Les acteurs de la Seconde République dans le Gers

article publié dans le Bulletin de la Société archéologique, historique, littéraire et scientifique du Gers, numéro 387 – 1er trimestre 2008

Société archéologique du Gers – 13 place Saluste du Bartas BP 16 32001 Auch cedex www.societearcheologiquedugers.com

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Les acteurs de la Seconde République dans le Gers

par Renée COURTIADE

suite

 

A Lombez, la république contestée 

 

L’arrondissement de Lombez dans les premiers mois de la République suit le sort commun mais avec une spécificité pointée  par le sous-commissaire Belliard dans une de ses lettres[1] : un déficit de républicains convaincus face à la forte influence d’un légitimiste, de Panat. Celui-ci n’est pas élu en mars mais entre à l’Assemblée constituante le 4 juin à la faveur d’une élection complémentaire.

 

Samuel de PANAT

 

Dominique Samuel Joseph Philippe Brunet de Castelpers de Panat, Marquis, né à Toulouse (Saint-Étienne) le 21 mars 1787,  mort à Toulouse le 25 juin 1860[2]. Diplomate, puis propriétaire foncier, érudit, poète, écrivain, député, conseiller général, Président du conseil général, Chevalier de la Légion d’Honneur, puis de l’Ordre d’Espagne. Membre de l’Académie des Jeux floraux dont il devient Mainteneur[3]. En 1855, il est Président de la Société d’assurances mutuelles contre la grêle[4].

C’est l’héritier de familles de la noblesse régionale[5]. Son père Dominique François Joseph de Brunet de Castelpers[6]  est né à Albi. Après avoir fait des études brillantes au collège de Sorrèze, il s’engage, à 16 ans, dans l’infanterie. C’est le 1er Marquis de Panat ; il habite le plus souvent  Paris chez son oncle le Cardinal de La Rochefoucauld. Il y fréquente le salon d’une parente du côté maternel, la duchesse d’Anville ce qui lui permet de rencontrer d’Alembert, l’abbé Mably, Condorcet, Diderot… Il est alors membre de la Loge La parfaite intelligence (1780-1787) tout en restant fidèle à Dieu et à son Roi.

Ce premier Marquis de Panat revenait souvent à Albi où il était très populaire : fermeté tempérée par la plus grande bonté, la plus exquise sensibilité du cœur malgré une extrême vivacité dans le caractère.

Après son mariage, le 16 mai 1786 à Toulouse, avec Guillemette Paule Marie Victoire de Rudelle d’Alzon, sa belle-famille, originaire de L’Isle-Jourdain, exige qu’il renonce à l’armée ; il s’installe alors à Toulouse où  il est élu au Conseil municipal deux fois et est Conseiller au Parlement de Toulouse. 

En 1787 il est reçu à l’Académie des Jeux Floraux, en devient « Mainteneur »[7] et, en 1788, prononce l’éloge de Clémence Isaure. Il a écrit des poésies et des pièces de théâtre qu’il a détruites.

Élu à l’unanimité par la noblesse aux États Généraux, il rentre dans le Gers quand ceux-ci se transforment en Assemblée nationale puis  émigre à Londres où il meurt le 19 juin 1795 à 43 ans.

Dans ses proches ancêtres, les  vicomtes de Cadars apparentés aux Toulouse-Lautrec, servirent assez souvent  dans la Royale[8].

 

Le Représentant du peuple en 1848, Samuel de Panat, est donc Lislois par sa mère Guillemette Paule Marie Victoire de Rudelle d’Alzon, dont le père est seigneur de Molas, Labarthère, co-seigneur de Colomiers et autres lieux. Elle a apporté à son mari une maison et des dépendances au centre de l’Isle-Jourdain là où sera construit le château de Panat. Ce château n’est pas le château seigneurial des Comtes Jourdain qui a été rasé en 1621. Il est construit à la fin du XIXème siècle dans le style Renaissance espagnole.

Une légende cour sur la naissance de Dominique Samuel Joseph Philippe ; elle est racontée par son biographe J Noulens et circule oralement encore actuellement avec son dicton :

En automne1786 la femme du Marquis de Panat s’étrangle avec une arête de carpe, elle est inhumée avec sa robe de bal et tous ses bijoux dans le caveau que possédait la famille dans l’église de la Daurade à Toulouse. Deux serviteurs la sortent du cercueil, la volent et la brutalisent pour se venger : coup de poing dans la nuque, éternuement de la Dame qui peut rentrer chez elle !Six mois plus tard naît Dominique Samuel Joseph Philippe. D’où le dicton :

Aco es moussu de Panat

que fougüet puleü mort que nat

Ceci est monsieur de Panat qui fut mort avant d’être né.

Élevé en Angleterre, rentré en France en 1803, Samuel de Panat commence très jeune en diplomatie. Auditeur de 1ère classe au Conseil d’État le 19 janvier 1810… Le 20 novembre 1810 Napoléon lui donne des pouvoirs spéciaux pour les Indes Orientales (Java). A son retour, il annonce la prise de Java par les Anglais, Napoléon marque son mécontentement ; il répond J’y étais, sire, et vous n’y étiez pas ![9]  

Il est attaché à l’ambassade de France à Varsovie en 1811 et quelques mois plus tard, Napoléon l’utilise comme intermédiaire entre les généraux étrangers combattant à ses côtés pendant les campagnes de Russie en 1812.

Puis il est nommé adjoint au commissaire extraordinaire dans la 10ème division militaire le 26 décembre 1813. Il assiste à la bataille de Toulouse.

A la Restauration, il s’engage à Bordeaux dans les volontaires royaux et devient trois mois plus tard secrétaire de légation en Sicile. Il refuse de rentrer en France pour les Cent Jours et est proscrit le 10 avril. Il quitte Palerme pour rejoindre l’armée royaliste du Duc d’Angoulême.

Après la 2ème Restauration, il est 1er secrétaire d’ambassade à Naples puis chargé d’affaires dans la même ville où il séjourne de 1917 à 1919. Il démissionne en 1819 pour se retirer dans le Gers où il est nommé conseiller général. Débute alors une double carrière politique et préfectorale : sous-préfet de Bayonne (22 septembre – 20 octobre 1824), député du Grand collège du Gers le 25 novembre 1827 jusqu’en 1830, il vote contre les 221. Préfet du Cantal du 30 mars au 23 avril 1828.  Il démissionne et se retire à nouveau dans le Gers où il est, sous Louis-Philippe, l’un des chefs de l’opposition légitimiste. Candidat aux élections législatives de 1831, de 1835, il est élu député du Gers pour l’arrondissement de Lombez le 2 mars 1839, et à nouveau le 9 juillet 1842.  Il vote contre les dotations princières, le droit de visite, l’indemnité Pritchard, la loi de régence, les fortifications de Paris. Il est battu en 1846.

Parallèlement il s’investit fortement dans la vie du département : maire de l’Isle-Jourdain de 1821 à 1824 ; puis conseiller général de ce canton sous la Monarchie de Juillet; membre pour ainsi dire permanent du Conseil municipal de L’Isle-Jourdain et du Conseil général.

Le Marquis de Panat épouse Françoise Joséphine Eléonore Hocquart fille de  Mathieu Louis Hocquart ancien avocat général de la Cour des Aides à Paris, 1er Président de la Cour royale de Toulouse et « Mainteneur » des Jeux Floraux en 1806.

Samuel de Panat, homme de lettres, très éloquent,  continue la tradition familiale : membre de l’Académie des jeux Floraux dès 1821 puis Secrétaire perpétuel en 1828 enfin Mainteneur en 1851[10] .

 

L’influence politique du Représentant du peuple

 

En 1821 il est maire de L’Isle-Jourdain. De 1827 à 1830,  député puis, presque sans interruption, de 1839 à 1851.

Dans tout l’est du département, il jouit d’une position d’ancien régime : grand aristocrate, grand propriétaire terrien[11] ; si ses techniques agricoles sont très avancées comme en témoigne son engagement dans la Société d’agriculture de la Haute-Garonne[12], son emprise politique reste traditionaliste. Son paternalisme condescendant lui attache ses centaines de paysans respectueux et dociles ainsi que la multitude de ses clients.

 

Sous la 2ème République, il est battu lors des élections au suffrage universel d’avril puis élu représentant du peuple lors des élections complémentaires du 4 juin 1848.

La conjoncture locale lui est favorable : la contribution financière de 45 centimes (décret du 16 mars) frappe surtout les petits agriculteurs aux terres morcelées ; la grêle accroît la misère des paysans ; les maires et percepteurs se dérobent pour le recouvrement des 45 c. De nombreux paysans refusent de payer.

