L’empire libéral

L’Empire libéral

Études, récits, souvenirs

 

par Émile Ollivier

 

 

Tome deuxième

Louis-Napoléon et le coup d’État

Paris, Garnier frères, 1897

pp. 453 et suiv.

 

CHAPITRE IV

COMMENT LE COUP D’ÉTAT FUT ACCUEILLI EN FRANCE ET EN EUROPE

 

§ 1 — En France, satisfaction générale. — Conversation rapportée par Buffet. — Abstention du parti légitimiste. — Approbation du parti religieux. — Louis Veuillot et Montalembert.

En 1851,laFrance, sans doute par insuffisance démocratique, n’était pas encore parvenue à cette hauteur. Elle respira quand elle apprit que ces bandes, dont la lâcheté seule égalait la férocité stupide, s’étaient dispersées à la simple vue des pantalons rouges. Une conversation racontée par Buffet rend en quelque sorte palpable le soulagement avec lequel on se sentit débarrassé de ces étranges martyrs. Rentré dans les Vosges, il reçoit la visite d’un cultivateur aisé qui lui dit : « Eh bien ! vous voilà donc séparé de Napoléon ? — C’est Napoléon qui s’est séparé de moi. — Comment cela ?— Vous m’aviez confié un mandat, n’était-ce pas mon devoir de le défendre ? — Assurément, votre conduite est très honorable ; mais nous, Monsieur, nous n’avions point de mandat. — Non, sans doute. — Eh bien ! Ma commune est excellente, composée de très braves gens. Nous avons cependant quatre ou cinq mauvaises têtes capables de très mauvaises actions. I1 y a six mois, si, en traversant mon village où je passe à tort pour riche, je rencontrais l’un d’eux, il me regardait d’un air menaçant et murmurait : « Attends 1852 ! tu verras ! les riches ! » Ma foi, j’en conviens, je n’étais pas fier, ni rassuré. Aujourd’hui je regarde ces gens-là bien en face. On dit que nous avons perdu toutes nos libertés, je commence seulement à me trouver libre. »

Dans le monde plus élevé l’acquiescement ne tarda pas à devenir aussi explicite. Plus d’un représentant arrêté se félicita de l’avoir été ; les hommes d’État célèbres, tels que Guizot, ne déguisèrent pas leur satisfaction, pas plus que la majorité des légitimistes non engagés dans les actions de presse et de parlement. Parmi ceux-là mêmes, beaucoup eurent quelque peine à ne paraître que résignés[1]. L’abstention fut la décision officielle du parti. Et cependant qu’est-ce que l’abstention si ce n’est la forme timide de l’acquiescement ? Est-ce ainsi qu’on se conduit à l’égard de ce qu’on juge réellement un crime ? Doit-on au crime autre chose que de lui dire non, à pleine bouche et à plein cœur ? On se décida à ce parti équivoque et peu courageux, de crainte de se perdre en heurtant une opinion publique trop prononcée.

Le clergé apporta ses félicitations sur le conseil du nonce apostolique, du cardinal Gousset, archevêque de Reims et de Mgr Parisis, grandes autorités dans notre église. La plupart des catholiques firent de même ; leur principal interprète, le journal l’Univers, n’hésita pas à se prononcer par la plume de Louis Veuillot. Le Père Ravignan, Lacordaire, l’évêque d’Orléans Dupanloup furent à peu près les seuls à conseiller la défiance et l’abstention[2]. Ils s’efforcèrent d’attirer à eux Montalembert troublé par l’arrestation des parlementaires ses amis. Veuillot, au contraire, lui conseillait de se ranger du côté du Prince : « Soutenez-le, lui disait-il, afin de le contenir plus tard. Allez à lui pendant le combat ; vous l’aborderez sur vos pieds ; dans quinze jours on ne l’abordera que sur les genoux. » Redevenu maître par la libération de ses amis de suivre ses instincts personnels, Montalembert dès le 6 décembre avait pris son parti ; il l’annonçait à l’un de ses amis d’Allemagne : « Je n’ai ni su, ni conseillé, ni applaudi le coup d’État, quant au moment choisi et au mode d’exécution. Je trouve qu’on aurait dû attendre que l’Assemblée eût rejeté une seconde fois la révision de la Constitution, et surtout s’entendre avec la minorité conservatrice pour faire, en même temps qu’elle, l’appel au pays. Mais aujourd’hui que le fait est consommé, je ne refuserai pas mon concours à un prince qui veut l’ordre, qui risque sa vie contre la démagogie et qui a témoigné un dévouement plus efficace et plus intelligent aux intérêts religieux qu’aucun de ceux qui ont gouverné la France depuis soixante ans. » Le 12, clans une lettre à l’Univers, il conseilla ouvertement le vote affirmatif.

