Le conseil de guerre de l’affaire de Forcalquier

page mise en ligne le 12 avril 2026

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L’affaire de Forcalquier devant le Conseil de guerre

 

 

La résistance républicaine a été réprimée principalement par les commissions mixtes départementales. Leurs conclusions sont généralement bien succinctes : les faits (ou, bien souvent, seulement les opinions) reprochés aux poursuivis sont seulement évoqués dans leurs attendus. Pas de comparution, pas de défense, pas de débat, pas d’audition de témoins… Ces commissions ne sont pas des tribunaux, seulement des instances formées de trois hommes (le préfet, le procureur, le commandant militaire) qui prononcent leurs sentences sur dossiers, sans en motiver le degré.

Sur les 26889 personnes qu’elles ont poursuivies, certaines ont tout de même eu droit à une défense, des témoins, des débats, un procès : elles en ont renvoyées 662 devant le tribunal correctionnel et 251 devant les conseils de guerre, saisis directement pour certaines affaires, sans passer par la commission mixte.

Des conseils chargés de juger « les individus convaincus de meurtre ou de tentative de meurtre.[1] » dans les 32 départements placés en état de siège selon la loi du 9 août 1849.

Certaines affaires passées devant ces conseils de guerre sont des procès de masse : Bédarieux et ses 35 accusés, Clamecy où ils sont 60, Béziers 14, l’Allier 13, l’Ain 55…[2]

 

Le document que nous vous proposons ici ne concerne qu’un seul accusé, un anonyme, contrairement à Ailhaud de Volx dont la notoriété dépassa la résistance des Basses-Alpes.

Dauphin Tourniaire est accusé d’avoir voulu assassiner le sous-préfet de Forcalquier Paillard. Un document symptomatique (en particulier dans le réquisitoire du commissaire du gouvernement) de la finalité du procès : non pas juger les faits reprochés au prévenu, mais achever de condamner l’insurrection, la jacquerie de Décembre.

 

Nous publions ici le compte-rendu des audiences publié dans le Journal de Toulouse des 1er, 2 et 3 mai 1852 d’après le Courrier de Marseille. On le retrouve dans d’autres quotidiens. Celui de La Gazette des Tribunaux est globalement moins étoffé, mais on y trouve certains passages particuliers que nous insérons [entre crochets], tout comme ceux empruntés au compte-rendu du journal Le Droit. Nous y adjoignons également un extrait de la Gazette du Midi du 1er mai qui transcrit la plaidoirie de la défense, absente des publications précédentes.

 

Nous complétons le compte-rendu par la polémique qui s’en suivit entre les notables de Forcalquier.

 

Ces documents proviennent de gallica.bnf.fr/Bibliothèque nationale de France, transcrits et annotés par Frédéric Negrel.

 


 

Journal de Toulouse, 1er mai 1852

 

Insurrection des Basses-Alpes

 

2e CONSEIL DE GUERRE

DE LA 9e DIVISION MILITAIRE, SÉANT A MARSEILLE.

 

Présidence de M. le lieutenant-colonel Robuste[3], du 14e léger[4].

 

Affaire Tourniaire. — Tentative d’assassinat sur la personne de M. le sous-préfet Paillard de Villeneuve.

 

[Audience du 26 avril]

 

Longtemps avant l’ouverture de l’audience, la salle du conseil de guerre sise au fort Saint-Nicolas, était, malgré le mauvais temps, envahie par une foule nombreuse, impatiente d’assister aux débats importants relatifs au plus triste épisode de l’insurrection de décembre dans les Basses-Alpes.

Le conseil entre en séance à midi précis, sous la présidence du colonel Robuste, qui porte encore le bras en écharpe, par suite d une blessure reçue en Afrique ; M. Carpentin, commissaire du gouvernement, occupe le siège du ministère public.

M. le président déclare la séance ouverte, et fait introduire l’accusé. C’est un garçon âgé de vingt ans et de petite taille ; sa figure a un caractère presque repoussant et rappelle ces physionomies sinistres que l’on retrouve inévitablement dans les mauvais jours ; il déclare se nommer Tourniaire, Dauphin, et habiter Manosque[5]. Il appartient à cette classe de tristes gamins qui dans les moments d’insurrection sont toujours les premiers à mal faire, et deviennent d’autant plus dangereux qu’ils inspirent moins de défiance à cause de leur taille et de leur âge. Me Gilly est chargé de la défense.

Après l’appel des témoins qui sont au nombre de 16, dont 14 requis par l’accusation et 2 par la défense, il est donné lecture des pièces de ce procès criminel.

De cette lecture, il résulte que le nommé Tourniaire est prévenu d’avoir, dans la journée du 5 décembre dernier, fait à un fonctionnaire administratif dans l’exercice de ses fonctions, des blessures ayant occasionné une effusion de sang et dans l’intention de lui donner la mort.

On procède ensuite à l’interrogatoire de l’accusé lequel nie être l’auteur du crime qui lui est imputé, et prétend pour sa défense que, s’il a fait des aveux devant les magistrats de Manosque, de Forcalquier et de Marseille, c’est en présence d’une promesse de mise en liberté. Le commissaire du gouvernement fait remarquer l’invraisemblance d’un pareil système qui ne tendrait à rien moins qu’à impliquer une connivence inqualifiable entre trois magistrats instructeurs d’ordre différent et dont l’un appartient à la simple police, l’autre à la cour d’assises et le troisième à la justice militaire.

Le défenseur demande que ces observations qui pourraient rentrer dans les débats soient réservées pour les plaidoiries. Après de nouvelles questions faites par M. le président, l’accusé persiste, bien qu’il ait été, d’après l’instruction, formellement reconnu par des témoins et signalé par la voix publique.

On procède ensuite à l’audition des témoins.

Le premier témoin entendu est M. de Sercey[6], colonel, chef d’état-major de la 9e division militaire. Nos lecteurs se souviennent de la part prise aux événements de la dernière insurrection par cet officier supérieur qui, à la tête d’une colonne mobile, a si puissamment contribué à la pacification du Var et des Basses Alpes[7].

Le témoin raconte les faits à sa connaissance dans l’insurrection des Basses-Alpes, et spécialement ceux de l’arrondissement de Forcalquier dont M. le sous-préfet de cette ville a failli être victime.

 

[Lorsque la nouvelle des événements du 2 décembre parvint à Marseille, une grande agitation se fit sentir simultanément sur presque tous les points de la division.

Vous savez, messieurs, qu’à Marseille même cette agitation fut si vive qu’il ne fallut rien de moins que l’énergie et la promptitude des mesures prises par le général Hecquet[8], et surtout un grand déploiement de forces, pour empêcher que l’émeute n’y éclatât et pour assurer la tranquillité de la ville. Marseille était le point désigné par l’insurrection pour servir de centre à la grande insurrection du midi et servir de base à ses opérations.

Déçus dans leurs espérances sur ce point, les insurgés concentrèrent tous leurs moyens d’exécution sur les départements du Var et des Basses-Alpes, qui, par leur position géographique, leur offraient d’excellents moyens d’attaque et de défense, ainsi qu’une retraite en cas d‘insuccès. Le général Hecquet m’envoya sur-le-champ à Toulon pour concerter les mesures à prendre et lui rendre compte de l’état du pays. Je le trouvai complètement insurgé. Tout le département était entre les mains de l’ennemi, sauf les deux points de Toulon et de Draguignan, que nous occupions militairement.

A mon retour à Marseille, j’y trouvai les nouvelles les plus graves des Basses-Alpes : tout le département était en feu, l’émeute y gouvernait et s’y était établie comme en pays conquis. Le général Hecquet se décida sur-le-champ à m’y envoyer à la tête d’une colonne, avec mission de prendre le commandement supérieur de toutes les colonnes d’opération, et de ne reculer devant aucune mesure de rigueur pour rétablir l’ordre et reconstituer les autorités légales. Je marchai sur les Basses-Alpes, en nettoyant la partie du Var qui avoisine ce département. En y entrant, j’appris que le colonel Parson, manquant de forces pour enlever la position des Mées, avait été obligé de revenir sur ses pas. Je savais qu’à Digne et dans toutes les communes les caisses publiques et les magasins de l’Etat avaient été pillés, les gendarmes avaient été désarmés et incarcérés ; l’insurrection était organisée militairement sous des chefs déterminés, les municipalités étaient dissoutes et les routes interceptées. Arrivé à Digne, j’appris que des scènes de vandalisme et de barbarie avaient eu lieu à Forcalquier, que M. le sous-préfet avait été grièvement blessé ; on parlait de l’énergie de ce magistrat, qui, malgré des canons de fusil braqués, avait découvert sa poitrine en disant qu’il ne rendrait son autorité qu’avec la vie.

