Une candidature officielle
page mise en ligne le 10 janvier 2026
document aimablement communiqué par Mathieu Debels
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Une candidature officielle en 1852

La pratique de la candidature officielle, si elle a déjà eu cours sous différents régimes depuis le Directoire, prend, à partir de 1852, un caractère systématique[1].
Il s’agit pour le pouvoir de mettre à disposition du candidat choisi les moyens matériels de propagande électorale mis en œuvre par les autorités locales. Ici, une affiche sur papier blanc, légalement réservée aux publications officielles.
Elle est signée du maire de Chinon (Indre-et-Loire), H. Blanchet, en poste depuis le 13 décembre 1851. Il a pris la place de Charles Gaultier-Laricherie, maire depuis 1848.
Le coup d’État n’avait pas déclenché à Chinon de soulèvement remarquable. Les autorités locales s’inquiétaient seulement des opinions adoptées par les 80 sapeurs-pompiers de la ville et par un cercle ouvrier, le Cercle du Bon accord. Le 12 décembre, un détachement de 50 hommes de ligne et 25 cavaliers est venu prendre garnison[2].
Au final, dans un département où 35 personnes ont été poursuivies, seuls deux avocats chinonais ont été condamnés par la commission mixte, tous deux rédacteurs du Progrès d’Indre-et-Loire : Théodore Chauvelin (1819-1901), condamné à l’internement, et François Naintré (v. 1813-1874), commissaire du gouvernement provisoire en 1848 pour l’arrondissement, condamné à l’expulsion, en exil en Belgique et décédé à Naples.
Le candidat officiel présenté par cette affiche, le vicomte Charles de Flavigny (1799-1873), a été élu triomphalement au Corps législatif par 22931 voix sur 23364 votants. Pair de France, légitimiste, il s’était rallié à l’orléanisme sous la Monarchie de Juillet. Élu représentant en 1849, il fut « membre de la droite monarchiste, il vota pour l’expédition de Rome, pour la loi Falloux-Parieu sur l’enseignement, pour la loi restrictive du suffrage universel, etc., et se rallia en dernier lieu au gouvernement de L.-N. Bonaparte. » Réélu au Corps législatif en 1857, toujours comme candidat officiel (17818 voix sur 18239 votants), il est sévèrement battu en 1863 et en 1869, la candidature officielle ayant été attribuée à Pierre de Quinemont, un légitimiste rallié au bonapartisme[3].
Frédéric Negrel
[1] Stéphane Schott, « Les candidatures officielles », Revue française d’histoire des idées politiques, 38, 2013, pp. 269-290
[2] André Boucher, « Le coup d’État du 2 décembre 1851 et ses répercussions à Chinon », Bulletin de la Société des Amis du Vieux Chinon, 1952, t. 5, N7, p. 300-302.
[3] Adolphe Robert et Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires français, volume III, 1891, p. 8
