Un insurgé varois au Kansas, Charles Sardou

Bulletin de la Société des Amis du Vieux Toulon et de sa région, n°125, 2003.

 

Un insurgé varois au Kansas, Charles Sardou

 

par René Merle

 

La liste des victimes varoises du coup d’État de 1851[1], pensionnées par la République en 1882[2], porte, sans autre indication, mention d’un Charles Sardou, 58 ans, fermier à Topeka, Kansas, Etats-Unis.

Ma curiosité avait été d’autant plus stimulée par cette mention que je travaillais alors à préciser la biographie, fort mal connue, d’un des dirigeants de l’insurrection varoise[3], le chirurgien de marine Campdoras, décédé à Topeka en 1881[4].

La consultation des sources américaines[5] me révéla que le fils de Charles Sardou avait eu une place importante dans le Topeka de la fin du XIXe siècle. Incidemment, les textes qui lui étaient consacrés mentionnaient que son père Charles avait participé à l’insurrection hyéroise de décembre 1851, et qu’il était décédé à Carqueiranne (Var) en 1894. C’est donc à partir d’Hyères et de Carqueiranne que je suis d’abord revenu tirer le fil d’une biographie à établir.

En voici quelques premiers éléments.

Les Archives communales de Carqueiranne mentionnent effectivement la mort de Charles Sardou le 2 novembre 1894. Elles nous renvoient à sa date de naissance, 21 mars 1823 à Marseille, date que les Archives communales de Marseille confirment[6].

Ce fils d’un chapelier marseillais aurait longtemps été marin, d’après la Kansas Cyclopedia de 1912, dont la notice est cependant grandement fantaisiste. Le fait reste à vérifier. Mais c’est à Hyères, sous la Seconde République, que je rencontre Sardou.

Charles Dupont[7], qui fut alors un des principaux républicains hyérois, cite Sardou parmi les dix militants les plus actifs de la démocratie socialiste hyéroise, regroupés dans le « Cercle populaire ».

Sardou apparaît comme bouchonnier sur les registres électoraux d’Hyères de 1850. Mais, comme l’indique sa condamnation, il n’est pas artisan : c’est un ouvrier bouchonnier, dont les engagements sont résolument socialistes, ce qui n’est pas le cas, loin de là, de tous les membres du Cercle. Le registre de mise en accusation de la commission départementale du Var, en février 1852, ne lui fait d’ailleurs pas d’autre grief que ce militantisme en milieu ouvrier :

« Sardou Charles, ouvrier bouchonnier, 28 ans, domicilié à Hyères, est signalé comme un démagogue dangereux exerçant une influence funeste sur les ouvriers bouchonniers qu’il était parvenu à pervertir par ses doctrines ». [8]

Sardou est très présent lors de la journée insurrectionnelle hyéroise du 5 décembre, où quelques centaines de républicains neutralisent les autorités locales acquises au coup d’État et attendent des nouvelles[9]. Sardou harangue la foule démobilisée par l’attente et exalte la République démocratique et sociale.

Le soir, alors qu’une compagnie de débarquement de la Marine Nationale a dispersé les insurgés, la plupart des militants se fient à la promesse du lieutenant de vaisseau qu’il n’y aura pas de répression. Ils seront pourtant tous arrêtés, sauf quelques-uns qui ont préféré la fuite immédiate vers le royaume sarde. Sardou est de ceux-là.

Il sera condamné (contumax) à la transportation pour 5 ans en Algérie.

Par centaines, les proscrits méridionaux vont essayer de vivre, provisoirement pensent-ils en royaume sarde (à Nice ou à Gênes), dans l’espérance d’un changement de régime en France.

Mais Sardou fait partie du tout petit nombre de jeunes insurgés varois qui, convaincus de l’impossibilité d’un avenir républicain en France, tentent l’aventure américaine, avec le désir de refaire leur vie dans un monde neuf et démocratique.

Il arrive à New York au début de 1854 (son fils, au prénom hautement symbolique, Freeman, serait né le 16 janvier 1854 en plein océan, sur le bateau qui amenait ses parents)[10].

Voici donc Sardou en Amérique, mais quelle Amérique ? New York est encore un peu la France : des milliers de proscrits et d’émigrés s’y retrouvent, ils ont leur presse, en français. Sardou y croise sans doute Campdoras.