J’envoyai immédiatement sur cette ville M. le commandant Foley, à la tête de deux compagnies d’élite du 10e léger, pour aviser au rétablissement de l’ordre et marcher au secours des autorités qui pouvaient encore être au pouvoir des insurgés. Dans la prévision de la mort de M. le sous-préfet Paillard, dont le bruit public apportait la nouvelle, je donnai à M. le commandant Foley la mission d’instituer comme sous-préfet provisoire M. Ravoux, avocat de Marseille, qui marchait avec la colonne, et qui, en présence des refus timorés faits par tous les honnêtes gens d’accepter des fonctions publiques[9] devenues si dangereuses, se chargeait courageusement de celles que je lui confiais. Je saisis cette occasion de lui donner devant le conseil le tribut d’éloges qu’il mérite pour sa coopération énergique au rétablissement du bon ordre. Des rapports quotidiens et la voix publique me désignaient comme l’assassin de M. Paillard le nommé Tourniaire, qui depuis fut mis en état d’arrestation ; ce bruit était surtout accrédité à Manosque, son pays.

Sur l’interpellation du défenseur, le témoin explique qu’il ne peut pas préciser les personnes qui lui ont donné ces renseignements, mais qu’il les a recueillis partout sur son passage.][10]

 

M.Foley[11], chef de bataillon au 10e régiment d’infanterie légère, déclare qu’il a été envoyé à Forcalquier par le colonel de Sercey avec mission de rétablir l’ordre et d’y installer M. Ravoux comme sous-préfet intérimaire. En arrivant à Forcalquier, le témoin a vainement fait un appel aux diverses autorités ; aucune d’elles n’y répondit, si ce n’est M. Paulmier[12], substitut du procureur de la République. II a trouvé la sous-préfecture saccagée ; le maire donna sa démission et refusa son assistance même pour assurer des vivres à la troupe ; la ville était dans la consternation sous la pression de l’insurrection, et ce n’est que grâce aux efforts combinés de M. Ravoux et de M. Paulmier qu’il a pu rétablir le calme et assurer la subsistance de ses soldats.

[Quant au meurtre de M. Paillard, il en a appris les détails par une domestique restée à la sous préfecture, qui lui en a raconté toute la gravité. Son prompt départ de cette ville, où il a laissé l’autorité reconstituée, ne lui a pas permis de recueillir d’autres détails.][13]

 

Alphonse Charles Mathurin Paillard

M. Paillard[14], sous-préfet à Dunkerque, ancien sous-préfet de Forcalquier.

A la vue de ce témoin, un vif sentiment d’intérêt et de curiosité se manifeste dans l’auditoire. Après avoir prêté serment d’une voix émue, M. Paillard dépose ainsi :

Jusqu’en 1830 et même jusqu’en 1848, le département des Basses-Alpes était resté étranger aux affaires politiques, il était alors sous l’impression d’idées religieuses qui depuis se sont complètement effacées ; aussi, quand arriva 1848, la question du partage des biens fut nettement posée. Dès les premiers jours de cette fatale époque, les ouvriers étaient fanatisés à Manosque par Buisson[15] qui leur disait que la révolution n’avait qu’un sens, la suppression de la bourgeoisie. Un autre meneur[16] de ces contrées qui récemment a été traduit devant vous, ajoutait qu’il ne s’agissait plus d’allonger les vestes, mais de raccourcir les habits et que la révolution actuelle était pour la bourgeoisie le 93 de la noblesse ; aussi aux élections de 1848, ce ne furent, ni Napoléon, ni Cavaignac qui eurent la majorité, ce fut Ledru-Rollin.

En 1850, Buisson était envoyé à Marseille pour annoncer au comité de résistance que tout était prêt. Je cherchais déjà et par prévision à réveiller le courage de la bourgeoisie, et je travaillais à organiser en cas d’événement une garde nationale secrète sur laquelle je pusse compter. Ces mesures avaient attiré sur moi bien des haines et des pensées de vengeance, lorsqu’arriva le 2 décembre.

Le 3 décembre au soir je recevais deux dépêches, l’une était ma nomination à la sous-préfecture de Dunkerque et l’autre celle de partir immédiatement. Deux heures après, une estafette m’apportait la nouvelle des événements. Je savais ce qui m’attendait en restant à Forcalquier, j’y restai. Un détachement du 25e, composé de recrues, se trouvait accidentellement à Forcalquier ; je comptais sur la fidélité de ces jeunes soldats, et j’engageai le capitaine à ne pas continuer sa route ; puis je me transportai aux environs avec M. Paulmier, le seul fonctionnaire auquel je pusse confier mes dépêches[17].

A sept heures du soir, le courrier apporta des nouvelles, je fis alors connaître la nomination qui m’appelait à Dunkerque, et en présence des dangers qui m’attendaient on me pressa de quitter la ville ; je refusai. A dix heures, je reçus la nouvelle de l’agitation des communes environnantes ; une bande s’organisait à Mane, en disant qu’on jetterait à bas la tête du sous préfet et de M. Despieds[18], avocat à Forcalquier. Vers onze heures, nous apprenons que les chefs de l’insurrection étaient réunis dans une campagne appartenant à M. Morel ; je m’y portai à l’instant avec M. le substitut et six hommes du 25e de ligne. Les soldats étaient pleins d’ardeur, ils escaladèrent les murs, et à la faveur du clair de lune nous vîmes ces conspirateurs s’enfuir dans différentes directions. Cependant on s’empara de M. Morel et une instruction fut dirigée contre lui.

Le 5, à cinq heures du matin, la troupe pour laquelle je n’avais pu obtenir des ordres, partit, malgré nos demandes réitérées, pour continuer sa route ; je cherchai alors à réunir les personnes sur lesquelles je croyais pouvoir compter, et vers 9 heures nous étions 34 hommes à la sous-préfecture. A 10 heures environ, nous nous séparâmes en présence de la tranquillité de la ville, mais à 11 heures on signala des bandes d’hommes armés se dirigeant vers Forcalquier : tous les villages entre Forcalquier et Sisteron marchaient sur la ville. Les gendarmes que j’avais mandés ne paraissaient pas ; ils étaient prisonniers. J’étais presque seul avec M. Paulmier, lorsqu’une avant-garde d’environ 100 hommes, presque tous gens de Manosque, déboucha sur la place de la Sous-Préfecture, précédant une colonne d’environ 1,000 hommes. Je fis aussitôt barricader la sous-préfecture et je revêtis mon uniforme, décidé à défendre mon drapeau jusqu’à la mort.

Au moment où je me mis au balcon de la maison, cette avant-garde parfaitement armée défilait sur la place. Escoffier[19], qui seul était à cheval, cria : Montagnards, halte ! et la troupe se mit en bataille devant moi. Escoffier me dit alors : La Constitution est violée, l’insurrection est un devoir pour tous, et vos pouvoirs sont finis. Je voulus prendre la parole, mais en un instant ma voix fut couverte par des clameurs ; je voulus faire comprendre à tous ces gens qu’on les trompait, que la République était maintenue, et que le Prince faisait un appel au peuple. A tout cela, on criait : Rendez-vous, résignez vos pouvoirs ! C’est à ce moment que je fus couché en joue par plusieurs hommes ; j’ouvris les deux bras en leur disant : Tirez, si vous êtes des assassins. Buisson s’avança et releva les fusils ; mais peu d’instants après la même scène recommença, et M. Paulmier m’engagea à rentrer. Escoffier me cria : Le peuple vous ordonne de descendre ! on me menaçait d’enfoncer la porte. Sur mon refus, on commença à la frapper à coups de hache et de crosses de fusil. Cessant alors une résistance inutile, je dis à ceux qui m’entouraient : C’est à moi qu’on en veut, et j’y vais.

A peine descendu, je suis enveloppé par cette lie de la population de Manosque dont le signe caractéristique consistait en rubans rouges attachés à la coiffure. Escoffier, descendu de cheval, me dit : Vous êtes notre prisonnier ; à votre tour maintenant à aller à Nouka-Hiva[20] ! A ce moment je reçus les premiers coups de crosse et, peu après, trois coups de sabre sur la tête ; j’ai cru trois fois avoir le crâne ouvert, et trois fois mon chapeau tomba ; je fus sauvé par miracle, car mon chapeau porte les trois empreintes. Enfin, je reçus un grand coup que je pris pour un coup de baïonnette et j’ai fléchi sous moi. Je m’adressai à un des hommes qui m’entouraient et lui reprochai cette barbarie ; il s’élança aussitôt entre les assassins et moi, et je crois même qu’il a été blessé au doigt ; je pus marcher jusqu’à la maison, et là, les forces me manquant, M. le docteur Savy fut appelé.