L’impopularité de cet impôt retombe sur les républicains modérés et favorise de Panat qui est élu aussi bien lors des élections nationales que locales :  représentant à l’Assemblée constituante lors de l’élection partielle du  4 juin 1848 avec 9367 voix, sans le soutien d’aucun journal mais avec les voix de tous les conservateurs.

En juillet, le Conseil général n’accueille que quatre républicains :  Dansos (Jegun), Gavarret (Condom), Nabos (Marciac), Dagé (Miélan) ; il a pour Président pendant quelques mois Paul Joseph Marcel de Puymirol très vite remplacé, en 1849, par de Panat. L’été 1848 le voit aussi entrer au Conseil municipal de L’Isle-Jourdain dont il est nommé maire au bénéfice de l’âge (il avait été élu à égalité avec Vigneaux, maître de poste).

A l’Assemblée constituante, sans surprise, il vote pour les poursuites contre Louis Blanc et Caussidière et pour l’interdiction des clubs, contre l’abolition de la peine de mort et l’impôt progressif et contre l’amendement Grévy qui voulait supprimer de fait la magistrature présidentielle de peur d’un pouvoir fort ; ainsi il participe avec 642 autres au choix d’une élection du président par le peuple. Et il vote pour l’ensemble de la constitution. Mais, clairvoyant en même temps que légitimiste,  il est le seul député du Gers à voter  pour la proposition d’empêcher Louis-Napoléon Bonaparte d’être candidat.

La singularité de l’arrondissement de Lombez transparaît lors des présidentielles : Louis-Napoléon Bonaparte obtient 760 voix ; Ledru-Rollin, 595 et Cavaignac, 158 ; résultats électoraux nettement différents de ceux du reste du département.

De même, le plébiscite  n’apporte que 67 % de oui. Ces résultats sont certes dus aux légitimistes enrôlés sous la bannière du marquis, mais aussi à tous les républicains, instituteurs, hommes de lois, commerçants pour lesquels la lutte contre le pouvoir local d’essence monarchique est quotidien. C’est le travail de sape d’un  républicain militant, Maurice Delieux, propagateur de la feuille montagnarde  L’Égalité. Les républicains actifs sont peu nombreux à L’Isle-Jourdain.

Le Marquis de Panat est à nouveau élu représentant du peuple le 13 mai 1849, soutenu cette fois-ci par  l’Opinion et le parti de l’ordre mais aussi par les bonapartistes ; il siège à l’Assemblée législative dans les rangs de la majorité monarchique favorable à la restauration des Bourbon et est nommé Questeur de l’Assemblée nationale.

De Panat, en conformité avec ses idées légitimistes, réagit au coup d’État et participe au mouvement de rébellion des 220 représentants tant légitimistes que républicains modérés, alliés pour quelques jours. Cela lui vaut un peu de prison au Fort de Vincennes.

Il se retire dans le Gers où il continue sa  carrière politique locale et où il reste très influent : ainsi aucune fête n’est organisée pour marquer le nouveau régime impérial.

Il est Conseiller général pendant 20 ans et Président du 26 août 1849 au 25 août 1850 et du 25 août 1851 à la fin de l’année[13] . Et reste très influent dans sa ville de L’Isle-Jourdain dont il est conseiller. Catholique traditionaliste, il s’appuie sur l’Église. Il soutien en 1849 l’implantation d’écoles chrétiennes à L’Isle-Jourdain, ville du Gers où elles seront les plus nombreuses, ce qui déclenche un conflit scolaire qui va durer des décennies (en 1868 l’Inspecteur d’Académie doit annuler la décision du maire de l’époque, le petit-fils, Samuel de Panat, qui avait fermé l’école publique)[14].

 

Dominique Samuel Joseph Philippe de Panat s’acquitte d’une autre charge : il a eu 6 enfants qui sont morts avant lui (le second a suivi la tradition familiale : Joseph Léopold, enseigne de vaisseau, est mort à 22 ans lors d’une expédition française le long de l’Amérique du Sud, au large de Montevideo en 1846). Il a donc élevé ses 13 petits-enfants. L’aîné s’appelait Samuel comme son grand-père.

Ce petit-fils, Joseph Samuel Léopold de Brunet Vicomte de Panat puis Marquis de Panat (Toulouse 1851- L’Isle Jourdain 1913) suivra ses traces : membre de l’Académie des Jeux Floraux dont il est élu « Mainteneur » en 1904 ; militaire (il s’engage dans les bataillons des volontaires de l’Ouest et fait les campagnes de 1870-1871. Il est Zouave pontifical). Et homme politique. Il collabore à plusieurs journaux, et est élu  maire de L’Isle-Jourdain en 1884 pour 8 ans. En 1892 il est battu mais reste conseiller municipal d’opposition et essaie de contrecarrer la politique anticléricale de son successeur. Homme de lettres, le Marquis de Panat écrit, sous le pseudonyme de Georges Brunet, des pièces de théâtre ( Dans les gardes françaises. Comédie en un acte en vers en 1903), des romans (Céline en 1877) ; et collabore à de nombreuses revues. Il se marie avec Marguerite Salles (fille d’Édouard ingénieur en chef des Ponts et Chaussées). Leur fils, Aymeric (1886-1965) sera un peintre pastelliste de talent.[15]

Après la mort du second Samuel de Panat, en 1913, l’empreinte, sinon  l’emprise, de la famille de Panat sur la ville de L’Isle-Jourdain ne devient plus qu’un souvenir qui s’estompe très vite. Avec les hommes politiques, réactionnaires, n’a-t-on pas aussi enterré les hommes de lettres, le peintre ? C’est une facette de leur passé à faire redécouvrir[16].

 

 

 

Deuxième partie 

 

Une insurrection très vite réprimée

(décembre 1851-printemps 1852)

 

 

Les républicains savaient que se préparait un coup d’état ; ce qui ne les empêchait pas d’espérer que l’élection présidentielle de mars 1852 changerait la donne et d’œuvrer dans ce sens; ils oscillaient ainsi entre lucidité et foi en leur force. Le 28 novembre 1849, l’éditorial de L’Égalité journal édité dans le Gers prévient : Tandis que trop d’indices laissent voir clairement que l’entourage de l’Élysée n’a pas renoncé à ses projets insensés ; qu’il rêve toujours un coup d’état, et que tous ses efforts tendent à assurer sa réussite ; tandis qu’on flatte l’armée pour la gagner, des émissaires sous l’habit de travail se répandent dans les faubourgs, dans les centres ouvriers disant que la République est reconnue impossible et qu’il faut se livrer à une royauté ; n’importe laquelle […] Oui la république est incessamment menacée.[17]

 

Cette vigilance est très répandue chez les républicains comme l’écrit Maurice Agulhon :  un éveil populaire se fait en province à la faveur des formes toutes neuves que prend la vie publique, au moment même, où, à Paris, le prolétariat aurait quelque raison d’être déçu ; et plus loin il insiste : l’important est de se représenter, en ce deuxième versant de l’année 1848, à côté d’un Paris traumatisé, une province non remuante certes mais animée.[18]

Pour préparer l’avenir quel qu’il soit,  les républicains s’efforcent de répandre leurs idées, d’éduquer le peuple, partout,  dans les villes comme dans les campagnes. Ainsi, dans le Gers, les républicains privilégient cette éducation populaire, en particulier ceux que l’on appelle les « rouges » et qui se définissent eux comme républicains-socialistes. Leurs journaux sont répandus à travers la campagne par les colporteurs, lus et commentés par les instituteurs, dans les sociétés secrètes, les loges maçonniques, dans les cafés, les marchés… Les réunions informelles se multiplient. L’Égalité publie des Lettres aux paysans qui circulent en brochures. Comme partout dans le pays, des associations de secours mutuels se créent, impulsées par les républicains ; et le journal L’Ami du Peuple en annonce la création : associations des maçons-tailleurs de pierre, des ouvriers menuisiers… en septembre 1851.[19]

Un autre exemple très proche du Gers :  en avril 1849, le sous-préfet de Muret signale que la brigade de gendarmerie  a saisi le 19 du courant dans la commune de Mondavezan, plusieurs feuilles imprimées avec des caricatures injurieuses dirigées contre M le Président de la République.[20] Le fils du maire les faisait circuler ; elles expriment bien l’inquiétude des républicains.

