Les Nivernais transportés à Cayenne
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Les Nivernais transportés à Cayenne
Le 19 février 1879, Le Patriote de la Nièvre, journal de la démocratie républicaine : politique, économique, agricole, commercial et industriel, paraissant à Nevers, fondé par Félix Ducoudray[1] en octobre 1877, publie la lettre d’un résistant de Clamecy, transporté à Cayenne.
Cette publication intervient alors que le 5 janvier précédent, le renouvellement du tiers du Sénat lui a donné une majorité républicaine, ce qui provoque la démission du président de la République, le monarchiste Mac Mahon. Le 16 janvier, Jules Dufaure, ministre de la justice, déclare : « Nous avons été et nous serons inexorables envers le fonctionnaire qui, même en dehors de ses fonctions, attaque et dénigre le gouvernement qu’il est appelé à servir. En un mot, nous ne conserverons pas en fonction les adversaires déclarés de la République. » Il s’en suit une épuration des fonctionnaires antirépublicains.
Ce qui apparait aux yeux des radicaux comme des cadeaux fait aux faiseurs du coup d’État et à leurs complices relance l’idée de la nécessité d’accorder une réparation nationale à leurs victimes. C’est le sens des lettres reproduites ci-dessous.
Une semaine après la parution de la première de ces lettres, le 27 février 1879, Alfred Talandier[2]présente à la Chambre une proposition de loi qui demande la nomination d’une commission d’enquête parlementaire « à l’effet de rechercher parmi les citoyens français victimes du coup d’Etat du 2 décembre 1851 ceux qui, ayant été atteints dans leur position, dans leur fortune ou dans leurs moyens d’existence, ont droit à une indemnité. » Il s’agit de la reprise de la proposition que le député varois Pierre Dréo avait formulée en vain en 1872. La loi de réparation nationale sera votée le 30 juillet 1881.
L’auteur de ces lettres a pour patronyme Cornu. Mais rien ne nous a permis de l’identifier.
En effet, deux résistants de Clamecy transportés à Cayenne se nomment Cornu : Avertin Hyppolite et Henri François. Ils ont été condamnés, lors de la même séance du 13 février du 2e Conseil de guerre de la 19e division militaire séant à Clamecy, à la déportation dans une enceinte fortifiée pour insurrection. Tous deux sont revenus de Guyane. Ils ne sont pas frères.
Aventin Hyppolite Cornu est né le 28 avril 1810 à Clamecy, où il est tailleur. Décédé le 17 juin 1883 à Clamecy.
Henry François Cornu est né le 28 janvier 1815 à Clamecy, où il est chaudronnier[3]. Décédé le 27 août 1887 à Clamecy.
Le Patriote de la Nièvre, 19 février 1879
Il m’est agréable de féliciter les ministres de l’instruction publique, de la justice et de la guerre, des mesures qu’ils ont prises, chacun dans son ressort, pour commencer l’exécution du programme réclamé par l’opinion républicaine, aujourd’hui la majorité du pays et des chambres.
Mais pendant qu’on dédommage les agents bonapartistes, dont le concours devenait gênant, en leur attribuant des retraites qu’ils n’ont pas honte d’accepter de la-République, il ne me parait pas superflu de remettre en mémoire les actes du gouvernement de décembre au début de son règne néfaste. Aussi, est-ce avec empressement que nous insérons la communication ci-dessous que m’adresse un citoyen de Clamecy, victime du coup d’État.
Quelle compensation la République ne doit-elle pas à ces ouvriers de la première heure qui, au péril de leur vie, sans tenir compte de leurs intérêts et de leurs familles, ont protesté pour la légalité contre la violation du droit, alors que tous les complices du parjure Louis Bonaparte sont gratifiés de bonnes rentes, de pensions ou de sinécures lucratives ?
Le suffrage universel, autant que l’intérêt de la République le permettait, a dédommagé par des honneurs ces mâles dévouements, mais tous ceux qui ont souffert et qui souffrent encore, par le fait du 2 décembre, n’ont pu être soulagés.
Nous serions heureux de voir le Gouvernement, faute de mieux, prendre l’initiative d’une grande souscription nationale en leur faveur ?
