer les déportés, comme des bêtes féroces, poussant l’un, brutalisant l’autre ; ménaçant l’un d’un coup de sabre, l’autre d’un coup de pistolet et crièrent à la garde si on battit aussitôt la générale, et les soldats de l’ile, commandés par M. Barbé chargèrent à la bayonnette sur les déportés politiques tant sans armes, sans défenses et ne faisant aucune résistance ; plusieurs furent blessés et frappés indignement, notamment, le cit. Boudin Louis[15], âgé de 26 ans qui reçut un coup de bayonnette à la cuisse gauche. De suite tous les déportés furent retenus prisonniers dans leurs caves et l’ile mise en Etat de Siège. Les petits jardins des detenus furent dévastés par les soldats. 20 déportés furent conduit à la Geôle de Cayenne pour y subir l’instruction de conseil de guerre. C’est là que M. Mitaine[16], procureur général de la ville prononça ces paroles adressés à nos amis. A Cayenne, dit-il, il n’y a pour voies, ni loi, ni droit, ni justice ; vous n’avez que la pitié à implorer. Vous vous êtes révolts contre les administrateurs de la Guyane ; vous êtes des incorrigibles, vous serez châtiés ! Alors, M. E.G. de la Richerie[17] se proposa pour nous bouilonner ; ils sont débarqués à la Guyane comme des lions en chantant la Marseillaise, dit-il, je veux les rendre comme des moutons, ils ont aussi…  [mot illisible] l’esclavage des noirs aux colonies, ces fameux républicains, il faut que ce soit ceux qui les remplacent. (Mr. E. G. de la Richerie avait été ruiné par l’émancipation des nègres et son père pendu par ses esclaves). Le 20 août un conseil de guerre, présidé par Mr. Sainquantin, commandant de Génie siégea à l’Ilet de la Mère : sur les 20 déportés qui avaient été enlevés, 8 furent mis hors de cause, 7 acquités et 5 condamnés, Tassellier[18], Hollet[19], Angéliôme[20], à 5 années de fer, Longuépée et Milsans[21] à 2 ans de prison ; les ayant accusés de chefs de complots, l’accusateur public avait réclamé contre eux la peine capitale. Il est vrai, dans cette affaire il y avait complot, mais à coup sûr ce n’était pas du coté des détenus, l’administration elle seule avait tramé, de consert avec les jésuites, un infame guet-à-pens.

 

 

ILE SAINT JOSEPH

 

Historical map showing Île Royale and Île du Diable in French Guiana with labeled harbors and structures.

 

Toute la déportation fut enlevée de l’Ilet de la Mère et transposée le 24 août sur l’Ile Saint Joseph (une des trois iles du Salut). Aussitôt le débarquement opéré, Mr. de la Richerie, commandant particulier des iles du Salut, arriva de l’ile Royale avec une embarcation chargée de fers, de poucettes, de brasselets, de bouillons, de cannes de justice et d’instruments de torture de toutes sortes ; après avoir fait chargé et apprêté les armes il fit ranger la troupe en ordre de bataille ; il fit aussi embusquer ses gendarmes dans la forêt de bananiers pour faire feu sur nous au premier ordre. Les déportés étaient rangés sur trois rangs en face [de] la troupe et Mr. E. G. de la Richerie commença ainsi : « Vous êtes des incorrigibles, nous saurons vous brider : vous n’êtes plus en France auprès de vos familles pour vous plaindre ! ici vos cris ne seront entendus de personnes il y a autour de vous une ceinture de 1800 lieues d’eau ; si vous bougez, nous avons des fusils pour vous tuer, et nous pouvons vous tuer, nous en avons le droit. Vous serez soumis aux travaux forcés et gratuits comme les galériens qui habitent les autres iles et comme eux vous aurez la même discipline. Rappelez vous que la consigne est sévère, l’enfreindre c’est la mort. »

De suite on coupa les cheveux et la barbe de chaque détenu, et on divisa la détention en sections et en pelotons ayant pour chef un Garde-Chiourme armé d’un sabre au coté et de pistolet à la poche.

Aux Citoyens Garret-Louis[22], Angéliôme, Hollet, Chotard[23], Tassellier, Barrillon[24], Cagnac[25], Capuran[26], Chevalier[27], Dunaud[28], Levacher[29], Matruchot[30], Milsan, Paön, Tricat[31], on riva un anneau de fer à la jambe gauche après lequel on adapta une chaîne de 4 mètres de long qui maintenait à l’extrémité un boulet de canon du poids de 15 Kilogrammes ce qui joint à la chaîne et l’anneau formait une pesenteur d’environ 25 Kilogrammes ; ils furent contraints de travailler, comme les autres déportés, avec cette énorme masse de fer, 8 heures par jour sous les feus dévorants de l’équateur. Les uns ont traînés la chaîne et le boulet pendant l’espace d’une année à 18 mois, plusieurs sont mort. On les avaient gratifié de cette torture sous prétexte qu’ils avaient été condamnés en Afrique à 5 ans de fer, pour ce qu’ils appellent insubordination. On affiche en suite dans nos cases la pièce suivante.

 

Iles du Salut. Transportés. Le gouverneur m’a ordonné de vous former en compagnie, de vous conduire au travail et de maintenir parmi vous une juste, sévère et bienveillante discipline. C’est par le travail, le travail seul que vous obtiendrez le contentement du cœur, la patience pour supporter les fatigues et les ennuis inhérents à votre position. C’est le travail de la journée qui fait que l’on s’endort content, sans être assiégé par les mauvaises pensées et les désirs insencés.

Vous ne me tourmenterez pas à toute heure du jour par une foule de petites réclamations. Vous vous adresserez à vos chefs de sections et de compagnie qui me feront parvenir vos demandes. Cependant soyez certain que vous pouvez toujours vous adresser directement à moi ; et je ferai toujours passer vos réclamations au gouverneur. Obéissez la discipline militaire, obéissez à tous vos chefs. Si vous croyez être l’objet de mesure injuste c’est à moi qu’il appartient de vous défendre ; mais avant de vous plaindre, reconsiliez vous en vous mêmes et faites appel à votre conscience. Je ne vous dis pas pensez à Dieu, s’est le ministère du Père. Tous les dimanches je vous conduirai à la prière. Pendant ce court instant de silence n’hésitez pas à prier, à demander à Dieu de vous retenir dans vos bonnes résolutions et de vous arrêter sur la pente de mauvaises pensées. Je vous dois la justice, c’est à-dire de distinguer les bons des faibles, des mauvais, des méchants. Je donnerai mon appui, mes conseils aux bons, aux faibles qui voudraient devenir meilleur ; mais je serai l’ennemie des mauvais. La loi m’a armé d’armes puissantes contre le crime, j’userai de ses armes. … Il ne faut pas qu’on puisse confondre ceux qui par leur repentir obtiendraient et de Dieu et des hommes le pardon, l’oubli même de leurs fautes, avec les pervers dont le cœur endurci ne médite que de nouveaux crimes contre la société.

Fait à l’ile Royale du Salut le 23 février 1853.

Le commandant particulier des iles du Salut (signé E. G. de la Richerie).

Le présent ordre restera affiché dans toutes les cases, il sera lu par le chef de la gendarmerie devant toutes les compagnies réunis en masse. Cet ordre restera également affiché dans toutes les cases de l’ile St. Joseph.

Il sera lu devant les transportés de l’ile du Diable et restera affiché dans un de leurs carbets. (signé E. G. de la Richerie) et pour copie conforme, le commandant de l’ile St. Joseph, signé Coster.