 

Réactions au coup d’État

 

L’Ami du Peuple du 4 décembre 1851 paraît avec une seule page divisée en trois colonnes. Celle de droite publie la dépêche télégraphique placardée sur ordre du Ministre de l’Intérieur à Paris le 2 décembre à 8h du matin et transmise par le télégraphe Chappe à toutes les préfectures : Le repos de la France était menacé par l’Assemblée. Elle est dissoute…Le Préfet y ajoute des appels au calme. Celle de gauche déclare :

Auch, Tarbes et Agen 4 décembre. Article 68 de la Constitution

« Le président de la République, les ministres, les agents et dépositaires de l’autorité publique sont responsables, chacun en ce qui le concerne, de tous les actes du gouvernement et de l’administration. Toute mesure par laquelle le président de la république dissout l’Assemblée nationale, la proroge ou met obstacle à l’exercice de son mandat, est un crime de haute trahison.

Par ce seul fait, le président est déchu de ses fonctions ; les citoyens sont tenus de lui refuser obéissance… »

Citoyens

Louis-Napoléon Bonaparte vient de briser l’Assemblée législative ; il n’y a plus de pouvoir légal ; nous ne reconnaissons à personne le droit d’aliéner la souveraineté du peuple, seul maître de ses destinées. Républicains-Socialistes, nous sommes tous appelés à garder et défendre la République démocratique et prêts à écraser toute tentative ambitieuse. Aux termes de l’article 68 de la Constitution, par cela seul que l’Assemblée a été dissoute, IL N’Y A PLUS DE PRESIDENT. Il n’y a plus qu’un Coupable, auquel tous les citoyens « sont tenus de refuser l’obéissance ». Les fonctionnaires qui résistent à l’action du PEUPLE SOUVERAIN se font les complices du magistrat parjure et commettent comme lui un acte de « haute trahison ». Ils sont comme lui hors la loi !

L’armée fait partie du Peuple, elle restera fidèle au Peuple en qui seul résident la force et le droit.

A la suite : 64 signatures, une par ligne, qui se poursuivent dans toute la colonne du milieu. Il n’y a pas de page deux[21] . Le journal est supprimé par le Préfet. 

 

L’Opinion, le journal conservateur, a réagi de la même façon… pendant deux jours. L’éditorial du 3 décembre : le règne de la loi est méconnu. Nous protestons contre une pareille catastrophe et nous espérons qu’elle ne passera pas en fait accompli. En attendant, nous ne pouvons qu’applaudir au langage que nous font entendre les autorités de la ville et du département.. Le 4 décembre encore le rédacteur en chef, E. Disant, parle de l’acte sauvage qui vient de s’accomplir à Paris. Et rajoute, entre autres déclarations commençant par un veut-on qui semble vouloir adoucir le propos : Veut-on que nous soyons réduits à cette honte d’acclamer un César de contrebande et un empereur de raccroc ? Mais le 5 décembre il annonce que le Procureur menace de suspendre le journal. Commentaire : Il n’y a plus désormais de liberté de la presse en France. Et il rentre dans le rang. Les journaux suivants racontent de façon succincte les évènements locaux.[22]

 

Le ton est donné. Presque partout dans le Gers, les Républicains protestent et en certains lieux organisent l’insurrection. Ils s’appuient sur la Constitution comme l’on fait 220 représentants du peuple à Paris en votant la déchéance et la mise en accusation de Louis-Napoléon Bonaparte.[23] Les Montagnards, eux, ont formé un comité de résistance autour de Schœlcher, Carnot et Victor Hugo ; ils appellent le peuple à l’insurrection[24] ; Noullens, le secrétaire de Duputz, s’en fait l’écho dans une lettre lue par Lamarque le 4 décembre à Condom..

Les villes sont bien plus quadrillées par la police et l’armée ; les sociétés secrètes (ou appelées ainsi par la police) noyautées ; en quelques heures toute velléité de résistance est anéantie : les barricades parisiennes dressées dans la confusion sont démantelées en deux jours ; à Toulouse l’opposition menée par Joly écrit et publie une proclamation mais la manifestation est dispersée en quelques minutes. Le Préfet Pietri fait arrêter les signataires sous l’inculpation de complot contre la sûreté de l’État. Les journaux sont suspendus ou saisis. C’est la fin de L’émancipation, La civilisation, La Gazette du Languedoc. Interdiction de toutes les réunions. 200 arrestations dont Pégot-Ogier, ancien Commissaire de la République dans le Gers.[25]

 

Dans le Gers, on croit en la possibilité de résister ; et c’est l’effervescence, dès le 3 décembre. De fait les quelques gendarmes sont vite dépassés. Mais là comme ailleurs le coup de semonce vient de la ville principale.

 

 

À Auch

 

A Auch se déclenchent deux évènements bien connus ; le premier autour d’Alem-Rousseau rue Balguérie (actuelle rue Alem-Rousseau) dans les bureaux du Démocrate (nouveau journal créé par Alem le 6 novembre 1851) où est rédigé une protestation. Voici comment cet épisode est décrit par un rapport de police consacré à Alem[26] : il a publié dans la journée du 4 décembre une protestation dans laquelle il qualifie le Président de la République d’ambitieux, de conspirateur permanent, de factieux et de traître. Il déclare que le Président et tous les pouvoirs sont déchus, qu’ils doivent être traités en insurgés […] Le même jour, il se met en rébellion contre l’autorité du commissaire de police qui, accompagné d’un détachement de soldats, était chargé d’opérer la saisie de la feuille qui contenait cet article ; et lorsque le Procureur de la république, suivi d’un escadron de hussards, se présente lui-même pour assurer la saisie et maintenir force à la loi, Alem-Rousseau oppose, malgré les sommations légales, la plus vive résistance, fait appel aux attroupements qui l’environnent et va jusqu’à qualifier le Procureur de la République de factieux, jusqu’à le déclarer déchu de ses fonctions, jusqu’à requérir le commandant du détachement de hussards d’arrêter ce magistrat. Enfin, il ne cède que vaincu par les charges de cavaliers.

 

Dagnan[27] en fait un récit très vivant. Le Procureur veut emprisonner Alem, Boubée et les autres mais le maire Soullier menace de démissionner. Ils sont donc relâchés dans la confusion.

Pendant ce temps Canteloup et les « rouges » essaient de rameuter les habitants de la ville. Et, dans les campagnes, se constituent des colonnes de paysans, de petits artisans qui marchent sur Auch ; ils échouent en fin d’après-midi à l’entrée de la ville aux alentours de l’Oratoire. Fourbus, affamés, mal préparés, dispersés le long des talus pour manger le pain apporté par la Mairie,  ils sont défaits par 80 hussards. Trois militaires sont tués[28].

 

 

Arrondissement de  Condom

 

A l’annonce du coup d’état du 2 décembre, Lamarque tente de soulever le Condomois : le 3 décembre vers 8 h du soir il organise et préside une réunion de 500 à 600 républicains chez le négociant Dupuy (quartier de la Bouquerie) à Condom ; c’est le lendemain, au café Lestrade, qu’il lit la lettre de Noullens annonçant le soulèvement des faubourgs de Paris. L’insurrection est décidée. Une commission révolutionnaire de 25 membres est élue, présidée par Lamarque. Elle occupe la mairie. A la nouvelle de la défaite à Auch, le 5 décembre, la commission démissionne.

Dans l’arrondissement, c’est Gondrin qui a le plus bougé : après avoir élu par acclamation une commission provisoire, le 5 décembre, les hommes s’arment. L’agitation dure quelques heures.
Le même jour, à Eauze, le maire Gounon, tient tête aux insurgés qui ont occupé la mairie et se sont emparés des fusils ; ils renoncent quand ils apprennent l’échec de Condom. Dans la plupart des bourgs le même scénario se répète.

 

 

Arrondissement de Mirande

 

Les troubles dans l’arrondissement de Mirande dépassèrent en durée et en gravité ceux des trois arrondissements d’Auch, de Condom et de Lectoure. Six cantons sur huit participèrent au mouvement insurrectionnel, et Mirande demeura trois jours, du 4 au 7 décembre, au pouvoir des républicains.[29] . Mirande n’avait pourtant pas eu d’élu en 1848 ni en 1849 ; mais des républicains ardents, tel que le vétérinaire Cantaloup, veillaient au grain ; Cantaloup, le 3 décembre, participe à la réunion de L’Ami du Peuple à Auch et, la nuit suivante, lors d’une réunion au café Pech à Mirande, l’insurrection est décidée, une commission révolutionnaire constituée ;  puis la mairie et la sous-préfecture sont occupées. Trois jours d’insurrection qui se terminent par une reddition : les 5000 à 6000 insurgés rassemblés à Mirande, découragés par l’annonce de l’arrivée de troupes venant de Toulouse et de Tarbes, acceptent de se séparer, dans la nuit du 6 au 7 décembre. Les chefs de la rébellion, Boussès, Pascau, Passama et Lasserre se constituent prisonniers.