M. Paulmier, arrêté de son côté, me rejoignit alors et nous fûmes conduits ensemble à la maison d’arrêt. Là je trouvai un charron, le nommé Godefroid[21], qui, après s’être montré un des plus exaltés, s’est mis à verser des larmes en voyant mon état. Je demandai à M. Savy si la blessure était mortelle, il ne put me répondre. Soudain un bruit se répandit que les troupes revenaient ; Escoffier se mit en marche avec sa bande, mais à peine était-il parti, que, malgré Godefroid qui s’était constitué mon défenseur, cette avant-garde de Manosque força la prison. Dans cette troupe je remarquai un jeune homme en proie à la plus vive exaltation, il était vêtu d’une blouse blanche, et portait à sa casquette un ruban rouge, il brandissait son sabre autour de moi, sa figure me frappa, c’est celui qui est là ! (En disant ces paroles d’une voix calme et froide, M. Paillard s’est pris à fixer le prévenu qui a légèrement rougi sous ce regard. — (Sensation profonde dans l’auditoire.)

On voulut nous obliger à suivre la colonne des insurgés, baigné dans mon sang je ne le pouvais pas. Il le faut, disait-on, en me mettant la baïonnette sur la poitrine. Un des hommes qui nous conduisait et qui avait pris des menottes à la prison, voulut nous les mettre, mais on y renonça sous la condition que M, Paulmier les porterait à la main. On disait à Godefroid : tu as beau faire et beau dire, il aura la corde au cou et c’est toi qui la tireras.

M. Paulmier leur demandait d’abréger notre supplice et de nous fusiller tout de suite.

Arrivés à l’embranchement de la route de Manosque, Escoffier nous rejoignit à cheval ; on lui dit que je mourrais s’il ne voulait me soustraire à ces traitements ; il me fit monter sur son cheval, et je pus gagner une ferme où je perdis connaissance. Lorsque je revins à moi, M. Paulmier et M. Duval[22] étaient à mes côtés, nous étions entourés d’hommes armés ; enfin je fus mis sur un tombereau, et nous repartîmes escortés d’un millier d’hommes qui criaient : on le tuera ! — Je suis heureux de constater que je dois la vie à M. Duval, à M. Paulmier, ainsi qu’à M. Devaultz, sous-lieutenant au 21e léger, en congé, qui se sont dévoués pour m’arracher à mes bourreaux.

M. le président, au nom du conseil, paye un tribut d’éloge à la conduite pleine de courage et d’énergie de M. Paillard.

M. Ravoux, avocat. — Ce témoin dépose qu’envoyé à Forcalquier par M. le colonel de Sercey, pour y remplir intérimairement les fonctions de M. le sous préfet Paillard, que l’on croyait mort, il est arrivé dans celle ville avec deux compagnies d’élite du 10e léger, sous les ordres du commandant Foley. A son arrivée, il prit possession de la sous-préfecture qu’il trouva entièrement dévastée, portes et fenêtres brisées et enfoncées, papiers pillés. La démoralisation était telle qu’il eut à lutter longtemps, de concert avec M. le substitut Paulmier, pour vaincre la résistance des plus honnêtes habitants et les décider à former une commission municipale qui put pourvoir aux premières exigences de la situation[23]. Pendant les différentes expéditions qu’il eut à faire dans l’arrondissement de Forcalquier, il a recueilli sur plusieurs points, et notamment à Manosque, que l’opinion publique nommait Tourniaire comme l’assassin de M. Paillard.

[M. le président : Qui vous a parlé le premier des faits relatifs au meurtre de M. Paillard ?

Le témoin : La première personne qui m’ait entretenu de ces déplorables événements est M. Paulmier, que je fus fort heureux de trouver à Forcalquier ; il avait dans ces moments difficiles centralisé toute l’autorité et empêché beaucoup de mal ; il n’y avait de courage que chez ce fonctionnaire et quelques autres qui l’entouraient. Nous nous mimes immédiatement à continuer l’œuvre de désarmement des communes insurgées, qu’il avait déjà commencée, et c’est dans une de ces expéditions, que nous nous dirigions sur le village de Dauphin, que M. Paulmier me raconta les premiers détails de cette affaire ; il me montrait sur le chemin les divers points où s’était arrêté leur cortège, le lieu où M. Paillard s’était évanoui, les insultes qui lui étaient prodiguées jusque dans le tombereau où il gisait.

M. le président : Lorsqu’on vous a nommé l’assassin de M. Paillard, vous l’a-t-on désigné sous le nom de Dauphin ou sous celui de Tourniaire ?

Le témoin : A cet égard, mes souvenirs sont très précis, il ne m’a jamais été désigné que sous celui de Tourniaire.

M. le président : Vous n’avez rien de plus rien à faire connaitre au Conseil ?

Le témoin : Non, monsieur le président, je n’ai pas eu le temps, pendant mon séjour dans l’arrondissement de Forcalquier, de faire une enquête spéciale sur les faits qui se rapportent à l’affaire qui vous occupe. J’avais à pourvoir à des besoins plus pressants ; l’insurrection, quoique dispersée dans les campagnes et dans les bois, présentait encore des dangers sérieux. Les ordres que je recevais d’ailleurs chaque jour de M. le colonel de Sercey, me recommandaient la plus grande énergie et la plus grande activité. Tous les matins, de concert avec l’autorité militaire, je dirigeais des troupes pour traquer les fuyards et désarmer les villages, et je n’ai pu avoir sur l’affaire d’autres renseignements spéciaux que ceux que j’ai eu l’honneur de vous exposer.][24]

 

M. Paulmier, procureur de la République à Gien, substitut à Forcalquier au moment des événements.

Ce témoin confirme les dépositions qui précèdent. Il donne des détails pleins d’intérêt sur la force des sociétés secrètes et l’ensemble des opérations de l’émeute. Séparé violemment de M. Paillard au moment du crime, il n’en a pas vu l’auteur. Il raconte la route qu’ils firent vers Manosque au milieu des insurgés, et pendant laquelle, non content d’abreuver d’injures ce fonctionnaire agonisant au fond d’un tombereau, ceux-ci chantaient en chœur une chanson dont le refrain était :

Braves montagnards,

Nous pendrons le Paillard !

 

La violence des insultes que nous recevions ajoute le témoin, était telle que nous leur avons demandé à plusieurs reprises de nous fusiller au plus vite sans nous faire tant souffrir ! Au nombre des plus furieux étaient deux jeunes gens de l’âge du prévenu.

M. le président. — Reconnaissez-vous le prévenu pour être l’un d’eux ?

Le témoin. — Je n’avais jamais vu le prévenu, je ne puis dire l’avoir vu là ou là, et cependant je le reconnais ; j’ai dû évidemment le remarquer dans les bandes ; du reste, plus tard, j’ai appris, par le bruit public, que l’assassin de M. Paillard était le nommé Tourniaire, de Manosque.

La séance est levée et renvoyée au lendemain à midi.

(Courrier de Marseille)

 

 

Journal de Toulouse, 2 mai 1852

 

Audience du 26 avril. [lire 27 avril]

 

[M. Roustan, secrétaire de la sous-préfecture de Forcalquier, n’a rien vu aux faits relatifs de l’accusation proprement dite. Il ne connait l’accusé Tourniaire que par la désignation de la voix publique comme auteur du meurtre de M. Paillard.][25]

 

M. Niel, huissier à Forcalquier, a vu M. le sous-préfet au moment où il sortait de la sous-préfecture pour faire face aux insurgés. A peine ce fonctionnaire avait-il fait deux pas hors de la porte qu’il était entouré, saisi et menacé de tout côté. La position du témoin sur un point culminant lui a permis de voir tout ce qui se passait au centre de ce groupe. Escoffier effrayé du danger que courait M. Paillard, oubliant son rôle de chef de l’insurrection, se précipita au-devant de ce magistrat, cherchant à le couvrir de son corps, et lui replaça sur la tête son chapeau qui venait d’être abattu par un coup de sabre.

Tourniaire qui se trouvait en tête de la colonne, avait brisé les carreaux de l’imposte de la porte avec son sabre, et était en proie à une exaltation furieuse. Au moment où M. le sous-préfet parut dans la rue, je vis Tourniaire, dit le témoin, placé derrière M. Paillard, un peu sur le côté, lui lancer un coup de pointe, mais un homme placé près de lui m’empêcha de voir si le coup avait porté.

En ce moment on emmena M. Paulmier, substitut du procureur de la République, et tous deux furent entraînés vers la prison au milieu de force coups qui leur étaient distribués à chacun.

Quelque temps après, je vis le groupe revenir de la prison ; j’y remarquai encore le jeune homme qui avait porté le coup. — Ces hommes disaient : « Nous avons enfermé les cochons ; ça ira bien. »

Enfin, je revis encore ce même jeune homme qui disait : « Je lui ai donné un coup dont il se souviendra longtemps. »

J’ai été, depuis cette époque, confronté devant M. le conseiller Marquézy[26] avec l’accusé qui, après beaucoup d’hésitation, a déclaré qu’en effet c’était lui qui avait porté le coup sur la tête et le coup de pointe qui avait atteint M. le sous-préfet vers le bas du corps, et à peu près à la hauteur de la hanche.