 

Ensuite on nous conduisit au travail, le sabre à la main et le pistolet au point. Plusieurs de nous voulaient faire résistence à cette force brutale et infame qui nous mettait aux galères sans y être condamnés, mais la majorité pensa qu’il était préférable de protester par le silence ; nous fûmes donc au bagne, oui, au bagne, traités comme les plus infames célérats.

 

TRAVAIL

Le travail était donc forcé et gratuit et de 8 heures par jour ; il consistait à couper des arbres, défricher, faire des routes, briser des rochers, rouler du sable d’un coté de l’ile à l’autre, faire des citernes, des cases, planter des légumes et des bananiers pour engraicer l’administration à nos dépends et faire des logements pour abriter nos bourreaux. Sous les feus dévorants de la zonne torride, ce genre de travail était écrasant pour des malheureux qui étaient déjà abattus par de longues tortures : qu’il pleuve à flots ou qu’il fasse chaud à suer sang et eau, il fallait rester quand même ; il était aussi défendu de se reposer sur les travaux sous peine d’être conduit au cachot. Plusieurs déportés furent mis aux fer pour avoir cessé un instant le travail afin de prendre halaine. Notamment le cit. Lafond[32], homme faible et débile fut condamné à deux mois de cachot (où on le laissa pendant deux jours sans nourriture) pour s’être réposé un instant sur les bras de sa brouette chargée de terre qu’il ne pouvait monter à une pente très rapide. Que faites-vous là, lui dit Mr. Coster, commandant de l’ile qui l’avait apperçu. « Je m’essuie la figure qui ruisselle de sueur et respire une minute pour reprendre mes forces et essayer de rouler mon fardeau » – Vous êtes un fénian, [fais-niant] allez-vous reposer aux fers, de suite emmené par les gendarmes qui lui mirent les poucettes. Personne était exempt du travail, pas mêmes les vieillards et les infirmes : il fallait être malade à mourir pour ne pas aller sur les chantiers. Pendant du repos, il fallait rester au camps et ne s’en éloigner qu’à 25 mètres sous peine de se voir brûler la cervelle comme disaient ces messieurs.

 

NOURRITURE

Notre nourriture se composait pour la plus part du temps de viandes salées, de morue, de haricots et de riz alliments et assez souvent décomposé par la corruption. Je cite un fait en passant. Le 8 juin 1854, Mr. Tribet, capitaine de Brie marchant l’Olympe accompagné de Mr. Latour officier de santé, visitaient l’ile St. Joseph, ils entrèrent une seconde dans la cuisine des déportés lorsque tout à coup le chien du capitaine tomba raide sur le sol en se débattant dans son agonie : le pauvre animal nous avait volé une ration de lard qu’on venait de nous distribuer, et cette viande infecté l’avait empoisonné ; on lui fit prendre aussitôt une dose d’Emetique, et peu à peu il revint à la vie. C’est de semblable nourriture que l’on entretenait en forces des détenus politiques. On nous donnait aussi deux fois par semaine, en remplacement de pain, du couac, dernière qualité du magnoc (racine que les indigènes broient pour faire la cassave) figurez vous de la sciure de bois délayée dans un peu d’eau, vous aurez toute la description du mêt ; ce n’est pas aussi bon à manger que le son de blé avec quoi on nourrit les bestiaux en France. Et toute cette nourriture quoique très mauvaises nous était distribuée encore d’une quantité insuffisante ; nous mourrions de faim. C’était une fête pour nous lorsque nous pouvions attraper un rat ou un serpent que nous faisions cuire en cachette entre les rochers. Car il nous était défendu, sous peine du cachot, de faire aucune autre cuisine que celle que nous donnait l’administration, nous ne pouvions même pas faire rôtir notre lard quand on nous le distribuait, pour en extraire la mauvaise odeur ! nous n’avions pas le droit de faire cuire des herbes sauvages, tel que le choux Karaïbe que nous eussions pu cueillir dans l’ile et de nous servir des feuilles des patates que nous cultivions pour nos géôliers, la pêche nous était interdit sous peine du cachot. Cependant qu’aurait fait à l’administration un poisson de mains pris à la mer ? A la distribution des vivres il y avait un gendarme. Il y était présent pour imposer silence à celui qui aurait l’audasse de reclamer contre le distributeur qui frelatait les vivres.

 

Habillements.

A notre arrivée à la Guyane à l’ile St. Joseph, on fouilla toutes nos malles et on compta comme effets du gouvernement tout ce qui nous appartenait individuellement. Cette opération se fit par un nommé Sékaldis, adjudant des gardes chiourme qui en fit la repartition entre tous et nous donna pour complement la dépouille des forçats qu’on habilla à neuf ; et encore nous laissât-on longtemps pieds nus.

 

– Le Dimanche après [on] nous avait fait défilé devant le commandant de l’ile pour le saluer, ceux qui s’étaient déclarés du culte catholique furent envoyés à la messe et ceux qui s’étaient déclarés du culte protestant furent obligés de rester dehors, au soleil ou à la pluie et immobiles dans les rangs.

– A l’hôpital on était excessivement mal soigné et plusieurs ont porté à la jambe une chaîne attachée à leur lit. M. Chabassus, major en chef, est un de ceux qui ont montré le plus de dureté : il renvoya plusieurs fois de l’hôpital des hommes qui moururent le lendemain : Fétau[33] et Gabriel Petit[34] sont morts l’un le lendemain, l’autre le surlendemain de leur renvoi de l’hôpital.

– 1er février 1854. Le contre amiral Fourichon fut remplacé dans ses fonctions de gouverneur par l’amiral Bonnard[35] qui ne fit qu’aggraver notre position. Par suite de réclamations qui lui furent par nous adressés, il répondit par la peine du poteau, indiqué dans le règlement qui suit :

Empire Français. – Le chef de Division, gouverneur de la Guyane française, ordonne

Art. 1er. La violation de toute consigne sera immédiatement reprimée par les armes.

Art. 2. Tout transporté qui se permettra une injure quelconque contre un officier, gendarme, surveillant ou militaire chargé de faire executer les ordres et les règles de discipline, sera puni de quatre à quinze jours de piquet, amarré à un arbre ou à un poteau. La nuit il sera mis aux fers et en prison.

Art. 3. Tout transporté, convaincu d’avoir tenu des propos tendant à affaiblir le respect du à l’autorité sera puni de deux mois de prison.

Art. 4. Tant que l’autorité supérieure de l’ile ne m’aura point rendu un compte favorable de la conduite des condamnés qui sont dans les prisons, et doivent être soumis aux règles de la prison, sont mises à néant toutes les réclamations qui n’ont pour but qu’un adoucissement du régime disciplinaire ; adoucissement qui n’est pas dû et qui ne peut être accordé qu’à titre de récompense d’une bonne conduite.

Art. 5. Toute voie de faits de la part d’un condamné contre un agent de la force publique doit être sur le champ repoussée par les armes.

Art. 6. Le Commandant particulier désignera un homme sur dix, parmi les plus indisciplinés et les rendra responsables de tout mouvement général de désordre ou de résistance aux ordres de l’autorité, lorsque les auteurs ne seront pas connus, et il usera contre eux de toutes les rigueurs de règlement.

Art. 7. Le Commandant particulier des iles du Salut est chargé d’assurer l’exécution du présent ordre.

Cayenne, 29 août 1854.

Signe Bonnard. P. copie cfe. Le comm.t particulier, lieutenant de vaisseau signé E. G. de la Richerie.

