Honneur aux martyrs de Décembre

page mise en ligne le 7 juillet 2026

Le Patriote de la Nièvre, 25 septembre 1884

 

Honneur aux Martyrs de Décembre

 

Poème dit lors de l’inauguration du monument de Clamecy[1], le 21 septembre 1884

 

 

Frères de Clamecy, la France nous regarde !!!!

Des soldats du devoir nous étions l’avant-garde !!!

Nous venons aujourd’hui glorifier nos morts,

Ils étaient de héros, des vaillants et des forts !!!!

 

Au jour du coup d’État, pour sauver notre France

Nous nous sommes armés au cri d’indépendance ;

Les braves citoyens, aimant la liberté,

Combattaient le rebel, monstre d’iniquité…

Animée aussitôt d’un vrai patriotisme,

La Nièvre se leva contre le banditisme.

L’assassin de Décembre, en violant la loi,

Versait des flots de sang, semait partout l’effroi.

 

Paris, le grand martyr était accablé de balles…

Égorgé, mitraillé par de vrais cannibales,

Qui, tuant sans pitié des femmes, des enfants,

Garrottaient, mutilaient de pauvres innocents…

Oui, nous avons voulu, dans ce moment suprême

De la réaction en bravant l’anathème,

Venger la République, arborer son drapeau,

Être libre à jamais ou descendre au tombeau !!!

Mais bientôt l’ouragan plana sur notre tête,

Nous eûmes à subir l’horreur de la défaite…

Malgré tous les efforts des hommes convaincus,

Le crime triompha, nous fûmes les vaincus.

Ah ! nous les avons vus, ces soudards sanguinaires

Fusiller lâchement tous nos parlementaires…

Et celui qui venait de trahir ses serments,

Nous traitait de voleurs, de pillards, de brigands.

Nous la connaissons tous, cette sanglante histoire,

C’était l’assassinat couronnant la victoire !!!

 

Le juste vint s’asseoir au banc des accusés,

Le traître devint juge, et les bandits rusés

Invoquaient froidement le nom de la justice

Pour envoyer mourir l’innocent au supplice !!!

Cirasse[2] et Cuisinier[3] ont gravi l’échafaud,

Millelot[4] expira sous les coups du bourreau !!!

Beaucoup d’autres sont morts, en Afrique, à Cayenne.

Il faut le répéter afin qu’on s’en souvienne…

Nous les saluons tous, devant ce monument,

Ils sont morts pour le droit, morts par leur dévouement ;

Ils étaient des héros de la garde civique,

Gloire à tous les martyrs, morts pour la République !

 

Gustave DIME,

De Neuvy-sur-Loire, ancien déporté politique de Décembre 1851.

 

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Gustave DIME est né le 8 février 1832 à Neuvy-sur-Loire[5] (Nièvre) où il est couvreur. La commission mixte de la Nièvre l’a renvoyé devant le Conseil de guerre car : « Chef de bande. A été aux avants postes un des plus ardent à l’envahissement de la caserne. A couché en joue le gendarme Champenois avec l’intention de lui donner la mort, empêché par Polignon qui a relevé 3 fois son fusil. » Le Conseil de guerre de Clamecy l’a condamné le 26 mars 1852 à la déportation simple pour « attentat ayant pour but de changer le gouvernement ou d’exciter à la guerre civile. » Sa peine est commuée le 12 mars 1853 en 15 ans de transportation à la Guyane où il arrive sur la Fortune le 1er septembre 1853. Il s’évade le 13 septembre 1856 avec 19 compagnons[6]. Il s’installe à New-York et rejoint l’Internationale et sa fraction libertaire. Il rentre en France en 1878. Il obtint une pension par la loi de réparation nationale du 30 juillet 1881. Il habite Paris en 1883[7].

 

 


[1] Sur ce monument, on pourra lire : Bernard Stainmesse, « La Colonne, l’Insurgé et la Cité », dans Coup d’État du 2 décembre 1851, les insurgés de Clamecy et de la Nièvre, Actes du colloque tenu à Clamecy le 24 mai 1997, Clamecy, Société scientifique et littéraire de Clamecy, 1999

[2] Germain Cirasse, né le 18 mai 1808 à Pousseaux où il est flotteur. Condamné à mort par le conseil de guerre pour insurrection et pour avoir tiré à Pousseaux l’un des coups de fusil qui a abattu M. Bonneau, père. Guillotiné à Clamecy le 30 juillet 1852. Le monument a été édifié sur le lieu de l’exécution. Sa veuve et ses deux filles reçurent une pension par la loi de réparation nationale de 1881.

[3] Pierre Cuisinier, dit Mauluron, est né le 18 ventôse an XI à Surgy, flotteur à Pousseaux. Condamné par le 2e conseil de guerre de Clamecy à la peine de mort pour l’assassinat du gendarme Bidan. Ses pourvois en révision et en cassation seront rejetés. Exécuté avec Germain Cirasse le 30 juillet 1852 à Clamecy.

[4] Edme Nicolas Eugène Millelot, aîné, né le 6 décembre 1823 à Clamecy où il est compositeur d’imprimerie. Condamné à mort par le 2e conseil de guerre pour insurrection et assassinat de l’instituteur Munier. Sa peine fut commuée en travaux forcés à perpétuité. Il fut transporté à Cayenne où il décèdera le 8 octobre 1856.

[5] En 1902, un monument a été édifié à Neuvy-sur-Loire en mémoire des quatre résistants locaux qui y ont été sommairement fusillés. On pourra lire : Frédéric Negrel, « Les monuments de Cosne et de Neuvy à la mémoire des victimes du coup d’État du 2 décembre 1851 », Bulletin de la Société Scientifique et Artistique de Clamecy, 2024, pp. 67-93

[6] Plusieurs récits de cette évasion ont été publiés : Pierre Seroude, Histoire d’un évadé de Cayenne, écrite par lui même, New-York, 1857 ; Quatre ans à Cayenne, notes de Fr. Attibert, déporté, rédigées par le rédacteur en chef du Bien-Etre Social [Louis Watteau], Bruxelles, 1859, et Alphonse Davaux, « Lettre d’un déporté politique », Annuaire historique du département de l’Yonne, 1889, pp. 157-167

[7] L’Espérance (Perpignan), 11 avril 1883.