Pressé de questions par le défenseur, le témoin explique que l’inclinaison du terrain sur le point culminant duquel il était placé, lui permettait de tout voir, même les jambes du sous-préfet.

Pons, gendarme à Forcalquier. — Le 5 décembre nous étions réunis à la sous-préfecture par ordre de M. le sous-préfet. — Après l’emprisonnement de celui-ci, nous fûmes saisis par les insurgés. Deux ou trois cents nous menèrent à la caserne au milieu des cris et des menaces. Je remarquai un petit jeune homme qui était à la tête de la bande et qui paraissait le plus exalté. Il me lança plusieurs coups de pointe de sabre que je fus assez heureux pour parer avec la main. A la caserne, l’accusé que je reconnais pour celui qui m’a lancé les coups de pointe, voulait avoir mes pistolets ; mais les autres s’en emparèrent et il ne put les prendre.

J’ai été confronté au mois de janvier avec l’accusé qui a avoué devant moi être l’auteur des coups de sabre portés à M. le sous-préfet.

 

[Mme Terris. — Cette dame, jeune et d’un physique agréable, est souffrant et parait émue. Elle a vu l’accusé près de M. le sous-préfet et dans les groupes, et ne peut rendre compte que de l’ensemble des faits, sans avoir vu porter le coup, n’étant pas placée sur un point assez élevé.

Mme Roche, épouse du percepteur des contributions a vu les scènes qui se passaient. Un petit jeune homme paraissait au milieu des plus exaltés. Elle l’a examiné longtemps et le reconnait parfaitement, sans pouvoir rien préciser sur le coup qui a mis les jours de M. Paillard en danger.

Lamy[27], condamné par la commission mixte des Basses-Alpes à la transportation. C’est un jeune homme de 18 ans de taille exiguë et à peu près de la stature de l’accusé.

Ce témoin, qui faisait partie de la bande qui a assaillit la sous-préfecture, a vu l’accusé casser les carreaux de l’imposte avec la pointe de son sabre. Il a vu aussi lancer le coup dans la direction de M. Paillard, mais il ne peut dire s’il a porté, parce que la pointe du sabre lui était cachée par un autre homme.

Il déclare que l’accusé était exalté, mais n’était pas ivre, qu’il l’avait vu de sang-froid une heure auparavant.

Ce témoin, qui a été aussi confronté avec l’accusé par M. le conseiller Marquézy, dépose qu’il a entendu Tourniaire faire des aveux.

M. Descosse, propriétaire de la maison habitée par M. Paillard, raconte qu’il était à sa croisée et qu’il a vu deux sabres et une baïonnette dirigés contre M. le sous-préfet. Il a été témoin des violences exercées contre ce magistrat. Il a vu deux lames de sabre se glissaient entre ceux qui entouraient M. Paillard pour l’atteindre ; mais les chapeaux lui cachaient les figures dans la position d’où il plongeait perpendiculairement.

Cependant il a été frappé par le costume d’un jeune homme aussi armé d’un sabre, qu’il a revu plus tard et qu’il a su être Lamy, le précédent témoin. En définitive, il ne peut rien attester formellement.][28]

 

M. Martin, commissaire de police à Manosque. Je fus chargé de l’arrestation de plusieurs hommes qui avaient marqué dans l’insurrection. La voix publique désignait le nommé Tourniaire comme l’auteur du meurtre de M Paillard. Ce jeune homme n’étant pas revenu à Manosque, d’où il est originaire, j’envoyai deux agents aux environs pour le trouver. Le surlendemain, j’appris qu’il était entre les mains des gendarmes. Je lui fis subir un premier interrogatoire, dans lequel je lui fis comprendre que le seul moyen d’appeler l’indulgence en raison de son jeune âge était de dire la vérité. Je savais qu’il s’était vanté devant plusieurs personnes d’avoir blessé le sous préfet. Il finit par m’en faire l’aveu et j’ai su depuis qu’il l’avait aussi avoué aux deux agents chargés de l’arrêter, mais qu’il ne connaissait pas.

Après avoir entendu quelques autres témoins à charge, on appelle les témoins cités à la requête de l’accusé.

La femme Émilie Reynaud dépose que, une heure environ après le coup porté à M. Paillard, elle rencontra dans la rue le nommé Pierre Brémond, armé d’un sabre, qui se vantait d’être l’auteur de ce crime, et qui montrait sur une étendue de trois doigts à l’extrémité de son arme, sinon du sang au moins une trace humide. Elle l’a engagé à se taire, et dans ce moment elle était accompagnée d’une femme, Marie Glèbre, qui a dû voir et entendre comme elle ; ce Brémond a été, dit-elle, condamné à la transportation[29].

Le défenseur se lève et fait remarquer au conseil qu’il ne veut tirer de cette déposition d’autre déduction que la preuve que plusieurs se sont vantés d’avoir frappé M. Paillard.

Le commissaire du gouvernement se lève et fait connaître au conseil que, sur l’avis de cet incident qui lui a été donné par le défenseur, il a interrogé au Château-d’If, au moment de l’embarquement pour l’Algérie, un nommé Brémond, aussi âgé de 29 ans, journalier de profession, qui a déclaré n’avoir jamais tenu ce propos.

Prenant ensuite la parole sur l’incident, il demande si la défense compte s’en servir pour demander un supplément d’information.

Me Gilly répond que, bien loin de vouloir entraver la marche des débats, il en hâtera la solution de tout son pouvoir.

Marie Glèbre. — C’est ce témoin qui, au dire de la femme Reynaud, était auprès d’elle lorsque Pierre Brémond a prétendu avoir frappé le sous-préfet et a montré son sabre humide. Marie Glèbre déclare n’avoir aucune connaissance de ce fait.

Le défenseur fait remarquer qu’il est cependant assez saillant pour avoir dû frapper son esprit, et il demande qu’on rappelle la femme Reynaud.

Les deux témoins confrontés persistent dans leur dire.

Le commissaire du gouvernement : En présence de la déclaration de la défense que la déposition de la femme Reynaud n’avait eu pour but que d’établir que plusieurs personnes s’étaient vantées d’avoir blessé M. Paillard, alors que c’était un titre de gloire chez les insurgés, fait acquis aux débats, je demande à M. le président de terminer l’incident d’où il ne peut résulter que des choses fâcheuses.

M. le président fait droit à cette demande.

M. le président : La liste des témoins à charge et à déchargé étant épuisée, la séance est renvoyée à demain pour le réquisitoire du ministère public et pour les plaidoiries.

(Courrier de Marseille)

 

 

[Journal de Toulouse, 3 mai 1852]

 

Audience du 28 avril.

 

La parole est à M. le commandant Carpentin[30] pour soutenir l’accusation.

Nous remarquons, dans ce réquisitoire, les passages suivants relatifs à l’insurrection dans les Basses-Alpes :

L’insurrection forte et puissante comptait un grand nombre d’hommes armés, et l’un des principaux chefs que vous avez jugé récemment[31], évaluait devant vous à 4,000 hommes la troupe sous son commandement particulier, et portait à 20,000 le nombre total d’insurgés du département des Basses-Alpes.

L’organisation était tout militaire. L’un des principaux s’intitulait général en chef et avait des aides de camp.  Aujourd’hui nous pouvons mettre sous vos yeux une pièce conçue en ces termes : « Les factionnaires des postes de Salerne laisseront passer le citoyen Vital, pour se rendre à Cogolin. — Le 9 décembre 1851. — Le colonel du bataillon révolutionnaire, signé : Arrambide.[32] »

Enivrés de leur puissance éphémère, les chefs puisaient dans les caisses publiques et délivraient des reçus ainsi conçus : « Nous, soussignés, déclarons avoir pris à la caserne la somme de quinze mille francs. — Cette somme a été prise au nom du peuple des Basses-Alpes, réuni au chef-lieu du département, en état de résistance contre le gouvernement de Louis-Napoléon Bonaparte, ci-devant président de la République française, pour servir à la solde des hommes. — Le 7 décembre. — Signés : Ailhaud (de Volx)[33] et Buisson. »

Je passe six autres bons montant ensemble à la somme de 19,222 fr. souscrits par les divers chefs du comité de résistance.

L’entrepôt des tabacs était soumis au même genre d’exploitation : « Bon pour 100 kilogrammes de tabac à prendre à l’entrepôt général par M. Léveillé, débitant, qui le délivrera gratis. — Digne, le 7 décembre 1851. — L’autorité, signé : Ailhaud (de Volx) »

Nous avons en notre possession cinq autres pièces analogues donnant un total de 560 kil de tabac.

