Léopold Delord, juge proscrit
page mis en ligne le 1er juin 2026
version complète du texte publié dans le Bulletin de l’Association 1851, 101 (mai 2026)
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Léopold Delord, juge[1] proscrit
Sauf indication contraire, les notes sont de Frédéric Negrel.
Journal officiel de la République française, 21 décembre 1870 (Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
Rapport au Ministre de la Justice
Monsieur le Ministre,
En exécution du décret du 12 septembre 1870, qui réintègre dans leurs droits les fonctionnaires de tout rang qui ont été frappés à la suite des événements du 2 décembre 1851, j’ai cru devoir me livrer à des recherches concernant les magistrats qui pourraient prétendre au bénéfice de cette disposition.
J’ai l’honneur de vous soumettre un travail qui est le premier résultat de ces recherches.
M. Delord, ancien juge à Cahors, actuellement avocat à Constantinople, n’a pas été seulement une des victimes du coup d’État de décembre 1851 : le récit de ce qui lui est personnel mettra en lumière des faits et des procédés dont la morale publique et l’intérêt général commandent la divulgation. Nul exemple ne montre mieux l’audace avec laquelle le régime déchu se jouait des principes mêmes dont il se prétendait le sauveur et le gardien. L’inamovibilité de a magistrature, qui couvre aujourd’hui tant de serviteurs des monarchies passées, a été dignement foulée aux pieds par les hommes qui ont frappé et n’ont voulu frapper dans le juge Delord qu’un magistrat républicain.
M. Delord (Paul-Joseph Barthélémy, dit Léopold), né le 22 février 1808 dans le département du Lot[2], débuta dans la magistrature en 1833, comme substitut du procureur du roi au tribunal de Gourdon. Lors de la révolution de 1848, il était juge au tribunal de Cahors[3], marié avec la fille d’un ancien député[4], père de famille[5], jouissant d’une fortune relativement considérable, puisque son avoir, consistant en biens territoriaux, lui assurait environ 8 000 fr. de revenus. M. Delord appartenait à la nuance d’opinion qu’on appelait alors l’opposition dynastique. Il se rallia franchement à la révolution de février. Elle le nomma juge d’instruction[6]. M. Delord accepta ces fonctions par dévouement, car elles n’étaient pas dans ses goûts ; cependant il les remplit d’une manière remarquable, le fait est incontesté. Quand la république lui sembla bien assise, M. Delord voulut redevenir simple juge ; il en manifesta deux fois l’intention ; mais, à la demande du chef du parquet de la Cour d’Agen, le ministre de la Justice, M. Bethmont, témoigna à M. Delord le désir de lui voir conserver la charge de l’instruction, et M. Delord la conserva.
Quelques mois plus tard les choses avaient bien changé. M. Delord, en juin 1849, fut révoqué de l’instruction pour avoir refusé d’agir contre le journal républicain de Cahors, « Le Réformateur ». Il resta simple juge[7].
Les notes fournies sur son compte par les chefs du parquet de la Cour d’Agen en 1848, 1849, 1850 sont très bonnes. Elles le représentent comme un magistrat capable, éclairé, exact dans l’accomplissement de ses devoirs, parfaitement honorable et très considéré ; elles ne lui reprochent que ses opinions et ses relations républicaines (voir les notes de 1850, ci-après, annexe n°1). En 1849, il fut élu membre du conseil général, il l’était encore lors du coup d’Etat.
Dès que la nouvelle du crime de décembre arriva à Cahors, M. Delord essaya, avec quelques amis, d’organiser la résistance pour défendre la Constitution. Cette tentative se réduisit à quelques conciliabules, les hommes des campagnes, sur lesquels on comptait, ne vinrent pas[8]. Les amis de M. Delord furent arrêtés ; parmi eux figurait M. Béral[9], procureur de la République, qui fut transporté en Afrique[10]. M. Delord, respecté d’abord par les prescripteurs, continua de siéger jusqu’au 19 décembre à son tribunal où ses collègues paraissent l’avoir accueilli avec une sympathie respectueuse. Mais, le 19 décembre, un mandat d’arrêt était lancé contre lui par le premier président de la Cour d’Agen, et trois brigades de gendarmerie étaient chargées de s’emparer de sa personne. Averti à temps, il parvint à s’enfuir hors de France. La commission mixte du département, composée du préfet[11], du colonel de gendarmerie[12] et du nouveau procureur de la République[13], le condamna à la transportation en Afrique, en le classant dans la première catégorie des transportés, dite Algérie-plus[14]. (Cette décision se trouve plus loin, avec une lettre de M. le procureur général X… au ministre de la justice, où l’on verra le récit de la conduite de M. Delord au 2 décembre (annexes n° 2 et 3).
M. Delord ne donna pas sa démission de juge, malgré les négociations que le ministère de la justice put ouvrir avec sa belle-mère et sa femme, et qui durèrent jusqu’à la fin de 1852. Il ne fut non plus et il ne pouvait être l’objet d’aucune action disciplinaire, malgré les pressantes et acrimonieuses instances de M. le procureur général X… qui avait signé les notes élogieuses de 1850. Comment donc s’y prendre pour l’arracher de son siège ? Un procédé fut trouvé, devant lequel la plus vulgaire honnêteté eut reculé : les administrateurs de la justice de 1852 l’adoptèrent.
L’article 48 de la loi du 20 avril 1810 dispose en ces termes : « Les juges et officiers du ministère public qui s’absenteraient sans un congé délivré suivant les règles prescrites par la loi ou les règlements, seront privés de leur traitement pendant le temps de leur absence ; et si leur absence dure plus de six mois, ils pourront être considérés comme démissionnaires et remplacés. »
Dès le 23 janvier 1852, le procureur général avait adressé à M. Delord une réquisition d’avoir à reprendre son poste. Cet acte fut signifié au maire de Cahors.
Le 21 mai 1853, M. Delord était révoqué par décret impérial comme absent sans congé.
