Rive-de-Gier. 1848-1851 (première partie)
page mise en ligne le 3 septembre 2026
Cet article, en deux parties, constitue la suite de l’étude que René Merle a conduite sur Rive-de-Gier.
Nous avons en effet précédemment publié « Regards sur la grève des mineurs de Rive-de-Gier en 1844 et ses répercussions régionales et nationales »
Rive-de-Gier (Loire) : de l’enthousiasme révolutionnaire des débuts de la République à l’impuissance devant le coup d’État de 1851
par René Merle
À la fin des années 1980, dans le cadre d’une recherche sur l’usage politique des parlers populaires dans notre grand Sud-Est, au XIXème siècle, j’avais donné quelques publications sur Guillaume Roquille, poète patoisant de Rive-de-Gier (Loire), qui avait notamment écrit sur l’insurrection lyonnaise de 1834 et sur la grève des mineurs de Rive-de-Gier en 1840[1].
J’avais alors remercié l’historien Vincent Robert qui m’avait signalé un texte en parler de Rive-de-Gier, donné en note par Justin Godart dans sa publication du Journal d’un bourgeois de Lyon en 1848 (Joseph Bergier), Paris, Presses Universitaires de France, 1924.
Texte manuscrit[2], relié à la fin d’un recueil de Roquille publié en 1857, chez Nigon, à Lyon, intitulé « Lo couse de vait Var de Gi » et signé « In Pereyou » (un mineur), référence directe au poème de Roquille sur la grève des mineurs de 1840, Lo Pereyoux, (que j’avais présenté en 1989). Ce texte n’est manifestement pas du démocrate Roquille, auquel il emprunte un savoir-faire patoisant, pour opposer à une vision idyllique du Rive-de-Gier d’antan, industrieux et pacifique, la violente dénonciation nominative[3] des communistes disciples de Blanqui et de Barbès, meneurs de l’agitation populaire au lendemain de la proclamation de la République, et responsables du marasme économique de la cité où les entreprises ferment. J’en traduis un extrait :
« … aussitôt qu’il fait jour,/ Ils sonnent le clairon, ils battent du tambour, / Puis, drapeaux déployés, des bandes exaltées / courent par les rues, chantant la Marseillaise : / Le sabre dégainé, le pistolet au poing / Ils veulent effrayer tous les braves gens/ braillant « à bas les riches », braillant « à bas les blancs. », et l’auteur de conclure : « À bas les communistes qui veulent partager/À bas les fainéants qui veulent nous piller. »[4]
J’avais alors été intrigué par la description « patoise » de cette agitation révolutionnaire, et, pour mon plaisir, je l’avais confrontée aux traces (journaux, archives) laissées par ces premiers jours de la Seconde République dans la petite localité ouvrière de Rive-de-Gier[5]. Je la datai de la fin mai 1848, puisqu’elle fait allusion au complot Bodin[6] du 20 mai (qui sera évoqué plus loin).
J’avais depuis laissé dormir ce texte dans mon site linguistique consacré à la langue d’oc et au francoprovençal.
En 2009, j’ai eu le plaisir de le voir présenté par l’Association ripagérienne de recherches historiques de Rive-de-Gier.[7]
J’y reviens aujourd’hui, car, dans le cadre de l’Association 1851 pour la défense des résistances républicaines, je me suis intéressé à la résistance au coup d´État de 1851 dans le département de la Loire.
Et à ma grande surprise, en consultant les archives de la répression qui frappa les opposants au coup d’État[8], je n’avais trouvé aucune trace de l’inculpation de Ripagériens.
D’où la question : pourquoi ceux, si nombreux, qui avaient placé en 1848-1849 leurs espoirs dans une République démocratique et sociale semblaient avoir accepté sans protestation l’étranglement de la République par son propre président ?
C’est à cette question que les quelques lignes qui suivent vont tenter de répondre, et à laquelle l’IA, pilleuse de données soigneusement rassemblées par les historiens, ne peut répondre.
Cependant, j’ai hésité avant d’écrire ces lignes, au risque de la redondance, car l’histoire de Rive de Gier a été faite, et bien faite[9], et je ne vais pas me donner le ridicule de la refaire. Il s’agit seulement d’essayer de suivre l’itinéraire de ceux qui a priori auraient pu être les premiers à défendre la République en décembre 1851.
J’hésitais aussi, parce que les caractéristiques et le rythme des événements des débuts de la République à Rive-de-Gier sont à peu près les mêmes que ceux des deux grandes villes voisines, Saint-Étienne à 24 kms, et Lyon à 39 kms, dont l’histoire a été abondamment fouillée et présentée par les historiens[10].
Mais au regard de ces deux cités, le microcosme de Rive-de-Gier propose une cristallisation plus qu’intéressante dans sa dichotomie élémentaire, dégagée de la complexité des rapports de classe dans les deux grandes villes voisines.À Rive-de-Gier comme ailleurs la monarchie de Juillet a connu la lutte de classe entre possédants et employés, mais ici, entre ouvriers et patronat, n’existe pas (ou si peu), ce « parti » démocratique réformiste et républicain que représentait à Lyon le journal le Censeur, et à Saint-Étienne d’une certaine façon le Mercure ségusien : parti « cultivé » des « républicains de la veille » dont émaneront les commissaires de gouvernement dépêchés dans la Loire par le gouvernement provisoire (24 février – 9 mai).