Les républicains de raison, Bérenger, Lamartine, bien qu’affligés de l’avortement de la république, ne s’étonnaient pas « de la ruine d’une Assemblée d’enfants à cheveux blancs qui avait joué à la Terreur, à la Montagne, à l’orléanisme militaire, à l’anarchie, à tous les jeux où l’on perd la dignité, la liberté, l’ordre social et la patrie[3]. » Plus d’un démocrate reconnut le bien-fait de l’acte. « Quand je me représente, écrivait Proudhon, ce qu’eût été la domination de nos meneurs, je n’ai plus la force de condamner, au point de vue élevé de la marche humanitaire, les événements du 2 décembre[4]. » Jules Favre a proclamé à la tribune, en un de ses rares jours d’équité, « que le coup d’État avait été dirigé non pas contre les amants exagérés de la liberté mais contre ceux au contraire qui voulaient la ramener en arrière[5]. »

 

 

§ 2. — Félicitations de l’Autriche, de la Prusse. — Conseil du Tsar Nicolas de ne pas rétablir l’Empire. — Approbation personnelle de Palmerston qui entraîne sa chute.

L’assentiment ne fut pas moins empressé en Europe. Le prince Schwarzenberg, le seul homme qui ne nous touchât pas avec des pincettes[6], offrit le premier ses félicitations. Il exprima même tout haut à la princesse de Metternich la joie que lui inspirait le succès de Louis Napoléon. La princesse, ultra-légitimiste, répondit d’un ton revêche qu’elle ne pouvait se réjouir des succès remportés par une puissance inconnue. « Je préfère tout, reprit le prince, aux ganaches d’autrefois. »

La Prusse et les Etats allemands, plus directement exposés à l’action révolutionnaire, se sentirent soulagés, affermis dans leur résistance et s’empressèrent à remercier le Président de son énergique initiative.

L’Autriche et la Prusse allèrent plus avant encore dans leurs encouragements. Prévoyant le cas où le Président voudrait se faire Empereur, elles ne laissèrent pas ignorer qu’elles lui reconnaîtraient ce titre, même avec la faculté de choisir son successeur, disait l’Autriche, s’il promettait de ne pas recommencer la politique belliqueuse et envahissante de son oncle ; pourvu, disait la Prusse, que ce titre reste personnel et ne soit pas l’inauguration de la dynastie condamnée par les traités de 1815.

Nicolas ne fut pas moins prodigue de félicitations et d’encouragements : il professa tout haut son admiration, déclara le Prince le sauveur de la France et le restaurateur de l’ordre social en Europe. Mais en même temps, par l’ambassadeur français Castelbajac, et dans une lettre de sa main en réponse à la notification de l’avènement à la présidence décennale, il l’engagea vivement à ne pas pousser plus loin son entreprise et à ne pas rétablir l’Empire. Cela éveillerait la défiance des cabinets, gâterait la situation conquise en France et en Europe sans rien ajouter à sa puissance réelle. Lui souverain absolu, il croyait la république, pour un long temps encore, la plus forte digue à opposer au flot démagogique. « En vous disant : Restez dans la république forte et conservatrice et gardez-vous de l’Empire, je suis un ami qui vous signale un danger et essaie de vous en éloigner. »

Quelque dissonance ne paraissait à redouter que du côté de l’Angleterre, à cause du renversement des institutions parlementaires. Elle ne se produisit pas. Ce coup d’État indisposa fort la reine, mais elle consentit à ce que son ministère ne changeât en rien les relations existant entre les deux gouvernements, pourvu qu’il évitât ce qui, par une approbation ou un blâme, impliquerait une intervention dans nos affaires intérieures. Palmerston envoya officiellement des instructions dans ce sens à son ambassadeur Normanby ; en même temps, dans une lettre privée et confidentielle, il lui exprima son opinion personnelle : « Quant au respect de la loi et de la Constitution que vous dites être dans les habitudes des Anglais, ce respect est dû aux lois justes et équitables faites à l’abri d’une Constitution fondée sur la raison et consacrée par son antiquité, par la mémoire des longues années de bonheur qu’elle a données à la nation ; néanmoins ce n’est guère un juste emploi de ces sentiments que de les appliquer à cette agrégation de niaiseries que des têtes éventées ont imaginées pour le tourment et la perplexité de la nation française. Je ne puis m’empêcher de dire que, quant à cette Constitution-là, il est plus honorable de l’enfreindre que de l’observer. Il était temps de se débarrasser de pareilles puérilités, et comme l’Assemblée paraissait résolue à ne pas permettre qu’on s’en débarrassât tranquillement et par des amendements réfléchis et pondérés, je ne m’étonne pas que le Président se soit décidé à renverser cet obstacle à tout arrangement rationnel[7]

Il exprima aussi à Walewski, sans se permettre de donner une approbation qu’on ne lui demandait pas, l’avis que le Président n’avait agi que pour se défendre, et que ce qu’il avait fait, des circonstances étant données, était ce qu’il y avait de mieux dans l’intérêt de la France.