 

 

Arrondissement de  Lectoure

 

La ville de Lectoure a marqué très fortement son opposition dès décembre 1848 ; elle est en effet le seul chef-lieu d’arrondissement, lors des élections présidentielles,  à avoir placé en tête  Ledru-Rollin avec 934 voix contre 233 à Cavaignac et seulement 180 à Louis-Napoléon Bonaparte. Dans les mois suivants, elle s’est arc-boutée dans cette attitude et cela malgré la répression : la municipalité reste dans l’opposition soutenue par une grande majorité de la population.  Le sous-préfet multiplie les actes d’intimidation et même de répression :  dissolution de  la Société lectouroise de Bienfaisance mutuelle  soupçonnée d’être un foyer de propagande ; appel à renfort militaire à l’occasion des élections législatives du 13 mai 1849… L’arrivée du demi-escadron de Chasseurs est ressentie par la municipalité comme  une atteinte à ses droits ; elle démissionne le 16 mai ; le 22 juillet les 14 conseillers démissionnaires sont tous réélus ; le préfet nomme Sylvestre, de la minorité, mais devant l’hostilité il démissionne avec les 6 autres de sa tendance ; le 11 novembre 7 républicains sont élus.

Les républicains modérés se retrouvent à l’auberge Pichague ; les « rouges » au café Pepet

Le sous-préfet exige la fermeture des cafés à 11 h du soir ; refus du maire ; le préfet prend un arrêté ; le maire, Barrau, refuse de le publier, le juge illégal et fait afficher une protestation.

Barrau et le conseil municipal ripostent par des  actes d’insoumission : ils protestent contre le projet de loi restreignant le suffrage universel et refusent d’éliminer 600 électeurs quand la loi est votée en 1850. Le bras de fer continue : le préfet demande au ministre de dissoudre le conseil municipal ce qui est fait par le décret du 20 septembre 1850. On vote le 5 janvier 1851 ; les républicains ont fait campagne pour l’abstention : 446 votants sur 1167. Le pouvoir a eu raison de l’obstination des républicains qui dès lors n’interviennent plus ;  le coup d’état est accueilli dans le calme sinon l’apathie.[30]

 

Le coup de force de  Fleurance : la ville avait donné une écrasante majorité à Ledru-Rollin, et élu, trois fois, une municipalité républicaine. Le « meneur » en est le casquettier Aylies qui participe à la réunion de L’Ami du Peuple le 3 décembre et en revient convaincu de la nécessité d’agir. Comme à Mirande, la décision est vite prise, des émissaires envoyés dans les villages ; les insurgés prennent la caserne de gendarmerie, la mairie où s’installe une commission révolutionnaire. Le fait le plus marquant est l’arrestation du nouveau préfet, de Lagarde, et du sous-préfet de Bayonne qui avaient eu le malheur de  passer en malle-poste par Fleurance. Cela leur valut quelques heures d’enfermement à la mairie de Fleurance ! Mais c’est un nouvel échec pour les républicains.

 

L’insurrection du Gers a mis en mouvement 8000 à 10000 hommes d’après Dagnan qui la raconte dans les détails, citant les noms des protagonistes, leur armement, leur comportement, leurs gestes et paroles.

 

La répression

 

L’État de siège est proclamé le 8 décembre dans tout le département, comme dans 31 autres, et dure jusqu’au 7 avril 1852.

Pour juger les opposants, le pouvoir organise partout des Commissions mixtes formées du préfet, des autorités judiciaires et des autorités militaires ; elles ont un  pouvoir discrétionnaire et statuent très vite en choisissant une peine parmi celles prévues :

– pour les républicains repris de justice  c’est Cayenne

–          pour les républicains les plus avancés c’est Algérie plus c’est à dire une prison en Algérie

–          pour les modérés c’est Algérie moins c’est à dire l’Algérie où ils seront libres

–          pour ceux qui ont joué un rôle moindre c’est le bannissement à l’étranger ou dans un autre département.

Les commissions mixtes du Gers ont étudié 912 dossiers ;  6 hommes ont été envoyés à Cayenne, 181 Algérie +, 272 Algérie -, 5 expulsés.

Le 21 mars 144 prisonniers de la catégorie Algérie moins sont partis d’Auch cette nuit pour Toulouse. Aucune manifestation n’a eu lieu.[31]

 

 

Les acteurs de 1848 dans la tourmente

 

LAMARQUE Lucien

 

Le plus « dangereux » aux yeux du pouvoir.

Dès le 9 décembre 1851 mandat d’arrêt contre Lamarque et les autres ; le préfet écrit : Lamarque : doit être déporté à perpétuité. Il est un misérable qui devrait être traité exceptionnellement.

 

La commission mixte en reprend  l’idée : les cinq inculpés [ de Condom, dont Lamarque ] membres de la commission révolutionnaire, chefs du socialisme, ont avoué les propos les plus coupables, doivent au moins être déportés à perpétuité. Le premier surtout, Lamarque, est un misérable qui devrait être traité exceptionnellement, ne serait-ce que pour l’exemple. Son cousin germain J B Lamarque, de Fourcès, est aussi jugé très dangereux mais n’a pas participé à l’insurrection et est laissé en liberté. Et elle déclare Lamarque Lucien « Algérie + ». Il se cache grâce à des amis et ne part pas en déportation, mais en exil à Saint-Sébastien en Espagne.

Dans les mois suivants, le préfet chaque fois qu’il est consulté pour donner une liste de personnes à gracier, reproduit  une liste des condamnés qui ne peuvent être graciés : … Lamarque Lucien ( 5 avril 1852) ou qui ne peuvent en aucun cas être renvoyés dans leurs foyers : … Lamarque Lucien…(24 novembre 1852).[32]

Le 9 juillet 1852, Lucien Lamarque demande l’autorisation de se rendre dans le Lot-et-Garonne pour la récolte. Il écrit : ceux qui comme moi, n’ont eu d’autre tort que d’avoir servi aveuglément la cause de quelques intrigants et qu’aujourd’hui éclairé par ma faible raison et lisant dans l’avenir applaudis à ma défaite en même temps que je jure de servir désormais le Prince dont l’heureuse énergie a sauvé notre société…

En novembre le préfet redit que Lamarque ne doit pas rentrer.[33]   Le 11 avril 1856 son père, négociant à Condom et malade, sollicite un congé pour son fils. Il est de retour le 27 juin. Pendant l’automne 1856 plusieurs lettres du sous-préfet font état de sa promesse de se soumettre, promesse non tenue. Il est réhabilité le 15 décembre 1856.[34]

Mais le 27 février 1858 le préfet le classe toujours dans une liste de personnes dangereuses.

Sur la Liste des condamnés qui bénéficient de l’amnistie accordée par le décret impérial du 16 août 1859, figure Lamarque Jean Marie Lucien avocat interné en Algérie autorisé à rentrer provisoirement en France.

Lamarque a sa revanche le 10 septembre 1870 : il est choisi comme sous-préfet à la place de Louis Fabre, poste occupé jusqu’en 1871,  puis de nouveau du 10 novembre 1881 au 8 novembre 1882. Entre temps, il est conseiller général.[35]

 

En octobre 1882 la Commission générale[36] lui alloue 1000 F de rente. Après sa mort, sa fille, Augustine, demandera la reversion de la pension ; ce ne sera pas accordé parce que la veuve de Lamarque lui a survécu quelques semaines, c’était à elle d’en faire la demande d’après la circulaire n° 309 du 8 janvier 1883. Le sous-préfet accompagne la demande d’Augustine Lamarque d’une lettre dans laquelle il précise : Je crois devoir ajouter, d’ailleurs, que l’honorable et sympathique M. Lamarque, ancien sous-préfet de Condom, avait épuisé sa fortune personnelle pour le triomphe des idées républicaines et qu’en raison de cette considération, Mlle Lamarque, sa fille unique, me parait digne d’intérêt à tous égards.[37]

Décédé le  27 janvier 1886 à Condom (à son domicile rue Buzon), Lucien Lamarque a eu des obsèques civiles qui ont permis une grande démonstration de force de la part des républicains. C’est de mémoire de condomois, le plus important rassemblement populaire jamais provoqué par la disparition d’un homme politique. Il reste pour les Condomois le rédacteur de « L’Étoile d’Aquitaine » le fameux journal des « rouges ».[38] 

 

 

ALEM-ROUSSEAU François

 

En décembre 1851, malgré les efforts de ses amis, Alem-Rousseau, en fuite, caché, est toujours poursuivi : le procureur, défié devant le Démocrate le 4 décembre, s’acharne contre lui.