Sont désignés conformément à l’art. 6 pour son exécution, ci dessous désignés et chacun dans leurs plats : Salvant[36], Milletot fils[37], Duboc[38], Cavoit[39], Mourieau[40], Davaux[41], Beaufourd[42], Labrousse[43], Haffey[44], Tourrès[45], Bonniassolle[46], Tassillier, Garret.

Par ordre du Ct. particulier des iles du Salut, le Comm.t de l’ile St. Joseph, signé Coster.

 

Le lendemain un Conseil inquisitorial fut immédiatement constitué à l’ile St. Joseph ; il se composait de M. de la Richerie, président, Coster V. Présit, d’un garde chiourme ou d’un gendarme remplissant la fonction d’accusateur publique. Là il n’y avait que des accusateurs et non un seul défenseur pour prendre la parole en faveur de l’accusé qui lui-même était traduit, condamné, mutilé sans avoir pu dire un seul mot. J’ai été insulté, disait le garde chiourme, par l’accusé ici présent. Condamné à deux mois de cellule, 15 jours de fer, au pain et à l’eau et à quinze jours de poteau répondait le Conseil. Aussitôt l’accusé était enlevé par les gendarmes qui lui mettaient les poucettes et le conduisaient aux fers, dans les cellules du Château Rouge. S’il réclamait on lui infligeait 15 jours de poteau de plus. Il était ensuite garotté au poteau par les pieds, la ceinture, l’estomac, le cou, et les mains liées derrière le dos, embrassant le poteau. Vous me brisez les membres, vous m’étouffez, vous m’étranglez, je perds la respiration, je défaille, s’écriait le patient ; et à ces gémissements le bourreau reserrait les cordes en serant deux ou trois tours de plus. Puis tout-à-coup l’infortune palissait, ses yeux se fermaient, sa tête tombait sur ses épaules, et quand le bourreau s’apercevait qu’il allait rendre le dernier soupir, il s’empressait de le desserrer de suite afin de ne pas le tuer et de se reserver pour quelques instants plutard le farouche plaisir de jouir de nouveau du spectacle de ses souffrances. C’est au Chateau Rouge que se passaient ces horribles scènes, caserne située sur une des éminences de l’ile Royale. Dix poteaux y sont dressés dans un long corridor. De chaque coté étaient deux rangées de cellules où étaient renfermés tous ceux destinés au poteau.

Le supplice du poteau est encore aggravé de la vue des forçats subissants la peine de la bastonnade. Le 27 7bre, les 13 citoyens désignés responsables furent condamnés par le Conseil à deux mois de prison, 15 jours de fers, et 15 jours de poteau, pour ne pas avoir voulu dénoncer à l’administration [un] de leurs camarades qui avait parlé après le coup de canon, moment où il fallait observer le silence. Beaucoup d’autres furent condamnés à cette même peine pour des faits insignifiants et notamment un nommé Cétour[47], jeune homme de 18 ans qui fut garotté avec une telle violence au poteau où il faillit expirer, tomba presque mort et fut transporté à l’hôpital où il resta six mois dans son lit sans pouvoir bouger. Cette terrible position dura jusqu’au 14 janvier 1855 époque à laquelle on nous transfera à l’ile du Diable une des trois iles du Salut où ns. [nous] fûmes laissés en liberté sur l’ile.

Mais cette position dura peu, et le 5 mars 1856 le Contre-amiral Baudin[48] qui avait remplacé l’A. [miral] Bonnard dans les foncts. de Gr. De la Cayenne, s’exprima ainsi à son arrivée à l’ile du Diable :

M. Bonnard, dit-il vous a donné trop de liberté. J’ai des ordres de Sa Majesté pour vous mettre de nouveau aux travaux forcés et, si vous ne voulez pas vous y soumettre, vous faire créver de faim comme des chiens sur votre ile. Il faut aussi vs habituer à ne plus vs nommer déporté politique.

Aussitôt la déportation répliqua que ns préferions plutôt mourir que de subir encore le bagne auquel nous n’avions pas été condamnés.

Nous verrons. Ns avons la force en main dit M. de la Richerie.

De suite le système du poteau fut remis en vigueur.

 

A la suite de sa transcription de la lettre de Gustave Dime, Joseph Déjacque ajoute ce passage :

 

Ici se termine les renseignements que peut donner le citoyen Dime ; quant aux évasions, il ne sait rien de plus que ce qui a été publié sous le nom d’Attibert[49]. Bourkency[50] n’est plus à New York il aurait pu donner des renseignements précis sur l’évasion qui couta la vie à Pianori[51] et Bokuiski[52]. Dime l’a eu trois mois pour camarade de chambrée et il résulte de ses épanchements confidentes que Pianori et Bokuiski, après avoir avec les autres abandonné le radeau, se sentirent ou se crurent trop faibles pour faire route avec leurs compagnons, qu’ils se laissèrent tomber à terre et mourir de faim et que leur cadavre fut ensuite mangé par les crabes. – Sur le radeau ils étaient sept. En débarquant, deux, Capetas[53] et Chabanes[54], partirent en découverte. Ne les voyant pas revenir c’est alors que Bourkency, Babin[55] et Guérard[56] se mirent en marche laissant sur la vase les deux malheureux sans force pour les suivre.

Le premier et le second détachement partis à l’aventure furent faits prisonniers par les autorités du pays; et quand ils purent retourner pour les secourir vers leurs deux camarades, il était trop tard, ils ne purent même retrouver leurs cadavres. Ce n’est qu’au passage de l’évasion suivante qu’on apprit, par les indiens, qu’ils avaient été dévorés par les crabes.

 


[1] Jean-Claude Farcy et Rosine Fry, Poursuivis à la suite du coup d’État de décembre 1851, base en ligne.

[2] Un rassemblement de 400 personnes s’empare des armes à la mairie et prend d’assaut la gendarmerie où un gendarme est tué. Deux bataillons d’infanterie interviennent. Tout est terminé le 10.

[3] Jean Marie Vilain, né le 11 nivôse an V à Saint-Servan (Ille-et-Vilaine). Il est curé de Neuvy depuis 1825. Sur proposition du ministre de l’Instruction publique et des cultes, Hyppolite Fortoul, il est fait chevalier de la Légion d’Honneur le 15 janvier 1852. Décédé en 1862.

[4] Il se serait entre-temps réfugié à Bonny avant de se constituer prisonnier à Neuvy le matin du 9.

[5] Frédéric Negrel, « Les monuments de Cosne et de Neuvy à la mémoire des victimes du coup d’État du 2 décembre 1851 », Bulletin de la Société Scientifique et Artistique de Clamecy, 2024, pp. 67-93

[6] Charles Fichot et Charles Marinier.

[7] Outre Dime, Jean Bijoux est transporté en Guyane et s’évade avec lui. Quant à Jean Billebault, lui aussi condamné à Cayenne, il est mort à l’hôpital maritime de Toulon le 27 novembre 1852.

[8] base bagne des Archives nationales d’outre-mer.

[9] Joseph DEJACQUE (1821-1865). Voir la notice du Dictionnaire Biographique du Mouvement Ouvrier Français – Dictionnaire des Anarchistes – Maitron.