Sous la monarchie de Juillet, Rive-de-Gier était administrée par des maires orléanistes, désignés par le Roi, et liés au patronat local[11].
Que l’on n’imagine pas des notables hors-sol, indifférents à une condition populaire dont certains d’ailleurs étaient directement issus.
Ainsi Jean-Claude Verpilleux (1798), fils d’un pauvre mineur mort prématurément, travaille à la mine dès 1810. Fasciné par les machines à vapeur de la mine, il en devient habile spécialiste, ce qui lui permettra ensuite, après un mariage avec la veuve d’un entrepreneur d’outillage de créer une entreprise de construction de locomotives capables de gravir les dures pentes.
Ces notables, parfois extracteurs autonomes, entretenaient des rapports complexes avec la toute puissante Compagnie des mines, dont les capitaux n’étaient plus locaux, mais lyonnais et parisiens, et dont le monopole était détesté par la bourgeoisie locale comme bien sûr par les ouvriers.
Comme la plupart des villes industrielles de la région rhodanienne[12], la localité ouvrière de Rive-de-Gier connut au lendemain de la proclamation de la République (24 février 1848) une agitation politique dont l’enjeu essentiel était la prise du pouvoir municipal et la satisfaction des revendications ouvrières.
Quelque peu sonnés par l’arrivée de la République, les notables virent apparaître au grand jour un républicanisme populaire, hostile aux riches et au patronat.
C’est un ouvrier, le souffleur de verre Jean-Marie Sigward, qui fit acclamer la République dès l’annonce de sa naissance[13].
Et le 26 février, on brûle symboliquement un mannequin à l’effigie du « Monopole des compagnies », en prélude à d’autres initiatives carnavalesques hostiles au monopole.
Les quatre premiers mois de la République, nous l’avons évoqué avec le texte patois, sont donc marqués par l’explosion d’un enthousiasme revendicatif populaire, qui voit dans la République une délivrance face à la domination des notables locaux, et à la domination écrasante de la Compagnie générale des mines. La République sera démocratique et sociale. Pour les ouvriers, la République est clairement le présage d’un avenir meilleur.
Ces quelques centaines de républicains déterminés et exaltés, ouvriers pour la plupart, ceux que Yves Lequin appelle « la nouvelle sans-culotterie », regroupés par une Société populaire, tiennent la rue, imposent une nouvelle garde nationale, et une présence dominante dans le nouveau conseil municipal.
Le 15 avril « Une troupe de 200 forcenés, un communiste, nommé Brun, en tête »[14] ont envahi l’Hôtel-de-Ville, pris les armes de la garde nationale. « Ils sont montés dans le bureau du secrétaire et ont prononcé la dissolution du Conseil municipal et de l’administration. Ils se sont nommés eux-mêmes et sont immédiatement entrés en fonction.[15] »
« A Rive-de-Gier, c’est 93 moins la guillotine[16]. »
On imagine l’effarement des notables : des ouvriers contrôlant une municipalité insurrectionnelle, le cordonnier Rachou[17] nommé Colonel de la Garde nationale ! Effarement encore accentué par l’aval provisoirement donné par les nouvelles autorités départementales à cette explosion populaire.
Les adversaires des ouvriers révolutionnaires avaient beau jeu d’affirmer que beaucoup d’entre eux n’étaient pas de « vrais » Ripagériens, ce qui sous-entendait que l’agitation ne pouvait venir que de l’extérieur. De fait, une grande partie des ouvriers inculpés pour leur action « communiste » n’étaient pas nés à Rive-de-Gier, et étaient venus des départements voisins, ou même de plus loin, pour travailler. Rien d’étonnant dans une cité dont, grâce à l’extraction de la houille et l’essor industriel qu’elle avait permis (notamment forges et verreries), la population avait quadruplé depuis 1790.
Qui sont ces « communistes » ? Quelle peut-être la conscience politique de ces hommes « nouveaux » qui supplantent les autorités locales ?
Des ouvriers essentiellement, donc, et quelques artisans, comme le cordonnier Rachou.
Communistes ? À vrai-dire ceux qui, dans le souvenir de 93 se coiffent du bonnet rouge des sans-culottes, ne s’inscrivent pas dans la modération du communisme icarien, hostile aux coups de force et aux démonstrations violentes.
L’Avenir républicain, 19 avril 1848, le signifie : « Les communistes ne veulent, disent-ils, agir que par la persuasion. En voici la preuve. », la preuve étant la prise du pouvoir municipal par la force.
J’avais évoqué, dans mon article sur la grève des mineurs de 1844[18], l’active propagande communiste icarienne que les communistes cabétistes de Givors initièrent alors dans la cité voisine de Rive-de-Gier jusqu’en 1848.
Mais il est difficile d’imaginer que ces brochures, diffusées par les militants qui savaient lire et écrire[19], aient pu avoir un impact direct sur une masse ouvrière encore grandement analphabète et qui parfois même, dans son épaisseur patoisante, peut n’avoir du français qu’une pratique approximative.