Son fils aîné intervient dans le débat d’après Eugène Ténot [39]:

« L’Opinion du Gers, dans son récit de la scène de la rue Balguerie, attribue à M. Alem-Rousseau ces paroles : Qu’il n’y a plus de lois, qu’il n’en reconnaît plus. M. E. Alem-Rousseau fils rectifia ce récit par la lettre suivante, publiée par l’Opinion du 28 décembre :

Martinon, le 26 décembre 1851.

Monsieur,

On me communique à l’instant même l’article du journal l’Opinion du Gers, dans lequel, sous le titre de Troubles du Gers, vous mentionnez mon père, qui, à l’occasion de ces troubles, se trouve recherché et sous le coup d’un mandat d’arrêt.

Sans consentir à discuter ni avec vous ni avec qui que ce soit les actes de mon père, j’affirme, en ma qualité d’homme présent à la scène de la rue Balguerie, que le langage que vous lui prêtez n’est pas celui qu’il a tenu. — Au lieu de dire, comme vous l’écrivez, qu’il ne reconnaît plus de lois, c’est, au contraire, le respect des lois qu’il n’a cessé d’invoquer. Interrogez si vous voulez, là-dessus, commissaire de police, magistrats, soldats, sergents de ville, peuple.

Je comprendrais difficilement, Monsieur, que ma réclamation n’eût pas la publicité de votre article. Cela se doit en honneur.

Recevez mes salutations. ÉMILE ALEM-ROUSSEAU »

 

Dès le 23 janvier la commission mixte prévoit pour lui, comme pour Canteloup, « Cayenne » ; puis, la circulaire ministérielle du 3 février réservant Cayenne aux repris de justice, ils sont  classés tous les deux  « Algérie plus »; le maire Soullier intervient toujours. On écrit qu’Alem est malade ; la clémence est refusée le 17 février par le nouveau préfet Féart. Des démarches sont faites auprès du Ministère de l’Intérieur qui ordonne la clémence pour Alem.

Pendant ce temps, Alem-Rousseau, Canteloup et d’autres ont pu se cacher ; Alem semble être passé en Espagne si l’on en croit Victor Schœlcher qui écrit depuis Bruxelles où il est en exil :

On lit dans la Cronica de Guipuscoa (Espagne) :

« La plus grande partie des Français qui se sont réfugiés dans notre province se compose de commerçants, d’industriels, d’ingénieurs civils des ponts et chaussées et des mines. Ces derniers ont déjà trouvé à s’occuper avantageusement. Ne serait-il pas possible d’employer avantageusement un fabricant de draps qui se trouve parmi les réfugiés et dont on fait les plus grands éloges ? »

Parmi les bannis réfugiés en Espagne, on compte entre autres : MM. Simiol, Raynal, Azerm et Alem Rousseau, anciens membres de l’Assemblée constituante. 

Tels sont les hommes dangereux que les sauveurs sont obligés de soumettre aux douleurs de l’exil et aux tortures de la transportation, sous peine de ne pouvoir réparer en France les maux qu’y avait causés « le parlementarisme » ! 

Note : Nos réfugiés ont été accueillis en Espagne avec une grande sympathie. Le gouvernement n’en repousse aucun. Ceux auxquels il demande caution pour leur permettre de résider dans les grandes villes ne manquent jamais de trouver quelque riche habitant empressé de leur servir de garant. Nous reconnaissons bien à ces traits la générosité naturelle au noble caractère espagnol.[40]

Le Préfet auquel le Ministre a demandé de classer les condamnés en vue d’une possible clémence écrit le 5 avril 1852 : Liste de ceux qui peuvent être graciés : … Alem-Rousseau…. Et le 24 novembre 1852 : Liste des condamnés dont la peine pourrait être commuée en bannissement : … Alem-Rousseau…D’ailleurs les grâces du 28 août 1852 précisent que la peine d’Alem-Rousseau est commuée en expulsion [41].

Le 21 janvier 1853 le préfet écrit au Ministre de la police générale qu’Alem-Rousseau est rentré dans sa famille le 23 novembre dernier,  mais qu’il n’a pas reçu l’avis officiel de sa grâce par sa Majesté Impériale. Chose faite le 29 janvier avec cette précision : la transportation avait déjà été commuée en expulsion en août 1852 ; elle est commuée en surveillance depuis le 10 novembre 1852. Le 7 mars 1853 l’Empereur le gracie totalement[42].

Alem-Rousseau reprend son activité d’avocat et ne joue qu’un rôle politique mineur : en 1863 il fait partie du Comité électoral pour organiser les élections législatives ainsi que David. C’est son dernier acte politique.

Il vit retiré dans la propriété de sa mère à Martinon à Aubiet où il meurt le 25 janvier 1868, à 7h30 du matin après une longue maladie.

La Loi de 1881[43] alloue à sa fille Louise Marie Joséphine Gabrielle une rente de 400 F ;  et à son fils Joseph Louis Antoine 200 F.[44]  Il avait quatre enfants.

 

André Péré dresse un portrait de ce républicain convaincu ; d’après lui, Alem était nerveux, un peu instable ; de santé fragile, il souffrait de palpitations cardiaques, de fièvres fréquentes. Doué d’une vive sensibilité, d’un tempérament ardent, frondeur quand il était jeune il avait acquis un  esprit de conciliation avec l’âge.[45]

 

 

BOUBÉE Théodore

 

Il suit le sort de son ami Alem, atténué puisqu’il est considéré comme suiveur : d’un caractère violent, lieutenant d’Alem-Rousseau, il l’a constamment secondé dans tous ses actes d’opposition systématique.[46]

Il est condamné à l’internement à Arreau (Hautes-Pyrénées) puis la commission mixte du 9 mars 1852 le condamne à un an d’éloignement du territoire français.  Il demande à aller à Bruxelles et l’obtient mais doit payer son passeport (Monsieur Boubée est riche).[47] A son retour il ne fait plus de politique.

Théodore Boubée meurt le 16 novembre 1865 à Auch, âgé de 72 ans, dans sa maison place Saint-Jacques.

Deux fils, Gabriel et Victor, reçoivent une pension annuelle de 100 F en octobre 1882.

 

 

PÉGOT-OGIER Jean-Baptiste

 

Le premier Commissaire de la République du Gers a été élu représentant du peuple en avril 1848 pour le département de la Haute-Garonne. Il n’est pas réélu en 1849 et reste, aux côtés de Jacques Joly, dans l’opposition.

Il signe la protestation publiée le 4 décembre 1851 par les journaux de Toulouse L’Émancipation et La Civilisation et participe à la manifestation qui demande la déchéance de Louis-Napoléon Bonaparte.

Le Préfet Pietri fait arrêter les signataires, dont Pégot-Ogier, sous l’inculpation de complot contre la sûreté de l’État. La Commission mixte statue ainsi le 21 février 1852 : Pégot-Ogier Jean-Baptiste ancien constituant condamné politique. Expulsion. Les modalités sont fixées quelques semaines après : il reçoit un passeport gratuit[48] valable un an autorisant le Sr Pegot-Ogier Jean-Baptiste, condamné à sortir du territoire français pour cause politique et se rendant à Barcelone (raturé : Saragosse) profession de propriétaire né à Saint-Gaudens habitant Toulouse. Mais la police française ne le perd pas de vue : une lettre du commissaire de police de Luchon le 25 juin 1852 accuse  Pégot-Ogier, ancien représentant[qui] est à Lès (Espagne), de pousser les Espagnols à refuser l’impôt, de faire courir le bruit que la France se prépare à la guerre. Pégot est connu pour un fervent démagogue.16 février 1853 : Pégot-Ogier s’est fixé à Barcelone. Il est gracié par décret du 2 février 1853 et  peut rentrer. [49]

Le cahier de notes sur les démagogues poursuivis  est particulièrement cruel :

Pégot-Ogier négociant habitant faubourg St Etienne, natif de Saint-Gaudens :  c’est un bavard, un intrigant et un oiseau de proie politique… Il ne jouit pas dans le parti républicain d’une bonne réputation de moralité… Il dirigea longtemps le journal la « Civilisation » en haine des rédacteurs de « L’émancipation » et il était l’ennemi mortel du Sr Roquelaine. La famille du Sr Pégot est très nombreuse et elle était autrefois bonapartiste. Elle professe aujourd’hui un républicanisme outré.[50]

Il est mort à Saint-Gaudens le 6 juillet 1874 après avoir exercé des métiers nombreux et variés.

