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Certains imaginèrent des républiques sans débat. Leurs émules sont aujourd’hui nombreux. Ce n’est pas la conception que nous avons d’une République démocratique et sociale. Aussi, au delà des discussions initiées dans le bulletin et lors de nos journées de rencontres, nous ouvrons sur ce site un forum destiné à échanger sur l’histoire mais aussi, plus largement, sur la République.

Les contributions sont présentées dans leur ordre d’arrivée (les derniers seront les premiers…)

Envoyez-nous vos contributions par courrier électronique.

 


Faut-il douter du suffrage universel ?

L’article un peu désabusé de René Merle sur le suffrage universel (Bulletin–Lettre n° 75) critique à juste titre les illusions que cette nouvelle réalité a pu faire naître en son temps et incite à être vigilant sur l’approche qu’on peut en avoir aujourd’hui. Suffit-il cependant de s’en tenir à cette appréciation ? Si le suffrage universel a pu faire naître des illusions, quelle en était l’origine ? Ne pouvait–on penser que si on donnait la parole à la masse de la population travailleuse, la plus nombreuse, celle-ci se prononcerait nécessairement en faveur de mesures favorables au peuple ? C’est bien pourquoi, en 1848, la réaction première de la bourgeoisie à l’institution du suffrage universel a été l’épouvante. Mais elle a vite constaté tous les ressorts d’ordre sociologique dont elle disposait pour canaliser et utiliser ce nouveau mode d’expression politique. Blanqui avait compris cela très vite, mais sa proposition de retarder l’exercice du suffrage était irréalisable. Lui-même reconnaîtra plus tard que pour éclairer  vraiment la paysannerie, il fallait non pas un an, mais  au moins vingt ans. Le gouvernement provisoire n’était pas en mesure d’instaurer une dictature provisoire. L’assemblée élue, la Constituante, où les républicains de la veille ou du lendemain étaient en majorité, rédigea malgré tout une constitution acceptable et qui n’empêchait pas de futurs progrès. C’est minimiser la responsabilité énorme de Louis-Napoléon que de considérer que la Seconde République n’était pas viable. Ce qui est remarquable, c’est que, malgré le coup d’Etat, les républicains ne renoncèrent pas au suffrage universel mais simplement comme Edgar Quinet considérèrent qu’il n’avait pas le droit de mettre en cause la République ou, avec Victor Hugo, pointèrent les dangers essentiels qui en menaçaient l’exercice. Plus tard le suffrage universel continua à faire l’objet d’attaques sévères de la part de Proudhon (“la pierre d’achoppement de la liberté ”), des socialistes à leurs débuts qui y virent “un mode d’escamotage périodique des révolutions ”, du syndicalisme révolutionnaire avant la guerre de 1914 ou des anarchistes. Mais les espoirs de révolution violente se sont révélés illusoires. On a souvent aussi critiqué le suffrage universel en mettant en lumière sa trop grande sensibilité aux variations conjoncturelles de l’opinion. Jaurès au contraire le plaça toujours, peut être avec quelques illusions, au premier rang des instruments d’émancipation et pourtant, au cours de ses campagnes électorales dans le Tarn, il avait pu mesurer comment la réaction locale pouvait mobiliser haineusement une fraction de la population contre lui. Mais pour lui, la confiance dans le suffrage n’était pas séparable de la nécessité pour la classe ouvrière de s’organiser de façon toujours plus poussée, seule garantie pour qu’un progrès soit envisageable. Cette approche reste toujours valable, même si chaque époque soumet l’exercice du suffrage universel à de nouveaux défis qu’il n’est pas toujours facile de maîtriser. Il reste bien vrai que c’est un engagement politique constant et multiforme d’une fraction importante de la population, mobilisant progressivement le reste de celle-ci, évitant tout sectarisme et Jaurès était particulièrement sensible à cette exigence, qui seul peut faire de l’expression du suffrage, non pas une panacée occasionnelle, mais un moyen essentiel de libération et de progrès.

Raymond Huard, 25 décembre 2016

                                                                                      


                                                                                   

L’affaire des Ateliers Nationaux

On sait que comparaison n’est pas raison mais il n’est pas inutile, alors qu’est à l’ordre du jour d’instaurer en France un revenu d’existence, de rappeler un point d’histoire.

L’année 1848 est marquée par une révolution qui met fin à la Monarchie de Juillet instaurée en France en 1830. La situation économique et sociale est désastreuse. La Deuxième République est confrontée à la douloureuse question du chômage. La constitution adoptée ne reconnaît pas le droit au travail mais celui de l’assistanat. Là est le fond du problème !