Dr F. D.[4]
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Voici cette lettre :
Citoyen,
De malheureux déportés de la Guyane française vous prient d`avoir l’humanité de vouloir insérer dans votre respectable journal les souffrances que l’on nous a fait endurer pour avoir défendu le droit et la loi, au guet-apens du 2 décembre 1851. Logés dans les caves de la salle d’asile, sans air ni couvertures, entassés les uns sur les autres ; le 13 février 1852, condamnés, mais non jugés, à la déportation dans une enceinte fortifiée, par un conseil de guerre composé de MM. Martimpray, colonel[5] ; Delafitolle commissaire du gouvernement ; Lebœuf, capitaine-rapporteur ; le 29 avril, ferrés à la prison de Clamecy avec chaines et manilles pesant 8 kilogr. 500 ; le 30, départ pour Nevers, ferrés deux à deux par le poignet, escortés de la gendarmerie à cheval, et à pied dans l’intérieur de la voiture. Sitôt entrés à la prison de Nevers, M. Métairie, procureur de la République impériale, nous a fait maintenir nos fers aux pieds. Le geôlier nous a conduits dans un cachot sous la chapelle, sans air ni paille, la voûte pour couverture. Le 5 septembre, nous partîmes de Nevers dans le même équipage : fers et gendarmes. Le 7, arrivés à Clairvaux, maison de réclusion ; dès notre arrivée, nous avons été fouillés. L’on nous a tout retiré, même le peu d’argent que nous avions. Le 8, à 9 heures du matin, l’on nous a conduits au bain ; sitôt que nous y avons été, l’on s’est emparé de nos effets et l’on nous a donné l’uniforme de la maison ; on nous a coupé les cheveux et la barbe.
Le 31 octobre, départ pour Toulon, par la voiture cellulaire. Nous recevions notre nourriture comme on la donne aux animaux au Jardin des Plantes, et quelle nourriture ! du pain, un peu de fromage ou de la charcuterie. Nos sièges étaient nos latrines ; nous sommes restés dans ce lieu de délices cinq jours et cinq nuits, jusqu’au 5 novembre, date de notre arrivée au bagne de Toulon.
Lorsque nous sommes descendus de voiture, la plupart de nous avaient les jambes enflées jusqu’aux genoux ; les forçats furent obligés de nous porter dans la case 4, dite des incorrigibles, où nous fûmes jetés avec les repris de justice ; ils avaient vingt-cinq centilitres de vin par jour, et nous rien ! Pour nourriture, un repas de gourgannes[6], une livre et demie de pain de munition, pour matelas les planches, et pour couverture l’espace. Ce n’est qu’à force de réclamations que nous parvînmes à sortir du bagne pour aller au fort Lamalgue, où nous étions bien plus mal au sujet de la propreté ; nous habitions les casemates de droite, et il y avait 23 marches à descendre pour arriver à notre cachot ; plus de vermine que de paille ; nous recevions le jour par un petit créneau, par chaque cachot de trente. Nous sommes restes dans ce tombeau, cinq mois et demi.
Citoyen, je m’arrête ; si vous voulez être utile à vos concitoyens, veuillez insérer cette lettre ; ceux d’entre-nous qui vivent encore et qui ont femmes et enfants, vous seront tous reconnaissants ; faites-nous réponse et nous vous enverrons l’exposé des souffrances des sept années de la Guyane française.
Pour vos compatriotes,
Cornu, ex-déporté.
Le Patriote de la Nièvre, 28 février 1879
Clamecy. – Suite du récit de sept années de déportation par une victime du 2 décembre. – Le 23 avril 1853, sept heures du soir, notre geôlier est venu nous avertir que, demain cinq heures du matin, nous devions partir pour la Guyane française. Le 24, sortis des casemates avec nos compagnons, beaucoup de poux. Apres avoir fait l’appel nominal, en présence de deux bataillons du 61e régiment de ligne, les commandants des deux bataillons ont fait charger les armes ; départ du fort Lamalgue, accompagnés de toute la garnison du fort, de la gendarmerie, de la police et du colonel de place. En sortant du fort, nous avons entonné la Marseillaise et le Chant du départ[7] ; nous avons continué jusqu’au Morillon[8]. L’on a voulu empêcher nos chants ; voyant que nous n’en étions que plus animés, l’on a nous a laissés tranquilles. Il y avait des piquets de troupe sur tout le parcours de notre route.
A six heures et demie, embarqués dans le grand canot de l’Allier, sous les yeux des autorités maritimes et militaires ; tous courageux et fiers, nous n’avons pas cessé nos chants et les cris de vive la République et la nation ! Nous reviendrons ! A sept heures, embarqués sur l’Allier, commandé par M. le capitaine de vaisseau Desolerne, avec M. Laurent pour lieutenant.