Son fils Eugène a connu l’exil aux Canaries et a écrit un livre en deux volumes sur ces îles[51] , « Les îles fortunées ou l’archipel des Canaries » qu’il a soumis à Victor Hugo rencontré à Guernesey ; puis il s’est installé à Hennebont en Bretagne où a été élevé son fils,  Jean-Bertrand Pégot-Ogier peintre reconnu de l’âme bretonne. (1877-1815)[52]

En 1881-1882 la commission qui fixe les indemnités pour les victimes du coup d’état, sollicitée par sa femme et sa fille écrit : 

Pégot-Ogier Célestine (fille) et Pégot-Ogier veuve : décisions de la Commission :

Négociant, ancien membre de l’assemblée constituante et signataire de la protestation… fut condamné à l’expulsion du territoire français par la Commission mixte. Les conséquences de cette peine furent la ruine complète de sa fortune.

On alloue une pension annuelle de 250 F à la fille, de 300 F à la veuve.[53]

 

 

DUPUTZ Pierre Édouard

 

Lors de l’insurrection gersoise, il est à Paris. Lamarque lit une lettre de Noullens qui annonce que Duputz essaie de soulever le faubourg Saint-Antoine. Il est considéré comme très dangereux par le préfet et par la commission mixte du 25 mars 1852  : Duputz Edouard ancien représentant du Gers à l’assemblée législative domicilié dans l’arrondissement de Condom, demeurant dit-on à Paris.

Socialiste exalté, correspondant du Comité révolutionnaire de Londres et chef de la démagogie dans le département du Gers à laquelle comme député montagnard il transmettait les instructions […]. Son ami Noullens, condamné par la Commission mixte à la transportation en Algérie plus, signale Duputz, dans une lettre arrivée à Condom le 4 décembre comme parcourant le faubourg Saint-Antoine pour soulever les ouvriers. Ce même Noullens […] provoqua les socialistes de Condom à prendre les armes […]. Duputz a constamment organisé et propagé le socialisme dans le département du Gers, avec la plus vive ardeur et un succès trop certain.

C’est lui qui dirigeait la rédaction du journal « L’ami du peuple », la feuille la plus  violente peut-être de toute la presse socialiste.

 

Le 30 mars la décision d’expulsion est prise. Mais difficilement appliquée : après une attaque de goutte il refuse de partir au grand dam du préfet qui lui impute une certaine agitation.

Le 16 février 1856, il est à Madrid où il reçoit l’autorisation de venir en France (Condom, Paris). Le 18 mai il repart pour Madrid. Et ce n’est que le 19 juin 1857 que le Ministère de l’Intérieur l’autorise à rentrer en France trois mois ;  puis définitivement.[54]  Il est amnistié le 16 août 1859[55]

En octobre 1882 la Commission générale lui alloue une pension de 1000 F. Il habite alors Vic-Fezensac (Gers) après avoir vécu à Jegun dans le même département.[56]

 

Quelques autres acteurs

 

Gounon, Carbonneau, Barailhé, Belliard, Gavarret, David ne participent pas à l’insurrection mais ils sont toujours surveillés.

D’autres ont joué un rôle et l’ont payé fort cher :

 

Daulhième Jean Baptiste Adolphe né à Lavardat (Lot et Garonne) le 3 septembre 1805, un des « Quatre avocats rouges » de Condom, a été le seul notable du Gers à avoir subi effectivement la « transportation » en Algérie.      

 

Noullens a eu plus de chance et est resté sur le territoire malgré sa forte implication dans l’insurrection à Paris et son travail de propagande dans le Gers.

 

Baudéan Aristide Sylvain : Homme de lettres, nommé sous-commissaire de la République à Lectoure par Joly, est la bête noire des Renseignements. Dès l’été 1851 il est poursuivi comme l’indique la lettre du Préfet du Gers au préfet de la Haute-Garonne le 6 août 1851 : Je vous prie de faire surveiller le Sieur Baudéan ancien sous-commissaire du gouvernement provisoire à Lectoure.
Cet individu, arrivé le 4 à Lectoure venant de Toulouse a eu de fréquentes entrevues avec les chefs du parti démagogique, à qui il parait être venu porter un mot d’ordre.

Il a dû repartir hier soir pour Toulouse.

De même, la dépêche télégraphique du ministre de la police au préfet de la Haute-Garonne annonce, le 22 septembre 1851 : Je serais disposé à envoyer Baudéan à Cayenne ; mais je voudrais connaître ses antécédents. Indiquez-les moi et tenez-le en prison s’il est à Toulouse.

Pourtant, à Toulouse, il signe l’appel de La civilisation, le 3 décembre 1851, à s’opposer au coup d’État ; un mandat d’amené est lancé contre lui mais on ne le trouve pas à son domicile le 5 décembre. Il figure dans la liste des personnes poursuivies après le coup d’état du 2 décembre :

Baudéan Aristide 44 ans propriétaire habitant Muret condamné le 20 février à la transportation en Algérie (classe +). Baudéan Aristide […] socialiste influent et dangereux par son caractère énergique et son talent très secondaire.[57] Le Cahier de notes sur les démagogues poursuivis, registre réalisé dans la Haute-Garonne, est encore plus cruel à son égard.[58]

Très pauvre, il bénéficie des indemnisations des victimes du 2 décembre 1851 en ces termes :

Paris Boulevard de Clichy 48, homme de lettres et signataire de la protestation contre le coup d’état. Arrêté le 3 décembre condamné d’abord à la déportation le 20 février 1852 par la Commission mixte fut gracié le 29 décembre suivant. M Baudéan est particulièrement connu des délégués électoraux qui déclarent que sa position est réellement digne d’intérêt. On lui accorde une pension.

Pourtant Baudéan écrit le 29 décembre 1881 pour se plaindre d’une erreur de la part de la Commission départementale de la Haute-Garonne dans la fixation de son indemnité : il a été transporté en Afrique par décision de la Commission mixte de la Haute-Garonne ; il y est parti et a été enfermé avec les autres au fort  de Douhéra, dit-il. Il a 71 ans, est malade et paralysé.

Une lettre de la préfecture de la Seine précise que le titre ci-inclus de 1000 F n° 3880 au nom de M Baudéan Aristide Sylvain est transmis à la Préfecture de la Haute-Garonne[59].

 

Pierre Arnoux, dit « l’homme rouge », né à Saintes le 16 mai 1815[60] ;  compagnon charpentier installé à Condom depuis 1846, il participe activement à la propagande républicaine-socialiste.  Il porte délibérément le  paletot rouge qui lui venait de son père, volontaire de la levée en masse de 1793, et est poursuivi pour cela. Après le coup d’État il vit traqué et disparaît. 

 

 

Et beaucoup d’anonymes 

D’après Dagnan il y a eu, dans le Gers, 465 mesures de sûreté générale : 453 Algérie + et -, 6 envois devant le conseil de guerre, 5 expulsions, 1 internement.

En Lot-et-Garonne, la commission mixte statue sur 848 cas ; 382 sont envoyés en Algérie[61]

 

Mouchet Jean est  l’un d’entre eux, sorti de l’ombre grâce au travail d’habitants de Saint-Puy : Mouchet Jean domicilié à Saint-Puy né le 12 mai 1807 à Saint-Puy, marié, 2 enfants. Maçon. Fortune : pauvre. Détenu. Tatoué sur les deux bras d’outils de maçon d’après le livret du transporté. Le 3 décembre 1851, les républicains du village envisageant de prendre la mairie ;  Mouchet et le boulanger Ladois se rendent aux nouvelles à Condom. Au retour tout un groupe demande au maire de rendre la mairie ; devant son refus tout se calme. Pourtant le 2 février 1852 Mouchet fait l’objet d’un mandat d’arrêt, lui seul. La commission mixte de Condom le condamne à « Algérie + » et le sous-préfet se félicite le 23 mars d’être débarrassé de tous [s]es  détenus politiques ; les 12 derniers sont partis ce matin à 5h précises pour Lectoure, conduits par une colonne mobile de 300 hommes du 75ème venu d’Agen à cet effet. […] Sur 61 condamnés de mon arrondissement, 42 ont été arrêtés et sont en route dans ce moment pour l’Algérie, ; restent 19 contumaces dont 11 ou 12 sont en Espagne ; mais j’ai quelques raisons de penser que les autres sont encore dans le pays, ou que du moins ils y font des apparitions.

