Paul Cotte, rebelle et politique

article publié dans Provence 1851. Une insurrection pour la République, Actes des journées d’étude de 1997 à Château-Arnoux et de 1998 à Toulon, Association pour le 150ème anniversaire de la résistance au coup d’Etat du 2 décembre 1851, Les Mées, 2000

, pp. 122-161 (pour commander ce volume)

De la Seconde à la Troisième République le parcours d’un Varois : Paul Cotte, rebelle et politique

 par Émilien Constant

première partie

Paul Cotte est né le 15 janvier 1825 à Salernes, bourg de 2541 habitants (au recensement de 1821), situé en bordure des préalpes méridionales, sur la zone de contact avec la Basse-Provence intérieure varoise, joignant à l’agriculture traditionnelle un début d’industrialisation, la fabrication des « malons » (ou « tomettes »), les carreaux hexagones rouges bien connus en Provence, activité qui amorce alors une expansion durable.

C’est le cinquième enfant et le seul garçon ayant vécu[1] de « sieur » Alexandre-Joseph Cotte, fabricant de faïence, et de « dame » Anne-Clotilde André, son épouse. Ces appellations traduisent une position sociale au-dessus du commun. La mère de Paul Cotte, prénommée, Marie-Claudine sur son acte de naissance est née le 26 vendémiaire an III (17 octobre 1795), son père Emmanuel André est dit « propriétaire » voire « propriétaire bourgeois[2] » ; il fut un temps adjoint sous le Directoire et officier d’état civil, et sera électeur départemental à la fin de la Monarchie de Juillet, avec un cens de 143 F[3]. Il a doté sa fille de 10000 F, lorsqu’elle a épousé Alexandre Cotte[4], le 10 novembre 1817. L’oncle maternel et parrain de Paul Cotte, François André, propriétaire (et percepteur du canton) sera électeur de plein exercice, avec un cens de 252 F, à la veille de la Révolution de Février. Notables locaux, les André font partie de la petite bourgeoisie villageoise. C’est dans ce milieu qu’ils ont, et aussi les Cotte, leurs relations, comme le magistrat Esprit-Honoré Giraud qui fut conseiller général sous la Restauration, présida le conseil d’arrondissement sous la Monarchie de juillet et termina sa carrière à la tête du tribunal civil de Draguignan[5]. Antoine Lambert, maire sous la Restauration, le docteur médecin Ardoin, aussi juge de paix du Consulat à la Restauration, électeur censitaire dès 1815[6].

Du côté paternel, on trouve, en remontant trois générations, Jean-Joseph Cotte, appelé tour à tour « négociant » ou « bourgeois », élu, pour 1780, maire et premier consul de la communauté[7]. En 1783 il est greffier, c’est à dire secrétaire de la communauté, charge qui passe, l’année suivante, à son fils Jean-Paul[8], qui devait disparaître prématurément le 7 août 1786… Le 12 janvier 1785, Jean-Joseph Cotte est auditeur des comptes[9]. En avril 1789, à la suite des émeutes de subsistances — qui eurent aussi un caractère antiféodal et anticlérical — qui avaient agité la population fin mars, il est chargé d’assister la municipalité dans le mesurage et la distribution du blé acheté par la communauté pour pallier la disette[10]. Sans avoir l’obsession du pouvoir, Jean-Joseph Cotte apparaît comme un notable soucieux de tenir sa place dans la conduite des affaires locales.

Socialement c’est un propriétaire aisé. Il récolte, achète et négocie les produits de base de l’agriculture provençale traditionnelle : blé, vin, huile, figues… Il fait élever des vers soie pour revendre les cocons, donne de la laine filer… Il emprunte (à court terme) et prête, suivant les circonstances[11]. Jean-Joseph Cotte, de surcroît, fabrique, ou fait fabriquer par un associé des briques, tuiles et, l’un des premiers, sinon le premier à Salernes, des « malons » hexagones. Vers la fin de sa vie (il meurt le 10 décembre 1793, à cinquante-neuf ans), il se lance, en faisant venir des ouvriers de Moustiers, — centre dès longtemps reputé, bien qu’un peu en déclin, de cette industrie, — dans la fabrication de la faïence. Son autre fils, aussi prénommé Jean-Joseph reprend et développe cette entreprise, si bien que désormais il se dit et est appelé faïencier, — ainsi le 25 fructidor an III (11 septembre 1795) : il est alors, comme avant lui son père et son frère, secrétaire-greffier de la communauté[12].

Notables par leur place dans la société, les Cotte le sont encore parce qu’ils parviennent à un certain degré de culture. Jean-Joseph père envoie de bonne heure ses feux fils au collège, et son fils a le souci, alors moins répandu, de faire instruire ses filles. Les deux Jean-Joseph, Jean- Paul et après eux Alexandre, maîtrisent de mieux en mieux, mis à part quelques provençalismes, l’écriture du français, atout nécessaire dans la conduite des affaires privées et publiques.

Alexandre-Joseph Cotte, né le 3 ventôse an V (23 février 1797), n’a que dix huit ans à la mort de son père âgé de quarante sept ans, le 28 janvier 1815. Il n’en reprend pas moins la direction de l’entreprise familiale : il est dit « fabricant de fayence » dans son acte de mariage, le 10 novembre 1817.