Les criminels condamnés étaient mis en liberté par ordre :

« Le gardien chef de la maison d’arrêt de Digne mettra immédiatement en liberté le citoyen Raymond, condamné à trois ans de détention pour avoir tiré sur un gendarme. — Le 9 décembre 1851. — Signé : Ailhaud (de Volx). »

Et ils étaient remplacés dans la prison par les gendarmes des diverses brigades faits prisonniers :

« Au nom du peuple souverain, ordre de transférer la brigade de Manosque de la prison à la préfecture. — Fait à la préfecture, le 7 décembre 1851. — Signé : Barneaux[34]. »

Ci-joint un second ordre concernant une autre brigade.

Les gendarmes désarmés et incarcérés, on s’emparait de leurs chevaux :

« Ordre de délivrer deux chevaux de gendarmes au porteur pour aller au-devant des amis de Malijay. — Digne, 9 décembre 1851. — Signé Barneaux. »

J’ai entre les mains trois bons revêtus de diverses signatures, comprenant cinq chevaux.

Des ateliers de réparations d’armes étaient installés :

« Tout citoyen qui dérange le travail de l’armurier Remusat doit être empêché, parce qu’il travaille pour le comité de résistance. — Digne, le 8 décembre 1851. — Signé Ailhaud. »

Deux autres pièces viennent à l’appui de celle-ci. Les maires étaient sommés de fournir des vivres :

« Les membres du comité de résistance des Basses-Alpes somment, au nom de la République, le citoyen maire de la ville de Mézel, de livrer au porteur du présent les farines et pains qui pourraient être à la disposition de son autorité. — Digne, le 8 décembre 1851. — Signé Aillaud. »

Enfin, le cours de la justice était suspendu : « Ordre de chef du poste de protéger les membres du tribunal. — Ils pourront librement circuler dans tous les appartements du palais de justice, à l’exception du parquet qui est consigné de la manière la plus absolue. — Digne, le 8 décembre 1851. — Pour le comité de résistance, signé : Ch. Cotte[35]. »

Ce qui prouve quelle force l’insurrection avait acquise, c’est que tous ces divers ordres avaient été exécutés. Le comité de résistance qui se croyait sûr de triompher, avait publié et affiché une proclamation dans laquelle se trouve le passage suivant : « Quand le peuple se lève, c’est le juge qui appelle les traîtres à ses assises souveraines ; c’est le maître qui reprend sa place ; rien n’est plus que lui. Signé par le comité de résistance. »

 

 

Le conseil comprendra le haut sentiment de convenance qui nous engage à ne pas lui donner lecture des expressions injurieuses contenues dans le reste de cette proclamation. Nous avons encore dans les mains des pièces qui révèlent des faits trop pénibles pour être publiés aujourd’hui. Plus tard ils appartiendront à l’histoire. Qu’il nous suffise pour clore cette série, de citer la proclamation publiée après la malheureuse affaire des Mées[36], dans laquelle un bataillon insuffisant, pour tenir tête à l’insurrection et aux 10,000 hommes qui lui faisaient face, fut obligé de prendre position par un mouvement rétrograde. C’était un chant de triomphe.

 

PROCLAMATION.

Citoyens des Basses-Alpes,

Après la victoire, il y a le devoir d’en profiter.

Tous les conseils municipaux sont dissous ;

Que dans chaque commune il soit immédiatement procédé à la nomination des comités de résistance composés de cinq membres ;

Que ces comités puisent leur force et leur droit dans le suffrage direct et communal ;

Que dans chaque canton et chaque arrondissement, de semblables comités sortent également de l’urne du scrutin ; que tous ces comités correspondent entre eux ; leurs communications aboutiront au comité de résistance central.

Les comités de résistance sont provisoirement investis de tous les pouvoirs.

Les juges de paix sont momentanément suspendus. Les contributions indirectes sont abolies.

Le comité central de résistance recommande à tous les comités de résistance, comme un de leurs premiers devoirs, de s’occuper entièrement des familles dont les soutiens sont en ce moment les soldats de la liberté.

Que dans chaque commune où les gendarmes n’auraient pas encore été désarmés, ils le soient immédiatement en conciliant les exigences de la nécessité avec la générosité qui convient à la force et au droit.

Citoyens, que partout l’activité, l’énergie, la fièvre de la liberté remplacent dans vos cœurs toute crainte et tout découragement ; le succès et l’avenir sont dans vos mains, vous les tenez. C’est vous dire qu’ils ne nous échapperont pas.

Digne, le 7 décembre 1852.

Signés : Ch. Cotte, Buisson, Escoffier, Ailhaud de Volx, P. Aillaud[37], Guibert[38], Jourdan[39].

 

A ces proclamations insensées, M. le général Hecquet à Marseille et M. le colonel de Sercey au centre de l’insurrection répondaient par des proclamations appuyées par la fidélité de l’armée ; l’offensive fut immédiatement reprise, et la déclaration d’état de siège vint enfin arrêter les progrès toujours croissants de l’insurrection.

M. le commandant Carpentin termine par les faits relatifs à l’accusé Tourniaire, dont il demande la condamnation.

La défense est présentée par Me Gilly.

[Il s’attache à prouver qu’on a donné au prévenu une importance qu’il est loin d’avoir par lui-même et par ce qu’il a fait. C’est un véritable gamin dont l’état de santé est tel qu’il a dû sortir de l’hôpital pour venir à l’audience.

L’avocat discute les faits de l’accusation et cherche à démontrer que si l’arme dont Tourniaire était porteur a blessé M. le sous-préfet, c’était moins par l’effet de sa volonté que par suite des mouvements désordonnés de la foule dont la pression a dirigé son arme d’une manière si malheureuse.

Oui, dit Me Gilly, en dehors même de la peine de transportation qui lui a été infligée par la commission mixte, il lui faut un châtiment ; mais ce châtiment ne doit pas se chercher dans le code pénal, c’est celui qu’on inflige aux enfans indisciplinés et je voudrais le voir à genoux devant le conseil implorant sa miséricorde.

Oui, à genoux, malheureux ; demandez en pleurant comme un enfant la pitié de vos juges ; retournez-vous vers M. Paillard, et demandez lui pardon pour votre indigne conduite et M. Paillard comme vos juges comprendront votre repentir.

En disant ces mots avec un geste et une parole remarquables d’entraînement, Me Gilly saisit l’accusé par le bras et le pousse à genoux sur les marches du prétoire. Cette péroraison dramatique et inattendue a causé dans tout l’auditoire une émotion qui paraît s’être étendue sur les juges.

Après quelques mots de réplique, le commissaire du gouvernement, repoussant l’excuse basée sur l’exiguïté physique de l’accusé, invite les juges à remonter dans leurs souvenirs révolutionnaires de 1848 et 1830, et leur rappelle qu’alors comme aujourd’hui ils étaient traîtreusement atteints par ces dangereux enfans qu’on laissait approcher sans défiance. Il rappelle la mort d’un officier supérieur de la garde royale, tué avec un pistolet chargé d’une bille. Vous appelez cela des jeux d’enfans, dit M. Carpentin en terminant ; oui, mais des jeux d’enfans qui tuent.][40]

 

Le conseil se retire dans la salle des délibérations, et en sort avec un verdict qui prononce la culpabilité, mais qui écarte l’intention de donner la mort, à la minorité de trois voix contre quatre. (Il faut cinq voix sur sept au conseil de guerre pour former la majorité.)

En entendant condamner l’accusé à la simple peine de cinq ans de réclusion, l’auditoire semble comprendre que le conseil a pris en considération l’état physique de Tourniaire, qui, comme il en a été qualifié, a l’air d’un véritable gamin.

 

___________________________

 

 

La Gazette du Midi, 10 mai 1852

 

La lettre suivante de M. le président du tribunal de Forcalquier, malgré sa date un peu ancienne, n’a été reçue dans nos bureaux que le samedi 8 mai et au moment où notre numéro du jour allait être mis sous presse. Nous la publions dans celui qui a suivi immédiatement.

 

Au rédacteur.

Forcalquier, 4 mai 1852.

Monsieur,

Il y a dans le compte-rendu publié par divers journaux sur l’affaire Tourniaire jugée par le conseil de guerre de votre ville des omissions qui nous paraissent injustes et des appréciations qui sont erronées. En restituant à des faits, qui se sont passés sous nos yeux, leur véritable couleur, nous n’entendons incriminer personne. Nous croyons que la disposition de quelques témoins a été sténographiée d’une manière incomplète et inexacte.

Nous lisons d’abord, dans un de ces journaux, que M. Paillard, notre ancien sous-préfet, bien aise de faire connaître ceux auxquels il doit la vie, nomme MM. Duval, Paulmier et Devaux. Or, voici ce qui s’est passé à cet égard.