La propagande se fait dans la proximité républicaine, dans l’oralité sur le lieu du travail, dans les cafés, comme le café Rochette. On peut imaginer que dans ce contexte, les hommes liés depuis longtemps aux sociétés secrètes de Lyon aient pu diffuser un communisme républicain néo-babouviste, égalitariste, et partisan, si l’occasion s’en présentait, de l’action violente.
On trouve dans les agitateurs dénoncés comme « communistes » des hommes déjà surveillés avant la République. Mais étaient-ils vraiment cabétistes ?
Ne l’était pas Alphonse Bézenac, bijoutier parisien et peintre en décors, durement frappé par la déportation en forteresse sous la monarchie de Juillet, et qui depuis 1846 vivait étroitement surveillé à Rive-de-Gier.
Et peut-être pas le peintre sur verre Tony Petit-Jean, déjà signalé comme agitateur « socialiste », en contact avec des prolétaires républicains de Saint-Étienne et de Lyon, qui avaient lutté dès les premières années 1830, et l’avaient souvent payé durement : ainsi Pierre Reverchon, le mécanicien stéphanois, insurgé de 1834, que Petit-Jean fera nommer commissaire de police à Rive-de-Gier au lendemain defévrier. Nous retrouverons bientôtPetit-Jean à la tête de la société populaire, puis dans la municipalité imposée par les manifestants le 15 avril.
Pour la plupart, ces hommessemblent émerger de l’événement, qui cristallise en fait une conscientisation républicaine avancée mûrie depuis les années précédentes.
Mais il n’y a pas de lien direct entre la grève des mineurs de 1844 et la crise politique du printemps 1848. Très rares sont alors les mineurs désignés comme agitateurs, et on ne retrouve pas parmi eux les noms de ceux qui furent condamnés lors de la grève de 1844.
Car la combativité des mineurs[20], constamment en prise avec les mesures de régression sociale décidées par la Compagnie des mines, est une lutte pour la survie, qui n’implique pas directement une conscience politique.
Ainsi, dès mars 1848, la vie politique de Rive-de-Gier est structurée dans le conflit entre les partisans de l’ordre, qui iront aux élections sous l’égide de « la République sage et honnête », et un « parti communiste » organisé dans la société populaire, en lien avec le Comité central ouvrier et socialiste de Lyon et avec l’aval provisoire des républicains radicaux et démocrates de l’administration départementale.
Ces « communistes » s’imposèrent plus qu’énergiquement dans l’administration communale, mais en quoi leur court passage aux affaires pendantdeux mois peut-il être qualifié de communiste ?
Il fallait d’abord soulager la misère populaire alors que le marasme économique était général et que le chômage, saisonnier ou définitif, augmentait, bien mal soulagé par les chantiers municipaux de la route de Givors.Comme la Société populaire l’avait demandé, on exige des plus riches une contribution de solidarité, on s’oppose aux maîtres du pays, les exploitants de la Compagnie générale des mines et l’on soutient les revendications des mineurs (création « illégale » d’un conseil de prud’hommes), on envisage la création d’ateliers et de commerces communautaires (ce qui fera hurler les opposants qui accuseront les « communistes de vouloir instaurer l’Icarie), on veut supprimer l’octroi et le remplacer par un impôt pesant sur les plus aisés.
Mais cette prise de pouvoir locale s’inscrivait évidemment dans l’attente d’une prise de pouvoir des « rouges » au plan national. Espoir vite déçu.
On conçoit que très rapidement les forces conservatrices, dénonçant les « saturnales » qui effaraient une partie de la population, tentèrent une reprise de pouvoir, en demandant à la nouvelle administration départementale d’abandonner son soutien provisoire aux sans-culottes locaux.
Effet, les commissaires que le gouvernement provisoire avait envoyés le 17 mais pour diriger le département étaient de vieux lutteurs républicains au plan national, tout en étant originaires du département. La presse conservatrice locale les qualifia aussitôt de communistes. Ils avaient connu la répression louis-philipparde, comme Eugène Baune, leader républicain respecté, l’avocat stéphanois Tristan Duché, et Martin Bernard, le typographe et vieux militant carbonari républicain libéré par la Révolution. Tous seront députés montagnards, s’opposeront au coup d’État, et connaîtront l’exil.
Mais ils se trouvaient dès leur arrivée devant une agitation ouvrière, particulièrement à Saint-Étienne, qui risquait de mettre en danger l’acceptation de la République par l’ensemble de la population.
Ainsi, en tant que sous-commissaire pour le département, l’avocat Duché (qui avait défendu les mineurs grévistes de 1844) était-il venu reconnaître la municipalité issue du coup de force « communiste », et avait accompagné ses dirigeants le jour de l’inauguration de l’arbre de la Liberté, dans le quartier Saint-Jean, au cœur de la cité. Le drapeau tricolore alors brandi par ces hommes au bonnet rouge et au sabre en main, signale avec horreur la presse conservatrice, était surmonté d’un poignard.
Les 23-24 avril ont lieu les élections législativespour l’Assemblée constituante.
Rive-de-Gier donne une nette majorité à la liste de ces commissaires du gouvernement démocrates installés par le gouvernement provisoire. Martin Bernard arrive en tête avec 5912 voix, et Baune le suit avec 5902 voix.Les conservateurs, avec en tête Verpilleux, 2014 voix, sont loin derrière.
