Une tombe d’Herry (Cher)

page mise en ligne le 29 mars 2026

Une tombe d’Herry (Cher)

 

Odile Nguyen nous a signalé une tombe du cimetière d’Herry (Cher) : celle d’Alexis Ragouat et de son épouse Catherine Cadiot (en fait Cayault).

source : geneanet/cimetières

 

Elle porte une plaque, visiblement très récente, indiquant que les deux défunts sont des victimes du coup d’État du 2 Décembre.

source : geneanet/cimetières

Cela n’est pas tout-à-fait exact.

Si Alexis Ragouat a bien été condamné par la commission mixte du Cher chargée de la répression de la résistance au coup d’État, il était à ce moment là déjà détenu dans les prisons de Bourges.

 

En effet, les républicains de Précy et du canton de Sancergues avaient été réprimés au cours de l’été 1849 par le zélé procureur général de Bourges, Eugène Corbin. Ils étaient soupçonnés d’être organisés en sociétés secrètes et de fomenter un complot. Le maire démocrate-socialiste de Précy, Edme Desmoineaux, arrêté puis relâché faute d’éléments probants, mais tout de même révoqué, est réélu quelques semaines plus tard.

Le 17 septembre 1851, des bâtiments d’exploitation d’un maitre des forges sont incendiés à Précy. Les autorités accusent les républicains. Le 11 octobre, Desmoineaux est à nouveau arrêté. Le 12, des groupes d’insurgés se dirigent vers Précy puis vers Sancerre pour délivrer les prisonniers faits quelques jours plus tôt. Quelques coups de fusil sont échangés et plusieurs arrestations s’en suivent. Les insurgés parcourent le Val de Loire, rives gauche et droite (Cher et Nièvre), vers la Charité. Des troupes arrivent de Bourges et de Nevers. L’état de siège est décrété dans les départements du Cher et de la Nièvre. Battues et arrestations se poursuivent jusqu’en novembre. On accuse les Mariannes, les sociétés républicaines clandestines, d’être les organisatrices de cette « insurrection de Précy ».

 

Alexis Ragouat a été considéré comme l’un des trois meneurs de ce soulèvement. Né le 17 octobre 1812 à Précy, il est en 1851 maitre maçon tailleur de pierre, propriétaire et aubergiste. Il a alors 5 enfants et 3 ouvriers maçons et une domestique vivent sous son toit.

Les 43 républicains arrêtés doivent être traduits devant le Conseil de guerre de Bourges. On ne trouve pas trace de sa tenue, mais certains auteurs indiquent que Ragouat et Desmoineaux ont été condamnés à 10 ans de déportation à Cayenne.

La survenue du coup d’État, et de la répression qui s’en suit, va transférer leurs poursuites à la commission mixte.

Alexis Ragouat est condamné à l’Algérie plus (déportation pour 10 ans) car : « Un des 3 chefs de Précy. Depuis 1849 en état de conspiration permanente. Jamais révolutionnaire n’a tenu de plus atroces propos et proféré plus de menaces. A perverti le Val. Homme dangereux au plus haut degré. Recrutait sans cesse pour la société secrète. » Il est transporté à Douéra (Lambessa gravé sur la plaque de la tombe était alors le nom générique donné à la déportation en Algérie). Il obtiendra une remise de peine le 16 février 1853. La loi de réparation nationale de 1881 aux victimes du coup d’État lui attribue une pension. Il décède le 18 mars 1884 à Herry (Cher). Il est alors manœuvre.

 

Edme Desmoisneaux a subi la même condamnation. La commission mixte argumente : « L’homme qui a perverti avec la plus coupable persévérance tout le canton de Sancergues, Précy et tout le Val de Loire. Affiliateur aux sociétés secrètes sur la plus grande échelle. En état permanent de conspiration. Attendait tous les jours le signal de la Révolution. Conseillait aux ouvriers de ne plus travailler pour prendre plus tard chez les riches. Sa maison était le foyer des réunions clandestines. Il y échauffait les esprits. En relation avec tous les chefs de la démagogie de la Nièvre et même de Paris. Fabriquait ou faisait fabriquer de la poudre. Enfin avait mis Précy et les environs sur un pied presque militaire. Poursuivi en 1849 pour d’infâmes propos en ce temps là. »

Mais il ne reviendra pas de déportation : il meurt le 14 août 1852 à Milianah. Ce qui n’empêche pas le gouvernement de lui octroyer une remise de peine le 2 février 1853, plus de 5 mois après !

 

Sur les républicains du Cher, on pourra lire René Merle, « Victor BARON, riposte rouge dans le Cher de 1848-1850 » et la note de lecture d’Alain Chicouard sur l’ouvrage de Guy Lavrat, Au temps du fer et des républicains rouges.

 

Frédéric Negrel