Il se lie avec un autre proscrit, Billard, dont la biographie a été remarquablement étudiée[11]. Gilbert Billard, né le 20 mai 1816 à Saint-Léon (Allier), est fils d’un journalier devenu propriétaire. Dans l’Est de l’Allier, où le mouvement démocrate socialiste était dirigé par des notables et de gros propriétaires, Billard est une figure remarquable de militant d’extraction populaire. Cultivateur propriétaire, boulanger, il anime le cercle « rouge » de Saint-Léon dont il est maire d’août 1848 jusqu’à sa révocation en janvier 1849. Bête noire des autorités, il est condamné à un mois de prison en 1850 pour ses propos à un banquet républicain et pour avoir arboré le drapeau rouge sur sa maison. Dès le lendemain du coup d’État, il est à l’initiative de la marche des républicains de Saint-Léon sur Lapalisse le 4 décembre. L’insurrection tenue en échec, il tente malgré tout de soulever les mineurs de Montcombroux et Bert le 5. Condamné à la déportation à Cayenne en 1852, il s’évade de l’Île du Diable, gagne la Guyane hollandaise où il demande à sa famille de le rejoindre en 1853. Nous le retrouvons à New York en 1854.

Billard et Sardou ne s’intègrent pas à la vie de la grande cité. Ils choisissent de partir pour Saint-Louis (Missouri), où les proscrits new-yorkais leur avaient signalé le contact d’un républicain très actif, et de là ils gagneront Topeka (Kansas).

On peut penser que, pour ces deux hommes de rude trempe, accoutumés au travail manuel, ce choix du Kansas impliquait un désir de rupture avec ce bout d’Europe qu’était New York, et surtout la possibilité de gagner leur vie en travaillant la terre. Mais ce choix était aussi un prolongement de leur engagement politique. L’adhésion au mythe de la conquête de l’Ouest, à son individualisme audacieux et responsable, se doublait d’un engagement éthique et politique, car le Kansas était alors l’enjeu d’une lutte fondamentale qui annonce le déchirement ultérieur des Etats-Unis.

À l’ouest de l’état du Missouri, au centre des grandes plaines du “désert américain”, le territoire indien des Kanzas n’est alors qu’une immense prairie où les seuls Blancs établis sont des “indians traders”, des militaires, des voyageurs aventureux, des missionnaires… Début 1854, à l’emplacement de ce qui allait devenir Topeka, sur les rives boueuses du fleuve Kansas, le voyageur aventuré sur les “trails” de la Californie ou de l’Oregon ne rencontre qu’un bac, une poignée de pionniers plus ou moins métissés de Français et d’Indiens, quelques baraques laissées par l’exode des Pottawatomies, chassés de l’Osage vers le nord de la Kansas River. La région a été cédée par traité (1846) par les Indiens Kanzas au gouvernement fédéral, mais seulement pour accueillir des Indiens chassés de l’Est, et non des colons blancs. On connaît la cynique indifférence du gouvernement fédéral à l’égard de ses promesses. Le 30 mai 1854, le Congrès promulgue le Kansas-Nebraska Act : les terres indiennes à l’ouest des états de l’Iowa et du Missouri, sont décrétés territoires (Kansas entre le 37e et le 40e parallèle, Nebraska au nord du 40e parallèle), ouverts à la colonisation, dans la perspective de la construction de chemins de fer. Dès lors Topeka va devenir un point extrême de la “civilisation”, une des portes blanches sur le Kansas. Aux confins d’un monde indien déjà en déroute, de premiers “achats” de Missourians entament la défaite définitive des “Fils du vent”. Le gouvernement laissait les pionniers décider si oui ou non ils introduiraient l’esclavage dans les nouveaux territoires. Cette mesure “démocratique” cachait en fait un compromis prudent : on pensait à Washington que, par afflux “naturel” de colons venus des deux états voisins, l’Iowa ferait pencher le Nebraska vers le “Free State”, et le Missouri vers l’esclavage. Le recours à la souveraineté populaire avait pour but de satisfaire le Sud sans porter atteinte au Nord.

Aussitôt des sociétés s’organisent en Missouri afin d’installer deux communautés pro-esclavage, au Nord Est de Topeka, sur les deux sites où l’installation de villes blanches était légalement possible, un près de Fort Leavenworth, l’autre sur ce qui allait devenir Atchison.