Depuis une heure et demie, une bande d’insurgés était partie de Forcalquier pour Manosque, emmenant avec elle MM. Paillard et Paulmier ; personne ne doutait qu’ils fussent fusillés en route, lorsque M. Correnson[41], juge d’instruction, exprima le désir de faire une tentative pour les sauver. Il cherche des moyens de transport qui lui manquent ; M. Duval les lui fournit et se met lui-même à sa disposition. Ils partent et atteignent les insurgés.

En ce moment M. Paillard évanoui était transporté dans une ferme. Pendant que M. Duval s’efforce de le ramener à la vie, M. Correnson parlemente avec les chefs et obtient d’eux que les prisonniers soient ramenés dans la maison d’arrêt de Forcalquier.

Le lendemain, à midi, le bruit se répand qu’un bataillon va arriver ; les Manosquins veulent se retirer, mais en reconduisant leurs ôtages. M. Correnson parlemente encore pour eux : Répondez-vous sur votre tête de leur évasion, lui disent-ils. Oui, j’en réponds sur ma tête. Forcalquier est délivré des Manosquins, mais reste au pouvoir d’autres insurgés.

Cependant le bataillon attendu n’arrive pas. M. Duval monte dans son cabriolet ; il prend diverses directions ayant l’air d’inspecter les routes en sa qualité d’ingénieur. L’attention ainsi détournée, il passe près des prisons ; M. Correnson qui s’y trouvait donne au concierge l’ordre écrit de relâcher les prisonniers, et, un instant après, le cabriolet de M. Duval les emporte avec une extrême rapidité sur la route d’Apt.

Bientôt on entend des vociférations. Nous sommes trahis, Paillard est sauvé ; il est évident que l’annone du bataillon n’a été qu’une fausse alerte ! On se rassemble sur la place publique, on demande M. Correnson. M. Correnson paraît.

Avant tout, dit ce magistrat, en présence de la foule ameutée, qu’il soit bien entendu que la responsabilité de l’évasion pèse sur moi. La cause de la République ne devait point être souillée par un crime ; j’ai voulu vous l’éviter. Puis il cherche à calmer les esprits. On lui reproche d’avoir manqué à sa parole, il répond : Le contrat passé entre nous tient toujours ; j’ai promis ma tête en échange des prisonniers, ma tête vous appartient. Une voix s’élève : Qu’attendons-nous pour le fusiller ? M. Correnson jette un regard de mépris sur l’individu qui vient de proférer ces paroles ! Je suis prêt, dit-il, et je pâlirai moins que tu ne pâliras toi-même lorsque ton tour sera venu.

En présence de pareils faits, nous n’avons pu voir, sans une émotion pénible, qu’en énumérant les noms des personnes qui avaient contribué à sauver la vie à notre ancien sous-préfet, on ait éloigné celui qui devait figurer en première ligne.

Nous passerons rapidement sur tout le reste. Le compte-rendu montre les fonctionnaires et les habitans de Forcalquier sous un jour défavorable. On n’a de confiance qu’en M. Paulmier, M. Paulmier seul a du courage, M. Paulmier seul a du dévouement. A Dieu ne plaise que nous voulions diminuer, aux yeux du public, le mérite de ce jeune magistrat ! Mais pour rendre ce mérite plus saillant, est-il besoin de rabaisser toute une population ?

Notre petite ville (2000 âmes agglomérées) était dans le calme, lorsque six cents forcenés armés jusqu’aux dents l’envahissent. Nul n’a le temps de se reconnaître. Cependant quelques citoyens honorables se précipitent dans l’hôtel de la sous-préfecture où le péril était si grand ; ils paraissent avec M. Paillard sur le balcon ; ils sont à ses côtés quand il en descend, s’efforçant de lui faire rempart de leurs corps. Plusieurs sont traînés avec lui dans les prisons. Parmi eux se trouvaient MM. Roche, Terris, Girot et autres. On n’a pas résisté, il est vrai. On n’a pas tiré le coup de fusil qui serait devenu le signal d’un massacre. Voilà tout.

Un mot encore : nous n’avons pu lire, sans une profonde surprise, la déposition de M. Ravoux, d’après laquelle, suivant le compte-rendu, ce magistrat intérimaire aurait eu toutes les peines du monde à former une commission municipale. Cette commission a été formée sous nos yeux. Nous, qui écrivons ces lignes, avons désigné la plus grande partie de ces membres ; pas un seul n’a refusé et, moins d’un quart-d’heure après, elle pouvait fonctionner.

En rectifiant ainsi les faits, M. le rédacteur, nous avons cédé à un sentiment de justice et de vérité. Nous ne doutons pas que MM. Paillard et Paulmier ne s’empressent de confirmer notre témoignage. La croix qui décore leur poitrine nous le garantit.

Agréez l’assurance de notre parfaite considération.

Le président du tribunal civil de Forcalquier,

Eugène de Gaudin[42]

Le président-adjoint remplissant les fonctions de maire de Forcalquier depuis les événemens de décembre,

Depieds, avocat.

 

 

 

La Gazette du Midi, 12 mai 1852

 

Au rédacteur

 

Monsieur le rédacteur,

Vous avez accueilli, hier, dans votre feuille, une lettre de MM. De Gaudin et Depieds, qui contient une assertion inexacte en ce qui le concerne, veuillez insérer dans vos colonnes la rectification qui suit :

MM. de Gaudin et Depieds avancent qu’une commission municipale a été formée sous leurs yeux, que personne n’a refusé le mandat qui lui était offert et que la commission pouvait fonctionner un quart d’heure après ; tout cela est très-vrai pour la journée dont parlent ces messieurs. Mais ce qu’ils ne disent pas, ce que par conséquent ils ignorent, car il ne m’est pas permis de douter un seul instant de leur loyauté, c’est que lorsque j’ai eu l’honneur de recevoir MM. De Gaudin et Depieds à la sous-préfecture pour m’entourer de leur expérience et de leurs conseils, déjà, j’avais employé la plus grande partie de la nuit précédente, c’est-à-dire des premières heures de mon séjour à Forcalquier, à faire de concert avec M. le commandant Foley et de M. Paulmier de vaines instances, soit auprès de l’ancien maire démissionnaire, soit auprès de diverses autres personnes pour leur faire accepter un mandat municipal.

MM. Foley et Paulmier confirmeront, s’il y a lieu, la vérité des lignes qui précèdent, et, d’ailleurs, MM. De Gaudin et Depieds peuvent s’en assurer plus promptement encore auprès de M. Descoffe, propriétaire de l’hôtel de la sous-préfecture, qui nous assistait dans ces premières démarches.

Mon témoignage devant le conseil de guerre reste donc intact, dans sa pensée et dans sa forme.

Maintenant, Monsieur le rédacteur, je profite, avec le plus vif empressement, de l’occasion qui m’est donnée de constater à mon tour, la noble conduite de M. Correnson, juge d’instruction à Forcalquier, pendant les événemens de décembre. Partout sur mon passage dans l’arrondissement que j’ai eu l’honneur d’administrer un instant, l’opinion publique m’a signalé ce magistrat distingué, comme un homme de cœur, ayant donné les plus grandes preuves de dévouement dans ces tristes circonstances.

Agréez, Monsieur le rédacteur en chef, l’expression de mes sentimens distingués.

M. Ravoux, avocat

 

 

 

 

La Gazette du Midi, 23 mai 1852

 

Dunkerque, le 19 mai 1852

 

Monsieur le rédacteur,

Je reçois en communication un exemplaire de votre numéro du 10 de ce mois et j’y trouve une lettre de MM. De Gaudin et Depieds, relative aux débats de l’affaire Tourniaire, qu’il m’est impossible de laisser sans réponse.

Vos honorables correspondants ont supposé que parmi les personnes auxquelles je m’étais plu à exprimer ma reconnaissance de la part qu’elles ont prise à ma délivrance et à celle de M. Paulmier, le nom de M. le juge d’instruction Correnson s’était trouvé omis.

MM. de Gaudin et Dépieds n’avaient sans doute pas eu connaissance de la note suivante publiée par le Courrier de Marseille[43] à la suite de son compte-rendu du 27 avril et répétée par la plupart des journaux de Paris :

« M. Paillard, ex-sous-préfet de Forcalquier, nous écrit pour nous témoigner le regret qu’il éprouve de n’avoir pas vu le nom de M. Correnson, juge d’instruction à Forcalquier, figurer au nombre des personnes qui se sont courageusement dévouées pour lui sauver la vie. Nous nous empressons de réparer cet oubli. »

Je suis heureux, du reste, de cette occasion qui m’est fournie de donner à M. Correnson une nouvelle preuve de ma gratitude.

MM. de Gaudin et Dépieds ont cru devoir ajouter quelques rectifications de faits, qui manquent d’exactitude.