L’instruction officielle de Palmerston ne devait pas être communiquée au Gouvernement français ; elle indiquait à Normanby ce dont il avait à s’abstenir et non ce qu’il devait faire. Néanmoins l’ambassadeur crut convenable de communiquer la substance de ce document à Turgot, le ministre des Affaires étrangères, s’excusant d’avoir été empêché par des circonstances extérieures de le faire plus tôt. Turgot qui avait été piqué de certains propos hostiles au Président tenus par Normanby, lui répondit que cette communication n’était pas nécessaire, il savait par Walewski que Palmerston « avait exprimé son approbation de l’acte et la conviction que le Président n’avait pu agir autrement. »

La reine considéra que ce langage de son ministre compromettait l’honneur et la dignité de son gouvernement aux yeux du monde. Russell, premier ministre, partageant cet avis, interpelle Palmerston. Celui-ci répond par une apologie du coup d’État dans laquelle la vérité sur nos partis est vue et dite avec une rare sagacité[8].

Russell ne suivit pas son collègue des Affaires étrangères dans cette controverse : « Il ne s’agit pas, lui objecta-t-il, de savoir si le Président a eu ou non raison de dissoudre l’Assemblée et de renverser la constitution, mais si vous n’avez pas eu tort d’exprimer à cet égard une opinion à Walewski sans avoir préalablement pris l’avis du Conseil et de la reine. » Palmerston répondit que l’exigence de Russell était nouvelle et d’ailleurs impraticable ; qu’il existait une distinction parfaitement connue et reçue, en fait de communications diplomatiques, entre des conversations officielles qui engagent les gouvernements et des conversations officieuses qui ne les engagent point ; que sa conversation avec Walewski était de cette dernière nature ; que c’était son opinion personnelle ; qu’il l’avait exprimée comme telle, et qu’il la croyait bien fondée ; que si l’on devait admettre en principe qu’un secrétaire d’État ne pouvait exprimer d’opinion à un ministre étranger que comme l’organe d’un cabinet préalablement consulté, c’en était fait de ces relations familières et faciles, qui ont essentiellement pour résultat d’entretenir une bonne entente entre les ministres et les gouvernements étrangers. — La reine malgré ces explications demanda le remplacement de Palmerston. Russell l’opéra avec une brutalité et une précipitation qu’il regretta plus tard. Il ne se montra guère plus tendre au Parlement, il découvrit la reine et l’introduisit dans le débat, ce qui mit Palmerston dans l’impossibilité de se défendre. « Il a existé un Palmerston », dit trop vite Disraeli, au sortir de la séance. Palmerston éliminé, Russell ne revint pas sur la reconnaissance officielle du coup d’État.

 

§ 3. — Vote des 20 et 21 décembre. — Ce vote a-t-il été libre et sincère ? — Comment il est commenté par le Président.

Délivré de l’oppression que deux minorités puissamment organisées faisaient peser sur elle, la nation se retrouva au 21 décembre 1851 ce qu’elle avait été au 10 décembre 1848 : d’un mouvement qui n’avait été ni stimulé par la terreur ni déterminé par la corruption, elle acclama joyeusement le nom qui n’avait cessé de grandir dans son imagination et dans son coeur. 7.500.000 voix contre 640.733, maintinrent le Prince au gouvernement et lui déléguèrent le mandat d’établir une constitution.

Aucun vote dans notre histoire n’a exprimé plus sincèrement la pensée d’un peuple. « La voix de Dieu, a dit Proudhon, a nommé Louis-Napoléon. Comme expression de la volonté populaire, il est le plus légitime des souverains. »

« On vous a dit, écrit George Sand la républicaine à Mazzini, que le peuple avait voté sous la pression de la peur, de la calomnie. Ce n’est pas vrai. Il y a eu terreur et calomnie avec excès, mais le peuple eût voté sans cela comme il a voté. En 1852, ce 1852 rêvé par les républicains comme le terme de leurs désirs et le signal d’une révolution terrible, la déception eût été bien autrement épouvantable. Le peuple eût résisté à la loi du suffrage restreint et voté envers et contre tous ; mais pour qui ? — Pour Napoléon. » (23 mai 1852.)