Alors, on nous a fouillés, et on a retiré nos couteaux, cuillers, allumettes chimiques ; l’on nous a fait descendre dans la batterie de tribord (rôle gauche du bâtiment). Quelques heures après, le commandant nous a fait monter sur le pont et a fait l’appel. A cinq heures du soir, l’on nous a distribué nos hamacs, un pour deux hommes.
Le 25, à onze heures et demie du matin, départ de la corvette l’Allier. Débarqués à l’Ile-la-Mère, le 7, au chant de la Marseillaise et de vive la République ! nous avons été reçus par le commandant Fautoma, au troisième infanterie de marine ; Baurel, sous-lieutenant, même arme ; monsieur Colalindy, médecin en premier, et monsieur Mondat, en deuxième ; Cautraux, maréchal-des-logis de gendarmerie ; deux brigades de gendarmerie et une compagnie d’infanterie de marine. Voilà notre surveillance.
Cornu, ex-déporté.
Le Patriote de la Nièvre, 12 mars 1879
Un déporté à Cayenne (suite).
Après nous avoir donné hamacs et couvertures, on nous loge dans des cases contenant quarante personnes. Comparativement au voyage, notre position était tenable ; nous avions la même nourriture que le militaire, mais le ciel ne peut rester constamment pur et le démon fit surgir la tempête.
Voici ce qui se passa à propos d’un morceau de pain. Plusieurs de nos camarades, par suite des privations et de la fatigue du voyage, étant à l’hôpital, l’accès de fièvre passé, ils avaient un appétit dévorant. Un de nos amis voulut leur passer la moitie d’un pain de trois livres ; le gardien s’en aperçut au moment où le pain arrivait à sa destination.
Il voulut arracher le pain des mains du malade qui ne le lâchait pas. De la rixe, rapport à l’autorité de rébellion, d’insurrection, expédié à Cayenne, au gouverneur Fourrichon[9] ; résultat : état de siège, une trentaine de nos camarades conduits à la prison de Cayenne. Douze d’entre eux passent au conseil de guerre, sept sont acquittés, trois condamnés à cinq années de fers, et deux à un an de prison.
A six heures du matin, le 25 août, nous sommes embarqués dans le vapeur le Styx ; le même jour, débarqués à l’ile Saint-Joseph. L’on nous a logés dans des cases où nous étions entassés les uns sur les autres ; l’on nous a fait venir des forçats pour nous couper les cheveux et la barbe, à l’ordonnance.
Le 29, commence le travail : le matin, de 6 heures moins un quart à 10 heures ; le soir, de 2 heures moins un quart jusqu’à 5 heures ; nous avions le même règlement, le même habillement, le même travail que les assassins, les faussaires, les voleurs de la haute pègre. Saul la bastonnade, nous avions le même traitement. Voulez-vous savoir ce qu’est la torture du poteau ? C’est une charpente de 30 centimètres carrés sur 2 mètres de hauteur.
Le bourreau prend le patient, lui met le dos sur un des côtés, attache les mains derrière avec des ficelles ; le corps est serré, avec une corde de sept centimètres de grosseur, que le bourreau enroule autour du corps, à partir du cou jusqu’au coup-de-pied, en présence d’un garde-chiourme, pendant quatre heures le matin et autant le soir. C’est de l’invention de Gauthier de la Richerie[10], lieutenant de marine impériale. C’est peu digne d’un officier ; il eût mieux occupé le grade d’argousin. Il y avait aussi la torture du baillon, un morceau de bois rond de la grosseur de dix centimètres, long de quinze, fixé dans la bouche par un lien noué derrière la tête, avec les mains prises arrière le dos.
(à suivre)
Cornu, ex-déporté
Le Patriote de la Nièvre, 14 mars 1879
Notre tribune
Un déporté à Cayenne (suite et fin).
Inquisition.
Une autre torture appelée le court-baril est un lit de camp, au bout duquel il y a deux trous pour faire passer les jambes ; une planche, adaptée au-dessus, se fermant avec cadenas, les jambes sont prises depuis les genoux jusqu’au bout des pieds. La plus petite durée de ce supplice était de quinze jours.
Mais le supplice quotidien, continuel, le plus douloureux, était sans contredit le voisinage d’un baquet, servant de lieux d’aisance, qui était à notre tête tout le jour et la nuit ; nous ne pouvions faire un pas dans l’île Saint-Joseph en dehors de l’emplacement de nos cases.