Il est à remarquer que trois mois avant son remplacement, M. Delord, à la suite d’une note parue au Moniteur, et aux termes de laquelle le gouvernement impérial promettait l’oubli du passé aux proscrits qui feraient leur soumission, avait cru devoir faire remettre au ministre de la justice, par son frère[15], capitaine au 19e de ligne, une déclaration conçue en ces termes : « Je soussigné Delord, juge au tribunal de Cahors, déclare me soumettre à la volonté exprimée par les votes du peuple français, et prend l’engagement de ne me livrer à aucun acte politique hostile au gouvernement qu’il a adopté. – L. Delord. – Londres, le 31 janvier 1853. »
De cette déclaration bien simple mais expresse, il résultait évidemment que M. Delord était prêt à rentrer en France et à y reprendre son poste, ainsi d’ailleurs qu’il le disait plus explicitement encore dans une lettre personnelle au ministre, datée du même jour. Lors de la nomination de son remplaçant, il adressa à la cour d’Agen une protestation qui naturellement ne fut prise en nulle considération, ni par cette cour, ni par le ministère de la justice.
Ainsi chassé de France, M. Delord habita successivement l’Espagne, Puerto-Rico[16], la Belgique et les Etats-Unis. Préoccupé de l’avenir de ses filles, il entreprit des opérations commerciales qui ne réussirent pas. Il ne lui est resté que fort peu de choses de la fortune qu’il avait. Enfin, en 1864, il s’établit à Constantinople, près d’une de ses filles, mariée à un ingénieur des mines français, fils de l’ancien procureur de la République à Cahors en 1851[17].
Depuis 1864, M. Delord exerce à Constantinople la profession d’avocat. Son honorabilité parfaite y est universellement appréciée.
L’ambassade de France n’a pu moins faire que de l’inscrire sur la liste des notables depuis 1866 et d’en faire l’un des deux assesseurs permanents qui avec le consul-chancelier, composent le tribunal correctionnel de la colonie française[18].
Aux dernières élections générales pour le Corps-Législatif, M. Delord a été porté comme candidat de l’opposition démocratique dans l’une des circonscriptions du Lot. La candidature lui a été offerte au dernier moment ; il a dû envoyer son serment par le télégraphe et n’a pu venir se présenter lui-même aux électeurs. Il a obtenu néanmoins environ 5 000 suffrages[19].
De tels faits parlent haut. Une réparation est due à M. Delord. Celle qui s’offre naturellement l’esprit serait une réintégration éclatante dans la magistrature, à un poste élevé.
Mais il y a lieu de tenir compte du temps écoulé, de la situation faite à M. Delord par dix-neuf ans d’exil et par la fixation de son domicile à Constantinople. Les convenances probables de M. Delord et les aptitudes spéciales qu’il a acquises conduisent à lui ouvrir une position qui pourrait parfaitement lui convenir : ce serait celle de consul-chancelier de l’ambassade de France à Constantinople, vacante depuis le mois de janvier dernier. M. Delord a, me dit-on, manifesté le désir d’occuper cette importante position. Il paraît naturel d’accéder à ce désir.
Je vous proposerai, monsieur le ministre, si vous approuvez cette manière de voir, de transmettre ce rapport, avec votre adhésion, à votre collègue des affaires étrangères.
Je suis, monsieur le ministre, etc.
Le secrétaire général du ministère de la justice,
F. Hérold
Paris, le 28 novembre 1870
Approuvé :
Le membre du Gouvernement, délégué au ministère de la justice,
Emm. Arago
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Annexe n°1
Notice individuelle – 1850
[suivent les mentions de l’état-civil]Son état ou profession avant d’être magistrat : Avocat
Etat ou profession de son père : Juge de paix[20]
Indication de son premier emploi judiciaire. — Substitut[21].
Date de sa nomination à cet emploi. — 18 août 1833.
Date de sa nomination aux fonctions qu’il occupe actuellement. — 24 décembre 1845.
Interruptions de service. — Aucune.
Dire s’il parle ou écrit quelque langue étrangère ou quelque idiome utile. — Un peu l’allemand et l’espagnol ; idiome du pays.
Quel est son revenu, indépendamment de son traitement ? — De 7 à 8,000 francs.
Fonctions extrajudiciaires. — Membre du conseil général du Lot[22]. En a été quatre fois secrétaire.
Est-il marié, veuf ou célibataire? — Marié.
Date de son mariage actuel. — 8 janvier 1840.
Nom, prénoms et âge de son épouse. — Adine Pélissié, 30 ans.
Profession de son beau-père. — Propriétaire, ancien député.
Nombre de ses enfants vivants. — Trois filles.
Dire s’il existe des liens de parenté ou d’alliance entre lui et d’autres magistrats du ressort, ou avec des officiers publics. — Non.
Demande-t-il quelque avancement ? — Accepterait les fonctions de conseiller ou de président de tribunal ; mais il ne demande rien.
Dire s’il irait partout où il pourrait être envoyé en France. — Non.
Dans le cas de la négative, quels sont les ressorts où il désire être placé ? — Toulouse, Bordeaux, Agen.
S’il irait en Algérie ou dans les colonies. — Non.
RENSEIGNEMENTS CONFIDENTIELS.
Caractère. — Très-ferme.
Conduite privée. — Irréprochable.
Conduite publique. — Tenue de magistrat.
Impartialité. — Incontestable.
Travail. — Suffisant.
Exactitude, assiduité. — Bonnes.
Zèle, activité. — Bons.
Fermeté. — Très-grande ; mal appliquée.
Santé. — Bonne.
Rapports avec ses chefs. — Officiels et froids.
— avec les autorités. — Officiels et froids.
— avec le public. — Bons.
Habitudes sociales. — Homme de bonne compagnie, forcé parfois, par ses relations politiques, de se trouver avec des hommes qui ne sont pas dignes de lui.
Capacité. – Réelle.
Sagacité. — Grande.
Jugement. — Très-droit.
Style.- Médiocre.
Élocution. — Ordinaire.
Instruction en droit civil. – Très suffisante.
Instruction en droit criminel. – Très suffisante.
Instruction accessoire. — Médiocre.
S’il est propre au service de l’audience civile ?— Oui.