[10] Pierre VESINIER est né le 25 juillet 1824 à Mâcon (Saône-et-Loire). Clerc d’huissier à Cluny (Saône-et-Loire). Condamné par la commission mixte à la déportation en Algérie car : « A été nommé maire provisoire de Cluny. A distribué des armes. Signé l’ordre de briser le télégraphe. Un des chefs les plus influents et les plus dangereux. En fuite. » (Jean-Claude Farcy et Rosine Fry, Poursuivis à la suite du coup d’État de décembre 1851, base en ligne) Réfugié en Belgique, puis en Suisse. Internationaliste, il fut membre de la Commune de Paris, ce qui lui valut une condamnation à mort. Il se réfugia à Londres. (voir la très riche notice du Maitron) Il obtient une pension au titre de la loi de réparation nationale de 1881. Décédé le 10 juin 1902 à Paris.

[11] Allusion à l’œuvre d’Eugène Sue, dont Pierre Vésinier participa à la publication.

[12] Joseph Napoléon Sarda-Garriga (1808-1877). Gouverneur de la Réunion, il avait dirigé, non sans difficultés, l’application du décret d’abolition de l’esclavage en 1848.

[13] Martin Fourichon (1809-1884), alors contre-amiral, ministre de la Marine et des Colonies en 1870 dans le gouvernement de Défense nationale.

[14] Clément LONGUEPEE est né vers 1813 à Frétin (Nord). Boulanger à Paris, arrêté en Juin, il est condamné à la transportation le 7 août 1848. Transporté en Algérie, il est transféré à Cayenne le 25 avril 1853. (voir sa notice du Maitron)

[15] Louis Marie BOUDIN est né le 19 novembre 1832 à Clamecy (Nièvre) où il est apprenti cordonnier. Condamné le 15 février 1852 par le Conseil de guerre à la déportation dans une enceinte fortifiée pour « attentat dont le but était de changer le gouvernement et d’exciter à la guerre civile. » Sa peine est commuée le 14 février 1853 en 15 ans de travaux forcés. Le 12 mars de la même année, elle est commuée en 15 ans de transportation à la Guyane française. Il arrive en Guyane le 6 juillet 1853 sur l’Allier. Il s’évade le 14 septembre 1856 avec Gustave Dime. (voir base bagne)

[16] Louis Thomas Mittaine, conseiller président de la Cour d’appel.

[17] Louis Eugène Gaultier de la Richerie (1820-1886), commandant des iles du Salut.

[18] Théodore Louis TASSILIER est né vers 1818 à Paris, où il est typographe. Arrêté le 26 juin 1848, condamné à la transportation le 26 août et transporté en Algérie. (Jean-Claude Farcy, Rosine Fry, Inculpés de l’insurrection de Juin 1848, base en ligne) Le 29 juin 1852, il est condamné à 2 ans de prison par le Conseil de guerre de Constantine pour évasion. Envoyé à la Guyane par application du décret du 31 mai 1852 (Trente condamnés de 1848 sont transférés de l’Algérie en Guyane, selon ce décret qui prévoit ce transfert lorsque les condamnés se sont livrés à des actes de rébellion. (Louis-José Barbançon, « Les transportés de 1848 », Criminocorpus, 148, 2008, en ligne). Conduite au fort Lamalgue de Toulon : 15 jours de cachot pour insultes envers le chef de l’État ; 20 jours de cellule pour refus continuel d’obéissance ; homme sans raisonnement à craindre sous le rapport des mauvaises intentions qu’il a toujours eues à l’égard de ses surveillants. Très dangereux et une surveillance exceptionnelle à son égard préviendrait une évasion préméditée depuis fort long-temps. Embarqué pour la Guyane le 25 avril 1853 sur l’Allier. Condamné le 22 juillet 1853 à 5 ans de fers par le Conseil de guerre de la Guyane rendu sous l’état de siège par suite d’une insurrection à l’ilet la Mère. « Tassilier est un meneur dangereux, doué d’une facilité d’élocution remarquable, il s’en sert pour exercer une influence funeste sur ses co-détenus ; une force d’inertie froidement opposée, jointe à ses mauvaises intentions, en font un perturbateur très à craindre ; sa participation dans la rébellion du 22 juillet a été celle d’un provocateur ; son impolitesse envers Mr le Commandant particulier de l’ilet la Mère, sa désobéissance formelle, et ses menaces envers les agents de l’autorité de cet établissement, le rendent indigne de la clémence souveraine. » Évadé de Cayenne le 21 juillet 1857. (base bagne) Il se réfugie à New-York où il participe à la fondation du Revendicateur. (notice du Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux États-Unis – Maitron, par Michel Cordillot)

[19] Jean Baptiste HOLLET est né le 25 août 1815 à Pourrières (Var). Commis à Marseille. Condamné par la commission mixte à la déportation en Algérie car : « Affilié aux sociétés secrètes. Complot contre l’État. A pris les armes. » Transporté à Bourkika, il embarque pour la Guyane le 14 janvier 1853. (base Farcy 1851) On ne le trouve pas dans la base bagne.

[20] Joseph ANGELIAUME est né le 15 janvier 1824 à Saint-Gilles-de-l’Ile-Bouchard (Indre-et-Loire). Ouvrier plâtrier à Latillé (Vienne). La commission mixte le condamne à la transportation à Cayenne car : « Violent. Condamné à l’âge de 22 ans à 2 mois de prison pour coups et blessures. Vivant avec une fille prostituée qu’il accable de mauvais traitements. Profondément perverti. Étranger aux affections comme aux intérêts de la famille. A séjourné successivement à Nantes, à Loudun, à Neuville, à Latillé, signalant partout sa présence par l’exaltation sauvage et sanguinaire de ses propos. S’est vanté publiquement d’avoir été l’un des assassins de l’archevêque de Paris. Il a nié cette odieuse parole dans son interrogatoire, mais il n’a pu justifier de son séjour ni de l’emploi de son temps pendant cette période de son existence. Se plaisait à annoncer l’avènement de la guillotine. Menaçait de faire boire à l’enfant qu’une femme portait à son sein le sang de son père. Nature essentiellement dangereuse et sanguinaire. » Embarqué pour la Guyane le 29 mai 1852. (base Farcy 1851) On ne le trouve pas dans la base bagne. Il obtient une pension au titre de la loi de réparation nationale de 1881.

[21] Personnage non identifié.

[22] Paul Louis GARET est né le 28 février 1825 à Sedan (Ardennes). Cuisinier à Paris, il est arrêté le 26 juin 1848 et condamné à la transportation le 14 septembre. Transporté en Algérie, il est condamné le 14 septembre 1852 à cinq ans de fers pour insultes envers le capitaine commandant l’établissement de Lambessa par le Conseil de guerre de Constantine. Transféré à Cayenne. (base Farcy 1848) La base bagne ne donne pas de numérisation de son dossier.

[23] Jean Léon Ricard CHAUTARD est né le 1er décembre 1812 à Grand-Gallargues (Gard) (aujourd’hui Gallargues-le-Montueux). Comptable/teneur de livres à Montmartre (Seine). Arrêté le 12 juillet 1848 (base Farcy 1848) pour avoir commandé la barricade du faubourg Poissonnière le 23 juin. Transporté en Algérie, il est transféré en Guyane en vertu du décret du 31 mai 1852, après avoir été condamné à 5 ans de fers. Il arrive en Guyane le 31 octobre 1852 sur la Fortune. Il s’évade de Cayenne le 14 juillet 1857. (voir la très riche fiche de la base bagne.) On lira aussi sa non moins riche notice du Maitron par Michaël Roy et, surtout, du même auteur, Léon Chautard, un socialiste en Amérique (1812-1890), Paris, Anamosa, 2021, où l’on trouve le récit que Chautard a publié en 1857 au États-Unis, Escapes from Cayenne, relatant son évasion et celle du « groupe Davaux » auquel appartenait Gustave Dime. Il a déposé trop tardivement sa demande de pension au titre de la loi de réparation nationale de 1881.