Les affaires vont bien : après 1830, l’industrie salernoise, participant de l’essor général de l’économie, connaît une période de croissance. Non content d’augmenter sa production et de perfectionner ses techniques de fabrication, Alexandre Cotte cherche à s’installer sur un point de la côte des Maures pour transporter ses produits par mer. Il opte pour Sainte-Maxime et en février 1841, demande et obtient l’autorisation d’y établir « une usine devant servir à la fabrication de tuiles, briques, poterie et vaisselle », sur un terrain fourni par la commune[13]. Alexandre Cotte, sous la Monarchie de Juillet, devient électeur, porté pour 338 F (dont 127 F de patente) sur la dernière liste dressée le 10 août 1847. Au début du Second Empire, il est le premier des plus imposés de la commune[14].

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Ce notable bien posé est aussi un républicain de la veille, porté à la mairie de Salernes après la Révolution de Février. Cette commune prospère, où aucun conflit sérieux n’opposait les différentes couches sociales, apparaît comme un bastion le la République avancée. Retenons pour preuve deux scrutins significatifs. A l’élection présidentielle du 10 décembre 1848, Louis-Napoléon n’y obtient que 19 voix (même pas 6 % des suffrages) ; sauf deux voix données à Lamartine, l’écrasante majorité se porte sur les deux principaux candidats républicains, le démocrate socialiste Ledru-Rollin en tête, suivi de près par le modéré Cavaignac[15]. Pour la législative partielle du 10 mars 1850, alors que l’enthousiasme démocratique est ailleurs retombé et que le pouvoir combat les républicains, plus des trois quarts des voix vont aux démocrates avancés opposés aux royalistes[16].

Les élections de mars 1850 suivies, le mois suivant, d’un éclatant succès des « rouges » à Paris, alarmèrent le parti de l’ordre, qui riposta par la loi électorale du 31 mai 1850 par laquelle on écartait du droit de vote une bonne partie de la classe ouvrière, ce que Thiers appelait « la vile multitude[17] ».

Les républicains, de leur côté, n’avaient pas attendu ce coup de force légal qui venait après une série de mesures antidémocratiques, pour s’organiser, plus ou moins clandestinement, en vue des élections de 1852 dont ils attendaient un retournement de situation, espérance dont Pierre Dupont se fait l’écho :

« C’est dans deux ans, deux ans à peine,

Que le coq gaulois chantera […]

Il dit aux enfants de la terre

Qui sont courbés sous leur fardeau :

Voici la fin de la misère,

Mangeurs de pain noir, buveurs d’eau.

Des monts sacrés où la lumière

Forge ses éclairs et ses feux

Viens, en déployant la bannière,

Dix-huit cent cinquante-deux. »[18]

Fin 1849, un comité de résistance — dirigé de Paris par des hommes tels que Michel de Bourges, chef de file de l’extrême gauche montagnarde, un Varois d’origine né à Pourrières, et Démosthène Ollivier, un autre Varois, dont le fils Emile milite activement dans le Var en faveur le la République — étend en province des réseaux de militants organisés en comités et sous-comités. Le sous-comité de Salernes est animé par « Cotte fils, faïencier » et le pharmacien Basset[19].

Cotte fils, c’est évidement Paul Cotte. Il a alors vingt-cinq ans. Ses années de jeunesse sont assez mal connues. Il fit probablement du droit, au dire du dessinateur et mémorialiste toulonnais Letuaire qui dit le tenir d’un condisciple de Paul Cotte[20], mais il ne fut jamais licencié en droit ni avocat, quoiqu’en dise certaines sources. « Apres ses classes, suivant une biographie écrite en 1872, il alla à Paris suivre les cours de la Sorbonne, du Collège de France, pour y acquérir le complément indispensable à l’industrie q’il allait exercer, c’est à dire la physique et la chimie appliquées à la céramique », et il aurait acquis dans ce domaine, une compétence reconnue par le directeur de la manufacture de Sèvres[21]. A-t-il fréquenté les milieux républicains de Paris et participé aux luttes politiques de la fin du règne de Louis-Philippe ? C’est possible, mais nous n’en savons rien.

Il est en 1348, fabricant de faïence (associé à son père selon toute vraisemblance), et c’est en cette qualité qu’il participe consciencieusement au sein de la commission cantonale paritaire composée de patrons et d’ouvriers, à l’Enquête sur le travail agricole et industriel ordonnée le 25 mai par l’Assemblée Constituante : les Salernois sont les premiers à envoyer leurs réponses le 29août[22].

Quant au pharmacien Gustave Basset, de huit ans l’aîné de Paul Cotte, c’est un caractère ardent, violent à l’occasion. A la suite d’un vif incident, lors du vote du 10 mars 1850, il entre en conflit avec le juge de paix, et le préfet Haussmann, déjà prévenu contre « les opinions démagogiques les plus avancées » de la municipalité, le suspend puis, le 27 avril, le révoque de ses fonctions d’adjoint au maire[23]. Constatons au passage qu’Alexandre Cotte, lui, demeura en place jusqu’au coup d’Etat, ce qui montre que la fermeté républicaine allait chez lui de pair avec la prudence et le sens politique, car la plupart de ses pareils furent révoqués au temps de la réaction.