S’il est propre au service de l’audience correctionnelle ? — Oui, comme juge.
S’il convient au service de la cour d’assises. — Oui.
S’il convient spécialement à la magistrature assise. — Oui.
S’il convient spécialement au parquet.— Non.
S’il convient spécialement à l’instruction. — Il en a été chargé ; il s’acquittait fort bien de ses fonctions.
S’il se livre à des occupations étrangères à ses fonctions ? — Agriculteur industriel (vers à soie)[23].
S’il jouit de l’estime publique. — Oui.
S’il a encouru des peines disciplinaires. – Non.
Si ses liens de parenté apportent quelque obstacle au service. — Non.
S’il a droit à quelque avancement. — Non, à cause de ses opinions politiques.
FAITS PARTICULIERS
M. Delord était saint-simonien en 1832 ; de l’opposition dynastique en 1848.
Nommé magistrat par l’influence de M. Calmon[24].
A la révolution de février, il fut chargé de l’instruction. Il la dirigeait très-bien en matière de délits communs. Au 13 juin 1849, refusa d’agir contre le Réformateur. Il fut justement révoqué.
Juge intègre.
Signature du chef de la cour, rédacteur de la notice,
X… Procureur général
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Annexe n°2.
Considérant que le sieur Delord, méconnaissant le caractère dont il était revêtu, s’est toujours affiché comme le soutien le plus ardent du parti démagogique ; qu’il en était l’âme et le conseil ; que ses relations continuelles avec les chefs avoués et reconnus de ce parti sont clairement établies par ses antécédents et par sa conduite ; qu’on le voit, en effet, intimement uni avec les représentants montagnards, s’inspirant de leurs instructions et en dirigeant l’exécution ; qu’ainsi, dans une circonstance mémorable, il fait cause commune avec les anarchistes qu’il refuse de poursuivre en sa qualité de juge instructeur, quoique le crime soit flagrant ; qu’il est révoqué pour ce motif[25] ;
Considérant que dans les événements de décembre, le sieur Delord a été un des organisateurs de tous les complots, de toutes les sociétés secrètes ; que c’est lui qui dans la réunion Lavergne a conseillé l’appel des paysans à l’insurrection ; qu’il a participé à toutes les mesures dont le but était la résistance armée et la guerre civile ; qu’en un mot il s’est posé comme le chef de l’anarchie qu’il provoquait par les propos les plus exaltés, en annonçant qu’il n’hésiterait pas à se mettre à la tête de l’insurrection, sous prétexte de défendre la Constitution ;
Considérant que le sieur Delord doit être regardé comme le plus dangereux de tous les anarchistes, à cause de son influence funeste et du déplorable usage qu’il en a fait ; qu’il est nécessaire d’user de la plus grande rigueur à l’égard d’un homme qui s’est montré mauvais citoyen et indigne magistrat ;
La commission départementale décide que le sieur Delord sera transporté en Afrique, et classé dans la première catégorie. (Plus.)
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Annexe n°3.
Agen, 13 août 1852.
COUR D’APPEL D’AGEN. — PARQUET.
Monsieur le garde des sceaux,
J’ai l’honneur de vous transmettre le rapport que vous m’avez demandé par votre dépêche du 30 juillet dernier, au sujet de M. Delord, juge au tribunal de première instance de Cahors.
La conduite de ce magistrat, actuellement en fuite sous mandat d’arrêt, a été si coupable depuis quatre ans, et surtout depuis les événements de décembre 1851, la répression qu’elle a encourue jusqu’à ce moment a été si juste, quoique incomplète, celle qui l’attend encore est si bien méritée, qu’un simple rapport ne m’a point paru suffisant et que j’ai cru devoir vous adresser toutes les pièces juridiques sur lesquelles peut et doit se fonder la révocation que la cour suprême prononcera sans nul doute contre M. Delord.
Ces pièces, qui sont classées en six petits dossiers[26], établissent jusqu’à la dernière évidence la criminalité des projets du parti socialiste dans le département du Lot, et la participation de M. Delord, soit à ces projets, soit aux tentatives insurrectionnelles qui en ont été la suite.
M. Delord, simple juge au tribunal de Cahors avant la révolution de février, fut nommé juge d’instruction au même siège peu de temps après les événements, et par le Gouvernement provisoire dont il partageait toutes les idées.
En 1849, il profita de sa position pour étouffer, de concert avec M. Béral, procureur de la République, une plainte en diffamation portée contre le journal le Réformateur par M. de Vincent[27], alors préfet et aujourd’hui conseiller D’État.
Le 15 juin 1849, il refusa d’instruire contre le gérant du Réformateur, prévenu d’excitation à la guerre civile par la voie de la presse, et depuis condamné pour ce fait par la cour d’assises du Lot à la peine de six mois d’emprisonnement. Révoqué de ses fonctions de juge instructeur pour cet inqualifiable oubli de ses devoirs, M. Delord redevient simple juge ; il s’abstient depuis lors, même avec une sorte d’affectation, dans les nombreux procès que le Réformateur a eu à soutenir devant la cour d’assises du Lot ; mais il n’en est pas moins, soit au conseil académique, soit au conseil général où le parti démagogique l’a fait entrer, le soutien et le défenseur des doctrines et des hommes de ce journal[28] ; enfin il vit publiquement avec les individus les plus exaltés et les plus mal famés du pays.
Le 4 décembre 1851, dans la matinée, M. Delord se rend avec Béral dont j’ai parlé, aujourd’hui transporté en Afrique, à l’hôtel de ville de Cahors.
Il propose au maire[29] de former une commission de sûreté générale devant se substituer aux autorités régulièrement constituées : le maire refuse.
En sortant de l’hôtel de ville, où sa proposition n’a pas été agréée, M. Delord, accompagné de plusieurs meneurs du parti socialiste, se rend chez le sieur Guitard, aubergiste, dont la maison est située dans un quartier retiré, afin d’y organiser une réunion politique. Cette réunion ne peut avoir lieu à cause du refus de Guitard.