[24] François Louis BARILLON est né vers 1816 à Charonne (Seine) où il est carrier. Arrêté le 25 juin 1848, il est transporté en Algérie, condamné à 5 ans de fers pour « insulte envers un adjudant de surveillance » par le Conseil de guerre de Constantine le 21 mai 1852. Il est transféré à Cayenne le 25 avril 1853. (base Farcy 1848) On ne le trouve pas dans la base bagne.

[25] Louis Joseph CAGNAC est né vers 1829 à Paris, où il est cordier. Arrêté le 26 juin 1848, il est transporté en Algérie où il est condamné le 25 octobre 1852 à 5 ans de fers pour « insultes envers des supérieurs » par le Conseil de guerre de Constantine. Transféré en Guyane le 23 juillet 1853 sur la Fortune. (base Farcy 1848) On ne le trouve pas dans la base bagne.

[26] François CAPURAN est né le 20 octobre 1818 à Metz, tailleur à Belleville (Seine). Arrêté le 23 juillet 1848, il est transporté en Algérie où il est condamné le 20 décembre 1852 à 5 ans de fers pour « insultes envers supérieurs et pour refus de travail » par le Conseil de guerre de Constantine. (base Farcy 1848) Transféré en Guyane en vertu du décret du 31 mai 1852, il y arrive le 6 juillet 1853 sur l’Allier. Décédé le 2 mai 1855 aux iles du Salut. (base bagne)

[27] Alphonse CHEVALIER est né vers 1825 à Paris. Ce n’est visiblement pas l’Alphonse Chevalier recensé par la base Farcy 1848 qui se prénomme en fait Julien. Cette confusion homonymique avec un autre insurgé de Juin 1848 a amené l’administration du bagne de Guyane à modifier son registre matriculaire après plusieurs échanges avec le ministère. Il y reste : le Conseil de guerre d’Alger le condamne le 24 juillet 1852 à 5 ans de fers pour « 1° insultes envers son supérieur ; 2° diffamation envers les agents de l’administration et injures envers le chef de l’État. » « Conduite tenue au fort Lamalgue : homme dangereux – 30 jours de cachot pour paroles obscènes envers l’agent principal – 13 jours de cachot par le commandant du fort Lamalgue pour l’avoir insulté lorsque cet homme lui adressait une réclamation non fondée. Cet homme mérite une surveillance exceptionnelle sous le rapport de la moralité qui laisse beaucoup à désirer. » Transporté en Algérie en vertu du décret du 5 mars 1852. Transféré à la Guyane française en vertu du décret du 31 mai 1852, il y arrive sur l’Allier le 6 juillet 1853. Évadé des iles du Salut le 17 février 1856, on présume qu’il s’est noyé et le tribunal civil de Cayenne enregistre son décès le 24 avril 1856. (base bagne)

[28] Jean-Baptiste DUNAUD est né le 28 octobre 1817 à Purgerot (Haute-Saône). Menuisier en bâtiment à Paris. Arrêté le 10 juillet 1848, il est transporté en Algérie où il est condamné le 22 novembre 1851 à 5 ans de fer par le Conseil de guerre de Bône pour « voies de faits et insultes envers ses supérieurs. » En vertu du décret du 31 mai 1852, il est transféré en Guyane, où il arrive sur l’Allier le 6 juillet 1853. Il quitte la Guyane le 21 novembre 1859 après l’amnistie. Durant le voyage, il demande à être débarqué au Sénégal. (base Farcy 1848 et sa notice du Maitron) Le registre matricule de la base bagne n’a pas été numérisé. Véronique Fau-Vincenti a édité son journal : Des barricades à l’ile du Diable. Journal de Jean-Baptiste Dunaud, révolutionnaire de 1848, Ivry-sur-Seine, L’Atelier, 2019.

[29] Charles LEVACHER est né vers 1808 à Paris. Homme de peine à La Villette (Seine). Arrêté le 26 juin 1848, il est transporté en Algérie, puis est transféré en Guyane le 25 avril 1853. Décédé le 27 août 1856 en Guyane. (base Farcy 1848) Le registre matricule de la base bagne n’a pas été numérisé.

[30] Eugène MATRUCHOT est né le 16 février 1823 à Saint-Germain-la-Feuille (aujourd’hui Source-Seine, Côte-d’Or). Tailleur de pierres à Paris. Arrêté le 24 juin 1848, il est transporté en Algérie où il est condamné le 11 septembre 1852 à 5 ans de fers pour « insultes envers ses supérieurs » par le Conseil de guerre de Constantine. Transféré à Cayenne, il embarque le 25 avril 1853. (base Farcy 1848) Le registre matricule de la base bagne n’a pas été numérisé.

[31] Joseph Adam TRICOT est né vers 1821 à Paris où il est serrurier en voitures. Arrêté le 25 juin 1848, il est transporté en Algérie où il est condamné à 5 ans de fers pour « évasion et insultes envers l’adjudant de semaine » par le Conseil de guerre de Constantine le 31 juillet 1852. Il est transféré en Guyane le 25 avril 1853. (base Farcy 1848) Le registre matricule de la base bagne n’a pas été numérisé. A ne pas confondre avec Jean François Tricot, un autre insurgé parisien de Juin 1848, également serrurier en voiture, condamné à mort par le Conseil de guerre de Constantine, peine commuée en 10 ans de fers, et transféré à sa demande en Guyane en 1857. Il n’a donc pas pu y connaitre Dime.

[32] Joseph LAFOND est né le 15 mars 1813 à Albi (Tarn). Tailleur d’habit à Paris. La commission de révision l’a condamné à la déportation en Algérie, puis à la transportation à Cayenne car : « Signalé comme ayant pris une part très active à l’insurrection. Homme d’action. Énergique. Propagandiste ardent. On a saisi à son domicile plusieurs journaux et écrits anarchiques. Très dangereux. » Il embarque le 22 mars 1853. (base Farcy 1851) Une tentative d’évasion lui valut quinze jours de cachot. Il rentre à Paris après l’amnistie de 1859. Il participa à la Commune de Paris comme garde national et fut condamné à 20 ans de détention, peine commuée en bannissement à Bruxelles. (notice du Maitron) Il obtient une pension au titre de la loi de réparation nationale de 1881. On ne le trouve pas dans la base bagne.

[33] Jean FETOT est né le 9 mai 1802 à Villotte (Côte-d’Or). Ancien forgeron sans domicile fixe. La commission mixte de la Haute-Marne l’a condamné à la transportation à Cayenne car : « Sortant des prisons de Langres le 23 décembre 1851, sur la route et sans qu’il y eût provocation de leur part, il dit à des témoins qu’il était rouge et que les blancs étaient des lâches, des propres à rien : « ils veulent me faire exiler et c’est nous qui les faisons vivre. Qu’on vienne m’arrêter, ajouta-t-il, vous voilà quatre, j’en descendrais déjà bien un ! ». Un peu plus tard, dans le village de Daillecourt, il s’écriait avec exaltation : « je suis un franc rouge ! malheur à qui viendrait m’arrêter, si les affaires avaient bien tourné, les riches n’auraient plus rien sous le soleil ». Il ajouta « qu’il se f…des autorités, que si on venait l’arrêter, il ferait un coup de sa tête ». Dans un autre moment, il s’écriait encore que s’il y avait plusieurs individus comme lui, ils pilleraient M. le curé, que les curés étaient des brigands qui violaient les femmes. Après son arrestation, il menaça le juge de paix en disant qu’il n’était pas un honnête homme, que s’il venait une nouvelle révolution, il passerait par ses mains. En rupture de ban. Antécédents déplorables. Il a déjà subi treize condamnations pour vagabondage, cris séditieux, outrages envers des fonctionnaires. Nature sauvage et très exaltée. » Condamné 13 fois pour vagabondage, cris séditieux et outrages; 5 ans de surveillance, jugement de Troyes, décembre 1850. (base Farcy 1851) Il arrive en Guyane le 23 août 1852 sur le Dugesclin. Décédé le 10 janvier 1854 à l’ile Royale. (base bagne)