Évidemment, du côté de l’Ordre, on dénonce les pressions menaçantes de la Société populaire sur des électeurs auxquels on impose un bulletin.
« On a vu des hommes postés en sentinelle à la porte des collèges électoraux, arrachant aux électeurs leurs bulletins et les forçant par des menaces à porter dans l’urne des bulletins du Comité Populaire. Ceux qui osaient résister à l’intimidation étaient traités de carlistes, de blancs, d’aristocrates[21]. »
Mais, en se prolongeant, les « saturnales » républicaines risquent d’irriter la classe moyenne dans l’expectative devant le nouveau régime.
Les choses se gâtent dès le début mai. Bonnard et Brun sont arrêtéspour avoir empêché par la violence des citoyens d’exercer leurs droits civiques aux élections du 23 avril.
Le 15 mai, un préfet remplace l’administration provisoire départementale. Il s’agit de l’avocat lyonnais Sain, intéressé par le fouriérisme,qui avait professé des opinions démocratiques avant 1848, et qui avait défendu les mineurs grévistes en 1844. Il sera lui aussi élu à l’Assemblée législative en mai 1849, siègera à la Montagne et s’exilera après le coup d’état de 1851. Ses premières déclarations montrent qu’il veut impérativement rassurer les « classes moyennes » :
« Citoyens, J’arrive au milieu de vous pour maintenir l’ordre et la tranquillité et pour accorder autant que possibles les intérêts de tous.
Mon administration, ferme, quand il le faudra, sera toute de conciliation et de paix. C’est vous dire que vous n’avez à craindre de ma part aucune mesure révolutionnaire.
La République, en proclamant le droit au travail, a consacré le droit de la propriété. Je n’oublierai jamais les conséquences de ce double principe.[…] Oui, citoyens n’aggravons pas les embarras industriels par des division et des haines.
Saint-Étienne, le 15 mai 1848. Le préfet de la Loire, F. Sain. »
Sain envoie à Rive-de-Gier le nouveau sous-préfet, Chevrollat, en vue d’une action conciliatrice dans le climat local très tendu. Le 17 mai, par exemple, on annonce qu’une bande de 100 à 150 individus, drapeau noir en tête, venus probablement de Rive-de-Gier, sont venus sommer les industriels de Givors de reprendre leurs activités et donner du travail aux ouvriers. Sur les chantiers du chemin de fer, ils demandent l’arrêt des machines à vapeur pour la manipulation du charbon, et le retour au travail à bras d’hommes.
Document :
L’Avenir républicain, 17 mai 1848
« Arrivée du Préfet. Situation de Rive-de-Gier.
Nous avons enfin un préfet. Il était temps. Depuis les élections l’action du pouvoir administratif a été à peu près nulle dans notre arrondissement. Aussi le désordre a-t-il fait de nouveaux progrès en l’absence d’une main ferme qui fit comprendre aux turbulents que la République est un pouvoir jaloux encore de son autorité, mieux décidé à faire respecter tous les droits et plus puissant à se faire obéir que la monarchie. Les agitateurs ont cherché à remuer la population pour préparer de mauvais jours. Ce n’est pas que le mal se soit partout manifesté une manière apparente. L’action des agitateurs a été latente et n’a pas pu éveiller par conséquent une opposition salutaire.
Il est des localités, néanmoins, où le désordre a pu se produire au grand jour, s’organiser même et à s’emparer à la fois de la fortune et du repos des communes. A Rive-de-Gier, surtout, on assiste à un spectacle dont il serait difficile de se faire une idée. Nous ne croyons pas que dans toute la France puisse se trouver une seule commune où la sécurité publique ait été jusqu’à ce jour plus audacieusement compromise. Nous avons déjà dénoncé à l’indignation de nos lecteurs le coup de main au moyen duquel une troupe de gens, la plupart des communistes effrontés, d’autres sans aveu, s’était emparé de l’Hôtel-de-Ville, et avait imposé cinq ou six d’entre eux membres comme administrateurs[22] dans une ville riche, laborieuse, importante par ses diverses industries. Nous avons protesté contre la sanction donnée par M. Baune, commissaire du gouvernement, à une pareille énormité, alors surtout qu’il laissait ainsi renverser une administration vraiment populaire, établie par lui-même et choisie presque toute au milieu des classes laborieuses.
Depuis cette époque, grâce à l’impunité, le mal est allé en augmentant. Durant les élections, c’est sous la menace du sabre et du poignard que les votes ont eu lieu. […] Aussi, nuit et jour, les rues de cette laborieuse ville retentissent de menaces et de chants sauvages et de cris de mort. Des bandes turbulentes se promènent dans la rue et des voix avinées chantent à tue-tête des refrains comme celui-ci :
Écrasons tous ces gros chiens
Et tous ces calotins.