Nous n’avons été habillés et chaussés qu’avec les défroques des forçats morts à l’hôpital. Notons que les forçats pouvaient circuler dans l’ile, pouvaient pécher, ils étaient les bons et dignes amis de l’administration.
Lorsque nous avons commencé à défricher l’ile et à construire nos cases, l’on nous promettait le produit de notre culture. Lorsque tout fut en plein rapport, nous n’avions que les rebuts. Si nous nous plaignions, on nous infligeait le passetemps de la guillotine sèche.
Nous mangions dans un baquet contenant dix portions par numéro matricule, et en plein air. S`il pleuvait, nous rentrions dessous nos cases, où nous nous tenions accroupis, jusqu`à la fin du repas, qui n’était pas long.
Tout ce que la marine refusait de lard avarié, était pour nous. Les haricots, le riz, résistaient à la plus longue cuisson. Notre pain n’était fait qu’avec de la farine réchauffée.
Tels étaient les vivres que l’on nous donnait après notre journée de travail, sous le soleil de l’Équateur.
Puis le brave gouverneur nous envoya à l’Ile du Diable.
Si quelques-uns de nous sont rentrés en France, c’est qu’ils étaient doués d’une constitution rare. Sur 341, nous sommes rentrés 37, en 1860.
Voici les noms de mes frères de Clamecy et des environs qui sont morts à la Guyane française[11] : Delin[12], Hilaire[13], Sabatier[14], Trotet[15], Tapin[16], Cuisinier[17], (son père guillotiné à Clamecy[18]) ; Cordier[19], Delume[20], Faubart père[21], Faubart fils[22], Guerbet[23], Gonat[24], Denis dit Coco[25], Aubert[26], tous pères de famille.
C’est de l’Ile du Diable que nous sommes partis pour la France, le 21 novembre 1859 ; nous sommes arrivés en 1860, avec la dyssenterie et autres maladies ; l’on ne nous a pas même regardés ; il n’y a qu’à Aix (Bouches-du-Rhône) que l’on est venu nous offrir un verre de vin.
Citoyens représentants, nous ne vous demandons que ce qui nous est légitimement dû. Lorsqu’un ouvrier travaille, il doit être payé. Nous réclamons nos journées de travail perdues, pendant huit ans. Vous vous rappellerez nos angoisses en laissant nos femmes et nos enfants dans la plus grande misère.
Voilà l’exacte vérité dont nous assumons toute la responsabilité.
Agréez, monsieur Ducoudray, la parfaite reconnaissance de vos compatriotes. Cornu, ex-déporté.
Lorsque nous avons commencé la publication de ce récit, nous avons émis le vœu que le gouvernement républicain rendit justice aux victimes du 2 décembre. Depuis lors, une proposition de loi, signée par plusieurs députés, parmi lesquels figure le Dr Turigny[27], a été présentée dans ce sens. Nous ne voulons pas faire l’injure au Parlement de douter du succès de cette motion. En saisissant l’opinion, nous avons rempli notre devoir, la presse n’a pas d’autre mission. Quoique jeune alors, nous avons vu à Clamecy les atrocités commises contre les républicains, et nous attendons que réparation soit faite. Le ministère qui demande l’amnistie des hommes du 16 Mai, sous prétexte qu’il n’y a pas eu commencement d’exécution de crime, ne saurait en dire autant des hommes de Décembre ; il ne saurait, sans manquer de loyauté et de logique, refuser son appui au projet de loi dont il s’agit.
Dr F. D.
[1] François Félix Emery Ducoudray est né le 19 août 1842 à Issoudun (Indre). Tout jeune enfant, il habitait Clamecy en 1851. Avec son frère Charles Elie, ils proposèrent un projet de création et d’organisation de crèches à la Commune de Paris. Il devint député de la Nièvre en 1885 et siégea à l’extrême gauche. Réélu en 1889, il fut battu par le radical-socialiste Claude Goujat, l’initiateur des monuments de Cosne et de Neuvy aux victimes du coup d’Etat. En 1897, il fut élu sénateur, gauche démocratique. Décédé le 21 mai 1898 à Saint-Malo-en-Donziois (Nièvre). (Notice du Maitron, par Annie Pennetier)
[2] Député de Paris, extrême gauche, ancien exilé de 1851.
[3] Son épouse Mathurine Cordonnier est née le 29 mars 1818 à Clamecy. Elle a été condamnée par la commission mixte à l’internement à Nevers car : « Dans la nuit du vendredi au samedi, sa maison était le réceptacle des insurgés; elle leur distribuait du plomb. C’est une femme tarée. Elle allait faire de la propagande dans les campagnes. Elle promettait bonne fête aux Aristos pour 1852. Son mari est traduit en conseil de guerre. Il est indispensable qu’elle soit éloignée du pays. » Décédée le 4 avril 1880 à Clamecy.
