Femmes dans la Résistance
page mise en ligne le 20 mars 2026
Compte-rendu de la conférence de Jean-Marie Guillon (Forcalquier, 11 mars 2026) :
Les femmes dans la Résistance
Article publié par Haute-Provence info, 20 mars 2026
L’Université Populaire « Graines de Savoirs » propose des cours, atelier café, rencontres et conférences dans le secteur de Forcalquier, Saint-Etienne-les-Orgues et Oraison. C’est dans ce cadre qu’a eu lieu une conférence de Jean-Marie Guillon sur le rôle des femmes dans la Résistance, salle Pierre-Michel à Forcalquier, le 11 mars.
L’historien, professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université d’Aix-Marseille, est surtout connu pour ses travaux sur la Résistance française pendant la Seconde Guerre mondiale, en particulier en Provence. C’est dans ce cadre qu’il s’est aussi intéressé au rôle des femmes dans la guerre et dans la Résistance.
Son approche vise à nuancer deux idées opposées : l’idée traditionnelle selon laquelle la Résistance aurait été presque exclusivement masculine, et une vision plus récente qui présenterait les femmes comme largement invisibilisées par l’historiographie. Pour lui, il faut replacer l’engagement féminin dans le contexte social des années 1940 et ne pas tomber dans le piège de l’anachronisme. Les organisations clandestines comptaient effectivement une majorité écrasante d’hommes, ce qui reflète la place limitée des femmes dans la sphère politique et militaire à une époque où les femmes étaient essentiellement des ménagères.
Guillon souligne que cette faible présence dans les structures formelles ne signifie pas que les femmes aient joué un rôle secondaire. Au contraire, il avance que la Résistance ne pouvait probablement pas fonctionner sans elles, notamment dans tout ce qui relève de la logistique et de la vie quotidienne clandestine. Les femmes assurent souvent l’hébergement, l’alimentation ou la protection des résistants, cachent des personnes recherchées, transportent du courrier et des armes et servent d’intermédiaires entre différents réseaux. Leur position sociale, parfois considérée comme moins suspecte par les autorités, facilite certaines activités clandestines essentielles.
Il insiste également sur la diversité des formes d’engagement féminin. Certaines femmes participent directement à l’action politique ou militaire, surtout lorsque leur mari est impliqué : elles diffusent la presse clandestine, participent à des réseaux de renseignements ou rejoignent parfois la lutte armée. D’autres formes d’opposition, plus discrètes, relèvent de ce que les historiens appellent la « résistance civile » : protestations contre les pénuries, surtout pendant le difficile hiver de 1942-1943, soutien aux familles de résistants ou actions contre le travail obligatoire. Ces comportements longtemps négligés par l’histoire militaire classique, montrent que la résistance s’inscrit aussi dans la vie quotidienne.
Pour Jean-Marie Guillon, le rôle des femmes dans la guerre ne doit être ni marginalisé ni idéalisé. Il s’agit d’être vigilants sur la qualité de notre regard, qui, suivant l’évolution de la société tombe souvent dans les travers de l’anachronisme. N’oublions pas que plus de 80 ans se sont écoulés et les mentalités ont évolué depuis l’époque de l’occupation.
Parmi les conférences à venir : mercredi 1er avril 2026, « Marseille, janvier 1943 : la rafle oubliée » par Adeline Joly, historienne. Médiathèque de Saint-Etienne-les-Orgues.
L’adhésion annuelle de 15 euros permet d’assister gratuitement à toutes les activités. Pour les non adhérents, seules les conférences sont en accès libre.
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04300 Forcalquier
Magali GAZZANO (CLP)