Le sous-comité de Salernes était lié, si même il ne se confondait pas avec elle, à la société secrète formée ici (comme dans bien d’autres communes), car Cotte et Basset y militaient activement, ainsi que le « perruquier » Honorat Dauphin, alors de condition modeste (il devait s’enrichir et devenir comme les Cotte, propriétaire et industriel), sa culture est très sommaire. Il pratique mal le français mais possède en revanche un caractère énergique et un esprit logique[24]. C’est un recruteur efficace de la société secrète : des initiations se font dans sa maison, de nuit, suivant un rituel classique (yeux bandés, serment) à l’image de celle de Jean-Baptiste Constans en septembre 1851 : Basset et Cotte sont présents. On sait que Paul Cotte présidait la société secrète et que son père en faisait aussi partie[25]. Le juge de paix Lambert présente Dauphin comme un « démagogue exalté », mais « honnête garçon, incapable de voir le mal. Il a été corrompu par Paul Cotte, Renoux, Garie1 le notaire et Pastoret de Draguignan qu’il était fier de fréquenter[26]. »

Qui sont ces prétendus corrupteurs de Dauphin ? Le notaire Alexandre Gariel, installé depuis peu à Salernes appartient à une famille de notables de Régusse passée du bonapartisme à la République, qui a fourni au cours du siècle quatre maires à cette commune[27]. Journaliste à ses heures il était le correspondant Salernes de la Voix du Peuple de Marseille. Présenté comme un orateur de club et de café, violent dans ses propos, il aurait demandé (sans doute métaphoriquement) que six têtes tombent à Salernes[28]. L’avocat Antoine Renoux, élu conseiller général du canton en 1848, appartient à la génération d’Alexandre Cotte. C’est le fils d’un maire du Consulat et de l’Empire, bonapartiste de circonstance marqué de tradition révolutionnaire[29]. Il exerce à Aix, tout en conservant des attaches à Salernes où il est propriétaire. « Chef des démagogues de la localité », exerçant une grande influence sur la population, les autres têtes du parti voient en lui un guide et un conseiller qu’ils respectent. De plus, il assure la liaison avec les dirigeants du parti rouge à Draguignan[30], dont le leader incontesté, depuis 1848, est l’avocat Honoré Pastoret, l’ami de Dauphin. C’est un orateur brillant, président du club démocratique dracénois et dont l’autorité s’affirmera encore sous la Troisième République et bien au-delà du chef-lieu[31].

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Il faut le redire : la résistance du Var au coup d’Etat est d’abord affaire communale. La violation de la Constitution par le président de la République entraîne la déchéance du pouvoir central. Dès lors, le pouvoir local, détenu par les citoyens, reste seul légitime : « Le peuple rentre dans ses droits[32] » et se mobilise pour prendre (ou garder) le contrôle de la commune et le mot, en provençal, désigne aussi l’hôtel de ville.

La nouvelle du coup d’Etat, arrivée à la préfecture dans la nuit du 2 au 3 décembre, est connue à Salernes dans la journée. Le 4, la première réaction des républicains salernois prit la forme classique d’une farandole et d’une bravade, manifestation accompagnée du chant de La Marseillaise, interrompue sans incident par l’intervention d’un gendarme. Ce n’est là qu’un début : suivant Charles Dupont, « arborer le drapeau de l’insurrection, établir une commission provisoire à la place du conseil municipal, désarmer la gendarmerie, enfin organiser la résistance prescrite aux citoyens par l’article 110 de la Constitution telle fut la réponse des Salernois à la dépêche télégraphique du coup d’Etat[33]. »

Les républicains se forment en groupes armés, sous la direction du « colonel » Paul Cotte, Dauphin, Basset et d’autres commandant en sous-ordre. Garie1 se rendit au village voisin de Sillans pour y saisir les fusils de la garde nationale[34].

Pour relier leur mouvement à ceux des autres communes, les Salernois, le 5, dépêchent Renoux à Draguignan d’où il leur envoie ce message : « On ne se fie pas ici aux promesses du Président. L’insurrection a éclaté dans un grand nombre de communes du département. Elle se propage dans les Bouches-du-Rhône. J’attends vos ordres. Vive la Constitution ! [35]»

Dans la soirée du samedi 6 décembre, Renoux revient de Draguignan où Pastoret, décidé ne rien faire et du reste bientôt en fuite, les républicains se trouvent divisés. Malgré la faiblesse du parti de l’ordre et l’inaction forcée d’un préfet en instance de départ[36], la détermination d’un maire de combat acquis au coup d’Etat[37] et l’action de la police neutralisent les rares républicains qui tentent de résister. A Salernes aussi la division pointe ; d’aucuns parlent de déposer les armes ; Renoux, sans désavouer l’insurrection, penche pour la prudence mais les plus résolus, parmi lesquels Paul Cotte, largement majoritaires emportent, après quelque flottement, la décision de poursuivre l’insurrection[38]. Il est décidé que des émissaires iront prendre contact avec l’armée d’insurrection, forte de quelque 3000 à 3500 hommes, qui vient de se regrouper pour marcher sur Draguignan et dont le journaliste Camille Duteil, improvisé « général », vient de prendre le commandement à Vidauban. C’est ainsi que Paul Cotte et l’infatigable Dauphin, qui s’est déjà rendu en mission à la Garde-Freinet[39], quittent Salernes, suivant l’historien conservateur Hippolyte Maquan, le dimanche matin 7 décembre[40], et les Salernois qui, selon le récit de Duteil, venaient pour marcher sur Draguignan, le rejoignent aux Arcs. « Le jeune Cotte, qui les commandait ne comprenait pas que j’eusse l’idée de battre en retraite avec des forces aussi considérables qu’il évaluait à huit mille hommes. » – « Je le priai, poursuit Duteil, de retourner à Salerne(s) avertir de notre arrivée sa patriotique commune.[41] » Maquan donne une autre version. Cotte et Dauphin, selon lui, « rejoignent la colonne du général Duteil aux abords de Vidauban, la suivent jusqu’aux Arcs et engagent les chefs de l’insurrection du Var à se replier sur Salernes, dans le fameux conseil de guerre où il est décidé qu’on abandonnera le projet de marcher sur Draguignan.[42] » Pour Dupont enfin, la colonne, de Vidauban aux Arcs, « chemine en assez bon ordre, au chant de La Marseillaise et sans incident qui mérite d’être rapporté, si ce n’est la rencontre, au pont d’Argens, des citoyens Paul Cotte et Dauphin, délégués de Salernes qui venaient offrir au général un renfort de cinq cents hommes, emmenant avec eux le brigadier de gendarmerie de Vidauban, que l’on avait trouvé caché dans une auberge… » La colonne entre aux Arcs vers huit heures du matin[43].

