Une demande de grâce

document aimablement communiqué par Yvon Calage, mai 2011

Joseph Cléophas Calage, né vers 1804 à Mudaison, décédé le 4 mars 1875 à Mudaison, propriétaire à Mudaison, a effectivement été transporté en Algérie. « Chef de la société secrète du parti à Mudaison.Très dangereux. » Sa veuve, Elisabeau Plane, a perçu une indemnisation par la loi de 1881. Ce dossier est aux Archives nationales sous la côte F15 4034 dossier 34.

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Une demande de grâce

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A Monsieur le Colonel Espinasse, officier d’ordonnance de Monseigneur le Prince Louis Napoléon, Président de la République, et commissaire extraordinaire du gouvernement.

 

Monsieur le commissaire,

 

Une épouse infortunée, fille d’un vieillard octogénaire et mère de six enfants dont quatre sont encore en bas âge, ose s’adresser à vous pour implorer la grâce de son époux transporté en Algérie par décision de la commission mixte séante à la Préfecture de l’Hérault.

Aux yeux de l’honorable commission, Monsieur le commissaire, sans doute mon époux est coupable ; mais il n’y a qu’une fatale et sourde inimitié qui ait pu dénaturer la pureté de ses intentions et lui prêter devant l’honorable commission les desseins coupables qui l’ont fait condamner.

Les mœurs douces de mon malheureux époux, sa probité éprouvée et justement appréciée, son amour et son attachement bien connu de tout le monde dans la localité pour notre sainte religion, sont un sûr garant de la droiture de son cœur et prouvent suffisamment qu’il ne saurait être un homme dangereux.

Monsieur le commissaire, que votre âme généreuse et compatissante daigne prendre en considération sa vie passée, sa conduite si irréprochable, son repentir sincère d’un entraînement passager dû aux fatales influences de toutes sortes auxquelles les communes rurales ont été soumises durant ces dernières années ! Ah ! Vous ne serez pas insensible au désespoir, aux larmes d’une épouse, d’une pauvre mère, de son vieux père, de jeunes enfants à jamais ruinés si leur soutien ne leur est pas rendu !

Qu’un pardon sorti de votre bouche, Monsieur le commissaire, rende la tranquillité et le bonheur à toute une nombreuse famille qui chaque jour bénira votre nom et celui du Prince sensible, juste et bienfaisant à qui la Providence a confié les destinées de la France pour la sauver.

 

J’ai l’honneur d’être, avec le plus profond respect,

Monsieur le commissaire,

 

Votre très humble et très obéissante servante

Françoise Plane épouse de Cléophas Clage transporté en Algérie

 

Mudaison

Canton de Mauguio

Arrondissement de Montpellier

Le 10 avril 1852

Le Maire

Poujols

Rattin notaire

[et plusieurs autres signatures]