Enfin, et après de nouvelles tentatives chez un nommé Margantelle, vers trois heures de l’après-midi, toujours le 4 décembre, les chefs de la démagogie parviennent à s’établir dans le cabaret d’un sieur Lavergne, dit Galisque ; ils sont au nombre de 50 environ, tous transportés ou en fuite aujourd’hui.
Marlet[30], repris de justice, rédacteur en chef du Réformateur, les préside ; Delord est à ses côtés.
Marlet annonce que les démocrates des diverses parties du département sont en marche sur Cahors : il propose d’écrire des lettres pour appeler aux armes ceux qui entourent la ville et pour sonner le tocsin dans les communes qui l’avoisinent. Sa proposition est acceptée par tous les assistants. Un des insurgés demande que l’hôtel de ville de Cahors soit immédiatement envahi. Béral s’y oppose, disant qu’on doit attendre l’arrivée des campagnes pour avoir des forces suffisantes : Delord appuie sa proposition, il déclare qu’il se mettra le premier à la tête de l’insurrection, et son attitude est telle que les meneurs principaux, aussi bien que les agents secondaires, le considèrent comme le chef véritable du mouvement, et le proclament plus habile et plus énergique que Marlet lui-même.
Le lendemain, vendredi 5 décembre, dans la matinée, les conjurés attendent, réunis chez Delord, l’arrivée des paysans ; les paysans ne viennent pas ; les arrestations commencent[31]. Delord, qui se sent protégé par sa qualité de juge, ne prend pas la fuite immédiatement : il a l’impudence de revenir au tribunal ; de s’opposer vivement à l’adresse votée par le corps au président de la République, de siéger même dans une dernière affaire du Réformateur. Enfin, le 19 décembre, il se soustrait aux investigations de trois brigades de gendarmerie chargées d’exécuter le mandat d’arrêt décerné contre lui[32] ; il se réfugie en Espagne, où sa fortune lui procure de doux loisirs, pendant que tous ses complices expient leur conduite en Afrique ou sur divers points du territoire.
Un pareil homme ne peut rentrer dans le sein du tribunal. Ce serait une honte pour la magistrature, une injustice envers ceux qui ont été révoqués de leurs fonctions ou transportés, un démenti formel donné à l’opinion publique tout entière. La cour suprême, il faut l’espérer, délivrera les membres du tribunal de Cahors d’un collègue qui s’est rendu indigne de vivre parmi eux.
Si par hasard j’avais oublié quelque fait, on le trouverait dans mes deux rapports antérieurs.
Je suis avec respect, etc.
X… Procureur général[33].
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Le secrétaire général du ministère de la justice ayant transmis les pièces qui précèdent à M. le ministre des affaires étrangères, a reçu de lui la réponse qui suit :
Monsieur le secrétaire général,
J’ai reçu la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 2 décembre courant et le rapport qui l’accompagne concernant la situation de M. Delord, juge au tribunal de Cahors. Je n’ai pas besoin de vous dire les sentiments que cette lecture m’a inspirés ; vous les devinez sans peine.
Un magistrat instruit, intègre, irréprochable, déclaré par ses chefs, qui reconnaissent ses mérites, incapable d’avancement à raison de ses opinions politiques, frappé ensuite au 2 décembre 1851 pour avoir été fidèle à son serment et respectueux de la loi, brisé enfin malgré son inamovibilité, sous le dérisoire prétexte de son absence, ce sont là de monstrueux scandales, qui m’attristent sans m’étonner, et appellent, quand elle est possible, une éclatante réparation. J’aurais tenu à honneur de l’offrir de suite à M. Delord, en mettant ses éminentes qualités au service du département dont je suis le chef très-éphémère, si j’avais pu connaître ses intentions. Dans l’état d’investissement où nous sommes, je ne puis que vous assurer de mon bon vouloir, et m’associer par avance à tout ce qui sera fait pour venger dans la personne de M. Delord le droit et la justice, si ouvertement violés.
Veuillez agréer, monsieur le secrétaire, général, l’expression de mes sentiments de haute considération.
JULES FAVRE.
Paris, 14 décembre 1870.
F. Hérold, secrétaire général du ministère de la justice.
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Léopold Delord rentra le 30 septembre 1870 à Freyssinet où il fut accueilli triomphalement[34]. Il est pressenti pour être candidat à l’Assemblée constituante évoquée le 4 septembre. Il se présente aux élections législatives du 8 février 1871, mais est battu avec 18878 voix contre plus de 31000 au dernier élu.
En 1876, Léopold Delord fut nommé juge à Toulouse, puis conseiller à Limoges en 1877, et enfin juge de paix à Lyon en 1878, pour échapper à la limite d’âge. Aux premières élections sénatoriales du 30 janvier 1876, il s’était présenté comme candidat républicain dans le Lot, où il n’obtint que 178 voix contre 285 données au moins favorisé de la liste conservatrice, le légitimiste Octave Depeyre. De nouveau candidat au renouvellement du 5 janvier 1879, il fut élu par 230 voix sur 382 votants ; le plus favorisé des deux candidats conservateurs, Depeyre, n’obtint que 145 voix. Léopold Delord siégea à gauche, et vota pour les ministères républicains qui se succédèrent au pouvoir. Il décède en cours de mandat, le 27 mars 1883 à Puy-l’Evêque[35].
Extrait de Ch. Franc, Un proscrit de Décembre, Cahors et Périgueux, 1871
Une pluie fine et glacée fouettait l’air. Le vent soufflait avec violence. Les chemins étaient mauvais et la nuit sombre. Un charretier, parti à la nuit tombante de Cahors, frappait en grelottant ses chevaux, peu habilités à traîner d’un pas aussi rapide le lourd véhicule. L’équipage allait bon train et cependant le conducteur n’était pas satisfait. Il avait hâte d’arriver. En traversant un petit village du Quercy, il apprit que deux gendarmes à cheval venaient de passer au galop. Le paysan pressa encore la marche de ses chevaux.
Après avoir souvent pesté contre le temps, la route et, son équipage, il arriva mouillé jusqu’aux os à Frayssinet-le-Gélat.