Quatre ou cinq cents individus servent de garde prétorienne à l’administration composée, nous l’avons dit, d’hommes du plus bas étage et à peu près étrangers au pays, à l’exception d’un honnête brasser, le citoyen Keller, égaré, on ne sait trop comment, dans cet étrange conseil. De temps en temps, comme pour éteindre la confiance et la paix avant qu’elles puissent songer même à renaître, ces malheureux, tambour en tête, le sabre à la main, promènent la terreur dans tous les quartiers., dénonçant à une proscription prochaine tels ou tels noms. Pour qu’on ne se méprenne pas sur le sens de leurs manifestations, ils arborent le drapeau noir, oui, le drapeau signe de mort et de deuil, le drapeau des pirates et des forbans !
Rien d’étonnant qu’avec de pareilles saturnales, le crédit et le travail aient disparu. »
Et le journal poursuit en espérant que le nouveau préfet, M. Sain, qui comme avocat avait défendu les mineurs grévistes de 1844, restaurera l’ordre républicain.
« M. Sain ne sera donc pas suspect en faisant rentrer dans l’ordre ceux qui le troublent sous prétexte d’émancipation. »
À l’annonce de l’insurrection blanquiste parisienne du 15 mai 1848, le verrier Sigward, que nous avons déjà rencontré, « parcourait les rues, armé jusqu’aux dents, en demandant nominativement certaines têtes, et en provoquant dans un horrible langage la fureur populaire.[23] »
Le danger rouge est encore dénoncé avec le rocambolesque complot de Charles Eugène Bodin[24], 28 ans, membre de l’administration municipale de Rive-de-Gier et président du comité de la Société populaire d’Egarande[25], qui avait contacté Antoine Maillon, 22 ans, verrier à Rive-de-Gier, et Burgas ,mineur à St-Paul-en-Jarrêt, afin d’occuper Rive-de-Gier dans la nuit du 21 au 22 mai : les gardes nationaux de Reclus, St-Paul, la Grand-Croix, auraient bloqué l’entrée Ouest de la cité, pendant qu’un contingent de « communistes » venus de Givors auraient bloqué l’entrée Est. Et, aumatin, au signal du tambour et du tocsin, les maisons des riches seraient envahies et pillées.
Première mention du drapeau rouge[26], on en saisit un chez Bodin.
On imagineles réactions obsidionales des « honnêtes gens » en apprenant ce à quoi ils avaient échappé.
Les trois hommes furent évidemment emprisonnés et ne seront jugés qu’en décembre. Si Maillou et Burgas sont acquittés, Bodin est condamné à 4 ans d’emprisonnement.
On signale aussi l’arrestation de Pugnet et du « trop célèbre Risque-tout » qui ont « terrorisé les bourgeois dans leur domicile ». La municipalité révolutionnaire fait circuler une pétition de protestation.
Le 20 mai, la Compagnie des mines revient encore sur le préjudice causé par la décision gouvernementale de réduire à 10 heures la journée de travail, et dénonce violemment Duché qui aurait empêché l’exécution de décisions gouvernementales jugées par lui « de nature à provoquer des désordres parmi les ouvriers mineurs ».
L’Avenir républicain, qui donne la parole à la compagnie, écrit néanmoins :
« Nous sommes adversaires décidés du monopole. Nous croyons qu’un juste frein ne pourra être imposé à la spéculation des compagnies houillères qui se sont partagé tout le territoire, qu’à partir du moment où la concurrence sérieuse établie par des ordonnances, aura été rétablie, ou que les mines seront passées dans les mains de l’État. »
Le 21 mai le gouvernemental Mercure ségusien annonce que Chevrollat est revenu satisfait de Rive-de-Gier, alors que la ville est toujours aux mains des bandes anarchistes, s’énerve l’Avenir républicain du 24 mai. Il daube sur l’affaire Bodin, membre de la municipalité et de la Société populaire,qui a failli mettre la ville au pillage avec une bande de cinq à six cents malfaiteurs, et dénonce l’incurie de Sain.
Bref, le journal demande au préfet de mettre la municipalité à la raison et « d’envoyer aux honnêtes gens l’appui de la force armée, et au besoin, les gardes nationaux de Saint-Étienne sont prêts à marcher sur les communistes de Rive-de-Gier ».
Sain vient alors à Rive-de-Gier, condamne les mineurs qui au nom d’un Bureau central s’introduisaient dans les exploitations, mais leur promet d’agir dans le sens de leurs revendications. Il affirme la nécessité du maintien de l’ordre, aux prix d’arrestations et de condamnations s’il le faut.
« La journée de dimanche s’est passée avec un calme dont Rive-de-Gier avait perdu l’habitude : point de cris, point de chansons, point de tambours. La population si longtemps plongée dans la consternation et consignée dans ses foyers, a commencé à se rassurer et s’est hasardée à se montrer au-dehors. Tout fait espérer que le désordre touche à sa fin.[27] »
Cette amorce de répression n’intimida pas les partisans de la République avancée. En témoigne l’épisode de l’élargissement provisoire par le sous-préfet républicain de Saint-Étienne, Jean Baptiste Chevrolat, de Brun (arrêté début mai).
Cette libération provisoire provoque à nouveau l’effroi des honnêtes gens.