[4] Docteur Félix Ducoudray.
[5] Ange Auguste Martimprey (1809-1875), colonel au 65e de ligne. Il deviendra général de brigade en 1854, puis général de division en 1859. Grand officier de la Légion d’honneur en 1862.
[6] Fèves.
[7] Le préfet du Var écrit d’ailleurs au ministre, lui signalant les chants de ces 96 condamnés (dont Casimir Péret, le maire de Béziers) durant leur transfert dans les rues du Mourillon. (Iouda Tchernoff, Le parti républicain au coup d’État et sous le Second Empire, Paris, Pedone, 1906, p. 99, note 3)
[8] Lire Mourillon, un quartier de Toulon.
[9] Le contre-amiral Martin Fourichon (1809-1884). Ministre de la Marine du gouvernement de Défense nationale en 1870, puis en 1876-77, député orléaniste de la Dordogne puis, rallié, sénateur inamovible.
[10] Louis Eugène Gaultier de la Richerie (1820-1886), commandant des iles du Salut.
[11] Dans la liste qui suit, l’auteur omet :
Charles Ferrier, dit Pinel, né le 6 juin 1817 à Nuars, flotteur à Clamecy. Condamné par le 2e conseil de guerre (qui le nomme Ferrières) aux travaux forcés à perpétuité pour tentative d’assassinat sans préméditation sur le curé Vernet. Décédé le 19 août 1855 à l’Ile royale du Salut ;
Martin Roux, né le 21 septembre 1831 à Clamecy. Condamné par le 2e conseil de guerre aux travaux forcés à perpétuité pour l’assassinat du gendarme Bidan. Décédé le 27 septembre 1858 à Cayenne ;
Edme Nicolas Eugène Millelot, aîné, né le 6 décembre 1823 à Clamecy où il est compositeur d’imprimerie. Condamné à mort par le 2e conseil de guerre pour insurrection et assassinat de l’instituteur Munier. Sa peine fut commuée en travaux forcés à perpétuité. Il décèdera à Cayenne le 8 octobre 1856.
[12] Pierre Delin est né le 1er février 1811 à Balleray. Menuisier à Saint-Aubin-les-Forges. Condamné par la commission mixte à la transportation à Cayenne car : « Affilié et affiliateur. Démagogue très dangereux. Forçat libéré condamné depuis par le tribunal de Cosne à 10 jours de prison pour détournement d’objets saisis. » Embarqué le 17 juillet 1852. Décédé le 22 décembre 1853 aux iles du Salut. Sept enfants percevront la pension de réversion de la loi de 1881.
[13] François Alexandre Hilaire est né le 22 juillet 1828 à Mâcon (Saône-et-Loire). Commis à Nevers. Condamné à l’Algérie moins car : « Affilié. Assidu aux réunions des sociétés secrètes. Paraissant compromis dans les événements du Val de Loire au mois d’octobre dernier. En relation habituelle avec les chefs du parti socialiste de Nevers. Signalé comme dangereux. » Transporté à Alger, il embarque pour Cayenne le 25 août 1853. Décédé aux iles du Salut le 17 septembre 1853.
[14] Jean Désiré Sabatier est né vers 1804 à Saint-Amand, matelassier. Il a été condamné par le 2e conseil de guerre de Clamecy à la déportation dans une enceinte fortifiée pour l’assassinat de l’avocat Paul François Mulon. Décédé le 30 octobre 1853 à l’ile Royale du Salut.
[15] Pierre Trotet, dit l’Ami, né le 23 septembre 1787 à Clamecy, où il est menuisier. Il a été condamné à mort par le 2e conseil de guerre pour insurrection et tentative d’assassinat sur le maréchal-des-logis Guyon lors de son arrestation. Sa peine a été commuée en travaux forcées à perpétuité et il fut transporté à Cayenne. Décédé le 26 septembre 1853 à l’Ile Royale du Salut.
[16] François Tapin, dit Titat, né le 2 juin 1812 à Dorceny, où il est menuisier. Il a été condamné par le 2e conseil de guerre à la déportation dans une enceinte fortifiée pour insurrection. Il meurt le 10 décembre 1853 à l’Ile du Salut.