Il mit, sans bruit, son attelage à l’abri, et se dirigea en toute hâte vers le château de Pechfumat[36], résidence de M. Léopold Delord.
Que pouvait vouloir cet homme à une heure indue de la nuit ? Il eût été sans doute inutile de chercher à lui arracher son secret. Pour agir avec plus de mystère encore, dans une de ces phases politiques où toute démarche est suspecte, cet homme s’était chargé de plusieurs sacs vides et, armé d’un long bâton noueux, il pénétra dans la cour du château. Il n’entendait que le bruit du vent dans les grands arbres ; tout dormait au Pechfumat. Sans présomption aussi bien que sans crainte, le mystérieux personnage s’avançait résolument quand il se sentit saisi au collet et interpellé. Sans se déconcerter, le paysan repousse son agresseur, mais bientôt il entend le bruit d’une arme à feu. Le pistolet sur la gorge, force lui est de répondre à un agent de la force publique qui lui demande qui il est et où il va.
— Qui je suis ? s’écria le charretier avec un juron, vous devez me connaître. Je viens prendre des denrées que je dois transporter cette nuit même à Cahors.
— Parlez à voix basse, réplique le gendarme, sans quitter son homme.
Mais le charretier, qui voulait surtout être entendu des domestiques du château, reprit en élevant encore sa grosse voix :
— Vous me prenez donc pour un voleur !… Vous voulez m’empêcher de gagner ma vie !… Il faut que je parle à l’homme d’affaires de M. Delord !… N’insistez pas, car ma patience est à bout ; la nuit est sombre et mon bâton est de chêne ; prenez garde à vous !…
Tandis que l’intrépide paysan proférait ces menaçantes paroles, l’agent est secouru par ses camarades, et les domestiques éveillés en sursaut sortent tout effrayés.
Reconnu par l’homme d’affaires, le charretier est introduit. Il remet en toute hâte un message et glisse à l’oreille du domestique qu’il n’y a pas un seul instant à perdre si l’on veut sauver M. Léopold Delord.
Ce dernier s’avance et, jetant un coup d’œil rapide sur la lettre, il remercie le porteur, s’entretient un instant avec son vieux domestique et se prépare à l’exil.
Toutes les issues visibles étaient gardées par les gendarmes revenus à leur poste, mais ils ignoraient une porte souterraine ; c’est par là qu’il sortit sans perdre un instant, sans adresser même un dernier adieu à son épouse, sans déposer un baiser sur le front de ses enfants, seule consolation qu’il pût emporter dans la pénible route de l’exil auquel il se condamnait.
Cependant les gendarmes prêtaient l’oreille ; dès qu’ils entendirent deux hommes courir à travers champs, ils les poursuivirent ; mais, grâce à l’épaisseur des ténèbres, M. Delord, suivi de son fidèle serviteur, put gagner un bois voisin, connu dans le pays sous le nom de Pechlagarde. C’est dans ce bois que, sans abri, M. Delord dut passer la nuit et toute la journée du 3 décembre.
[…]Toute la nuit, le temps fut affreux. M. Delord, plus malheureux que les pauvres qu’il soulageait, n’avait pas un abri pour sécher ses vêtements. N’avait-il point confiance dans les bons villageois des environs ? Bien loin de là. Nul d’ailleurs n’aurait hésité à faire les plus grands sacrifices pour sauver leur meilleur concitoyen. Naguère encore, j’entendais dire par de bons vieillards : « Si les gendarmes avaient essayé d’arrêter M. Delord au su et au vu de tout le monde, à coup sûr, ils n’auraient pu résister à la multitude. » Mais M. Delord, fort de son innocence, préféra souffrir seul et ne point exposer ses compatriotes.
Sans doute il devait être bien incommodé, au fort de l’hiver, par une pluie devenue battante ; mais quelles douleurs sont comparables aux souffrances du cœur ? Il s’en allait, pauvre exilé, laissant toute une famille bien-aimée. Il n’avait pu lui faire ses derniers adieux. Il avait pu moins encore lui fixer la terre hospitalière où il pourrait se soustraire à la colère d’un inique persécuteur. Point d’espoir pour lui de revoir jamais sa bonne et digne épouse, ses trois anges et sa vieille mère.
[…]M. Delord avait vu le jour paraître dans l’épaisseur du bois, et la lumière venait l’exposer à de nouveaux dangers. Il resta donc caché toute la journée du 3 décembre. Enfin, la nuit vint, nuit sombre et froide. Les ténèbres favorisaient la fuite. Rejoint par le fidèle serviteur avec lequel il était sorti du château, M. Delord s’éloigna de Frayssinet-le-Gélat.
[…]Cependant les heures devenaient de plus en plus précieuses Tous les agents de la police publique ou privée, celle-ci invention arrivée à la perfection complète sous l’Empire, étaient sur pied nuit et jour et poursuivaient les proscrits comme des malfaiteurs. La chasse à l’homme des sauvages était imitée chez le peuple le plus civilisé du monde.
La retraite que M. Delord devait à l’amitié ne pouvait plus longtemps le cacher. D’ailleurs, craignant toujours beaucoup plus pour les autres que pour lui-même, M. Delord ne cédait qu’aux instances de son ami : il eût voulu s’éloigner rapidement pour ne compromettre personne[37]. La position était des plus critiques. Comment arriver à la frontière ? Comment se soustraire à la surveillance de la police qui redoublait de zèle ? Grandes questions qui restaient toujours insolubles.
Tandis que M. Delord et son ami étaient à la recherche d’un moyen de salut, un homme de Dieu[38] s’était rendu au Pechfumat ; il versa sur le cœur de cette famille désolée le baume qui calme la douleur, et, rentrant chez lui, le prêtre prit une résolution généreuse. Il n’ignorait pas les dangers qu’il allait courir, les obstacles qui s’opposaient à la réalisation de son projet. Mais quel obstacle assez puissant a jamais arrêté un saint prêtre quand il a fallu sauver une âme, faire un acte de dévouement ou de charité ?