« Son élargissement a rendu les fauteurs de troubles plus audacieux que jamais. Ils sont allés en bande attendre leur ami à l’embarcadère du chemin de fer, et l’ont porté en triomphe dans tous les quartiers de la ville, en chantant et en vociférant ces cris d’une autre époque : A bas les blancs ! nous les tenons ! il faut que leurs têtes tombent. [28]»
Le jeune Bonard dit Maman, arrêté par la gendarmerie, est aussitôt libéré par les ouvriers.
Le soir même du retour de Brun, le commissaire de police est obligé de fuir devant les menaces de mort.
Les « honnêtes gens »sont d’autant plus inquiets qu’une partie des soldats en garnison à Rive-de-Gier ont fraternisé avec les manifestants.
On monte en épingle l’initiative grotesque de l’ouvrier verrier Gerboux employé de la verrerie Teillard, qui le 7 juin a voulu s’installer dans le logis du patron. « Un brave garçon dont la tête a été dérangée par les théories stupides de l’auteur de la découverte de l’Ile d’Icarie », commente l’Avenir républicain.
Les jours qui suivent seront ceux de la reconquête électorale par les « hommes d’ordre et de paix ».
L’élection municipale du 15 juin leur donne les deux-tiers des suffrages.
Le nouveau maire, Joseph Robichon, industriel verrier, retrouve un poste de maire qu’il avait déjà assumé deux fois sous la Monarchie de Juillet. Il est porté en triomphe par « ses fidèles ouvriers » à l’occasion d’un banquet saluant son élection.
« Maitres et ouvriers (les brouillons à part) comprendront que l’heure de la fusion a sonné », annonce l’Avenir républicain.
Ainsi se clôt le bref épisode de la municipalité « communiste ».
La répression va alors continuer alors de plus belle. Le 23 juin, Brun, qui ne se présente pas à son procès, est condamné à un an de prison et cinq ans de privation des droits civiques.
Puis vient l’annonce de l’insurrection parisienne du 22 juin.
Quel soulagement chez les conservateurs et les républicains « modérés », à l’annonce de la défaite de l’insurrection le 26. La presse conservatrice clame que les communistes locaux étaient prêts à faire comme à Paris, si Barbes et Blanqui y avaient triomphé.
Dans ce contexte, le 30 juin, au lendemain de la défaite de l’insurrection, des meneurs « communistes » poursuivis comme fauteurs de troubles sont condamnés, Martinet, à 3 mois de prison, (il interjettera en appel et écopera de six mois, il s’enfuira), Schneider dit Risque-tout 2 mois, Wagner 45 jours, Pierre Pugnet est acquitté.
Le coup de balai jugé définitif fut donné au matin du 1er juillet 1848 où la ville fut occupée par un bataillon du 19e de ligne et un escadron de dragons, ainsi qu’un grand nombre de gendarmes accompagnés par les autorités de Saint-Étienne.
Sont arrêtés Petit-Jean, présenté comme étranger à la commune, « le plus mauvais comme le plus hypocrite de ces anarchistes », Rachou, colonel de la garde nationale, président des prud’hommes et chef des chantiers nationaux, et Blachaire, que pourtant l’on croit « insignifiant ». Tous trois sont transférés la chaine au cou à Saint-Étienne. Sont arrêtés et relâchés : Leclerc, Martin Charbonnier.
Avertis par des employés de l’administration départementale , Sigward, Chaize, Brun et Martin ont pris la fuite.
On somme les « communistes » de rendre les armes, on perquisitionne dans la ville quadrillée militairement.
« Il était vraiment curieux de voir arriver de tous les côtés de la ville des individus à figure patibulaire, portant fusils, sabres, lances[29]. »
Des fouilles sur les chantiers nationaux route de Givors ne donnent pas de résultats, mais les ouvriers suspects sont en fuite.
Désormais, se réjouit-on dans la presse conservatrice, la ville de Rive-de-Gier est parfaitement tranquille. Aux manifestations qui semaient l’inquiétude ont succédé des banquets « où règnent la concorde et la fraternité la plus cordiale» et où sont invitées les autorités civiles et militaires. Par exemple, le 5 juillet, au banquet des crocheteurs, on porte des toasts à l’armée, à la garde mobile, au général Cavaignac qui ont sauvé la France.
Le Censeur de Lyon, organe républicain radical sous la Monarchie de Juillet, et qui avait toujours défendu les revendications ouvrières, est alors tout occupé à saluer les vainqueurs de l’insurrection parisienne, et se borne à ce bref billet (2 juillet) pour tout commentaire :
« Nous apprenons qu’hier dimanche deux mille hommes d’infanterie et de cavalerie ont été dirigés sur Rive-de-Gier ; des perquisitions ont été faites dans plusieurs maisons et l’on nous assure que M. Petitjean, remplissant les fonctions de maire depuis la révolution a été arrêté ainsi que le colonel de la garde nationale. D’autres mandats auraient été lancés. »
Le 30 juillet une nouvelle élection municipale confirme « les mêmes hommes, hommes d’ordre et de paix » à la direction de la commune. Jean Pierre Delay, extracteur et marchand de charbon, remplace au poste de maire Robichon, manufacturier verrier.
Les protestations des perdants, qui dénoncent des manipulations patronales lors du scrutin (700 ouvriers empêchés de voter, vote de nouveaux venus étrangers appelés par les industriels) n’ont évidemment aucune suite.