Voilà la réponse du bon sens et de la vérité aux déclamations de Victor Hugo sur les urnes a double fond et sur l’absence de liberté et de lumière. Les journaux, il est vrai, étaient suspendus ; mais est-il certain que la liberté des journaux soit la garantie de la liberté des votes ? Dans tous les cas depuis trois ans cette question de 1852 était débattue, agitée, et chacun avait librement pris son parti ; toute nouvelle discussion était superflue. Ce qu’il fallait c’est le recueillement ; on l’eut.

« Solide ! je l’admire cette solidité, a dit Victor Hugo. S’il neigait des journaux en France seulement pendant deux jours, le matin du troisième jour on ne saurait plus où M. Louis Bonaparte a passé. » Il en a neigé et beaucoup en 1869 et en 1870. Dans ces journaux et dans des livres très répandus, le 2 décembre a été discuté, étalé selon le thème républicain, calomnié, flétri, et finalement mis aux voix. Le gouvernement proposait un plébiscite libéral auquel les républicains n’avaient rien à objecter : ils conseillèrent cependant le vote négatif, uniquement pour obtenir du suffrage universel une manifestation contre le 2 décembre. A cette époque, on ne pouvait exciper du défaut de liberté et de lumière, puisque à la tribune et dans la presse on exalta librement la République ; il eût été encore plus impossible d’alléguer la fraude, car les urnes furent diligemment surveillées, et pas une protestation ne s’éleva contre les opérations électorales. Le 2 décembre mis ainsi aux voix par l’opposition, après dix-huit ans de règne, après des fautes et des malheurs bruyamment exploités, retrouva contre lui les voix de Cavaignac : 1.538.825[9], et conserva ses voix de 1851 (à 150.000 près), 7.350.142. Le plébiscite du 8 mai 1870 a démontré que celui du 21 décembre 1851 n’a été ni arraché par la terreur ni vicié par la force, qu’il exprimait la volonté libre et spontanée de la nation. Aussi, même après nos malheurs, on ne s’est pas risqué à une troisième interrogation, car elle aurait certainement reçu la même réponse que les deux précédentes.

Les paysans avaient voté par terreur des anarchistes qui menaçaient leurs intérêts ; les ouvriers, par haine de la république bourgeoise qui les avait fusillés en Juin ; les uns et les autres parce qu’un Bonaparte les protégerait contre les blancs et l’ancien régime[10]. C’étaient les gros bataillons. L’effroi causé par les socialistes avait été le mobile principal, sinon unique, des classes élevées ou moyennes. La difficulté du victorieux sera de tenir compte de ces courants divers et de ne pas s’abandonner exclusivement à un seul.

Dans tous les cas, dès ce premier moment, il fut manifeste que ce ne serait pas l’infatuation du succès qui griserait ou obscurcirait son jugement : plus ce succès a été éclatant, plus son langage est modeste. En réponse au discours de Baroche lui apportant le résultat des votes il dit : « La France a répondu à l’appel loyal que je lui avais fait. Elle a compris que je n’étais sorti de la légalité que pour rentrer dans le droit. Plus de sept millions de suffrages viennent de m’absoudre en justifiant un acte qui n’avait d’autre but que d’épargner à la France, et à l’Europe peut-être, des années de troubles et de malheurs. » Voilà pour le passé. La puissance dispensante, le peuple, a ratifié son initiative et prononcé qu’il avait pu, en conscience, rompre son serment : il le constate sans arrogance.

Le passé justifié, le Prince montra ce que serait son avenir : « J’espère assurer les destinées de la France en fondant des institutions qui répondent à la fois et aux instincts démocratiques de la nation et à ce désir universellement exprimé d’avoir désormais un pouvoir fort et respecté. En effet, donner satisfaction aux exigences du moment en créant un système qui reconstitue l’autorité sans blesser l’égalité, sans fermer aucune voie d’amélioration, c’est jeter les bases du seul édifice capable de supporter plus tard une sage et bienfaisante liberté. » — Il veut être le chef de la nation et non son maître ; l’ordre sera son moyen et non son but, son but sera l’établissement de la liberté[11] : il ne la mettra pas aux fers, mais en apprentissage.