Si Mouchet seul a été poursuivi c’est, semble-t-il, la conséquence d’une confusion entre ce que le pouvoir pouvait lui reprocher en décembre 1851 (bien moins qu’à d’autres républicains  !) et une condamnation qu’il avait encourue 10 ans avant : le 10 avril 1841, le tribunal de Condom l’avait condamné à 8 jours de prison et à une amende pour outrage envers un magistrat et diffamation.

Victime toute désignée,  il a subi la prison du 2 février 1852 au 22 mars ; le trajet jusqu’à Lectoure le 23 mars ; il arrive à Agen le 24 mars avec les autres « transportés ». Ils descendent la Garonne sur le bateau L’éclair, arrivent à Bordeaux, sont transférés à Blaye le 25. Enfin ils embarquent le 7 avril sur la frégate L’Isly et débarquent quatre jours plus tard à Pont-du-Chélif en Algérie[62].

 

La « transportation » en Algérie

 

Un médecin militaire nommé en septembre 1852 à Pont-de-Chélif alerte ses supérieurs sur la situation des transportés ; en voici quelques extraits[63] :

Il décrit le site, un plateau,  et précise : On n’a, jusqu’à présent, découvert aucune source, un seul puits a été creusé, et l’eau en est mauvaise et salée. […] Les orages sont fréquents : la brise de mer ne se fait sentir que vers les deux ou trois heures de l’après-midi. Les vents du nord-ouest soufflent parfois avec une grande impétuosité ; les chaleurs sont fortes, accablantes, difficiles à supporter ; l’air est pesant et humide. Ces faits s’expliquent par la position même du village, bâti au fond d’un entonnoir. L’eau du Chelif est mauvaise. […]. Saumâtre, d’un gris sale, abondamment chargée de matières terreuses et organiques, elle est lourde, pénible à l’estomac, d’une digestion très laborieuse, provoque la diarrhée, et contribue beaucoup, suivant moi, à la fréquence des fièvres d’accès qu’on observe dans le pays.

Puis il parle des hommes dont il a la charge : Les transportés, au nombre de 317, sont arrivés au Pont du Chélif, le 10 mai 1852. […]  Les transportés, organisés militairement, travaillent deux fois par jour, et tous les deux jours, le matin à six heures, le soir à deux heures. Ils ont achevé un fossé d’enceinte. La transportation est donc, cela est constant, aggravée par les travaux forcés.

Et il aborde leurs problèmes de santé : Du 16 mai au 20 novembre 1852, sur le chiffre de 317 transportés au Pont du Chélif, cent vingt ont été envoyés à l’hôpital. […] Dans le courant de l’automne comme à la fin de l’été, j’ai constaté peu de cas de dysenterie. Presque tous les malades ont été atteints de fièvre paludéenne offrant la forme rémittente gastrique ; l’accès était quotidien, quelquefois double quotidien, très rarement tierce. Beaucoup ont eu des accès graves contre lesquels j’employais immédiatement le sulfate de quinine à haute dose ; quelques-uns ont éprouvé des accès pernicieux comateux ; je n’en ai pas rencontré de délirants. Une remarque importante et curieuse, c’est que tous ceux qui ont été touchés en quelque sorte par l’intoxication marécageuse de la localité en ont conservé des traces telles qu’ils n’ont jamais pu entièrement se rétablir. D’emblée la cachexie les frappait de son cachet indélébile. […]

J’avais prévu, dès mon arrivée, ce résultat fâcheux, et j’avais prié M. le capitaine directeur d’en faire le sujet d’un rapport spécial à M. le gouverneur général, afin d’obtenir que les transportés malades de cachexie confirmée fussent envoyés, si cela était possible, en France, dans une prison du littoral que l’autorité supérieure aurait désignée.

J’exprimai la même opinion à M. l’inspecteur médical, dans un rapport sanitaire que j’eus l’honneur de lui adresser. […]

J’ai voyagé, j’ai visité deux prisons en France, je n’ai jamais rien rencontré de plus triste qu’une colonie pénitentiaire. Souvent en voyant passer ces figures attristées et pâlies par les souffrances de l’exil, en observant avec attention ces hommes dont beaucoup, aux traits marqués par de profondes rides, semblaient ne devoir plus aspirer qu’au repos de l’obscurité et à la tranquille monotonie du foyer domestique, je me demandais : A quels mobiles ont-ils cédé ? A quelles idées ont-ils obéi en commettant les fautes qui leur sont reprochées ? Est-ce l’espoir d’un avenir meilleur qui a armé leur bras, inspiré leur courage ?

Je crois que cette localité ne devrait être qu’un camp militaire propre à garder le pont, cette position d’une importance capitale. Des 317 transportés, arrivés le 10 mai 1852, il n’en reste aujourd’hui qu’environ 130 ou 150 ; un grand nombre ont été graciés.

Beaucoup de transportés déjà ont succombé à la nostalgie, au découragement, aux influences funestes du climat.

Émile Cordier, Médecin de 1ère classe, en Algérie.

 

La liste de ceux qui ont vécu en Algérie en tant que « transportés » en 1852 a été publiée[64] dans un livre et sur un site. Est donnée aussi la liste de ceux qui sont morts après l’amnistie générale de 1859, et qui sont, peut-on supposer,  restés volontairement en Algérie. C’est le cas de  5 Gersois. Combien y sont morts en captivité ? Le bilan n’est pour le moment pas fait.

 

 

Conclusion

Ces hommes qui se sont  mobilisés pour la République dans le Gers (ou contre, comme de Panat) sont hors course à partir de 1852. Ils ne joueront plus de rôle politique ; seul Lamarque,  assagi, sera réinvesti d’une charge politique sous la Troisième République.

Les républicains anéantis, tel est le titre d’un paragraphe de l’historien Jean Garrigues[65]. L’exploitation du péril rouge fait l’unité des conservateurs ; la propagande gouvernementale dénonce un complot qui aurait préparé l’avènement d’une république socialiste et donc la disparition de la propriété ; Louis-Napoléon Bonaparte est le sauveur ! Le Préfet de la Haute-Garonne fustige les individus appartenant à l’opinion républicaine la plus avancée et professant les utopies socialistes, communistes, fouriéristes, proudhoniennes et cabalistes. Ils sont tous suspects et très dangereux.[66]

C’est la vieille, et toujours recyclable, « théorie du complot », moyen privilégié de ceux qui veulent agir malhonnêtement sur l’opinion ! La répression féroce de 1852 est une belle démonstration de son efficacité :  Une immense « rafle » décapita pour 20 ans le parti républicain. Pour l’ensemble de la France, 27 000 arrestations furent opérées.[67] Les milliers de victimes ne reçoivent aucun soutien ; l’opinion publique se tait et laisse faire.

 

A l’effervescence des trois années 1848-1851, succède une période atone pendant laquelle l’Empire assoit son autorité dans le département comme dans tout le pays. Ces quelques années de repli qui précèdent une période d’adhésion, plus ou moins profonde, à un pouvoir non-démocratique mais dynamique sur le plan économique, n’ont pas été étudiées dans le Gers : ni la gravité du traumatisme créé par la « transportation » ; ni son impact sur la vie quotidienne de centaines de familles privées pendant des années de ressources, appauvries comme l’indiquent bien des rapports de police ou de lettres d’élus ; ni la probable indigence de la vie politique, publique et sociale…  Autant de pistes de recherches qui permettront de comprendre le second XIXème siècle dans le département.

 

Renée Courtiade

 

(acceder à la première partie)



[1] Voir première partie à « Belliard » 

[2] Bargeton, Bougard,  Le Clère et Pineau Les préfets du 11 Ventôse an VIII au 4 septembre 1870. Répertoire nominatif et territorial. Paris Archives nationales.1981. Publié par l’Association du corps préfectoral ( actes d’état civil consultés par les auteurs)

[3] Mémoire pour servir à l’histoire des Jeux Floraux par M Poitevin-Peitevi ancien avocat, secrétaire perpétuel de l’Académie des Jeux Floraux. A Toulouse chez M.J Dales. 1815

[4] M de Panat (Vicomte de). Biographie par M J. Noulens Directeur de la Revue d’Aquitaine. Éditions Dumoulin 1860. (consultable à la Bibliothèque du Périgord à Toulouse)

[5] Jules Villain : La France moderne, grand dictionnaire généalogique, historique et biographique. Haute-Garonne et Ariège. 1913.  Montpellier. Imprimerie-Lithographie Firmin et Montane. Réédité en 1982 par Laffitte reprints.

