Lettre de Madame Bouffier au préfet du Var, février 1852

page mise en ligne le 3 août 2026

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Lettre de Madame Bouffier au préfet du Var

 

document aimablement communiqué et transcrit par Mathieu Debels

 

Au Luc   le 16 février 1852

Monsieur le préfet.

 

Je suis une malheureuse mère de famille. Je n’ai pour subvenir aux besoins de mes trois petits enfants que le produit du travail de mon mari. Voila plus de deux mois qu’il est emprisonné sans qu’on l’ait justement interrogé. Depuis qu’il est prisonnier j’ai épuisé mes petites économies dans les voyages que j’ai été obligé de faire pour aller lui porter les quelques secours dont il pouvait avoir besoin et pour tenter d’apprendre quelles étaient les charges qui pesaient sur lui pour tacher de les détruire si c’était possible. Mais que pouvait une femme de ma condition ?

Je n’ai jamais osé me présenter devant personne ; et ce n’est sans de biens grandes hésitations que j’ai pris aujourd’hui la force de m’adresser vous. Mais que faire ? Je ne possède plus rien. Je ne puis par conséquent plus espérer de voir mon mari pour me concentrer avec lui et aviser avec lui aux moyens de prouver son innocence. Je n’ai plus d’espoir que dans votre générosité, et c’est ce qui fait que je viens aujourd’hui vous prier d’avoir pitié de moi et de mes petits enfants qui vous supplient à genoux de leur rendre leur père, leur soutien.

Si vous en pouvez nous en accorder une si grande faveur, daignez tout au moins nous faire savoir quelles sont les charges qui pèsent sur lui pour que s’il n’est pas coupable nous puissions le prouver.

Mon mari s’appelle Jean Baptiste, Félix Bouffier, maçon, du Luc. Il est actuellement détenu au Fort Lamalgue.

Je n’ai pour excuse de la liberté que je prends que la misère et celle de mes enfants dont le plus agé n’a que cinq ans, soyez assez bon pour la prendre en considération et soyez persuadé qu’en nous obligeant vous obligerez des infortunés qui ne perdront jamais le souvenir de vos bienfaits.

J’ai l’honneur d’être, Monsieur le préfet, votre très humble et très obéissante servante.

Thérèse, épouse Bouffier

du Luc

 

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Marie Thérèse Christine Calliat a épousé à Cuers, le 13 avril 1842, Jean Baptiste Félix Bouffier, né le 26 avril 1813 au Luc où il est ouvrier maçon.

En 1851, ils habitent rue Moderne, au Luc, avec leurs enfants François, Augustin et Marie Thérèse, âgés de 5 ans, 2 ans et 6 mois.

Jean Baptiste Bouffier a été condamné par la commission mixte du Var à la surveillance pour « habitudes démagogiques« . Libéré du fort Lamalgue, il est gracié en février 1853. Il obtient un pension au titre de la loi de réparation nationale de 1881. Décédé le 23 mars 1892 au Luc.