Renforcée de contingents des Arcs, du Muy et d’autres localités, la troupe des insurgés (Duteil renonçant à tenter l’assaut de Draguignan) se dirige vers Lorgues, puis poursuit sa route pour arriver vers onze heures du soir à Salernes qui l’accueille dans l’enthousiasme. Elle y séjourne jusqu’au 9 décembre, temps mis à profit par Duteil (qui loge chez Cotte) pour réorganiser son état major, faire élire ou réélire les cadres de son armée, fondre des balles, réparer les fusils, forger des piques[44]. Les otages sont logés à l’hôtel. Aucun notable n’est arrêté à Salernes, sauf le notaire bonapartiste Ferru (futur maire de l’Empire autoritaire), aussitôt libéré sur l’intervention de Paul Cotte. Prévenu par Dauphin le juge de paix a pu se mettre à l’abri[45]. Faut-il parler de la fausse alerte nocturne provoquée par Dauphin, deux coups de fusil qui mirent toute la troupe sur pied de guerre ?

Cependant, les nouvelles reçues des départements montrent que la résistance au coup d’Etat est un échec. D’autre part Paul  Cotte avait prévenu Duteil qu’on allait manquer de vivres. Ce dernier, après avoir consulté son état-major, décida le repli sur Aups dans l’intention de gagner ensuite les Basses-Alpes où l’insurrection, un moment maîtresse du département, ne devait être réduite qu’après celle du Var[46].

Le bataillon de Salernes, conduit par Paul Cotte, ainsi que celui des Arcs partent les premiers pour occuper Aups, où les Salernois se détachent en avant-garde avec pour mission d’aller garder le pont d’Aiguines sur le Verdon[47].

Le mardi soir, Duteil quitte Salernes pour Aups où, le mercredi 10, vers onze heures du matin, la colonne insurrectionnelle — qui ne comprend plus qu’une faible partie de celle qu’il commandait au départ des Arcs[48] — est surprise et mise en déroute par l’infanterie et les gendarmes à cheval à l’issue d’un bref combat inégal. Cotte et ses compagnons encore assez proches purent entendre la fusillade.

Averti de la défaite, Paul Cotte eut peut-être un moment l’intention de poursuivre sa marche en bon ordre pour rejoindre les insurgés bas-alpins et continuer la lutte avec eux, mais, devant la démoralisation de ses hommes, et bientôt convaincu de l’ampleur du désastre, il les engagea à se disperser[49]. Cotte, Dauphin, et Renoux, qui les avait suivis, gagnèrent alors Moustiers où les Cotte étaient connus[50]. Ils y apprirent l’échec complet et définitif de l’insurrection des Basses-Alpes. Renoux décida d’aller se constituer prisonnier à Draguignan et d’endosser la responsabilité du soulèvement de Salernes. Conduit à Toulon, il est incarcéré au fort Lamalgue[51]. Après s’être cachés aux environs des Salles (sur la rive varoise du Verdon), Cotte et Dauphin retournent à Salernes où Alexandre Cotte, qui reste à la mairie jusqu’au 17 décembre[52], fait parvenir au procureur de la République une liste de quinze chefs insurgés, parmi lesquels son propre fils, tous déjà arrêtés ou « évadés », c’est-à-dire en fuite et en lieu sûr. Alexandre Cotte devait être condamné par contumace à cinq ans d’éloignement (c’est à dire à l’interdiction de séjour) peine bientôt commuée : il est seulement soumis à la surveillance à Salernes lorsqu’il obtient l’autorisation de se rendre à Alès (Gard) pour ses affaires, le 24 juin 1852[53]. Paul Cotte et Dauphin, malgré l’état le siège et la présence d’une compagnie d’infanterie dans la commune et vraisemblablement à la faveur d’une certaine connivence des autorités locales, notamment du juge de paix Lambert, purent rester cachés et ne quitter Salernes que le 7 janvier 1852[54]. Ils parvinrent à gagner Nice, dissimulés parmi les caisses d’un chargement de faïence[55].

Cotte et Dauphin, respectivement condamnés par contumace à dix ans d’Algérie plus[56] et à l’expulsion du territoire français, retrouvent à Nice de nombreux Varois, parmi lesquels le journaliste Charles Dupont et le fabricant tanneur Eugène Fassy de Barjols, dont il sera bientôt question ici. La plupart, tout en gardant leur foi républicaine, songent avant tout à assurer leur existence matérielle, les mieux nantis aidant au besoin les moins fortunés. Quelques-uns pourtant, que les plus sages appelaient en provençal lei madu (les écervelés) manifestèrent l’intention de repasser le Var et de recommencer l’insurrection !