Conclusion de l’Avenir républicain du 9 août : « Nos communistes ont-ils donc pensé que depuis l’établissement de la République le monde pouvait être retourné comme un gant ? »
Ce même 9 août Sain, jugé trop républicain avancé, est remplacé.
Et la campagne anti-communiste continue : en septembre sera vilipendé le docteur Lisfranc, qui, dans sa candidature se serait manifesté comme candidat dévoué du communisme. Ce qu’il nie avec la plus grande énergie.[30]
Dans le relatif calme politique qui s’ensuivit, une première secousse sociale à l’automne annonça la grande secousse à venir, celle de la grève des mineurs du printemps 1849 : le 6 septembre, les mineurs ont fait grève dans le but d’obtenir une réduction de leurs heures de travail, et une augmentation du prix de leurs journées. Le procureur de la république et le sous-préfet viennent admonester les ouvriers qui reprennent le lendemain.
Le 13 septembre, Sigward est condamné à 1 mois de prison pour diffamation.
Mais les quelques militants qui avaient pu réapparaître, étroitement suveillés, ne baissaient pas les bras.
En témoignent les efforts de Petit-Jean, avec Delon, Lang, Rochette et Ustache, de reconstituer un cercle républicain et installer, avec l’aide de son ami Reverchon (voir supra) une filiale de la Solidarité républicaine de Paris, initialement créée pour soutenir la candidature de Ledru-Rollin à l’élection présidentielle de décembre. Elle se consacrera ensuite à la préparation des élections législatives de 1849.
Les 10 et 11 décembre à lieu l’élection présidentielle. Rive-de-Gier, comme un peu partout, connaît le raz-de-marée Louis Napoléon Bonaparte. Mais, signe d’une rémanence « communiste », Raspail recueille 175 voix, alors qu’il n’en avait obtenu que 88 à Saint-Étienne, et zéro au proche Saint-Chamond.
[1]René Merle, Luttes ouvrières et dialecte. Guillaume Roquille, Rive-de-Gier, 1840, Société d’études historiques du texte dialectal, 1989, 58 p. – René Merle, “L’écriture dialectale forézienne et lyonnaise de la pré-Révolution à la révolte des Canuts”. G.Roquille, Breyou, 1834, Édition critique, (en collaboration avec F.Rude), Société d’études historiques du texte dialectal, 1989. – René Merle, “À propos de Guillaume Roquille, de Rive-de-Gier, 1804-1860”, Bulletin d’informations municipales de Rive-de-Gier, 74 – 1990, René Merle, “Breyou, Rive-de-Gier et l’insurrection des Canuts, 1834”, Bulletin d’information municipale de Rive-de-Gier, 77 – 1991.
[2] Te que te mo vu naître, ô pouro Var de Gi ! / Comma to decheta et comma to changi ; / Dépuqu’inapugnia d’intrigants effrontos / D’emutzi ambitions, de factions dehontos, / Siouyant le zinstrutions de Blanqui, de Barbès / Lo zormes à la man t’en imposoliouluès. / Et quine luès ? Grand Dzo !… A l’ombra doupartajo / Que la vila crapula ne vou que lo pillajo. /Oh ! couma to changi !…te n’esse plus la villa / Si bonna par l’ouvri, si calma, si tranquilla /O n’y a plous moyen de pouéretravailli, / Lo zotellin se seront, la confiance a fui. / O gna rien d’etonnant, aussitou qu’ovait jour, / I sonnont lo clairon, i battontdou tambour, / Pu, drapeaux dépleyis, de bandes exaltèses / Corront par le charrere, chantant La Marseillaise : / Lo sabrodegaino, lo pistole ou pins / I volonteffrayirtotele brave gins, / Borlont à bos lo cicho, borlont à bos lo blanc, / A lioutetafiguront lo Pugne, lo Maman / L’intagi Risquetout et mintautro vaurien / Affidospartzisansdou complot de Baudin. / Baudin, vice-presidentdouclubo populaire / Liu qu’etzé ou cousé, l’ami douregrolaire, / Baudin lo demaguogo, qui par pouerepilli /Volierenovelo la San Bartholomi / Oh ! vos, zamisdde l’ordre, crocheteurs, pereyous / Ouvris de tous zetats, vos noblostravaillou, / Examino donc bien, vos, zomas de bon sens, / Ce qu’il en fa par vos tous que lo zintrigants / Et ce qu’ils sont capablo de faire à l’avegni / Gna lo salamin ion que fasse travailli ? Que pouede vo attindre d’in Brun et d’in Rachou / Que n’an jamais rien fa et que n’an po lou sou ? / SeratoPitzijean, seratoSignard / Qu’aszurant ou pays l’arjin et lo travar ? / Serato in menaçant lo maitre de varrère / Qu’ils donnarantdebit ou maitres de pereire : / Que farante par vos Venance et Bourguignon, /Et quousartin Duport et lo grouThomaron, / Et Martin l’ebegnisto et Noel, varri, / Qu’est betzicommein pot, et Martin Charbogni / La plus fameusapeyi qu’existese ou pays, / Je possariincore Point et ClementValuy / Que farian pro de bru mais farianzin de mô, /Mais ovait Cadet Ruche que poué po dzigero. / Je sais po que penso de Canord, de Prevost / Surtout de Michel Rapp que vous jin de corgno. / A vou la liberto in vrai republicain, / A vou l’égalito mais comma alla comprin / Quant on tré frereChéza je vo n’in parlo po / O fodra qui fondésan jusqu’à lioucubilo. / O vo faut d’autrozomocréde me mo zamis/ Paarpuererameno l’abandance ou pays / Accouto mo cous, je ne su po in blanc, / Je su in pouroouvri, je su in bon efant. / Tot aussi bien que vo j’amo la Republiqua/ Tot aussi comma vo je detesto la cliqua. / Je deteste Cabet et tous socommugnito. / Je deteste Barbès a voué tous socomplicio. /Non, jamais l’agnarchie no bora lo bonheur / Crède me pourofrero et repetons In chœur / A bo lo commugnisto que volonpartagi / A bo lo feneyants que volon no pilli.