Le respectable prêtre monte dans sa calèche et se dirige sans retard vers la retraite de M. Delord. Ce voyage ne compromettrait-il pas le proscrit ? Cette visite à son ami n’éveillerait-elle pas les soupçons de la police ? Telles furent les craintes qu’inspira d’abord le vénérable prêtre dont on ne connaissait pas encore le projet.
Reçu avec bonté par l’ami hospitalier, avec joie et reconnaissance par le proscrit, le prêtre dévoué n’hésita plus à leur dévoiler son dessein : il voulait, avec ses seules ressources, mais avec sa confiance dans le protecteur des malheureux, conduire M. Delord en Espagne. Malgré les périls auxquels on s’exposait, M. Delord accepta l’offre de l’abbé D***, embrassa ses amis et prit définitivement le chemin de l’exil.
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L’Indépendant du Lot du 4 octobre 1870
RETOUR DE M. L. DELORD EN FRANCE.
Monsieur le Rédacteur,
Je vous envoie un petit compte-rendu de l’arrivée de M. Léopold Delord dans sa commune de Frayssinet-le-Gélat. Vous ne refuserez pas de mettre sous les yeux des bienveillants lecteurs de l’Indépendant ces quelques lignes, écrites en toute hâte, après la réception faite au plus sincère ami de l’ordre et de la liberté.
Une dépêche télégraphique envoyée à M. Edouard Pélissié, avocat à Puy-L’Evêque, annonçait l’arrivée de M. Léopold Delord, pour le 29 septembre, à trois heures du soir, à la gare de Monsempron-Libos. Dès que cette dépêche fut connue à Frayssinet, un roulement de tambour réunit tous les citoyens capables de porter les armes. Bien que la garde nationale ne soit point encore organisée, les communes de Frayssinet et de Goujounac mirent sur pied une centaine d’hommes armés, les uns de vieilles carabines, les autres de fusils de chasse. D’une voix unanime, on remit le commandement de la petite troupe à M. Baptiste Boussac, ancien sous-officier au 49e de ligne, aujourd’hui négociant à Frayssinet.
Après quelques instants de préparation, les citoyens, anciens militaires pour la plupart, se mirent en marche pour aller au-devant de M. Delord. Ils étaient précédés d’une vingtaine de voitures qui devaient accompagner notre cher exilé. Après une marche de cinq kilomètres, les futurs gardes nationaux formèrent les faisceaux, attendant l’arrivée de la calèche qui devait porter M. Delord. Quel fut leur étonnement quand ils apprirent que M. Delord avait manqué le train à Cette, je n’essayerai pas de le décrire.
Rentrés à Frayssinet, les habitants de Frayssinet et de Goujounac se promirent de se rendre de nouveau à leur poste le lendemain 30 septembre. Un nouveau télégramme avertit la famille de M. Delord qu’il arriverait à Frayssinet vers les 10 heures du matin. Les citoyens armés tinrent à honneur de se rendre, en plus grand nombre encore, au-devant de M. Delord. La petite troupe rencontra la calèche de famille qui le portait, à un kilomètre de la petite ville de Frayssinet. M. le commandant de la garde nationale, monté sur un cheval, s’avança au galop vers M. Delord ; puis, donnant ses ordres à sa troupe, il mit pied à terre et lut, avec une émotion qu’il ne pouvait déguiser, les lignes suivantes : « Monsieur Delord,
Je ne viens pas vous faire un discours. La joie et le bonheur que nous cause votre retour ne sauraient se traduire par la parole. Je veux seulement, au nom des communes de Frayssinet et de Goujounac, rendre hommage à l’homme de cœur, à l’ami des pauvres et des malheureux, dont un pouvoir qui n’est, hélas ! tombé que trop tard, a augmenté le nombre.
Je veux enfin, Monsieur, saluer en vous le républicain sincère, ami de l’ordre, fidèle aujourd’hui, comme vous le fûtes toujours, aux grands principes de Liberté, d’Égalité et de Fraternité, pour lesquels vous avez supporté vingt ans d’épreuves.
Et s’il faut, Monsieur, rappeler ici les douloureuses souffrances de l’exil, ce n’est que pour vous dire que nous les partagions tous de cœur avec vous. Que ne nous a-t-il été donné non-seulement de les alléger, mais encore de les faire cesser à jamais !
Mais pourquoi revenir à ces temps malheureux ? Aujourd’hui, la Liberté, dégagée des serres des tyrans, a pris son essor et vous a rendu à vos concitoyens, heureux de votre retour, et à toute une famille, dont chaque membre est si digne de son chef vénéré !
En finissant, laissez-moi vous dire, Monsieur, que vos concitoyens, pour vous prouver leur estime et leur dévouement, n’attendent qu’une occasion qui, ils l’espèrent, sera prochaine, dans laquelle tous sauront se montrer républicains sincères, dignes de vous, Monsieur, que nous prenons pour notre chef.
Recevez donc, Monsieur, l’expression des sentiments de vos concitoyens, et soyez le bienvenu au milieu de nous !… »
M. Delord répondit à ce discours quelques paroles nobles et pleines d’une émotion qui se trahissait sur son noble visage. Un cri unanime de vive la France ! vive la République ! vive M. Delord ! retentit de toutes parts ; puis le cortège continua sa marche. Le noble exilé, accompagné de M. le maire de Frayssinet, de M. Salat, chirurgien-major, gendre de M. Delord, et de M. le curé, s’avançait, appuyé sur le bras d’une de ses filles émues jusqu’aux larmes.
La population de Frayssinet et des environs s’était groupée sur la route de Pechfumat, résidence de M. Delord. Sur son passage retentissaient les cris de : Vive la République ! vive M. Delord !
Enfin, le cortège s’arrêta au fond de l’allée du château du Pechfumat. Le commandant fit présenter les armes ; M. Delord, saluant ses chers concitoyens, les remercia pour la seconde fois de leur manifestation, déclara qu’il rentrait en France pour remplir un devoir, comme le soldat va à l’armée ; que tous en général et chacun en particulier devaient concourir à la défense de la patrie par tous les moyens : argent, forces, talents.
