Louis Mézirard

Louis Mézirard 

Un homme de 48 et de 71

 

Rares furent les hommes de 48 dans les rangs de la Commune de Paris. En raison de l’épuisement psychologique et physique provoqué par les combats incessants contre l’Empire, de l’âge, du patriotisme et de la méfiance de tout ce qui pouvait faire le jeu de l’ennemi prussien, de la défense de la République naissante et balbutiante tant espérée nombre de combattants antibonapartistes républicains de toujours se tinrent au mieux en marge de la Commune (Martin Bernard, Martin Nadaud, Victor Hugo) au pire carrément contre (Jules Favre, la bonne dame de Nohant, G. Sand), aussi est-ce avec intérêt qu’au hasard des recherches dans les archives, on découvre quelques hommes dont l’action ne change pas de 1848 à 1871 et qui eurent le courage de se lever deux fois contre l’injustice et d’en payer deux fois leur liberté.

 

Louis Mézirard est né le 14 décembre 1813 à Corbeil (Seine-et-Oise), rue du Pont, faubourg Saint-Léonard, petit fils de Gilles Mézirard, né en 1748, marchand épicier, fils de Louis Gilles Marie Mezirard, étudiant en droit, ancien soldat au 96e de ligne de février 1809 à 1811, conseiller municipal et capitaine de la Garde nationale depuis 1830 et de Marguerite Dumouchel, fille de Nicolas François Dumouchel né en 1768. Clerc de notaire en 1831, il fréquente le Club de la barrière des Deux-Moulins, il est poursuivi en avril de la même année pour provocation à crimes et délits. En juin 1848, il est conducteur au chemin de fer d’Orléans et son influence modératrice est assez grande pour qu’il évite que les insurgés parisiens ne mettent en déroute les gardes nationaux venus de Corbeil sans munitions et que les ouvriers de Corbeil n’incendient le château du papetier Darblay. Il quitte les chemins de fer et devient commissionnaire en liquides puis commis « d’un révolutionnaire actif », négociant en vins, 84 rue de l’Hôtel-de-Ville à Paris et il profite de sa situation pour placer le vin auprès des organisations ouvrières. En décembre 1851, il parcourt la rue de Charonne, où il est concierge au n°97, et en compagnie de quatre ou cinq représentants, il gagne la rue des Boulets où l’on tente de bâtir une barricade. Arrêté, il obtient sa libération à la suite d’une révision. Il exerce ensuite la profession de libraire, il sert dans l’armée comme sous-officier, il est condamné quatre fois sous l’Empire, il fréquente les « réunions publiques » et serait membre de l’Internationale. Il est désigné par un Comité républicain pour surveiller le déroulement du vote dans les casernes lors du plébiscite de Napoléon III du 8 avril 1870. Il est domicilié 84 rue de la Tombe-Issoire (Paris XIVe), marié à Eulalie Victoire Maria et père de trois enfants.  Pendant le Siège de Paris, il sert comme garde à la 5ème compagnie du 104e bataillon de la Garde nationale et est membre du comité d’armement du XIVe ; il participe aux combats autour de Paris du 19 janvier, délégué de sa compagnie, il est élu chef de bataillon le 19 mars par 237 voix sur 298 votants, il est au côté du général Duval tout au long des combats de Châtillon et est fait prisonnier le 4 avril 1871 par les troupes de Versailles, emprisonné à Belle-Ile, il est condamné le 6 février 1872 par le 12ème Conseil de guerre à 1 an de prison et 10 ans de privation des droits pour participation à l’insurrection. Il reprend une activité de concierge et décède le 12 janvier 1880 à Paris (14e). Sa veuve demande et obtient une pension de réversion au titre de la loi de réparation nationale du 30 juillet 1881 sur l’indemnisation des victimes du coup d’Etat de 1851[1]

 

Pierre-Henri Zaidman



[1] SHAT 8 J 12e Conseil 191 ; A.N. F 15 4082, dossier 84.