Charles Dupont en nomme quelques-uns parmi lesquels Démosthène Ollivier, dont la générosité n’avait d’égale que l’impulsivité[57]. Dauphin n’est pas nommé, mais il dut se montrer assez remuant pour être expulsé de Nice et assigné à résidence à Saluces en octobre 1852[58]. Il n’y demeura pas très longtemps. En mars 1853, il est autorisé à résider à Salernes, sous surveillance mais son attitude lui valut bientôt d’être éloigné et interné (c’est à lire assigné à résidence) à Toulon, sanction qu’il encourut de nouveau en janvier 1855 pour avoir critiqué les actes du gouvernement et tenté d’entraver une souscription pour les soldats de l’armée d’Orient. Le 26 mars 1855 enfin, il est définitivement gracié[59].

Quant à Paul Cotte, par sa soumission formelle du 30 août 1854, il sollicite l’autorisation de rentrer en France et de résider à Salernes, mais le maire et le préfet ont déjà fait savoir leur opposition. Le chef d’escadron commandant la gendarmerie du Var estime pour sa part que sa présence à Salernes « pourrait être dangereuse d’autant que sa famille, tant par les opinions avancées qu’elle a toujours professées que par sa position de fortune exerce une certaine influence sur la population.[60] » Le 25 octobre, la condamnation de Paul Cotte est commuée en internement sous surveillance dans l’Isère, mais le 25 décembre le consul de France à Nice signale que Cotte, qui se trouvait le mois précédent à Turin, préfère demeurer à Nice. Le 10 juillet 1855, Paul Cotte qui s’était rendu en Espagne pour revenir en France sous une fausse identité, est arrêté à Marseille. Mis en demeure de quitter la France, apparemment indésirable en terre piémontaise, il aurait séjourné quelque temps à Tunis[61], puis se réfugie en Espagne, cependant que le préfet s’oppose toujours à son retour éventuel, « un malheur public » suivant le maire de Salernes… Le 7 juillet 1856 il se trouvait à Barcelone lorsque sa grâce définitive lui est accordée.

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En dépit de la dictature bonapartiste et de la répression, Salernes demeure dans l’opposition. Dociles lors des plébiscites de 1851 et 1852 et aux élections législatives, les républicains s’affirment aux élections locales. Nous laisserons de coté l’élection inattendue de l’abbé Marin, aumônier du bagne de Toulon, opposant malgré lui, que les Salernois envoient au Conseil général en 1852[62]. L’opposition est constante aux élections municipales. Dès 1852 la liste d’opposition à dominante républicaine l’emporte largement. Le scrutin est plus serré en 1855 mais la liste du maire est encore battue. Nouveau succès républicain en 1860 à une confortable majorité. Le maire gouvernemental Ferru n’en demeure pas moins en place, en vertu de l’article 57 de la Constitution de 1852 qui prévoit que le maire nommé par le pouvoir exécutif peut être choisi hors du conseil municipal, lequel fut régulièrement remplacé, à Salernes, par des commissions municipales sûres.

Après les élections de 1860 le nouveau préfet Fleury amorça une politique plus libérale en renonçant au système des commissions municipales et en nommant des maires acceptés par les populations. A Salernes, il provoqua la démission de Ferru et nomma à sa place, sur la suggestion du maire sortant lui-même, le docteur Augier, médecin philanthrope, ami des pauvres, conservateur catholique au-dessus des partis[63].

En mai 1863, une crise municipale change le climat politique de Salernes : le docteur Augier, blessé par une initiative du conseil municipal en faveur de l’installation d’un second médecin dans la commune, démissionne brusquement et Gustave Basset, conseiller municipal dès 1855, lui succède à la mairie. Sa collaboration inévitable avec l’administration le rapproche d’un gouvernement en voie de libéralisation, ce que les purs considèrent comme une compromission et les républicains se divisent. Aux municipales de 1865 — marquées ailleurs par de nombreux succès de l’opposition — la liste Basset, devenue celle de l’administration, l’emporte sur les républicains intransigeants…

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Si Alexandre Cotte est candidat et élu dès 1855, son fils paraît, comme Dauphin, se tenir à l’écart des luttes électorales. Cette réserve apparente n’empêche que Paul Cotte reste suspect : le 10 mars 1858, en application de la loi de sûreté générale votée après l’attentat d’Orsini, le préfet dresse une liste de 72 noms ; Paul Cotte y tient le 13e rang, promis à un éventuel internement en Algérie[64]. Simple menace, pour lui… Au mois de juillet suivant lorsqu’il obtient un passeport pour se rendre en Italie à Savone, le préfet le tient toujours pour un chef démagogue[65].

En 1865, Paul Cotte s’est installé à Sainte-Maxime, où il dirige la fabrique que son père y a établie. Désir d’indépendance ou souci d’échapper aux remous politiques de Salernes ? L’un et l’autre, peut-être. Les affaires ne vont pas toujours et Paul Cotte, a parfois recours à l’aide pécuniaire de Dauphin mais la politique n’est jamais loin. Le 9 octobre, Cotte engage son ami à venir le voir : « Nous pourrons […] parler du passé qui nous fait vieux, du présent qui nous cause tant de surprise — Eugène — de l’avenir qui est encore long et qui sera beau. Ayons la foi. »[66]

Eugène, c’est Eugène Fassy, né en 1822, d’une famille de tanneurs de Barjols ; son père était électeur censitaire. En 1848, Eugène devient conseiller municipal — républicain — et adjoint au maire. Au coup d’Etat, Barjols s’insurge et une partie du conseil municipal s’incorpore à la commission révolutionnaire présidée par le maire ; Fassy y a sa place. Comme Cotte il s’est réfugié à Nice pour échapper à l’Algérie. Aux législatives de 1863, il a soutenu la candidature d’opposition de Philis (jeune disciple d’Emile Ollivier) majoritaire à Barjols, et honorablement battu dans sa circonscription. Aux municipales de 1865 il est en tête et le premier élu de la liste d’opposition. Nommé maire par le pouvoir impérial, il accepte le mandat, mais ce qui est pour lui une revanche est pour Paul Cotte une compromission.