La République, continua l’orateur, sauvera la France et réparera les fautes de l’empire ; à l’intérieur, la France se relèvera de ses malheurs ; mais tant qu’un Prussien souillera le sol de la patrie, n’ayons d’autre pensée que de le chasser. Confiance en la République ! Elle compte sur le patriotisme et sur le dévouement de tous ses enfants. Mais il faut que cette République soit non une République de désordre et de pillage, mais une République d’ordre et de sage liberté !… Crions tous vive la République !…
Aux paroles de l’orateur, on a répondu : Vive la République ! Vive M. Delord !!
Et chacun s’est retiré, laissant cette noble et généreuse famille jouir du bonheur si légitime de revoir un père si digne de son affection. Dans la soirée, un arbre de la liberté a été planté au Pechfumat en l’honneur de M. Delord.
[1] D’après la base établie par Jean-Claude Farcy et Rosine Fry (Poursuivis à la suite du coup d’État de décembre 1851, Centre Georges Chevrier – (Université de Bourgogne/CNRS), 7 juges furent poursuivis par les commissions mixtes.
[2] Le 21 février 1808 à Frayssinet-le-Gélat.
[3] Depuis le 24 décembre 1848 (Jean-Claude Farcy, Rosine Fry, Annuaire rétrospectif de la magistrature xixe-xxe siècles, Centre Georges Chevrier – (Université de Bourgogne/CNRS))
[4] Mariage à Albas (Lot) de Joseph Delord à Rose Adèle Pélissié le 8 janvier 1840, 30 ans, fille de l’ancien député Antoine Joseph Pélissié de la Mirandole, trois mandats sous la Monarchie de Juillet, centre gauche, extrême gauche, opposition libérale. Maire d’Albas et conseiller général (1840).
[5] Une de ses filles épousa Eloi Béral, qui fut préfet du Lot, une autre son frère Edmond Béral, capitaine du génie. (Ch. Franc, Un proscrit de Décembre, Cahors, 1871)
[6] Le 20 mars 1848 (J.C. Farcy, Annuaire... op. cit.)
[7] Le 16 août 1849 (J.C. Farcy, Annuaire... op. cit.)
[8] Le récit en a été fait par Lucien Saint-Marty, « Le coup d’État dans le Lot », Divona, Revue littéraire et artistique du Quercy, 9, avril 1927.
[9] Jean Baptiste Béral, procureur à Cahors, révoqué le 4 juillet 1849 pour avoir refusé de poursuivre Le Réformateur (L. Saint-Marty, art. cit.).
[10] Condamné à l’Algérie moins car : « Ex Procureur de la République à Cahors. Conseil et rédacteur du Journal Le Réformateur. Un des chefs du parti socialiste. A pris une part active aux tentatives d’insurrection à la suite du 2 décembre. A assisté aux réunions où l’on prenait des résolutions pour soulever les campagnes. Homme exalté, mais honnête, sa vie privée est sans reproche. » et « Considérant que le Sr Béral, ex procureur de la République à Cahors, soit en sa dite qualité, soit tant qu’il a exercé ses fonctions, soit plus tard, comme avocat, conseil et rédacteur du journal Le Réformateur, soit enfin par tous les actes de sa vie politique depuis 1848, s’est placé et a été considéré comme un des chefs du parti socialiste du département du Lot. Considérant que le dit Béral a pris une part active aux tentatives d’insurrection qui ont eu lieu à Cahors à l’occasion de l’acte du 2 décembre, en faisant partie de la commission qui a demandé au Maire la convocation de la garde nationale, et en assistant à la réunion secrète qui s’est tenue dans le cabaret de Lavergne, dans laquelle réunion le parti démagogique a décidé qu’il ferait appel aux populations des campagnes pour marcher sur la ville, appel qui a été effectivement adressé à plusieurs meneurs de l’arrondissement; considérant néanmoins que le Sr Béral est plutôt un homme exalté qu’un malhonnête homme et que sa vie privée est d’ailleurs sans reproches; La Commission départementale décide qu’il y a lieu de transporter le Sr Béral en Algérie et de le classer dans le 2e catégorie (moins). » Transporté à Bône, il obtient un remise de peine le 15 janvier 1853. (Jean-Claude Farcy, Rosine Fry, Poursuivis à la suite du coup d’État de décembre 1851, Centre Georges Chevrier – (Université de Bourgogne/CNRS))
[11] Victor Auguste du Hamel (1810-1870).
[12] Pellagot.
[13] Jean Louis Antoine Nicolas Auguste Lesueur de Pérez.
[14] Condamné à l’Algérie plus car : « L’âme et le conseil du parti anarchique, avec les chefs duquel il entretenait de continuelles relations. Révoqué pour avoir refusé de poursuivre, en qualité de juge d’instruction, les démagogues dont le crime était flagrant. A conseillé l’appel des paysans à l’insurrection. A dit qu’il se mettrait à leur tête. Le plus dangereux des anarchistes. ». (J.-C. Farcy, Poursuivis…, op. cit.) La décision de la commission mixte figure dans l’annexe n°2 infra.
[15] Marc Eutrope Longin Delord (1810-1859). Dans l’armée de Paris au 2 décembre, ce qui lui vaudra campagne et peut-être sa légion d’honneur en 1854. Tué lors de la bataille de Magenta.
[16] Son épouse Rose Adèle y décède le 15 mars 1853. (Françoise Auricoste, « Histoire de la famille Delord de Pechfumat (Frayssinet-le-Gélat) », Bulletin de la Société des études littéraires, scientifiques et artistiques du Lot, 137, 2016, p. 267)
[17] Eloi Béral (1838-1908), préfet du Lot le 5 novembre 1870. Il fut élu en 1883 au siège de Léopold Delord, après son décès, comme sénateur Union républicaine.
[18] Il fut nommé membre honoraire de la Société du barreau de Constantinople (The Journal of Turkish Cultural Studies, 39, 2018, p.146)
[19] Battu aux législatives le 24 mai 1869, avec 4997 voix par Joachim Joseph André Murat (majorité dynastique) 32414.