Qu’est-ce qui est en cause dans l’insuffisance d’emplois ? La question ne sera pas posée et on va créer des Ateliers Nationaux qui vont permettre aux chômeurs parisiens de ne pas mourir de faim. Ouverts au mois de mars 1848 sous la responsabilité de Louis Blanc ils se heurteront rapidement à leur inefficacité dans le domaine de la production. Cette situation interpellera les notables élus lors des votes qui sont intervenus au printemps 1848. Tout sera mis en œuvre pour que les Ateliers Nationaux restent improductifs ce qui permettra de les supprimer. En juin 1848 la décision est prise de les fermer. C’est l’insurrection et aussi la répression féroce qui s’abat sur les insurgés. Faute d’avoir analysé ce qui est en cause dans la crise économique qui se développe, les Républicains modérés, qui sont modérément républicains, sont malmenés par la droite qui s’organise en parti de l’Ordre.

Pour cette structure il s’agit de maintenir les privilèges des possédants. Ce ne sont plus la Noblesse et le Clergé qui défendent leurs intérêts mais ceux qui ont le pouvoir de l’argent. La République n’étant pas sociale a été l’objet d’un Coup d’Etat qui a conduit au Second Empire. Toute similitude avec la situation actuelle n’est nullement le fait du hasard.

Répondre au problème de la misère qui se généralise par la charité publique n’est certainement pas une solution  La situation que nous vivons exige une autre issue, le changement de logique qui domine et qui est caractérisée par le mécanisme de la recherche du profit (le plus grand dans le temps le plus bref !).

Jacques Cros, septembre 2016


À propos de 1851 et de notre présent de 2016

Ces dernières années, j’ai souvent indiqué sur mon blog, et sur le blog de l’Association 1851, combien la matrice des années françaises 1848-1851 me paraissait féconde, pour le meilleur et pour le pire ; je soulignais, en effet, que raviver son souvenir (sans y chercher modèle) me paraissait opérant par rapport aux impasses politiques dans lesquelles nous butons, faute de pouvoir prolonger d’actions efficientes nos constats désolés sur le présent.

On connaît le contexte de ces années 1848-1851. Une République aussitôt volée au peuple parisien qui l’avait mise en place, une République de l’Ordre bourgeois engendrant la Constitution présidentielle autoritaire de 1848 (modèle de la nôtre) et par là même le Césarisme à la française.

On se souvient de la querelle des emblèmes, le tricolore de la Nation et le rouge de la République sociale, rouge dont l’exigence, – aussitôt niée par le verbiage humaniste d’un Lamartine -, parut définitivement vaincue dans le solo funèbre du prolétariat de Paris, de Rouen, de Marseille en 1848, de Lyon en 1849 ; un prolétariat alors infiniment minoritaire, dont l’exaspération fut  jugée a posteriori aventuriste, voire suicidaire, par les tenants du suffrage universel, bien au chaud dans leur quiétude petite-bourgeoise : « Prenez le bulletin de vote, que diable, et non pas le fusil… ».

L’écrasement du prolétariat sembla un temps sonner le glas du républicanisme révolutionnaire. Mais alors, de façon surprenante pour qui ne voyait se ranger derrière la bannière rouge qu’un prolétariat vaincu, c’est des profondeurs de l’immense masse paysanne et artisane que viendra la relève. On sait comment, grâce à un militantisme effréné, les « démocrates socialistes » réussirent en quelques mois à souder les espérances populaires autour d’un programme concret, et parfaitement réalisable : défense de la petite propriété contre l’emprise des Gros et l’Usure rapace, mise en place d’une éducation nationale, laïque, et gratuite.

On sait enfin comment les plus décidés de ces militants doublèrent l’action légale d’une préparation clandestine à l’affrontement inévitable.

Ce « front de classes » démocrate socialiste fut efficient dans la reconquête électorale d’une opinion abusée, mais il fut, on le sait, en dernière analyse impuissant devant la démagogie césarienne et la force brutale.

On a pu par la suite faire la fine bouche devant cette combativité paysanne et artisane, condamnée par l’histoire : son idéal n’était-il pas celui des « Sans Culottes » de 1793, petits propriétaires républicains, jouissant honnêtement du fruit de leur travail, et libérés de l’oppression des « Gros » ? Idéal bien entendu condamné par l’irruption du capitalisme moderne. Je me souviens d’un colloque, dans l’Yonne, où un historien du mouvement ouvrier me demanda, non sans condescendance, s’il ne valait pas mieux traiter de « la Sociale » à venir que de ce radicalisme populaire anticipant la Troisième République ?