Ils ont été mal informé par ceux qui leur ont dit que les quelques honorables citoyens qui se trouvaient au moment du péril à la sous-préfecture de Forcalquier avaient paru sur le balcon avec le sous-préfet. J’étais seul avec M. Paulmier.

Ils ajoutent que lorsque j’en descendis, ces mêmes personnes étaient à mes côtés, s’efforçant de me faire un rempart de leurs corps. C’est une erreur. Ces messieurs étaient restés dans une pièce voisine, et nous les y rejoignîmes au moment où la sous-préfecture allait être envahie. Un seul d’entre eux ayant été d’avis de la résistance, les autres m’exhortant à fuir et à céder, je répondis, ainsi que j’en ai déposé : « C’est à moi qu’on en veut : j’y vais. » et je me présentai seul aux bandits qui déjà se précipitaient dans l’escalier de l’hôtel.

Je n’ai eu aucune connaissance personnelle de ce qui a suivi. J’ai entendu parler de MM. Roche et Terris comme s’étant parfaitement conduits dans cet instant difficile et cela ne me surprend pas de ces dignes fonctionnaires. Mais j’étais entouré d’assassins, en face de la mort, et il m’était impossible de savoir ce qui se passait derrière moi.

Quant aux appréciations relatives à la conduite des habitans de Forcalquier, je n’ai point à en parler. Le compte-rendu n’en porte aucune trace.

Je n’ai rien à ajouter à ma déposition, rien à en retrancher, rien à rectifier.

Veuillez, Monsieur le rédacteur, insérer ma réponse dans le plus prochain numéro de votre estimable journal et agréez l’assurance de mes sentimens les plus distingués.

A. Paillard

Sous-préfet de Dunkerque

 

 


[1] Circulaire [relative à la création des commissions mixtes] du 2 février 1852.

[2] Les procès des Varois (affaires de Cuers et de Vidauban) se feront finalement aux assises.

[3] François Robuste (1807-1890)

[4] C’est le régiment d’infanterie, commandé par le colonel Parson, défait aux Mées le 9 décembre par les résistants bas-alpins.

[5] Dauphin Antoine Bienvenu Tourniaire, cordonnier à Manosque, né le 24 décembre 1831 à Puimichel (Basses-Alpes). Condamné par la commission mixte à l’Algérie plus, il est renvoyé devant le Conseil de Guerre de Marseille car : « Dossier n° 1160. Algérie Plus. S’est rendu en armes à Forcalquier. A participé au sac de la poudrière, à l’arrestation des gendarmes et à celle du sous-préfet. Dossier n° 1161. Conseil de guerre. Tentative de meurtre sur un fonctionnaire de l’ordre administratif à l’occasion de l’exercice de ses fonctions. » (Jean-Claude Farcy, Rosine Fry, Poursuivis à la suite du coup d’État de décembre 1851, Centre Georges Chevrier – (Université de Bourgogne/CNRS)

[6] Le vicomte Henry de Sercey (1808-1873) sera condamné le 5 avril 1853 par le 2e Conseil de guerre de Paris à cinq ans de prison pour escroquerie et abus de confiance.

[7] Parti de Marseille à la tête d’une colonne expéditionnaire, le colonel Sercey a repris Brignoles le 9 décembre, avant de marcher sur Barjols, puis sur les Basses-Alpes pour arriver à Digne le 13.

[8] Le commandant de la 9e division militaire a dispersé les rassemblements (place Castellane, grand chemin de Toulon et chemin du Rouet), opéré de multiples arrestations pour cris séditieux et déployé ses troupes et des pièces d’artillerie braquées sur le Cours Saint-Louis. (Hugues Breuze, Insurgés et opposants au coup d’État de décembre 1851 dans les Bouches-du-Rhône, mémoire de maîtrise, direction Jean-Marie Guillon, Aix-en-Provence, 2000.)

[9] Ainsi, à Château-Arnoux, Sercey, essuyant plusieurs refus d’accepter le poste de maire, menace le dernier récalcitrant d’être fusillé (Victor Schœlcher, Histoire des crimes du 2 décembre, Bruxelles, 1852, tome II, pp. 172-173)

[10] La Gazette des Tribunaux, 1er mai 1852.

[11] Georges Foley (1808-1859).

[12] Albert Paulmier, né le 31 mai 1824 à Cahors (Lot). Il est en poste à Forcalquier depuis le 17 février 1851. Après avoir été fait chevalier de la Légion d’Honneur le 13 janvier 1852, il est promu procureur à Gien (Loiret) en mars de la même année. Il est admis à la retraite par l’épuration de la magistrature effectuée par la loi du 30 août 1883. Décédé le 18 juillet 1900. (Jean-Claude Farcy, Rosine Fry, Annuaire rétrospectif de la magistrature XIXe-XXe siècles, Centre Georges Chevrier (Université de Bourgogne/CNRS) et Archives nationales, base Leonore, LH//2071/22)

[13] Le Droit, 1er mai 1852

[14] Appelé quelquefois Paillard de Saint-Aiglan. Né le 9 mars 1817 à Saint-Mihiel (Meuse). Ancien substitut au procureur à Saint-Pol (Pas-de-Calais, 1842), Avesnes (Pas-de-Calais, 1842 à 1845), Valenciennes (Nord, 1845 à 1848) Il démissionne en mars 1848 (Jean-Claude Farcy, Rosine Fry, Annuaire rétrospectif de la magistrature XIXe-XXe siècles, Centre Georges Chevrier (Université de Bourgogne/CNRS.) Avant la sous-préfecture de Forcalquier, il avait été secrétaire particulier du préfet de police Rebillot (au 11 juin 1849). Le soir du 3 décembre, il avait reçu une dépêche l’informant qu’il était nommé au 1er décembre 1851 sous-préfet de Dunkerque (jusqu’en 1854). Il fut par la suite préfet du Cantal (1854 à 1858), de Lot-et-Garonne (1858 à 1864), du Puy-de-Dôme (1864 à 1866) puis du Pas-de-Calais (1866 au 5 septembre 1870, mis à la retraite). (René Bargeton, Pierre Bougard, Bernard Le Clère, et Pierre-François Pinaud, (Dictionnaire biographique des préfets du 11 ventôse an VI au 4 septembre 1870, Centre historique des Archives nationales, 1981). Chevalier de la Légion d’Honneur le 10 décembre 1850, officier le 14 août 1862, commandeur le 7 août 1869. Il obtint également des décorations étrangères : ordre de Léopold de Belgique (1855), de Saint-Grégoire le Grand (Vatican, 1859), de l’Étoile polaire (Suède, 1867), du Medjidié (Empire ottoman, 1869) (Archives nationales, base Leonore, LH//2035/53). Archiviste paléographe, formé à l’École des Chartes (promotion 1839), il a publié dans les Mémoires de l’Académie royale de Belgique (1844) et la Bibliothèque de l’École des Chartes (1840 et 1848) sur l’invasion normande et les abbayes aux VIIe et IXe siècles (Persée) et Fragment d’un mémoire sur les invasions des Northmans sur les bords et au midi de la Loire (s.d) ainsi que Histoire des invasions des Northmans dans la Morinie (1858) et Histoire de l’Hôtel de la Préfecture d’Agen (1860). Bibliographie sur IdRef. Décédé le 2 mars 1903 au château de Charly, à Mazille (Saône-et-Loire).

[15] Joseph Buisson, liquoriste à Manosque où il est né le 2 août 1817. Élu maire en 1848, il est révoqué en février 1850 pour son activisme républicain. La commission mixte l’a condamné par contumace à l’Algérie plus car : « Chef de parti et de société secrète. Propagandiste. Membre du Comité de résistance. Signataire des proclamations. Auteur de pillage et d’incendie. Organisateur de tous les mouvements de désordre. » Décédé le 14 avril 1886 à Manosque.

[16] André Ailhaud, dit Ailhaud de Volx.

[17] Sur les événements de Forcalquier, voir le rapport établi par Paillard le 12 décembre.

[18] Joseph Christophe Depieds (1790-1881). Il devint maire de Forcalquier (1852-1856) et juge au tribunal de la ville (1852-1859).

[19] Pierre Emmanuel Escoffier. Condamné par contumace à l’Algérie plus car : « Président de société secrète. Membre du Comité de résistance de Forcalquier et de Digne. Très exalté. Par sa généreuse intervention, il a sauvé des magistrats qu’on voulait assassiner. » Il s’exile en Sardaigne. Transporté en 1858 à Tlemcen. (Jean-Claude Farcy, Rosine Fry, Poursuivis à la suite du coup d’État de décembre 1851, Centre Georges Chevrier – (Université de Bourgogne/CNRS) et Denise Devos, La Troisième République et la mémoire du coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte. La loi de réparation nationale du 30 juillet 1881, Archives nationales, 1992, p. 34)

[20] Allusion à la condamnation à la déportation aux iles Marquises en août 1851, dans l’affaire du complot de Lyon, de Louis Langomazino, figure du parti républicain bas-alpin.