C’était compter sans les anti-esclavagistes de la côte Est. La Massachussetts Emigrant Aid Society, l’Emigrant Aid Society de Boston décident d’envoyer des milliers de colons “Free State” au Kansas. Lawrence, au Sud Est de Topeka, est fondée en août 1854 sur un territoire indien normalement non ouvert aux Blancs et devient le centre des activités “Free State”. Poussant jusqu’au fleuve, quelques pionniers “Free state”, guidés par un efficace agent d’affaire de la Emigrant Aid Society, repèrent le site de Topeka, y construisent leurs cabanes et y tracent des lots. Parmi eux, deux Français, arrivés ensemble le 28 août, qui s’installent sur des terrains voisins dans la section 28, rive nord : Gilbert Billard et Charles Sardou, le Hyérois. Billard, un agriculteur qui joua un rôle décisif dans l’insurrection de l’Allier, avait réussi à s’évader du bagne de l’Île du Diable, en Guyane.

Le 5 décembre 1854, neuf pionniers forment la Topeka Town Association, afin d’occuper le site, de le lotir et le mettre en vente. Et ce, même s’ils donnent au lieu le nom indien de Topeka (pomme de terre sauvage), en pleine illégalité et usurpation du territoire indien. L’idéalisme proclamé des “Free-State” se nourrit aussi d’un sens aigu des affaires et d’un égoïsme assumé. La fertilité du sol de la prairie nourrit leur optimisme. La Topeka Town Association va devenir “légalement” propriétaire par un tour de passe-passe. Le traité avec les indiens Wyandotte (chassés de l’Ohio), leur avait accordé en plus de leur réserve en territoire Kanza 22 “floating sections” localisables à leur guise. L’Association leur “acheta” une section qu’elle localisa sur le site de Topeka !

Cependant, pour faire pièce à l’entreprise, les Missourians installent au Sud-Ouest de Topeka une bourgade “Pro-Slavery”, Tecumseh.

Donc, sur le territoire de ce qui allait devenir le Shawnee County, deux camps sont en présence dès le début, Topeka et Tecumseh. Microcosmes : fin 1854, le futur Shawnee County ne compte que 252 habitants (161 hommes, 91 femmes). Aux 215 citoyens des États-Unis s’ajoutent 12 étrangers et 6 esclaves.

La vie est extrêmement difficile pour ces pionniers, pour la plupart non préparés aux très rudes hivers du Kansas. À trois reprises, la cabane des Sardou est détruite en 1854 : inondation, tempête, incendie… Sardou traverse le fleuve gelé et passe l’hiver un peu plus loin, à Silver Lake, avec les Indiens. Puis, en avril 1855, il doit affronter l’usurpation de sa propriété par des squatters blancs.

En 1855, on signale parmi les nouveaux “settlers” de Topeka Township : Dr. M. A. Campdoras, qui commence à exercer la médecine dans la cité pionnière. Campdoras sera accueilli à son arrivée par les Sardou et vivra pendant plusieurs mois chez eux.

Les Français se retrouvent immédiatement plongés dans des affrontements d’une grande violence.

Le 28 mars 1855, les 101 électeurs du Shawnee County sont convoqués à Tecumseh pour élire la première législature du Territoire. Mais depuis plusieurs jours, chariots et cavaliers ont afflué du Missouri voisin. Le jour de l’élection, 400 civils en armes envahissent la ville, molestent les “Yankees”, votent abusivement : 101 inscrits, 372 votants, dont seuls 32 étaient inscrits. “Pro-Slavery” : 366, “Free State” : 4, nuls : 2.

Le gouverneur casse l’élection, et le 22 mai les “Free State” l’emportent, par 148 voix sur 149, mais les “Pro-Slavery”, déclarant le scrutin illégal, s’étaient abstenus. La législature pro-esclavagiste née des premières élections reste en place, reconnue par le Président Pierce, cependant qu’un gouvernement “Free-Soil” est créé à Topeka fin 1855. Toutes les conditions de l’affrontement étaient réunies. L’année 1856, celle du “Bleeding Kansas”, est une année de violences et d’atrocités. Dans le Shawnee County, “Free-State” et “Pro-Slavery”, locaux ou Missourians (Ruffian Borders), s’affrontent dans une série de raids et d’escarmouches, cependant que le Missouri organise le blocus de la zone définitivement “Free-State” (élections de 1856 : Topeka, “Free State” 335, “Pro-Slavery” 57 ; Tecumseh, “Free State” 153, “Pro-Slavery” 57) et y rend la vie matérielle extrêmement difficile.

Tout comme Billard et Campdoras, Sardou est naturellement “Free-State”.

Le Kansas anticipait la grande “Civil War” de 1862 avec cette “Border War” que le gouverneur réussit à suspendre fin 1856. Mais la question de l’extension de l’esclavage dans les nouveaux territoires avait été posée devant tout le pays.