En fait, il y a, je crois, une grande différence entre nos radicaux des années 1870-1880 et ceux de 1848-1851 : l’idéal républicain égalitaire persistait certes, mais il convient de mesurer l’énorme déperdition de fraîcheur et de vertu politique, après 20 ans de souillure impériale et capitaliste. On ne sort pas indemne de pareille épreuve, et la transformation fondamentale que réclamaient en 1850 les tenants de la Constitution de 1793 se réduisit après 1880 à un réformisme pépère, qui donna à la mouvance « radicale » sa tonalité si souvent ridiculisée.

Tout ceci est bel et bon, mais quel rapport, autre qu’affectif et mémoriel, avec ce que nous vivons aujourd’hui ? Un prolétariat laminé, mais capable encore de sursauts défensifs ; une masse de salariés des services (privés ou publics) inquiets devant la dégradation de leurs conditions de vie et l’insécurité de l’emploi ; des classes dites moyennes jusqu’à présent relativement à l’aise, mais qui ne sont plus toujours à même d’assurer à leurs enfants un avenir aussi positif que leur présent…

On sent bien qu’il serait indispensable, au-delà des revendications catégorielles, qu’un « front de classe » unisse vraiment ces catégories (qui souvent s’ignorent) dans une lutte résolue contre le néo-libéralisme générateur de tous ces maux.

C’est ici, en ce qui me concerne, qu’intervient le souvenir de la période 1848-1851, où paysans et artisans luttèrent pour le maintien de leur petite propriété, et, partant, de leur sécurité, alors que les voies ferrées naissantes et les capitalistes leur proposaient le chemin de l’exode rural.

Aujourd’hui, la masse qui peut œuvrer pour un changement de société n’est bien évidemment plus seulement celle des paysans, laminés par « la modernisation », mais celle des salariés et des artisans.

Je voyais récemment dans un de ces débats dont notre télé a le secret une sémillante jeune économiste proclamer que la lutte contre la loi travail était une lutte rétrograde, que l’aspiration à la sécurité des CDI était un leurre dans une société où l’on changera souvent d’emploi, que l’avenir est au mouvement moléculaire des énergies de l’auto-entreprenariat, bref, que CGT, FO, FSU et Sud peuvent ranger leurs bannières, car leur combat va à contre-courant de l’histoire, dans une France grande ouverte à la mondialisation et, partant, à la désindustrialisation.

C’est tout l’enjeu idéologique de notre période qui se joue ici. Le mouvement social ne doit pas se laisser démoraliser ou abattre par les propos des vendus au capital, qui estiment que toute lutte est inutile, ou nuisible. Le mouvement social ne peut pas seulement regarder en arrière, comme nos démocrates socialistes de 1850 regardaient vers 1793 en occultant les réalités nouvelles du capitalisme industriel. Mais à ce mouvement de proposer un avenir qui ne verrait pas le monde à l’aune du profit, mais qui mettrait les infinies possibilités techniques et scientifiques au service du peuple, un avenir qui desserrerait (avant de la supprimer) l’emprise du capital sur la République, un avenir qui ouvrirait la voie d’une vraie démocratie.

Puissent l’enthousiasme et la combativité de nos aînés de 1848-1851 nous encourager dans cette lutte sans doute bien difficile, mais combien nécessaire !

René Merle, Toulon, 23 juin 2016


Intervention à l’Assemblée générale de l’Association 1851 pour la mémoire des Résistances républicaines – Saint-Maximin, Var, 7 décembre 2013.

Des ennuis de santé ont fait que je ne me suis pas trouvé parmi vous aussi souvent que je l’aurais voulu ces dernières années.

Mais je suis heureux de pouvoir présenter aujourd’hui à notre Assemblée générale mon ouvrage sur l’insurrection républicaine varoise de 1851, et de remercier l’association qui en a permis la publication.

Mais ce n’est pas la seule raison de ma présence.

Je voudrais intervenir pour essayer de préciser le thème suivant :

« 1851, la place de l’insurrection dans l’imaginaire politique actuel, et le rôle qu’elle peut encore jouer dans les blocages politiques d’aujourd’hui ».