[34] Gabriel PETIT, dit Mousquet, est né le 13 mai 1816 à Capestang (Hérault) où il est cultivateur. La commission mixte le renvoie devant le Conseil de guerre pour : « Tentative d’assassinat sur les gendarmes de Capestang. » (base Farcy 1851) Il est condamné le 13 avril 1852 à la déportation dans une enceinte fortifiée pour « attentat dans le but d’exciter à la guerre civile et d’être membre de société secrète. » Le 14 février 1853, sa peine est commuée en 15 ans de travaux forcés, puis le 12 mars de la même année en 15 ans de transportation à la Guyane française. Il y arrive le 6 juillet 1853 sur l’Allier. Décédé le 16 mai 1854 à l’ile Royale. (base bagne) Sa fille obtient une pension de 1000 fr. au titre de la loi de réparation nationale de 1881.

[35] Louis Adolphe Bonard (1805-1867).

[36] Louis SALVAN est né le 3 avril 1824 à Béziers (Hérault) où il est tonnelier. La commission mixte le renvoie vers le Conseil de guerre car : « Exalté. Dangereux. Complot. Insurrection, part active. Bandes armées. Tentative et complicité d’assassinat sur la troupe et les fonctionnaires. Société secrète. Chef. » Il est condamné le 29 mars 1852 à la déportation simple pour « complot et attentat dans le but d’exciter à la guerre civile, le massacre et le pillage à Béziers. » Sa peine est commuée le 14 février 1853 en 15 ans de travaux forcés, puis le 12 mars 1853 en 15 ans de transportation à la Guyane française. Il y arrive sur l’Allier le 6 juillet 1853. Sa peine est commuée en internement en Algérie le 29 novembre 1856. Il part pour la France sur l’Adour et arrive à Brest le 3 août 1857. (base bagne et base Farcy 1851) Membre de l’Internationale, il est condamné à 4 mois de prison à Béziers le 22 février 1873. Il obtient une pension de 1200 frs au titre de la loi de réparation nationale de 1881. Décédé à Béziers le 5 août 1894. (notice du Maitron)

[37] Philippe Numa MILLELOT est né le 16 novembre 1824 à Clamecy (Nièvre) où il est commis marchand de confection. Condamné le 13 février 1852 par le Conseil de guerre de Clamecy à la déportation dans une enceinte fortifiée pour : « attentat dont le but était de changer le gouvernement et d’exciter à la guerre civile. » Le 14 février 1853, sa peine est commuée en 15 ans de travaux forcés, puis le 12 mars de la même année en 15 ans de transportation à la Guyane française. Il y arrive le 6 juillet 1853 sur l’Allier. L’amnistie du 16 août 1859 l’autorise à résider librement en Guyane. (base bagne) Il obtient une pension au titre de la loi de réparation nationale de 1881. Décédé le 27 août 1895 à Saint-Maur-des-Fossés (Seine). (notice du Maitron) En 2008, la Société scientifique et artistique de Clamecy publie ses mémoires préfacées par Michel Cordillot : Bagnard de la République.

Son frère Edme Nicolas Eugène MILLELOT a également été transporté en Guyane. Il est né le 6 décembre 1823 à Clamecy (Nièvre) où il est compositeur d’imprimerie. Condamné par le Conseil de guerre de Clamecy le 1er février 1852 à la peine de mort pour : « 1° homicide volontaire sur la personne du Sr Munier, instituteur privé ; 2° attentat ayant pour but de changer le gouvernement ou d’exciter à la guerre civile. » Dans la nuit du 20 au 21 avril, il s’évade de la prison de Clamecy, mais se constitue prisonnier le 24. (notice du Maitron) Le 18 juin 1852, par décision de Louis-Napoléon Bonaparte, sa peine est commuée en travaux forcés à perpétuité. Envoyé au bagne de Toulon, il est transféré en Guyane où il arrive sur la Fortune le 19 juillet 1855. Décédé le 9 octobre 1856 à Cayenne. (base bagne)

Leur père Nicolas François MILLELOT a aussi été transporté en Guyane. Il est né le 10 juillet 1798 à Clamecy (Nièvre) où il est marchand de nouveautés. Condamné le 13 février 1852 par le Conseil de guerre de Clamecy à la déportation dans une enceinte fortifiée pour : « complot ayant pour but de changer le gouvernement ou d’exciter à la guerre civile. » Le 14 février 1853, sa peine est commuée en 15 ans de travaux forcés, puis le 12 mars de la même année en 15 ans de transportation à la Guyane française. Il y arrive le 6 juillet 1853 sur l’Allier. L’amnistie du 16 août 1859 l’autorise à résider librement en Guyane. (base bagne) Décédé le 24 décembre 1878 à Saint-Maur-des-Fossés (Seine). (notice du Maitron)

[38] Jean Joseph DUBOC est né vers 1830 à Montmartre (Seine) où il est sculpteur. Arrêté le 25 juin 1848, il est transporté en Algérie, où il est condamné à 5 ans de prison le 9 mai 1852 pour coups et blessures par le Conseil de guerre de Bône. Transféré à Cayenne où il arrive le 6 juillet 1853 sur l’Allier. (base Farcy 1848) On ne le trouve pas dans la base bagne.

[39] Nicolas CAVOIT est né le 6 décembre 1824 à Courcelles (Nièvre), maçon à Corvol-l’Orgueilleux (Nièvre). Le 19 février 1852, le Conseil de guerre de Clamecy le condamne à la déportation simple « comme coupable d’attentat dans le but de changer le gouvernement et d’exciter à la guerre civile. » Le 14 février 1853, sa peine est commuée en 15 ans de travaux forcés, puis, le 12 mars de la même année, en 15 ans de transportation à la Guyane française. Il arrive à Cayenne sur l’Allier le 6 juillet 1853. Il s’évade avec Guillien de la ville de Cayenne le 23 juillet 1856. (base bagne) Il gagna Chicago (notice du DBMSFE) où son frère Jean-Marie, ancien déporté en Algérie par deux fois (1852 et 1858), et sa sœur Victorine, condamnée à l’internement, le rejoignirent. Son autre frère Alexandre, lui aussi déporté, est mort à Marengo à 18 ans. Il obtient une pension par la loi de réparation nationale de 1881.

[40] Personne non identifiée.

[41] Alphonse DAVAUX est né le 2 janvier 1817 à Auxerre (Yonne). Il est charpentier en bateaux à Clamecy (Nièvre). La commission mixte l’avait condamné à la déportation en Algérie pour 10 ans car : « Pendant l’insurrection à laquelle il prenait une part très active, il était en armes à la barricade du Marché. Il s’est fait remarquer par son extrême exaltation. » (voir base Farcy 1851) Mais, il est finalement traduit devant le Conseil de guerre qui, le 15 février 1852, le condamne à la déportation simple pour « attentat dont le but était de changer le gouvernement et d’exciter à la guerre civile. » Sa peine est commuée le 14 février 1853 en 15 ans de travaux forcés, puis, le 12 mars de la même année, en 15 ans de transportation à la Guyane française. Il arrive en Guyane le 6 juillet 1853 à bord de l’Allier. (voir registre Guyane). Il s’évade le 14 septembre 1856 avec 19 autres transportés politiques, évasion dont il a fait le récit tout comme plusieurs autres participants. (voir Des évadés de Guyane. Le groupe Davaux) En 1881, il bénéficie d’une pension au titre de la loi de réparation nationale.