Entrecoupé de sursauts de violence, le calme est provisoirement revenu dans ce Shawnee County qui compte maintenant 3500 habitants. Mais Billard n’est plus des leurs : affaibli par la malaria contractée au bagne, il meurt en 1861.

 

Cependant les temps nouveaux s’annoncent : en 1858 un premier pont est jeté sur le fleuve, la ville devient capitale en 1859, la société de chemin de fer qui doit relier Atchinson à Santa Fe, par Topeka, est fondée. Le Kansas entre dans l’Union comme Free-State en 1861. Le Homestead Act de 62 annonce le boom de la colonisation.

Mais en attendant, les difficultés des fermiers (sécheresse en 1860, puis mévente) s’accroissent.

La guerre de Sécession va encore aggraver cette situation. Les Français de Topeka rejoignent tout naturellement les rangs des Nordistes dans « l’Armée de la Frontière ».

La paix revenue, Sardou continue sa vie de fermier dans ce Kansas de plus en plus intégré à l’économie nationale : en 1866 le premier train de l’Union Pacific railway arrive à Topeka North et va pousser vers le Sud Ouest, où les cow-boys remontent du Texas charger leur bétail pour les abattoirs de Chicago. Dans les prairies du Kansas, les Indiens ont commencé la guerre contre les pionniers, le “Cheval de fer” et les massacreurs de bisons (cependant que, pour la petite histoire, le gang des frères James sévit dans proche Missouri).

 

En 1870, la nouvelle de la chute de l’Empire parvient jusqu’à Topeka. Grâce à une souscription des Français de l’état du Kansas, Charles Sardou, que le mal du pays n’a jamais quitté, peut gagner New York et se joindre aux proscrits et émigrants français qui s’embarquent pour grossir les armées de la jeune République. Sardou combattra en France avant de revenir à Topeka en septembre 1871. Peut-être est-ce par lui que Campdoras devait prendre connaissance de l’ouvrage de Noël Blache, paru en 1869[12], où est exaltée la figure du jeune chirurgien du Pingouin. L’ouvrage en tout cas est connu de la presse de Topeka, qui le citera abondamment au décès de Campdoras.

Sardou participe activement au mouvement des Granges. Le National Grange est initié en 1867 à Washington par deux employés du gouvernement fédéral comme un mouvement d’éducation des fermiers du Sud, il gagne le Kansas en 1872. En 1873 un appel est lancé aux fermiers de l’état pour qu’ils s’organisent par districts afin de défendre leurs intérêts. En mars 1873, une Convention des Fermiers de l’état se réunit à Topeka. L’agriculture étant la base de la prospérité matérielle, et les taxes et impôts devenant intolérables, les fermiers demandent à contrôler les prix de leurs produits grâce à leurs propres bureaux et agents, ils souhaitent une réforme du système fiscal oppressif et injuste, des économies en matière de dépenses publiques, avec suppression des sinécures et réduction des salaires, la création d’entreprises sur place, ils refusent la spéculation, la pression bancaire, l’appropriation du sol par les monopoles ferroviaires et les requins de la spéculation. Ils s’abstiennent de tout engagement politique et ne soutiendront que les politiques s’engageant sur ces revendications. Les Granges du Kansas mettent l’accent sur l’égalité en toute chose des femmes et des hommes, sur la nécessité d’une éducation sociale et morale et d’une haute culture.

Au début de 1881, Sardou a la douleur de perdre son vieil ami Campdoras. La presse de Topeka salue son intense amour de la vérité, de la justice et de la liberté, sa haine de la tyrannie et de l’oppression, sa noblesse de caractère, son dévouement, ses convictions démocratiques et patriotiques. Elle rappelle longuement son engagement de 1851 et cite abondamment Noël Blache.

En 1882, la veuve de Campdoras, née Elliza Reader, obtint de la République Française une pension de 1000 fr. au titre de la loi de réparation nationale de 1881. Charles Sardou obtient de même une pension de 800 fr. Mais c’est « au pays » qu’il la touchera. En 1883, laissant sa propriété à son fils Freeman, il revient avec son épouse à Hyères. Il se fixe aux Salettes, à Carqueiranne (un écart de Hyères qui sera érigé en commune en 1894). « Propriétaire » et « rentier », Sardou est un membre actif du cercle républicain local (« Cercle populaire du Littoral ») et de la Libre Pensée. Il meurt le 2 novembre 1894. Ses obsèques donnent lieu à une imposante manifestation dans la petite localité agricole.