Vaste question, à traiter essentiellement à la lumière de notre expérience associative régionale, sans pour autant faire un compte-rendu d’activités, mais en considérant ces activités comme un prisme à travers s’est éclairée la donne nationale.

Notre projet de création d’une Association était en gestation depuis des années quand nous avons envisagé de lui donner forme, à l’automne 1995.

1995, vous vous en souvenez peut-être, fut l’année de l’élection de Jacques Chirac à la Présidence de la République (en mai). Et ce fut aussi, dans notre région, la confirmation de la poussée électorale du FN, initiée depuis 1981 : 4 municipalités, dont celle d’une grande ville, Toulon. Poussée qui ternissait grandement l’image de notre région dans l’imaginaire politique républicain national.

La conviction du petit groupe d’amis, qui formeront bientôt le noyau de l’Association, fut qu’il convenait de rappeler que la meilleure de nos traditions régionales était cette tradition démocratique et républicaine, en grande partie née de l’insurrection de décembre 1851.

L’année 1996 fut une année de préparation.

L’année 1997 fut l’année de la création et des premières activités.

En février, le « boboland » parisien avait organisé le train de la Liberté pour soutenir le responsable de Châteauvallon, évincé par la municipalité de Toulon. Pour réagir contre cette décision arbitraire, nous ne pouvions nous contenter de cette gesticulation, parfois à la limite du ridicule. D’autant qu’elle s’accompagnait d’une sorte d’ostracisme à l’égard de la région, proclamée région de beaufs, vivier de fascistes.

Il convenait donc plus que jamais de rappeler que la meilleure de nos traditions était cette tradition démocratique. Nous ne voulions pas crier inconsidérément au loup et annoncer une prise de pouvoir imminente par le FN. Mais nous déplorions l’abandon des principes républicains par une partie de l’électorat, en même temps, que, paradoxalement, l’extrême-droite commençait à se draper, à sa façon, dans la défense de ces mêmes principes (d’une partie d’entre eux en tout cas).

Ajoutons que la politique politicienne venait d’en prendre un sacré coup. L’ex-idole de la gauche de gouvernement, Tapie, qui avait été tête de liste dans notre région, se retrouvait en prison. Et là encore revenait la péjoration nationale : « une région de sous-développés politiques, tout juste bons à remplir les stades de foot et de rugby ».

En 1997, le Président Chirac, affaibli par sa promesse non tenue de réparer « la fracture sociale », décidait la dissolution de l’Assemblée. Il était battu aux élections de mai, et le 2 juin, Lionel Jospin présentait son gouvernement de la Gauche plurielle (DSK était son ministre de l’économie et des finances). Dans ces conditions politiques nouvelles, nous pensions pouvoir attendre beaucoup du nouveau gouvernement dans notre travail mémoriel et citoyen.

Dès l’été 1997, nous avons donc commencé notre travail de préparation du cent-cinquantième anniversaire de l’insurrection (2001) en mettant en avant les valeurs que portèrent les Insurgés de décembre 1851, et au premier chef le devoir d’engagement citoyen, individuel et collectif, pour la défense de la légalité républicaine.

Si les échos rencontrés dans la population et auprès de nombreuses municipalités (essentiellement municipalités de gauche) furent extrêmement positifs, le résultat ne fut vraiment pas à la mesure de notre attente en ce qui concerne les responsables politiques régionaux et nationaux.

Le cent cinquantenaire de 1848 s’était officiellement borné à un salut gouvernemental de politesse, accompagné de la floraison habituelle de colloques savants pour initiés. Mais nous ne notions pas à ce niveau grand enthousiasme politique et citoyen.

A n’en pas douter, si nous n’en prenions pas l’initiative, il en irait de même pour le cent cinquantième anniversaire de 1851.

La suite confirma notre pessimisme. En effet, nous n’avons obtenu aucune réaction à nos demandes au plan national (il ne s’agissait pas de demande de subventions, mais de celle d’un geste commémoratif fort, ne serait-ce que la sortie d’un timbre-poste…).

Aucune réaction non plus au plan régional (où la présidence régionale de gauche rata complètement le coche de la commémoration et nous renvoya à une éventuelle création musicale !).

Par contre, deux réactions fortes au plan départemental (dans deux départements clés de l’insurrection, Alpes de Haute-Provence et Var où les deux conseils généraux s’engagèrent de façon décisive dans l’anniversaire), qui nous montrèrent que l’évocation de l’insurrection pouvait toucher très fortement l’imaginaire politique, à gauche comme à droite.