[42] Eustache BEAUFOUR est né le 18 décembre 1804 à Rouen (Seine-inférieure) où il est employé d’épicerie. Condamné par la commission mixte à la transportation à Cayenne car : « Le 3 décembre dernier, le comité de résistance de Rouen chargea Beaufour de se rendre à Paris et d’y prendre les derniers ordres du comité central. Le 4, Beaufour revint à Rouen. Si Beaufour n’a pas répandu parmi les affiliés de Rouen les ordres qu’il apportait de Paris, c’est qu’il fut mis dans l’impuissance de le faire. Il fut arrêté au débarcadère même du chemin de fer. Beaufour est l’un des hommes les plus dangereux de la Seine-Inférieure. Il a été condamné, le 23 octobre 1836, par la cour de Paris, à 2 ans d’emprisonnement et 3 ans de surveillance pour fabrication de poudre de guerre. Amnistié en 1837, il était au mois d’août de la même année, condamné à 5 jours d’emprisonnement pour rupture de ban. Le 29 février 1848, Beaufour a été nommé membre du conseil municipal de Rouen par le commissaire général du gouvernement provisoire. En 1849, il a été poursuivi devant la cour d’assises de la Seine-Inférieure sous la prévention d’avoir cherché à établir à Rouen un comité correspondant de la Solidarité républicaine. Il a été acquitté. Dans la même année, il est membre assesseur du comité central électoral démocratique de la Seine-Inférieure et proposé par ce comité comme candidat à l’assemblée législative. Beaufour est un agent dévoué et persévérant du parti socialiste ; il a fait à Rouen la propagande la plus active et la plus dangereuse. » (base Farcy 1851) Le registre de la base bagne contient d’autres éléments de son engagement politique. Il arrive en Guyane le 20 mai 1852 sur la Forte. Il est affranchi de la transportation le 25 octobre 1856. Il est de nouveau arrêté en février 1858 et transporté en Algérie en vertu de la loi de sûreté générale de 1858 à 1859. Rentré après l’amnistie de 1859, il est une dernière fois arrêté en 1862 pour correspondance avec les sociétés secrètes de Paris. Il était alors considéré par la police comme un « démagogue particulièrement dangereux ». (voir sa riche notice du Maitron par Jean Risacher) Décédé à Rouen le 3 avril 1876.

[43] Émile LABROUSSE est né le 22 mai 1819 à Comiac (Lot), employé, ex-huissier à Cahors (Lot). Condamné par la commission mixte à la transportation à Cayenne car : « Considérant que le sieur Labrousse, ex huissier, employé dans les bureaux du Réformateur, réduit à la misère par ses habitudes de dissipation, est l’un des agents les plus actifs et les plus intelligents du parti socialiste, est un homme très dangereux pour la société. Considérant que Labrousse se trouve mêlé à toutes les démonstrations auxquelles s’est livré la démagogie de Cahors depuis la Révolution de février. Considérant qu’à l’occasion des événements de décembre 1851, Labrousse s’est montré un des plus exaltés, soit au poste de l’hôtel de ville, où il n’avait pas le droit d’entrer parce qu’il était étranger à la compagnie de garde et où il a tenu des propos très graves, soit à la réunion Lavergne. Considérant que Labrousse s’est chargé de porter des lettres pour exciter les campagnes à marcher sur Cahors et qu’il a remis à Delsol, maître de poste à Crayssac, à Jordanet de Labastide du Vert et à Sarlat du Puy-l’Evêque. Considérant que Labrousse a été condamné le 31 mai 1850 à 10 jours de prison par le tribunal de Cahors, et sur appel, à 2 mois de la même peine par la cour d’Agen, pour rébellion envers des agents de la force publique. Considérant enfin que, sous tous les rapports, le sieur Labrousse est un homme des plus dangereux. La Commission départementale décide qu’il y a lieu de transporter le sieur Labrousse à Cayenne. » (base Farcy 1851) Il arrive en Guyane sur l’Erigone le 27 juin 1852. Gracié le 9 avril 1856. (base bagne) Décédé le 9 novembre 1859 à Philippeville (Algérie). Son fils obtient une pension par la loi de réparation nationale de 1881. A ne pas confondre avec Émile Labrousse (1799-1867), député montagnard du Lot, condamné à l’éloignement momentané du territoire.

[44] Ignace HAFFEN est né à Saverne (Bas Rhin) le 2 janvier 1802, typographe à Paris. Arrêté le 28 juin 1848, il est transporté en Algérie, puis transféré en Guyane où il a arrive sur l’Allier le 6 juillet 1853. Décédé à Cayenne le 25 octobre 1859. (notice du Maitron et base Farcy 1848) Le registre matricule de la base bagne n’a pas été numérisé. Son fils Brutus Timoléon Robespierre obtient une pension au titre de la loi de réparation nationale de 1881.

[45] Jean TOURRES est né vers 1800 à Lyon où il est quincailler. La commission mixte le condamne à la transportation à Cayenne car : « Tourrès a été arrêté cinq fois sous prévention de vol et condamné trois fois. En avril 1834, il fut accusé d’avoir tué le colonel Mounier du 28e de ligne en faisant feu sur lui d’une barricade et condamné par la Cour des Pairs à 20 ans de détention et surveillance à vie. En février 1848, il entra des premiers dans l’hôtel de ville et se nomma adjudant de place. Il fréquentait assidument les clubs. Il faisait partie d’une société secrète qu’organisait Joseph Rey. Il n’a pu se faire recevoir Carbonaro à cause de ses condamnations pour vol. C’est un homme d’une violence et d’une exaltation extrêmes, exclusivement terroriste. » (base Farcy 1851) Il arrive en Guyane sur l’Erigone le 29 juin 1852. Décédé à Cayenne le 31 août 1855. (base bagne) (voir sa notice du Maitron)

[46] Il doit s’agir de Justinien Antoine BONNAFOUS, né le 5 septembre 1818 à Pézenas (Hérault), plâtrier à Bédarieux (Hérault). La commission mixte le renvoie devant le Conseil de guerre car : « Mauvaise moralité. Exalté. Bandes armées. Excitation à la guerre civile. Assassinat des gendarmes de la brigade de Bédarieux. Société secrète. » (base Farcy 1851) Le 1er juillet 1852, il est condamné à la déportation dans une enceinte fortifiée pour : « Insurrection à main armée, excitation à la guerre civile et complicité de meurtre sur la personne d’un gendarme. » Le 17 février 1853, sa peine est commuée en 15 ans de travaux forcés, puis, le 12 mars de la même année en 15 ans de transportation à la Guyane française. Il y arrive le 6 juillet 1853 sur l’Allier. Évadé de Cayenne le 12 mai 1857. (base bagne) Il obtient une pension de 1200 frs au titre de la loi de réparation nationale de 1881.

[47] Non identifié.

[48] Auguste Baudin (1800-1877).