[3]Nous retrouverons souvent ces noms dans les péripéties des années 1848-1849, par exemple Bodin (orthographié Baudin), Bonnard dit Maman, le fondeur Brun, le fondeur Chaize (orthographiéCheza), Martin l’ébéniste dit la Guillotine, Martin Charbonnier, le peintre en verrerie Petit-Jean, Pugnet, Rachoule cordonnier, Schneider dit Risque-tout….
[4] C’est un copier-coller des articles du journal l’Avenir Républicain, du tout proche Saint-Étienne, dont le titre est l’opportuniste conversion du conservateur Mémorial judiciaire de la Loire d’avant la proclamation de la République. Voir le document I.
[5] Au moins 2400 mineurs, sinon plus en période de plein emploi, 1200 verriers, 400 métallurgistes, plus les débardeurs du canal, sans compter les nombreux travailleurs de la proche Lorette, qui venait d’être séparée de Rive-de-Gier et érigée en commune.
[6] Bodin, souvent aussi orthographié Baudain.
[7] Michelle Blanc, « Lo couse de Vait-Var-de-Gi in 1848, ARRH, 21, mars 2009. J’en profite pour signaler l’excellent travail patrimonial effectué par l’ARRH, Association Ripagérienne de Recherches Historiques.
[8] Poursuivis à la suite du coup d’État de 1851, listes par département. Commissions mixtes.
[9]Cf. notamment C. Chomienne, Histoire de la ville de Rive-de-Gier, Saint-Étienne, 1912. Robert Lacombe, Recherches historiques sur la ville de Rive-de-Gier, Rive-de-Gier, 1985.
[10] On lira toujours avec grand intérêt Léon Lévy-Schneider, « Les débuts de la Révolution de 1848 à Lyon, à propos d’un ouvrage récent », Revue d’histoire moderne & contemporaine, année 1911, 15-1, 15-2.
Plus généralement, je me suis toujours plongé par exemple dans les travaux de Maurice Moissonnier, et ceux Fernand Rude avec qui j’ai eu le bonheur de collaborer à propos de Roquille.
[11] Ainsi l’industriel verrier Joseph Michel Robichon, deux fois maire après 1830. Au début de 1848, le maire est Claude Anne Louis Gaultier, notaire.
[12] On consultera l’indispensable ouvrage d’Yves Lequin, Les ouvriers de la région lyonnaise (1848-1914), 2 T, Presses Universitaires de Lyon, 1977.
[13] Nous le retrouverons souvent dans les mois qui suivent.
[14] À côté du fondeur Brun on signale l’exaltation communiste d’Hippolyte Delabonne, agent de police spécial du chemin de fer à Rive-de-Gier
[15] L’Avenir républicain, 19 avril 1848
[16] L’Avenir républicain, 4 juin 1848
[17] Le nom véritable semble être Rachoud.
[18] René Merle, « Regards sur la grève des mineurs de Rive-de-Gier en 1844 et ses répercussions régionales et nationales. Documents. »
[19] Ainsi, on citera au procès de Brun en novembre 1849, une belle lettre saisie sur lui, dans laquelle il expose en termes mélodramatiques pourquoi il a trahi ses camarades.
[20] On consultera P. Guillaume, « Grèves et organisations ouvrières chez les Mineurs de la Loire au milieu du XIXe siècle », Le Mouvement social, n° 43, avril 1963.
[21]L’Avenir républicain, 26 avril 1848
[22] Bodin, Chaize, Petit-Jean, Rachou, Sigward,Delabonne Martinet…
[23] L’Avenir républicain, 24 mai 1848.
[24] Bodin est à la fois présenté comme ex-pharmacien, et comme ex-employé à l’octroi de Saint-Étienne. Il était depuis peu habitant de Rive-de-Gier. Le texte patois l’avait déjà dénoncé !
[25] Proche faubourg de Rive-de-Gier.
[26] On ne parlait jusque-là que de drapeau noir.
[27]L’Avenir républicain, 31 mai.
[28] L’Avenir républicain ,4 juin 1848.
[29]L’Avenir républicain, 5 juillet 1848.
[30] On pouvait déjà lire dans l’Avenir républicain du 11 avril 1848, à propos des élections législatives : « M. Lisfranc, autre candidat balloté par la Société populaire, n’est-il pas communiste ? »