[20] Jean Joseph Delord fut nommé juge de paix à Cazals (Lot) en 1816. Révoqué le 14 juillet 1830, il reprend son poste le 14 août suivant jusqu’à son décès en 1838. C’est son fils Paul Joseph qui le remplace. (J.C. Farcy, Annuaire..., op. cit.)
[21] A Gourdon (Lot), puis à Cahors, le 12 février 1838. (J.C. Farcy, Annuaire..., op. cit.)
[22] Canton de Cazals de 1837 à 1852.
[23] Voir Françoise Auricoste, art. cit., p. 258
[24] Jean Calmon (1774-1857), député du Lot du centre gauche sous la Restauration, puis du tiers parti durant la Monarchie de Juillet.
[25] Nommé juge d’instruction en mars 1848, il refusa, le 13 juin 1849, d’agir contre le journal le Réformateur, qui s’imprimait à Cahors, journal qui excitait ouvertement à la guerre civile. [note imprimée]
[26] Elles n’ont pas été retrouvées. (Note de l’auteur du rapport.) [note imprimée]
[27] Baron Louis de Vincent (1792-1872), préfet du Lot du 24 avril au 18 septembre 1849, sénateur en 1859.
[28] Parmi les signalements de ses interventions politiques, on notera que, lors de l’élection législative partielle du 27 juillet 1851 (après la mort de Félix de Saint-Priest, légitimiste) : on n’ouvre pas le bureau à Frayssinet et que Delord appelle à l’abstention. Certains disent qu’il faut écrire « à 1852 ». Le candidat du parti de l’Ordre est élu avec 21000 voix sur 23000 votants et 67000 inscrits. (Eugène Sol, « Le Lot sous la Seconde République », Bulletin de la Société d’études littéraires, scientifiques et artistiques du Lot, 71, 4, oct.-déc. 1950, p. 127)
[29] François Caviole.
[30] Pierre Germain Marlet (1813-1896) a été condamné à la transportation à Cayenne car : « Considérant que Marlet, conspirateur de profession, n’a cessé, depuis son arrivée dans le département du Lot auquel il était étranger et où il avait été envoyé par le Comité socialiste de Paris à l’effet de propager les plus funestes doctrines et exciter les populations à la révolte contre les autorités et les lois ; qu’il a été condamné, le 22 août 1849, par la cour d’assises du Lot, à 6 mois de prison pour excitation à la guerre civile. Considérant que dans les événements de décembre dernier, Marlet a été le chef le plus important et le plus résolu de toutes les sociétés secrètes, le machinateur le plus ardent des complots, l’organisateur le plus habile et le plus actif de l’insurrection; qu’on le voit en effet à Cahors, à Gramat, à Saint-Céré, à Figeac, organisant les bandes insurrectionnelles dont il était le général en chef, donnant partout des instructions et des ordres, passant, en un mot, ses troupes en revue au moment de l’action. Considérant que Marlet est un repris de justice et qu’il y a lieu de lui faire l’application la plus rigoureuse d’une répression rendue nécessaire par ses nombreux méfaits et par tout le mal qu’il a causé. La Commission départementale décide que le sieur Marlet sera transporté à Cayenne. » (J.-C. Farcy, Poursuivis…, op. cit.) Contumace, il s’exile en Belgique, en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas et en Suisse. (Devos Denise, La Troisième République et la mémoire du coup d’état de Louis Napoléon Bonaparte, Paris, Archives Nationales, 1992)
[31] Sur la résistance dans le Lot, on lira Lucien Saint-Marty, « Le coup d’État dans le Lot », Divona, Revue littéraire et artistique du Quercy, 9, avril 1927. Cent trois arrestations furent opérées dans département, dont 75 remises en liberté avant le 10 février.
[32] Voir le récit de Ch. Franc infra.
[33] Pierre Adolphe Monegier Sorbier (1804-1872). Toujours en poste à Agen, il est promu officier de la Légion d’Honneur le 13 février 1852. Il devient conseiller à la Cour de Cassation en 1869. (J.C. Farcy, Annuaire..., op. cit.)
[34] Voir l’article de l’Indépendant du Lot infra.
[35] Robert et Cougny, Dictionnaire des Parlementaires français, 1889.
[36] Voir Françoise Auricoste, art. cit.
[37] « Considérant que les nommés Marlet, rédacteur du journal le Réformateur du Lot et du Cantal ; Delord, juge au tribunal de première instance de Cahors, etc., etc. (suivent trente noms), contre lesquels des mandats d’arrêt ont été lancés comme prévenus d’avoir participé aux actes insurrectionnels et aux désordres qui se sont produits sur plusieurs points du département, sont en fuite ;
Vu l’état de siège,
Arrête :
Art. 1er Tous les individus ci-dessus désignés seront recherchés avec soin, arrêtés et conduits dans les prisons de Cahors.
Art. 2. Toute personne qui leur donnera asile ou qui leur portera secours sera arrêtée et poursuivie comme complice de l’insurrection.
Le colonel, chef de la 12e légion de gendarmerie, commandant les troupes de l’état de siège dans le département du Lot,
PELLAGOT
Cahors, le 15 décembre 1851. » (cité par Victor Schœlcher, Histoire des crimes du 2 décembre, Bruxelles, 1852)
[38] M. L’abbé D***, de Martel, à cette époque habitant Frayssinet-le-Gélat. Depuis lors, il a habité la capitale, a été propriétaire de la Gazette de France ; et, lorsque l’armée prussienne a assiégé paris, l’abbé D***, curé de la Varenne-Saint-Hilaire, a été sourd à toutes les sollicitations amicales qui lui ont été faites de revenir dans son pays natal ; il a voulu, malgré son âge avancé, rester à son poste et ne rentrer dans Paris qu’avec le dernier de ses paroissiens. Noble exemple de dévouement et de courage qui a été bien souvent imité dans cette malheureuse guerre, qui a tant montré l’égoïsme particulier de ceux qui ont inutilement versé le sang français après la fin des hostilités avec la Prusse. [note imprimée]