[17] Lazare Cuisinier est né le 23 janvier 1830 à Surgy. Flotteur à Pousseaux. Il a été condamné par le 2e conseil de guerre à la transportation dans une enceinte fortifiée pour insurrection. Décédé le 12 octobre 1853 à l’Ile du Salut. La demande de pension de réversion de sa veuve a été rejetée.
[18] Pierre Cuisinier, dit Mauluron, est né le 18 ventôse an XI à Surgy, flotteur à Pousseaux. Condamné par le 2e conseil de guerre de Clamecy à la peine de mort pour l’assassinat du gendarme Bidan. Ses pourvois en révision et en cassation seront rejetés. Exécuté le 30 juillet 1852 à Clamecy.
[19] Joseph Cordier, dit Daudier, est né le 14 février 1812 à Clamecy où il est manœuvre. Le 2e conseil de guerre de Clamecy l’a condamné à la déportation simple pour « faits insurrectionnels ayant pour but d’exciter les citoyens à la guerre civile. » (Il avait sonné le tocsin à Armes). Décédé le 9 août 1856 à Cayenne. Sa fille percevra la pension de réversion de la loi de 1881.
[20] Daniel Delume, dit Durand, est né le 19 janvier 1810 à Clamecy, où il est jardinier maraîcher. Condamné par le 2e conseil de guerre à la transportation simple à Cayenne. Décédé le 9 mars 1854 à l’Ile du Salut. Ses cinq enfants percevront la pension de réversion de la loi de 1881.
[21] Jacques Foubard est né le 15 septembre 1794 à Oisy, où il est cultivateur. Condamné par le 2e conseil de guerre à la déportation dans une enceinte fortifiée pour avoir excité à l’insurrection à Oisy et dirigé la marche sur Clamecy. Décédé le 20 janvier 1854 à l’ile Royale du Salut. Deux de ses enfants percevront la pension de réversion de la loi de 1881.
[22] Pierre Foubard est né le 21 décembre 1818 à Oisy, où il est tailleur de pierre. Condamné par le 2e conseil de guerre à la déportation dans une enceinte fortifiée pour avoir excité à l’insurrection à Oisy et dirigé la marche sur Clamecy. Décédé le 29 mai 1854 à l’ile Royale du Salut. Ses trois fils percevront la pension de réversion de la loi de 1881. Un des ses frères, Vrain, a également été transporté à Cayenne et un autre, Alexandre, transporté en Algérie.
[23] Jean Alexandre Dominique Guerbet, né le 14 avril 1814 à Paris, marchand quincailler à Clamecy. Il avait été candidat démocrate aux législatives de 1849 et il recueillit 20000 voix. Condamné par le 2e conseil de guerre à la déportation dans une enceinte fortifiée pour insurrection. Transporté à Cayenne. Décédé le 4 janvier 1855 à l’Ile royale du Salut. Trois de ses enfants percevront la pension de réversion de la loi de 1881.
[24] François Cléophas Casimir Gonat, né le 9 mars 1817 à Varzy, tanneur à Clamecy. Condamné par le 2e conseil de guerre à la déportation simple pour insurrection. Décédé le 16 août 1855 à Cayenne. Sa veuve et trois enfants percevront la pension de réversion de la loi de 1881.
[25] Charles Denis, dit Coq, Kocq ou Koko, né le 24 avril 1815 à Clamecy où il est tailleur de pierre. Il avait auparavant un cabaret fréquenté par des flotteurs, fermé quelques mois plus tôt sur ordre de l’autorité. Le 2e conseil de guerre l’a condamné à la déportation simple pour avoir été des plus ardents à l’attaque de la gendarmerie. Décédé le 13 juin 1855 à l’ile du Salut. Sa veuve et un fils percevront la pension de réversion de la loi de 1881.
[26] Jean Baptiste Thomas Aubert est né le 2 février 1823 à St Dizier (Haute Marne), ouvrier charpentier à Clamecy. Condamné par le 2e conseil de guerre à la déportation dans une enceinte fortifiée pour tentative de meurtre. Décédé le 28 juillet 1856 à Cayenne. Son fils percevra la pension de réversion de la loi de 1881.
[27] Placide Turigny (1822-1905) est député de la Nièvre depuis 1873 et le sera jusqu’à sa mort. Il siège à l’extrême gauche puis à la gauche radicale-socialiste. Il avait été condamné par la commission mixte du Cher à la déportation en Algérie, mais put se réfugier en Belgique. Il a été parmi les fondateurs du Patriote de la Nièvre. Il appartint au comité national de Boulanger.