Manosque : une Marianne sans bonnet phrygien

page mise en ligne le 5 novembre 2026

Manosque : une Marianne sans bonnet phrygien

 

Vous découvrirez dans le document ci-dessous ce que l’on peut lire dans la livraison de la revue municipale de Manosque J’aime Manosque (#20, décembre 2025, p. 18)

L’article n’est pas signé mais a dû recevoir l’agrément de M. Galtier, maire, pour sa publication.

 

Préférer Adolphe Thiers, le « boucher de La Commune » à La Commune elle-même dans la ville de Manosque, dont le chef des Insurgés de 1851 contre le Coup d’État de Louis Napoléon Bonaparte, Joseph BUISSON, fut le Maire, a un goût de profonde amertume.

 

Le bonnet phrygien symbolise la devise « Liberté, Égalité, Fraternité ».

Dès 1848, le mouvement républicain est marqué par d’importantes divisions, qui se traduisent dans le domaine des symboles. Les partisans d’une République démocratique et sociale optent pour une Marianne combattante, avec cheveux détachés, bonnet phrygien, poitrine découverte.

Les défenseurs d’une République plus conservatrice préfèrent une Marianne sereinement assise, sans arme, avec les cheveux attachés, les seins couverts. Cette représentation de la République est souvent plus complexe, puisqu’elle intègre des attributs comme le Travail, le Commerce, la Guerre, ou encore la Paix.

Sous la Deuxième République  (1848-1851), l’utilisation du terme de Marianne est encore assez rare mais en progrès.

Parmi les sociétés secrètes républicaines qui se forment à partir de 1849 jusqu’au coup d’État de décembre 1851, certaines prennent ainsi le nom de « Marianne » ou « la Marianne ».

À partir de l’élection de Louis-Napoléon Bonaparte comme président de la République, en décembre 1848, le parti de l’Ordre impose une conception conservatrice de la République. Les allégories de la République s’effacent progressivement de l’espace public, surtout celles qui intègrent un bonnet phrygien ou une poitrine dénudée.

Les statues vainqueurs du concours de 1848 sont remisées au dépôt au lieu d’être installées sur la place publique comme promis.

Les emblèmes qualifiés alors de séditieux (sein nu et bonnet phrygien) sont interdits par une circulaire du 3 mars 1849[1].

Dès janvier 1852, on remplace sur les monnaies l’effigie de la République par celle de Louis Napoléon Bonaparte.

La République est rétablie en 1870. Il faut trouver une nouvelle effigie, pour remplacer celle de l’empereur Napoléon III.

Dès les années 1870, certains maires républicains installent des bustes de Marianne dans leur mairie, ce qui est mal vu par les préfets conservateurs, surtout quand l’allégorie est coiffée d’un bonnet phrygien.

Majoritaires à la Chambre des députés à partir de la fin des années 1870, les républicains ont le triomphe modeste.

Pour ne pas heurter les Français les plus réactionnaires, le gouvernement n’impose pas d’effigie officielle du nouveau régime.

Les statues qui n’ont pas de bonnet phrygien ont les faveurs de Ferry, de Gambetta, Thiers et des autres dirigeants républicains.

Ils leur préfèrent Marianne coiffée d’un diadème rempli d’épis de blé. Mais ils ne peuvent empêcher de nombreux artistes de choisir de coiffer Marianne du fameux bonnet.

Le conseil municipal de Paris, dominé par les républicains radicaux, lance en 1878 un concours de statues de Marianne. Le règlement stipule clairement qu’elle doit être affublée du bonnet phrygien.

Le président Jules Grévy refusa de venir présider l’inauguration du Monument à la République installé sur la Place de la Nation, Marianne y étant représentée avec un bonnet phrygien et une poitrine dénudée.

Au XXe siècle, toutes les mairies se dotent progressivement d’un buste de Marianne qui porte désormais systématiquement le bonnet phrygien et apparaît débarrassée de ses autres attributs (faisceau d’armes, niveau ou balance)… sauf à Manosque ?

 

Claude TESTANIERE

 


[1] Circulaire de Léon Faucher, ministre de l’Intérieur : « Le drapeau rouge est un appel à l’insurrection ; le bonnet rouge ne retrace que des souvenirs de sang et de deuil ; c’est provoquer à la désobéissance aux lois et à la violence que d’arborer ces emblèmes. »