Même aux heures de sa toute-puissance, Louis-Napoléon n’a pas parlé du coup d’Etat autrement qu’il ne le fit au lendemain de sa victoire. Il ne le désavoua jamais. Victor de Broglie lui ayant apporté, selon l’usage, son discours de réception à l’Académie française dans lequel il avait mal parlé du 2 décembre, quoique ayant ailleurs célébré le 18 brumaire, il lui dit : « J’espère que votre petit-fils rendra au 2 décembre autant de justice que vous en avez rendu vous-même au 18 brumaire. » Mais sans se désavouer, il ne tourna pas en gloire d’avoir été contraint à rompre son serment et à accomplir un acte de force contre une assemblée. De son coup d’État, s’il avait été historien, il eût répété son jugement sur celui de son oncle : « Une insurrection contre un pouvoir établi peut être une nécessité, jamais un exemple qu’on puisse convertir en principe[12]. » « A quoi travaillez-vous ? demandait-il à Nisard, l’historien de la littérature française. — A rapprendre, répondit celui-ci, l’histoire du 2 décembre que je persiste à tenir pour ce que Votre Majesté a fait de mieux. — Ah, dit l’empereur pour toute réponse, c’est bien difficile. » Quand en 1870, il revit Daru, un des organisateurs de la résistance des parlementaires, il lui dit devant moi, en lui tendant la main : « Vous m’en avez voulu ; vous avez rempli votre devoir, mais moi, je ne pouvais agir autrement.

 

                                                        



[1] Falloux, Mémoires, tome II, page 167 : « Je ne pouvais m’empêcher de reconnaître que la France et les bonapartistes eux-mêmes avaient laissé au parti monarchique la faculté de se reconstituer et qu’il n’en avait pas profité. L’expérience politique m’avait appris, en même temps, que les républicains, dans leur incurable mélange de violences et de faiblesses, ne préparaient à notre pays qu’une sanglante anarchie. Je ne pouvais donc m’étonner ni m’irriter beaucoup que le pays laissât passer une audacieuse aventure qui faisait entrevoir des perspectives d’ordre et de durée. » — Journal du maréchal de Castellane, 20 mars : « M. de Falloux, passant à Lyon pour se rendre à Nice où il va chercher sa femme, est venu me voir. Il est satisfait de l’acte du 2 décembre ; il m’a dit qu’il avait ici engagé ses amis à ne pas entraver le gouvernement, mais à l’aider au contraire. »

[2] Après s’être beaucoup récrié contre le militarisme, Lacordaire se calma jusqu’à dire : « Accidentellement toutefois, Dieu peut se servir de ceci pour une bonne fin. La démagogie en France et en Europe nous conduisait au chaos. Le nouveau règne est peut-être destiné à l’écarter du sol de nos destinées. » Lettres à Foisset, 31 décembre 1851.

[3] Lamartine.

[4] Sainte-Pélagie, 19 décembre 1851.

[5] Discours du 1er avril 1865.

[6] Thouvenel.

[7] PALMERSTON, lettre à Normanby, 3 décembre 1851.

[8] « Entre le Président et l’Assemblée, je considère que les intérêts de la France, et par là ceux de l’Europe, sont mieux sauvegardés par la prépondérance de l’un qu’ils ne l’auraient été par celle de l’autre. Le Président avait à offrir l’unité de l’autorité et l’unité de vues, avec l’appui de l’armée tout entière contre les anarchistes, pour le maintien de l’ordre. L’Assemblée avait à offrir la division immédiate dans son sein, la division dans l’armée et, en toute probabilité, la guerre civile, durant laquelle les anarchistes auraient eu des facilités inouïes pour mettre à exécution leurs projets subversifs. Si l’Assemblée avait eu un chef acceptable à proposer à la place de Louis-Napoléon, elle aurait pu faire acte de patriotisme en renversant le Président. Mais elle n’avait que trois alternatives à proposer : 1° Henri V, qui a en France un parti considérable et dévoué, mais ce parti est encore une minorité, et une minorité ne peut gouverner une majorité. — 2° Le comte de Paris qui a douze ans, avec une régence et Thiers pour premier ministre ; ce n’était pas une proposition que, dans l’état où la France se trouve, une nation aurait pu accepter. — 3° Le prince de Joinville comme président, ou trois généraux comme Commission du Gouvernement : mais ni l’une ni l’autre de ces deux combinaisons n’eût été agréée par la nation. Le succès de l’Assemblée eût été la guerre civile, tandis que le succès du Président promettait le rétablissement de l’ordre. »

[9] Cavaignac avait obtenu 1.448.107 voix.

[10] PROUDHON, 1er,janvier 1852 : « Ce pays était dégoûté des rouges autant que des blancs, et ils le méritaient. »

[11] Rouher, à l’inauguration du monument de Billault, 16 septembre 1867.

[12] Voir page 70.