« Il y a quelques jours ont eu lieu les obsèques civiles du citoyen Martin Sardou (sic, mais c’est bien de Charles qu’il s’agit), rentier, victime et pensionné de 1851. Cet homme de bien, patriote et républicain et libre-penseur, a été accompagné à sa dernière demeure par toute la population de Carqueiranne, qu’il habitait depuis son retour de l’exil en Amérique, et par beaucoup d’amis des communes voisines. L’assistance était nombreuse. La très grande majorité des citoyens et des dames portaient, sur leur poitrine, le bouquet d’immortelles (immortelles rouges, emblème de la Libre Pensée). Le deuil était conduit, au nom de la veuve, par les membres du Cercle populaire du Littoral et par les délégués de la Libre Pensée ». (Le Petit Var, 8 novembre 1894).

En 1910, Freeman Sardou viendra chercher sa mère avec qui il reviendra à Topeka. Y lira-t-elle cette encyclopédie du Kansas qui, en 1912, fait de Charles Sardou non seulement « a classmate of Hugo, Danton and Robespierrre, noted French Revolutionists », mais encore un député à vie après son retour en 1883, député en l’honneur de qui tous les trains de France s’arrêtèrent une heure le jour de ses obsèques !

Le fils de Billard, devenu un entrepreneur prospère en traitement et conservation des céréales, est élu maire de Topeka en 1910 (en dépit de son agnosticisme courageusement proclamé dans cette Amérique si croyante). Le fils de Sardou fait fortune dans les fruits et légumes sur sa propriété d’Oakland (North Topeka), et bientôt dans la conserverie industrielle.

Aujourd’hui, l’aéroport de Topeka porte le nom de Philip Billard, petit-fils du proscrit et héros de l’aviation américaine dans la guerre de 1917-1918, où il périt. Un pont (entre Oakland et North Topeka) et une avenue perpétuent le nom de Freeman Sardou, qui avec son fils sauva 200 personnes à North Topeka lors de l’inondation de 1903.

 

René Merle



[1] Bulletin des Lois de la République Française, partie supplémentaire, n°1394, 20 septembre 1882.

[2] Sur les pensions de réparation accordées aux victimes, cf. Denise Devos, La Troisième République et la mémoire du coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte, Paris, Archives Nationales, 1992.

[3] Noël Blache, Histoire de l’insurrection du Var en décembre 1851, Paris, Le Chevalier, 1869

[4] Cf. René Merle, « De l’espérance républicaine brisée au rêve américain : Campdoras », Bulletin de l’Association 1851, 23, 2003. On trouvera dans cet article les mêmes considérations générales sur Topeka.

[5] mentionnons les principales sources américaines utilisées :

– William G. CUTLER, History of the State of Kansas, A. T. Andreas, Chicago 1883. Kansas Collection Books.

– Kansas, a cyclopedia of state history, Standard Pub. Co, Chicago, 1912.

– Kris Schultz, The Little City that was – The Story of Oakland as a City and a Neighborhood, Pocarmo Books, 2002.

Topeka City Directory 1912.

[6] Les archives de la répression de 1852 ne donnent pas de date de naissance. Les sources américaines le font naître à Hyères en 1813. La liste des pensionnés de 1882 lui donne 58 ans. Indiquée par les Archives communales de Carqueiranne, la date de 1823 est confirmée par celles de Marseille (je remercie Régis Bertrand et Georges Reynaud qui ont assuré la vérification).

[7] Charles Dupont, Les républicains et les monarchistes dans le Var, Paris, Baillière, 1883, p.161

[8] Archives départementales du Var, 4 M 24 / 3

[9] Sur l’insurrection de 1851 à Hyères, cf. Dominique Sampieri, La faux et le fusil, Toulon, 2001.

[10] L’Encyclopédie du Kansas fait de Sardou un marin chevronné qui, avec une escouade de navigateurs républicains, aurait enlevé un vaisseau italien pour le conduire en 120 jours aux Etats-Unis !

[11] Cf. André Meunier, Billard le proscrit, du Puy Saint Amboise à Cayenne, Défense du Patrimoine archéologique Est-Allier, 2001. Un grand merci à A.Meunier pour nous avoir tenu au fait de ses très intéressantes recherches.

[12] Noël Blache, Histoire de l’insurrection du Var en décembre 1851, Paris, Le Chevalier, 1869