[6] D’après l’éloge prononcé par le Marquis d’Aguilar lors de la séance de l’Académie de Jeux Floraux du 26 janvier 1812. Dans Mémoire pour servir à l’histoire des Jeux floraux par M Poitevin-Peitevi, page 342.

[7] C’est à dire président ou, selon le titre exact,  « Président de la Compagnie du Gai savoir ».

[8] Site sur Geneanet à samlap, ou chercher « de Brunet de Castelpers », site créé par Jean-Pierre de Palmas qui publie la généalogie du chanteur Gérard de Palmas, et de toutes les branches de leur famille dont les de Panat.

[9]Roger Bourse et Georges Laborie : L’Isle Jourdain Gers d’hier et d’aujourd’hui. Édité par le Groupe lislois de recherches archéologiques et historiques.

[10] Roger Bourse et Georges Laborie : ouvrage cité

[11] Voir en annexe la notice de 1855 qui lui est consacrée. Archives du Gers : 1 M 235

[12] Il siège dans la Société d’agriculture de la Haute-Garonne dont il devient vice-président. Et est président de la Société d’assurances mutuelles contre la grêle. Voir biographie de Noulens ouvrage cité.

[13] Bulletin de la société archéologique du Gers.  1991 :  L’évolution politique du Gers de 1848 à 1940  à travers l’élection du Conseil général. Par G de Monsembernard 

[14] Roger Bourse et Georges Laborie : ouvrage cité

[15] Site geneanet. Arbre généalogique de la famille de Palmas. Voir note n°8.

[16] Ce que tente M Isidore Dufis pour Aymeric, le petit-fils

[17] L’Égalité, journal créé à Auch  le 17 avril 1849 par opposition au journal d’Alem-Rousseau. Remplacé le 5 mai 1850 par L’Ami du peuple. Archives départementales du Gers : 39 Jx 1 à 39 Jx 3. Cet éditorial est celui du numéro 139 de L’Égalité . Côte : 39 Jx 1

[18] 1848 ou l’apprentissage de la République 1848-1852. Maurice Agulhon.  Seuil. Point Histoire

[19] Archives du Gers : L’Ami du Peuple. 39 Jx 3

[20] Archives de la Haute-Garonne : 4M 65. Quelques unes de ces caricatures sont présentées dans l’annexe 1.

 

[21] Journal L’Ami du Peuple. N° 248. Archives départementales du Gers : 39 Jx 3

[22] Journal  L’opinion.  Archives du Gers :  25 Jx 11

[23] Garrigues Jean : La France de 1848 à 1870. Collection Cursus. Armand Collin.

[24] Anceau Éric : La France de 1848 à 1870. Entre ordre et mouvement. Livre de poche. Inédit. Histoire.

[25] Godechot Jacques (sous la direction de ) La Révolution de 1848 à Toulouse et dans la Haute-Garonne. par le Comité départemental du centenaire de la Révolution de 1848. Édité par la Préfecture de la Haute-Garonne.

[26] Archives du Gers cote 1M 242

[27] J Dagnan : Le Gers sous la Seconde République. II Le coup d’État. Auch. Imprimerie F Cocharaux.1929. Livre Premier. Chapitre I L’insurrection. ( pages 16 à 56. Il utilise des documents des Archives de la guerre).

[28] Raconté par Eugène Ténot : La province en décembre 1851. Étude historique sur le coup d’État. Paris Armand Le Chevalier éditeur. 1868 En ligne sur www.1851.fr

 

[29] J Dagnan ouvrage cité

[30] Histoire de Lectoure

 

[31]Archives départementales du Gers :  Dépêche du préfet du 21 mars 10h du matin  1M 256

[32] Archives du Gers :  1 M 256

[33] Archives du Gers :  1 M 256

[34] Archives du Gers :  1 M 252

[35] Archives du Gers : 2 M 10

[36] Commission créée par la Troisième république (loi du 30 juillet 1881, Loi Waldeck-Rousseau Pierre dont le père, René, avait été victime du coup d’état ) pour indemniser les « Victimes du  2 décembre » . Elle verse une pension annuelle aux insurgés ou à défaut à leur épouse et à leurs enfants qui en font la demande. Pour le Gers sont traités 389 dossiers. Archives du Gers 1 M 258

[37] Archives du Gers : 1 M 259

[38] Alain Geay : Condom et les Condomois. Passé Simple. Éditions Alan Sutton. 2005

[39] Eugène TÉNOT : La province en décembre 1851. Étude historique sur le coup d’État. Paris Armand Le Chevalier éditeur. 1868. Chapitre IV : Département du Sud-Ouest. Gers. Appendice : Lettre d’Alem-Rousseau fils. Sur site www.1851.frr

 

[40] Victor Schœlcher dans Histoire des crimes du 2 décembre. sur 1851.fr. Sur le site //perso.wanadoo.fr/geneagm/transportes.htm :  « Les transportés de France en Algérie après le coup d’État du 2 décembre 1851 » 

[41]  Archives départementales du Gers : 1 M 256

[42] Archives du Gers : 1 M 247

[43] Voir note 36 .

[44] Archives départementales du Gers :  1 M 258 sous les numéros 4174 et 4175. 

[45] Bulletin de la Société archéologique du Gers 1986 : André PERÉ : Alem-Rousseau (1793-1858) Avocat, maire d’Auch, député de la Seconde république

[46] Archives du Gers : 1M 242 

[47] Archives du Gers :  1M 247

[48] Pour les condamnés sans ressources le passeport était gratuit.

[49] Archives de la Haute-Garonne : 4 M 79

[50] Archives de la Haute-Garonne : 4 M 74

[51] Ce livre vient d’être traduit en espagnol par un professeur de littérature française de  l’Universidad de Las Palmas de Gran Canaria : Jorge Juan Vega y Vega

[52] Carion André : Les peintres de Pont-Aven . Éditions Ouest-France. Et la revue Ar Men La Bretagne, un monde à découvrir. N° 37 : Pégot-Ogier (1877-1915). Une Bretagne sereine. Par Marie-Christine Train qui a consacré un DEA au peintre.

[53] Archives de la Haute-Garonne : 4 M 71

[54] Archives du Gers : 1 M 250

[55] Archives du Gers : 1 M 256

[56] Archives du Gers : 1 M 258 (sous le  numéro 3973)

[57] Archives de la Haute-Garonne : 4 M 74

[58] Voir annexe. Archives de la Haute-Garonne : 4 M 74

[59] Archives de la Haute-Garonne : 4M 71,  indemnisations des victimes du 2 décembre.

[60] Alain Geay   Condom et les Condomois. Passé simple édition Alan Sutton 2005 et article de la Dépêche du Midi du  26 février 2006.

[61] Bertrand Carbonnier :  mémoire de maîtrise : La résistance républicaine au coup d’état du 2 décembre 1851 de Louis-Napoléon Bonaparte dans le Lot-et-Garonne.  Publié sur www.1851.fr

[62] Brochure sur Mouchet réalisée par Mme Salat, de St Puy, consultable à la bibliothèque du village.   

[63] Lettre publiée par Ribeyrolles Charles, ex rédacteur de La Réforme, dans son livre Les bagnes d’Afrique, histoire de la transportation de décembre. Édité à Londres, Jeffs, en 1853. Lu sur le site www.1851.fr

 

[64] Les Transportés de France en Algérie après le coup d’État du 2 décembre 1851. Publié en 2002. Le site http://www.geneagm.org/travauxfrm.htm  reproduit cette liste, peut-être non exhaustive. J’ai compté  280 condamnés  du Gers, 20 de Haute-Garonne, 1 des Hautes-Pyrénées

 

[65] Garrigues Jean :  La France de 1848 à 1870.   Collection cursus chez Armand Collin 

[66] Archives de la Haute-Garonne : lettre du 18 janvier 1852. Cote 4 M 74.

[67] Claude Latta : La résistance des républicains au coup d’état du 2 décembre 1851 – 150ème anniversaire. Montbrison, village Forez. Novembre 2001-janvier 2002. publié sur le site www.1851.fr