Trois ans se passent ; le 6 septembre 1868 Cotte écrit à Dauphin qu’il voit très souvent son voisin et vieil ami Démosthène Ollivier, et qu’il lui a annoncé qu’il n’appuierait pas la candidature d’Emile aux prochaines élections législatives de 1869[67]. Emile Ollivier, naguère leader républicain au Corps législatif, est maintenant trop engagé dans son rapprochement avec l’Empire pour garder la confiance des purs républicains. Paul Cotte poursuit : « Mais dites-moi, mon cher, que va faire Fassy ? Voilà pour lui une occasion unique de racheter sa faute, grande il est vrai […] Qu’il fasse tout pour le candidat de l’opposition […] Entre vous et Nans[68] agissez auprès de lui. Faites de bonnes choses : gagnez des suffrages au candidat de l’opposition quel qu’il soit, et sauvez Eugène. » En fait, avant les élections générales de 1869, une élection complémentaire provoquée par la mort du député gouvernemental Kervéguen eut lieu dans la seconde circonscription du Var (celle de Toulon dont Barjols faisait partie) en septembre 1868 Philis écarté par de subtiles manoeuvres, l’opposition présenta un candidat parachuté de notoriété nationale, Dufaure, à qui Fassy, suivant les conseils de l’ami Cotte, procura une belle majorité à Barjols[69]. Il en alla différemment en 1869 : dans la circonscription de Toulon entre le sortant gouvernemental (réélu) et le radical Emmanuel Arago, Philis, candidat « centriste », n’arriva qu’en troisième position. Fassy agit en sa faveur comme en 1863, mais Philis n’obtint à Barjols qu’une courte majorité relative, devançant de très peu les deux autres candidats.

Dans la première circonscription (celle de Draguignan), Ollivier est en 1869 soutenu par le gouvernement. Les républicains lui opposent un ami de Gambetta, Clément Laurier, radical « irréconciliable »[70], naturellement appuyé par Paul Cotte. Ollivier fut élu, et majoritaire à Salernes grâce au maire Basset. C’est le plébiscite du 3 mai 1870 qui permet à Fassy de se racheter : comme Paul Cotte il se prononça vigoureusement pour le Non et le succès répondit à son attente : Barjols donna 550 Non contre 225 Oui[71]. Eugène était sauvé.


[1] Ceci, et ce qui suit, d’après l’état civil de Salernes, et les registres paroissiaux, ceux-ci consultés aux archives de l’Évêché, à Toulon. Nombre de circonstances et de personnages évoqués dans ce travail se trouvent, avec les justifications voulues, dans notre thèse d’Etat, Le Département du Var sous le Second Empire et au début de la Troisième République (Université de Provence, Aix-en-Provence, 1977) ce qui nous permet de réduire les notes qui suivent au minimum. Viennent avant Paul deux garçons nés les 29 novembre 1818 et le 26 mars 1820, morts en bas âge, et deux filles, Euphrosine-Félicie née le 27 août 1821 et Marie-Sophie née le 14 avril 1823.

[2] Cf. la déclaration de baptême, 28 août 1826 de son fils François-Emmanuel-Esprit, né le 17 pluviose an V (5 février 1799), baptisé dans une maison particulière, l’église étant alors fermée.

[3] Archives départementales du Var, 1 U 3/5, Liste du Jury. Rappelons que le cens électoral, de 300 F sous la Restauration, fut ramené à 200 F par la Monarchie de Juillet. Pour les élections au Conseil général, dans les cantons où le nombre des électeurs était inférieur à 50, on complétait le collège électoral avec les premiers contribuables payant moins de 200 F.

[4] Archives départementales, 3 Q, Mutations par décès, bureau de Salernes, déclaration de succession de Claudine André, 12 septembre 1888.

[5] Esprit-Honoré Giraud est le parrain de François-Emmanuel-Esprit André. Sur ce personnage cf. Joseph Salvarelli, Les administrateurs du département du Var (1790-1897), Draguignan, 1897 et Frédéric Mireur, Les rues de Draguignan et leurs maisons historiques, II, 1922, pp. 350 et suivantes.

[6] Antoine Lambert et Jean-Antoine-Bonaventure Ardoin sont témoins au mariage d’Alexandre Cotte et de Claudine André. Sa mère est née Marie-Marguerite Ardoin. Jean-Antoine-Bonaventure Ardoin (1757-1833) fut maire de Salernes en 1795 et membre du conseil d’arrondissement, qu’il présida de 1807 à 1809 et 1831 (Joseph Salvarelli).

[7] Archives communales, BB 17, fo 14

[8] Ibid., fo 165 et 206 vo

[9] Archives communales, BB 18, p. 15

[10] Ibid., pp. 374 et 376

[11] Tout ceci d’après divers papiers des Cotte, notamment un livre de raison tenu de 1769 à 1846 (Archives privées).

