Les événements du Var rapportés dans le Journal de Toulouse
page mise en ligne le 19 octobre 2026
Document aimablement communiqué par Maurice Mistre (notes de Frédéric Negrel)
Les événements du Var rapportés dans le Journal de Toulouse
Journal de Toulouse : politique et littéraire, 16 décembre 1851
Le préfet[1] du Var a communiqué aux journaux la dépêche suivante : Aups, midi, 10 décembre 1851.
Mes courriers m’ayant donné l’assurance que le gros des insurgés était à Aups, je suis parti ce matin à 4 heures avec onze compagnies commandées par le colonel[2] du 50e et 40 chevaux. Nous avons abordé la colonne insurrectionnelle à Aups. — Elle a immédiatement lâché pied. — La cavalerie leur a tué 50 ou 60 hommes[3] ; l’infanterie, une quarantaine ; le reste fuit en désordre. — Tout le monde a fait son devoir. Nous avons eu un homme tué[4], quelques blessés, au nombre desquels deux officiers. Nous allons marcher sur Salernes, où se trouve le reste de la bande. Tous les fonctionnaires et honorables citoyens prisonniers des insurgés étaient à Aups. — Nous les avons délivrés.
Var, 9 décembre. — Un de nos correspondants nous donne les détails les plus positifs sur la marche de la colonne commandée par M. le colonel de Sercey[5]. Saint-Zacharie, Rougiers sont tranquilles. — La colonne accueillie par les sympathies les plus vives s’est dirigée de là sur Brignoles, laissant à sa gauche Saint-Maximin, qui, bien qu’au pouvoir des insurgés, n’inspire aucune inquiétude[6]. La mairie provisoire de Tourves, présidée par un savetier[7] de la localité, s’est enfuie bien avant l’arrivée des troupes[8]. La municipalité précédente a été reconstituée. La colonne n’a rencontré à Brignoles que quelques groupes de curieux inoffensifs. La municipalité provisoire s’est présentée une demi-heure après, pour expliquer sa conduite à M. Ie commandant en chef. Ce repentir tardif a été repoussé, et M. le colonel de Sercey, après avoir prononcé quelques paroles pleines d’une énergique indignation, les a chassés honteusement de la mairie[9]. La ville est occupée militairement et la population désarmée, quelques arrestations sont faites, une commission municipale constituée. Une proclamation du commandant en chef, M. le comte de Sercey, a été publiée et affichée partout.
On ne saurait se figurer la joie de la partie honnête de la population. D’ailleurs les plus forcenés des agitateurs ont pris la fuite et se sont dirigés, dit- on, sur Salernes ou sur Draguignan. L’ordre est rétabli au Luc ; cette localité est occupée par un fort détachement[10]. Les principaux habitants de Lorgues avaient été capturés par les insurgés ; ils ont été remis en liberté[11]. Après quelques heures d’un repos nécessaire, la colonne partira demain pour continuer ses opérations. Les hommes d’ordre accourent à la rencontre des soldats et les proclament leurs libérateurs. Les troupes sont pleines d’ardeur et de confiance dans leur chef. La terreur gagne les bandes insurgées, et il est bien douteux qu’elles attendent de pied ferme. Nous avons des nouvelles certaines de Cotignac (Var), d’après lesquelles cette localité n’avait eu à souffrir des insurgés que le passage d’une bande, l’attitude des habitants et des autorités n’ayant donné aux factieux aucun espoir de succès[12]. (Courrier de Marseille)
[1] Théodore Pastoureau (1815-1874).
[2] Théodore Auguste Trauers (1799-1867). Le 17 janvier 1852, il est fait commandeur de la Légion d’Honneur.
[3] Sur le nombre de tués, voir Frédéric Negrel, « Morts pour la République », Bulletin de l’Association 1851, 24, 2003
[4] Le voltigeur Pierre Trunde, originaire de la Creuse. Une pierre gravée à sa mémoire est toujours visible dans l’allée principale du cimetière d’Aups.
[5] Le vicomte Henry de Sercey (1808-1873) sera condamné le 5 avril 1853 par le 2e Conseil de guerre de Paris à cinq ans de prison pour escroquerie et abus de confiance.
[6] On pourra lire : Alain Decanis, « La résistance en pays saint-maximinois », Pays Sainte-Baume, 9, 2001.
[7] Jean François Requier (1817-1898). Condamné par contumace par la commission mixte à la déportation en Algérie, il se réfugie au Piémont. (voir sa notice du Maitron)
[8] Sur la résistance à Tourves, on lira : Claude Arnaud, « Les événements de 1851 à Tourves », dans Résistances. L’insurrection de décembre 1851. La Résistance pendant la deuxième guerre mondiale à Tourves, 2001
[9] Sur la résistance à Brignoles, on lira : René Héraud, « L’insurrection de 1851 : le docteur Barbaroux », Bulletin de l’Académie du Var, 2001, pp. 223-226
[10] Curieusement, alors que Le Luc est certainement la commune varoise la plus impliquée dans la résistance de Décembre, aucune étude locale n’a encore été publiée depuis le chapitre que lui a consacré Maurice Agulhon dans La République au village, pp. 376-403 de la réédition de 1979.
[11] Sur les événements de Lorgues, on pourra lire : H. Roux, « Trois jours de terreur à Lorgues », publié par Antoine Barbier, « Document relatif aux suites dans le Var du coup d’Etat du 2 décembre 1851 », in Bulletin de la Société d’études scientifiques et archéologiques de la Ville de Draguignan, tome XXXI, mémoires I – V 1916-1917, 1918, pp.53-66
[12] Pourtant, la mairie resta aux mains des républicains locaux les 8 et 9 décembre. Cinquante-six marchèrent sur Sillans pour rejoindre la colonne varoise. (AD Var 4M19/2)