Comment expliquer ce peu d’échos dans l’imaginaire politique national ?

Déjà, dans la dénonciation de l’attitude de Louis Napoléon, par la mise en cause implicite de la Constitution de 1958-1962, dont la matrice avait été celle de la Seconde République. Il était difficile pour des politiques actuels de condamner le régime présidentiel, initié en 1848, quand ils en endossaient allègrement la défroque. François Mitterand, l’auteur du Coup d’État permanent, vigoureux dénonciateur de ce régime, en avait été dès son élection le premier à en jouir.

Mais, au-delà de ce plan purement politique s’en profilait un autre, qui touchait aux fondements sociaux de notre République.

« Ils se levèrent pour la République » disait le film réalisé alors par Christian Philibert.

Mais quelle République ?

Or, nous y insistions dès le début, si les insurgés se levaient pour défendre le droit, ils se levaient aussi dans l’espérance d’une autre République, la République démocratique et sociale.

Et ces insurgés pour le Droit étaient aussi des Insurgés du drapeau rouge et de la violence révolutionnaire. De quoi faire reculer beaucoup de monde en 1997.

En juillet 1997, François Furet était décédé, mais tout un pan du monde des historiens demeurait marqué, souvent de façon réductrice et caricaturale, par son empreinte. Depuis le bicentenaire de 1789, qui avait suscité de lourdes polémiques, l’offensive médiatique était menée contre ce que Furet avait appelé le courant jacobin communiste, et son interprétation jacobino-marxiste de la Révolution. Au moment même où nous avons créé l’Association était publié à grand fracas médiatique Le livre noir du communisme.

Bref, le climat n’était peut-être pas des plus propices à la remise en circulation publique d’un événement majeur, mais un événement à sa façon révolutionnaire.

Ceci ne nous a pas découragé et, jusqu’au cent cinquantième anniversaire, nous avons continué notre action avec le succès populaire que vous connaissez. D’autant que dès le début, des historiens confirmés comme Maurice Agulhon nous avaient encouragés, et que d’autres nous avaient rejoints, comme Jean Marie Guillon, Raymond Huard, et de jeunes chercheurs en histoire, comme Frédéric Négrel (d’autres suivront).

La question se posa après les célébrations de décembre 2001 : fallait-il s’arrêter ou continuer ?

Les événements de 2002 devaient nous donner la réponse en nous fournissant de nouvelles motivations.

En juin, Lionel Jospin était éliminé au premier tour de l’élection présidentielle, et le second tour opposait le candidat de la droite et celui du FN.

Le quinquennat qui suivit nous donna la mesure de la fausse unanimité anti-fasciste proclamée au second tour de l’élection. En guise de remerciement, la droite au pouvoir se mit en mesure d’aggraver le démantèlement des acquis nés du programme du CNR, démantèlement déjà initié par le gouvernement Jospin.

Les résistances populaires qui se manifestèrent alors firent souvent référence à l’insurrection de 1851, preuve que nous n’avions pas semé en vain.

Plus que jamais était posée devant l’imaginaire national la question de la République démocratique et sociale.

Cette question fut encore plus pertinente sous le quinquennat suivant, celui du Président Sarkozy, entre 2007 et 2012.

En la posant, cédions-nous à une volonté apologétique en privilégiant les « valeurs » des insurgés ? Certes pas. Nous avons essayé de joindre à la minutie documentaire un apport conceptuel novateur (cf. l’apport décisif à cet égard de Frédéric Négrel). Notre conceptualisation n’était pas une reconstitution partisane. Mais, en ces temps de démantèlement des acquis sociaux, nous l’avons constamment associée à l’espérance de la République laïque, démocratique et sociale. Car plus que jamais était posée la divergence entre la promesse égalitaire portée par notre société démocratique et la réalité de cette société, pétrie d’inégalités et d’injustices.

Avec l’élection de 2012, la donne a singulièrement changé. Et ce n’est pas par légèreté polémique que j’employais le mot « blocages » dans mon introduction.

Dans cette situation nouvelle et confuse, il est sans doute utile de revenir à la source et de réfléchir sur ce qui nous a motivé il y a plus de 20 ans, quand nous avons commencé à envisager la création de l’Association.

Ce qui va suivre n’engage que moi, et je le soumets à la discussion.

Aujourd’hui si la Révolution n’est pas (encore ?) à l’ordre du jour (hormis quelques faciles proclamations), la révolte gronde. Une révolte qui à certains égards s’attaque aux principes républicains, dans le paradoxe d’un refus de la fiscalité (je ne dis pas d’une fiscalité injuste, mais de la fiscalité tout court) et d’une demande accrue d’aide étatique. Révolte manipulée par la droite et l’extrême droite ?