[12] Archives communales, D1 (délibérations, an III-1817). Le texte porte « faillancier ».

[13] Archives départementales, 9 M 15/22

[14] Archives communales, D (1843-1856), fo 213 vo (17 mai 1856)

[15] Archives départementales, 2 M 1/2. Dans l’ensemble du Var, Cavaignac l’emporte nettement sur Louis-Napoléon qui précède Ledru-Rollin. La France, rappelons-le, a élu Louis-Napoléon à une très forte majorité.

[16] Archives départementales, 2 M 3/16. Il s’agissait de remplacer deux députés invalidés à la suite des émeutes survenues à Paris le 13 juin 1849, Ledru-Rollin et l’ancien maire de Toulon Fulcran Suchet. Les deux partis firent à peu près jeu égal et eurent chacun un élu.

[17] La loi du 31 mai subordonnant le droit de vote à trois ans au moins de résidence dans le même canton, en écartait les ouvriers obligés de se déplacer pour trouver du travail.

[18] Georges Weill, Histoire du parti républicain en France (1814-1870), Paris, 1928, pp. 265-266

[19] Tchernoff, Le parti républicain au coup d’Etat et sous le Second Empire, Paris, 1906, pp. 25-26

[20] Pierre Letuaire, Cahiers mss. sur les événements de 1870-1871, p. 185 (bibliothèque des Amis du Vieux Toulon)

[21] F Méré dans L’Illustration du Var, 30 juin 1872.

[22] Archives nationales, C 967 A et Maurice Agulhon, « Enquête du Comité de Travail de l’Assemblée constituante (1848). Etude critique de son exécution dans deux départements du Midi », Annales du Midi, janvier 1958, pp. 75 et 78.

[23] Archives nationales, F 1b II Var 23. Joseph-Gustave Basset (1817-1891), maire (1863-1870) et conseiller général (1867-1870) se ralliera à l’Empire libéral dans les circonstances exposées plus loin.

[24] Ceci d’après une lettre d’Auguste Maurel (qu’on reverra plus loin) à H.D. (21 février 1869) et le témoignage de personnes qui ont connu Grégoire-Honorat Dauphin (1819-1906).

[25] Archives départementales, 4 M 20/6 Salernes, interrogatoire de J.-B. Constans, 24 janvier 1852 et fiche d’Antoine Basset, entre autres pièces.

[26] Ibid., note sur Dauphin Honoré.

[27] Sur les Gariel, cf. E. Constant, thèse citée, appendice, pp. III-VI ; Jocelyne George, Les Maires du département du Var de 1800 à 1940, thèse d’Etat, Université de Paris I, 1987, pp. 396-397. Jacques-Louis-Alexandre Gariel (1814-1895) sera maire de Régusse (canton de Tavernes) en 1883, à la mort de son frère Célestin, lui-même notaire et maire.

[28] Note du juge de paix et du maire rédigée après les événements de Décembre, citée par Alexandre Gariel, Le coup d’Etat de décembre 1851 dans le Var, Draguignan, 1878, pp. 38-39

[29] Maire en 1801, Renoux père ne fut remplacé qu’en décembre 1814, pour n’avoir pas dénoncé une farandole anti-royaliste (Archives nationales, F 1b II Var 23)

[30] Archives départementales, 4 M 24/3. Sur Antoine-Ignace Renoux (1800-1870) cf. une notice dans le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français (1ère partie) de Jean Maitron. Hippolyte Maquan qui fut l’otage des insurgés, désigne, sans les nommer, ces chefs de la démocratie locale. Il y joint « un mauvais instituteur » (L’insurrection de décembre 1851 dans le Var, Draguignan, 1853, pp. 147 et suivantes). En effet, un rapport mensuel du préfet mentionne « le Sr Bas instituteur communal à Salerne(s) » révoqué, arrêté puis relâché sous caution, chez qui on a saisi des cahiers de dictées « extraites des œuvres de Cabet et autres communistes et socialistes » (Archives départementales, 4 M 18, 28 novembre 1851, cité par Michel Bellenfant, Le coup d’Etat du 2 décembre 1851 dans le Var, Nive, 1978, pp. 41 et suivantes).

[31] Cf. F. Mireur, op. cit., VIII, 1931, pp. 19-23 et J. George, thèse citée, pp. 563-565. Honoré Pastoret (1814-1889), originaire de Seillans (canton de Fayence) se réfugia à Nice après le coup d’Etat, s’y fixa et y mena une fructueuse carrière d’avocat d’affaires. De 1871 à 1882 il représenta le canton de Fayence au Conseil général, qu’il présida de 1873 à 1881.

[32] Maurice Agulhon, La République au village, Paris, 1970, p. 427

[33] C. Dupont, Républicains et monarchistes dans le Var en décembre 1851, Paris, 1883, p.64. Charles Dupont (1816-1892) journaliste et écrivain en français et en provençal, réfugié à Nice après les événements de Décembre, y vécut avec d’autres « proscrits », dont Cotte et Dauphin et y prépara une histoire de l’insurrection.

[34] Archives départementales du Var, 4 M 24/3, notice individuelle et archives départementales des Bouches-du-Rhône, 14 U 47, procureur Bigorie, 3 février 1852. Sillans (canton de Tavernes) est à 6 km à l’ouest de Salernes.

[35] C. Dupont, loc cit. ; même texte dans Noël Blache, Histoire de l’insurrection du Var en décembre 1851, Paris, 1869, p. 135, avec cette variante : « J’attends des ordres. »

[36] De Romand, nommé en Saône-et-Loire, quitte Draguignan le 8, son successeur Pastoureau y arrive le lendemain avec les troupes du maintien de l’ordre.