[21] Pierre Joseph Godefroy, charron à Forcalquier. Né à Peyruis (Basses-Alpes) le 26 novembre 1816. Condamné par contumace à l’Algérie plus car : « Chef de société secrète. Etait en armes à Forcalquier. S’est rendu à Digne. Convictions ardentes. ». (Jean-Claude Farcy, Rosine Fry, Poursuivis à la suite du coup d’État de décembre 1851, Centre Georges Chevrier – (Université de Bourgogne/CNRS) Exilé en Argentine. (Denise Devos, La Troisième République et la mémoire du coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte. La loi de réparation nationale du 30 juillet 1881, Archives nationales, 1992, p. 37)

[22] Ingénieur des Ponts-et-chaussées. « Sa conduite courageuse dans les événemens du mois de décembre » lui vaut la Légion d’Honneur le 22 janvier 1852.

[23] Cette affirmation est contestée par le courrier de De Gaudin et Depieds, publié le 10 mai 1852 dans la Gazette de France, transcrit ci-dessous.

[24] Le Droit, 1er mai 1852.

[25] Le Droit, 2 mai 1852.

[26] Rousseau Marquezy est né à Toulon le 3 novembre 1802. Procureur à Brignoles, puis à Tarascon, il devient en 1833 substitut à la Cour d’Appel d’Aix, puis avocat général et enfin conseiller. Il est nommé président de chambre en 1860. Admis à la retraite en 1866. Chevalier de la Légion d’Honneur le 15 août 1853. (Annuaire rétrospectif de la magistrature, Jean-Claude Farcy et Rosine Fry, Université de Bourgogne)

[27] Michel Lamy est né vers 1831 à Mane où il est apprenti bourrelier. Condamné à l’Algérie plus car : « Est allé à Forcalquier avec un sabre, a participé à l’arrestation du sous-préfet. Etait auprès de lui lorsqu’il fut blessé. Est allé en armes à Digne et aux Mées. Mauvais sujet. Entraîné par son frère. » Transporté à Alger. Remise de peine le 2 février 1853.

[28] Le Droit, 2 mai 1852.

[29] Pierre François Brémond, cultivateur est né le 18 octobre 1828 à Forcalquier. Condamné à l’Algérie plus car : « Affilié. A pillé la poudrière et cherché un gendarme pour le tuer. A volé 37 fusils. A marché en armes sur Digne. Dangereux. » Transporté à Bou Tlélis.

[30] Victor Adolphe Théodore Carpentin (1799-1879). C’est ce même chef d’escadron en retraite qui avait requis en Conseil de guerre contre Ailhaud de Volx.

[31] Ailhaud de Volx.

[32] Carpentin donne là lecture d’un document concernant le Var !

[33] André Ailhaud est la figure centrale de la résistance bas-alpine. On lira Christian Maurel, « André Ailhaud dit de Volx (1799-1854), héros de l’insurrection républicaine bas-alpine de 1851 », dans Provence 1851. Une insurrection pour la République, Actes des journées d’étude de 1997 à Château-Arnoux et de 1998 à Toulon, Association pour 150ème anniversaire de la résistance au coup d’État du 2 décembre 1851, Les Mées, 2000

[34] François Aimé Barneaud, né le 24 décembre 1827 à Sisteron où il est avocat. Condamné à l’Algérie plus car : « Chefs de parti et de société secrète. Agents de propagande dans leur arrondissement. Provocateurs à l’insurrection. Chefs de bandes qui se rendirent à Digne. Membres du comité de résistance. Signataires des proclamations. Auteurs principaux du pillage des caisses publiques, des réquisitions de tabac, de vivres et de logement, de l’incendie des archives de la régie. Organisateurs du mouvement et responsables pour cela seul de toutes les scènes de désordre. » Il réussit à s’enfuir. Remise de peine le 13 avril 1853.

[35] Charles Cotte est né le 21 octobre 1823 à Digne où il est avocat. Il avait été arrêté le 4 décembre par le préfet et remis en liberté le 6 sous la pression populaire. Condamné à l’Algérie plus car : « Chefs de parti et de société secrète. Agents de propagande dans leur arrondissement. Provocateurs à l’insurrection. Chefs de bandes qui se rendirent à Digne. Membres du comité de résistance. Signataires des proclamations. Auteurs principaux du pillage des caisses publiques, des réquisitions de tabac, de vivres et de logement, de l’incendie des archives de la régie. Organisateurs du mouvement et responsables pour cela seul de toutes les scènes de désordre. » Il réussit à s’enfuir. Remise de peine le 23 février 1853.

[36] Il y a là une erreur de chronologie. La proclamation reproduite infra est datée du 7 décembre (après la prise de Digne par les républicains), alors que la bataille des Mées a eu lieu le 9.

[37] Pierre Eustache Aillaud, dit Pierrette, né le 29 mars 1806 à Valensole où il est huissier. Condamné à la transportation à Cayenne car : « Chef de parti et de société secrète. Propagandiste. Chef de bande. Membre du Comité de résistance. Signataire des proclamations. Auteur du pillage et de l’incendie. Organisateur de tous les mouvements de désordre. De plus Ailhaud Pierrette a été condamné pour vol. » Exilé à Malte puis à Nice. Décédé le 24 mai 1864 à Marseille.

[38] Lazare Bienvenu, dit Aristide, Guibert est né le 31 août 1813 à Gréoux où il est notaire. Ancien maire de Gréoux, il est élu conseiller général du canton de Valensole en mars 1850. Condamné à l’Algérie plus car : « Chefs de parti et de société secrète. Agents de propagande dans leur arrondissement. Provocateurs à l’insurrection. Chefs de bandes qui se rendirent à Digne. Membres du comité de résistance. Signataires des proclamations. Auteurs principaux du pillage des caisses publiques, des réquisitions de tabac, de vivres et de logement, de l’incendie des archives de la régie. Organisateurs du mouvement et responsables pour cela seul de toutes les scènes de désordre. » Décédé le 13 novembre 1875 à Gréoux.

[39] Gustave Jourdan est né à Paris le 17 avril 1820. Ancien juge à l’ile Bourbon, il est avocat à Gréoux. Condamné à la transportation à Cayenne car : « Chefs de parti et de société secrète. Agents de propagande dans leur arrondissement. Provocateurs à l’insurrection. Chefs de bandes qui se rendirent à Digne. Membres du comité de résistance. Signataires des proclamations. Auteurs principaux du pillage des caisses publiques, des réquisitions de tabac, de vivres et de logement, de l’incendie des archives de la régie. Organisateurs du mouvement et responsables pour cela seul de toutes les scènes de désordre. Jourdan condamné pour excitation à la débauche d’enfants de même sexe, réhabilité. » Exil en Piémont. Décédé à Paris le 18 février 1866. On lira Charles Galfré, « Gustave Jourdan : un soldat du droit », Bulletin de l’Association 1851-2001, 9, 2000.

[40] La Gazette du Midi, 1er mai 1852.

[41] Antoine Thérèse Ferdinand Léonce Correnson, né le 28 mars 1812 à Montpellier (Hérault). Chevalier de la Légion d’Honneur en 1846. En poste à Forcalquier depuis 1850. (Jean-Claude Farcy, Rosine Fry, Annuaire rétrospectif de la magistrature XIXe-XXe siècles, Centre Georges Chevrier (Université de Bourgogne/CNRS). Dans son rapport au ministre du 15 décembre, Paillard indique : « son état de disgrâce supposé [le] faisait considérer par les démocrates comme un des leurs, [il] saisissait habilement et courageusement l’influence que cette situation lui donnait sur les vainqueurs pour les forcer à respecter leurs victimes. » Dans la deuxième édition de La province en décembre 1851, Eugène Ténot le dit avoir adhéré à la résistance. Le 22 décembre, Correnson donne sa démission après avoir appris l’exécution par l’armée du colonel Vinoy de 9 insurgés à Saint-Etienne-les-Orgues le 14. Dans sa lettre de démission, il écrit : « Quand j’appris la fusillade St Étienne, je fus frappé au cœur. La multitude avait deviné juste, quand elle me disait : Nous épargnons nos prisonniers, on ne nous épargnera pas… » (Philippe Vigier, La Seconde République dans la région alpine, PUF, 1963, tome II, p. 335). Correnson reste toutefois en poste à Forcalquier jusqu’en 1860 où il mute comme juge à Nice.

[42] Paul Louis Eugène de Gaudin (1807-1868). En poste à Forcalquier depuis 1850. Il est nommé conseiller à la Cour d’appel d’Aix en 1863.

[43] Le 3 mai 1852.