[49] Quatre ans à Cayenne, notes de Fr. Attibert, déporté, rédigées par le rédacteur en chef du Bien-Etre Social, Bruxelles, 1859

François ATTIBERT est né le 13 décembre 1824 à Trélazé (Maine-et-Loire) où il est ouvrier ardoisier. Le 16 octobre 1855, il est condamné aux Assises à « la déportation dans une enceinte fortifié hors du territoire continental de l’Empire » car « coupable d’attentat ayant pour objet de porter la dévastation et le pillage dans la commune d’Angers. » En fait, pour avoir organisé l’insurrection de Trélazé en août 1855. Il arrive en Guyane sur la Fortune le 7 février 1856. (voir registre Guyane) Il s’évade le 14 septembre 1856. (voir Des évadés de Guyane. Le groupe Davaux) Il gagne Londres, puis la Belgique. Expulsé de Belgique, François Attibert est condamné à 3 ans de prison et libéré par l’amnistie de 1859. Décédé le 7 août 1866 à Trélazé. (voir sa notice du Maitron). En 1881, sa veuve, Marie Manceau, obtint une pension au titre de la loi de réparation nationale du 30 juillet 1881.

[50] Jean-Baptiste BOUQUENEY est né le 7 décembre 1814 à Fraisans (Jura), cultivateur à Auxange (Jura). La commission mixte le condamne à la surveillance car : « Soldat de la démagogie. Obscur et sans influence. » Le préfet l’avait remis en liberté le 18 février 1852. Mais, le 25 août 1852, il est soumis à l’internement en Haute-Saône, puis le ministre de la police générale le condamne à l’éloignement du territoire français pour 5 ans. Le 16 août 1855, le tribunal correctionnel de Dôle le condamne à 4 ans de prison pour être revenu en France, « offenses envers la personne de l’Empereur et violences envers les agents de la force publique. » Il part de Toulon sur la Fortune le 19 décembre 1855 et arrive en Guyane le 7 février 1856, d’où il s’évade le 15 août 1856.

[51] Cordonnier italien, né vers 1833 à Brisighala (Etats-Pontificaux), PIANORI, laissa la vie dans cette évasion. Il avait été transporté par arrêté ministériel du 14 septembre 1855, pour le simple fait d’être le frère de Giovanni, celui qui avait tiré sur l’empereur le 28 avril 1855. Il fut pour cela enregistré au bagne sous le nom d’Angelo Zenone. Il s’évade de l’ile du Diable le 15 août 1856. (Jules-Gustave Prat, Les exploits du Deux-Décembre : récits d’histoire du XIXe siècle, Paris, Dentu, 1889, p. 234)

[52] Marcel-Casimir BOCKENSKY est né vers 1819 à Viclicka (Pologne autrichienne), tailleur à Paris. Le 6 avril 1852, il est condamné par le Conseil de guerre à la déportation simple pour « excitation à la guerre civile, en portant les citoyens à s’armer les uns contre les autres. » Sa peine est commuée le 14 février 1853 en 15 ans de travaux forcés, puis en 15 ans de transportation à la Guyane française le 15 mars de la même année. Il figurait pourtant sur le décret de grâces du 2 février 1853 ! Il arrive à Cayenne le 6 juillet 1853 à bord de l’Allier, pour être interné le même jour à l’ilet la Mère. Il est transféré à l’ile Saint-Joseph le 25 août 1853. Il s’évade de l’ile du Diable le 15 août 1856. (voir Le conseil de guerre de Marcel Casimir Bockensky et sa tragique évasion)

[53] Charles Constant Ambroise CARPEZAT est né le 27 février 1828 à Vermand (Aisne), zingueur à Paris. Condamné le 18 septembre 1852 par le tribunal correctionnel de la Seine à 2 ans de prison pour « avoir fait partie d’une société secrète et avoir fabriqué et détenu des armes de guerre. » Le 4 août 1855, il est à nouveau condamné à 2 ans de prison pour : « avoir fait partie d’une société secrète, avoir fabriqué de la poudre et détenu des munitions de guerre, port d’armes prohibées et rupture de ban. » Il est soumis à la transportation à Cayenne pour 10 ans par arrêté ministériel du 24 novembre 1855. « Conspirateur incorrigible et des plus dangereux. » Il embarque à Toulon le 19 décembre 1855 sur la Fortune et arrive à la Guyane le 7 février 1856. Il s’évade de l’ile du Diable le 15 août 1856.

[54] Henri CHABANNE, dit Combattant, dit Nivernais-Noble-Cœur, est né le 27 mars 1828 à Pouilly-sur-Loire (Nièvre), tonnelier de métier, alors travaillant sur un chantier de travaux publics, il est arrêté à Paris le 2 avril 1855. Condamné le 29 août 1855 par le tribunal correctionnel de Paris pour appartenance et organisation d’une société secrète, la Marianne, il est transporté en Guyane le 19 décembre. Après son évasion de l’ile du Diable le 15 août 1856, il gagne New-York. Son récit (Évasion de l’ile du Diable, Paris, Agricol Perdiguier, 1862) nous donne les détails de son installation aux Etats-Unis. Il revient en 1861 à Pouilly. En 1871, il participe à la Commune de Paris, ce qui lui vaut condamnation à mort. Il se réfugie à nouveau à New-York. Voir sa notice du Maitron. Contrairement à ses compagnons d’évasion, et aux nombreux personnages transportés qui émaillent son récit, il ne figure pas dans la base bagne des Archives nationales d’outre-mer.

[55] Gustave Urbain BABIN, né le 9 février 1809 à Montsareau (Maine-et-Loire), cultivateur à Chouzé (Indre-et-Loire). Condamné le 6 octobre 1855 par le tribunal correctionnel de Chinon à 2 ans de prison pour appartenance à la Marianne, sa peine est portée à 4 ans de prison le 17 novembre 1855 par le tribunal correctionnel de Tours pour : « Affiliation à une société secrète, provocation à un attentat ayant pour but de changer le Gouvernement, d’exciter les citoyens à s’armer les uns contre les autres et de porter dans plusieurs communes la dévastation et le pillage, outrages à des fonctionnaires à l’occasion de leurs fonctions. » Il est finalement transporté à la Guyane en vertu du décret du 8 décembre 1851. Il arrive en Guyane le 7 mars 1856 sur l’Égérie. Il s’évade de l’ile du Diable le 15 août 1856. En 1881, la loi de réparation nationale lui attribue une pension. Décédé le 25 janvier 1883 à Chouzé-sur-Loire.

[56] Alexandre Alphonse GUERARD est né le 1er janvier 1826 au Havre (Seine-Inférieure), chanteur ambulant dans la Vienne. La commission mixte de ce département le condamne à la déportation en Algérie car : « Le 7 février 1852, dans une auberge de Coulombiers (Vienne), l’inculpé s’est vanté publiquement d’avoir combattu derrière les barricades de 1848 et en décembre 1851. Il critiquait vivement les actes du 2 décembre, annonçait la chute prochaine du Prince Président, ajoutait qu’il suffirait d’une balle pour anéantir ses pouvoirs ; qu’il serait toujours prêt à s’insurger et à donner une de ses balles, que s’il ne trouvait personne pour la faire parvenir, il s’en chargerait volontiers. Dans son interrogatoire, sans manifester de repentir, il chercha à atténuer, par des équivoques, la portée de ses propos. Sans profession sérieuse, sans domicile, suspect et dangereux. » Transporté à Alger, il embarque pour Cayenne le 5 septembre 1852. Il s’évade de l’ile du Diable le 15 août 1856. En 1881, la loi de réparation nationale lui attribue une pension.