[37] Le docteur Théüs, maire depuis 1849 (cf. L’Union du Var, 12 juin 1858 et F. Mireur, op. cit., III, 1925, p. 108).

[38] Maquan, op. cit., p. 150.

[39] Cf. la note s.d. déjà citée du juge de paix : « S’est rendu à la Garde-Freinet pour faire les insurgés de cette commune à Salernes (sic). Il a fait lecture publique de deux proclamations révolutionnaires. »

[40] Maquan, op. cit., pp. 150-151.

[41] C. Duteil, Trois jours de généralat ou un épisode de la Guerre civile dans le Var, Savone, 1852, pp.28-29

[42] Maquan, op. cit., p. 151. Maquan, à la différence de Duteil, ne dit pas que Cotte et Dauphin fussent accompagnés par les insurgés de Salernes.

[43] Ch. Dupont, op. cit., p. 37. On passe le Pont d’Argens entre Vidauban et les Arcs.

[44] Ceci et ce qui suit d’après les sources déjà citées.

[45] E. Constant, thèse citée, pp. 9 et 79

[46] Ch. Dupont, op. cit., p. 51

[47] Cf. entre autres, archives départementales, 4 M 20/6, Salernes, dossier Frédéric-Hyacinthe Lambert et Eugène Ténot, La Province en décembre 1851…, 10e édition, Paris, 1869, pp. 147-148

[48] Suivant A. Gariel (op. cit., p. 18) seulement 3 à 400 hommes restaient à Aups le 10 au matin.

[49] Sur tout ceci, récits à peu près concordants de Dupont, pp. 239-241 et Blache, pp. 210-211

[50] Parmi les insurgés de Salernes, on remarque deux ouvriers faïenciers originaires d’Allemagne, village des Basses-Alpes voisin de Moustiers.

[51] Renoux fut condamné par la commission mixte à 5 ans d’Algérie moins (déportation simple), peine commuée en bannissement. Nous n’avons retenu des événements de Décembre que les épisodes touchant Salernes et Paul Cotte, sans prétendre refaire l’histoire, même simplifiée, de l’insurrection varoise.

[52] Le 17 décembre, le préfet dissout le conseil municipal et nomme une commission municipale présidée par le nouveau maire J.-B. Ferru (archives communales, D 1843-1856, fo 127).

[53] Archives départementales, 4 M 24/3 et archives communales, I 2 Police (1815-1880)

[54] Ceci d’après une note s.d. où H. Dauphin dit avoir vendu la totalité de ses biens pour éviter une éventuelle confiscation, par acte sous seing privé, passé le 6 janvier 1852 dans la maison de Paul Cotte, « la veille de notre départ pour l’exil » (archives privées).

[55] Cf. Voyages aux pays rouges, par un conservateur [François Beslay], Paris, 1873, pp. 90-91 et Adolphe Ponet, Un des 363. Les états de services de M. Paul Cotte…, Draguignan, 1877, p. 7

[56] Internement dans une enceinte fortifiée.

[57] Sur tout ceci, cf. Ch. Dupont, op. cit., pp. 256-257 et notre thèse, pp. 20 et suivantes.

[58] Cf. le document cité à la note 54 et la feuille de route du 13 octobre 1852 qui ordonne à Dauphin de se rendre à Saluces dans les quinze jours (archives privées).

[59] Cf. la note d’H.D. déjà citée et archives communales, I2 police (1815-1880), plusieurs pièces.

[60] Archives départementales, 4 M 33, 11 août 1854. Les autres documents utilisés ici proviennent de ce dossier.

[61] F. Beslay, op. cit., p. 90

[62] La famille de l’abbé Marin était originaire de Salernes. Il démissionna dès 1853.

[63] Le docteur Jean-Antoine Augier (1817-1891) élu en 1852 parmi les opposants est candidats sur la liste du maire (non élue) en 1855 et 1860. Il sera en tête de la liste des républicains en 1870, maire nommé de l’Ordre moral (1874-1876), mais accepté par les républicains, enfin membre du comité royaliste aux législatives de 1885.

[64] Archives nationales, BB 30/447.

[65] Archives départementales, 4 M 33.

[66] Lettres de Cotte à Dauphin, archives privées. Surprise est souligné à l’original.

[67] Emile Ollivier, élu à Paris en 1857 et 1863 avait été battu dans la 1ère circonscription du Var en 1863. Il possédait une résidence depuis 1860 à St-Tropez.

[68] Louis Nans, chef insurgé de Salernes, lui aussi réfugié à Nice. C’était un propriétaire aisé, ancien électeur censitaire départemental à 140 F.

[69] L’industriel Pons Peyruc, candidat du gouvernement, fut élu, mais Dufaure, majoritaire à Toulon et dans quelques communes, réunit 42,4% des suffrages.

[70] Originaire de l’Indre, avocat à Paris, Clément Laurier (1831-1878) fut au 4 Septembre membre de la délégation du gouvernement de la Défense nationale à Tours. Député du Var en 1871 il siégea à l’extrême gauche puis passa brusquement à droite et c’est comme candidat de l’Ordre moral qu’il fut élu dans l’Indre en 1876 et 1877.

[71] A Salernes, malgré Cotte, Dauphin et les autres, le Oui l’emporta. L’influence des maires apparaît ici au grand jour.