On peut à cet égard mettre en abîme les événements de 1851 et ceux qui mûrissent aujourd’hui.

Certes, la donne sociale a considérablement changé.

Quel était le socle social de l’insurrection de 1851 ? Depuis longtemps, le récit des événements de 1851 s’était fait surtout sur le mode idéologique et politique. Or des travaux fondamentaux comme celui de Frédéric Négrel ont contribué à en éclairer à la fois la base sociale et l’autonomie du politique.

La base sociale de l’insurrection a été la partie du monde rural et de celui des petites villes qui venaient d’être gagnée à l’idéologie « rouge ». Même si ces petits paysans, artisans, boutiquiers, avaient condamné, voire combattu, le mouvement ouvrier en juin 1848, une bonne partie d’entre eux, éclairés par la propagande démocrate socialiste, se sont rangés sous les drapeaux de l’insurrection : la République qu’ils souhaitaient était une République libérée de l’oppression des « Gros », des financiers, des usuriers rapaces. C’était une République égalitaire de petits propriétaires vivant honnêtement de leur travail, sans être accablés par l’impôt (rappelons-nous des violents mouvements de protestation contre l’impôt des 45 centimes, en 1848). Bref, leur horizon était la République des Sans-Culottes de 1793-1794.

Aujourd’hui, l’importance numérique de la paysannerie est négligeable, et l’artisanat comme le petit commerce peinent à garder leur place, qui fut si importante. Le salariat domine, et se perd dans une vaste « classe moyenne » aux contours bien mal définis, dans laquelle tout le monde peu ou prou se ressemble, et où le ressort civique semble bien émoussé… Et, n’en déplaise à quelques rodomontades, la passion révolutionnaire semble éteinte. (Notons d’ailleurs que l’emploi facile du mot « Révolution » peut se mettre à toutes les sauces, et n’oublions pas que le pétainisme prônait « la Révolution nationale » !).

Mais depuis quelque temps la droite et encore plus l’extrême-droite utilisent cette aspiration égalitariste à vivre librement de son travail. Le FN peut parfaitement la récupérer, en l’orientant contre les fonctionnaires, contre les « assistés », les fainéants, les étrangers.

Dans ces conditions, une des responsabilités du mouvement démocratique est de faire comprendre à ces petits producteurs quels sont leurs véritables adversaires, et qu’il ne faut pas se tromper d’ennemis. Ce qui pose tout le problème du militantisme : en 1851, la même donne sociologique n’a pas joué partout, il n’y a pas eu partout d’insurrection ; résignés ou complices, paysans et artisans ont accepté la mise à mort de la République. C’est seulement là où le militantisme « rouge » a été actif et convainquant qu’il a gagné des forces à la préparation de la résistance ; c’est seulement là où il su créer une rencontre et une volonté collectives qu’il a suscité des vocations de combattants.

C’est dire qu’aujourd’hui aussi le rôle du militantisme éclaireur et organisateur peut être décisif. Mais il se déploie dans des conditions extrêmement difficiles. L’extrême-droite qui utilise voire suscite ces mouvements de protestation des « couches moyennes » dégage toute responsabilité dans la mise à mal des acquis sociaux et la lourdeur de la politique d’austérité. C’est le pouvoir actuel qu’elle met en cause.

Alors que de son côté, ce pouvoir, qui persiste dans sa politique et dans la justification de celle-ci, appelle à se ranger derrière lui contre la menace de l’extrême droite. « Unanimisme antifasciste ! Ne répétons pas les erreurs des deux grands courants de la gauche allemande, incapables de s’entendre contre la montée de l’hitlérisme ! ».

Comme si lutter contre la menace fasciste faisait oublier la nécessité d’une vraie politique de gauche !

J’avoue avoir du mal à me reconnaître  à nouveau dans le droit de l’hommisme mitterandien et jospinien : mélange d’invocations morales et de cynisme politique, qui dorénavant ne se prive pas de se draper des principes républicains et de leurs défenseurs de 1851.

Il me semble au contraire que le souvenir de l’insurrection ne doit pas, ne peut pas être seulement classé dans les lieux de mémoire, dans une facile mythologie républicaine. L’aspiration à la République démocratique et sociale doit apparaître vraiment en contradiction avec l’individualisme égoïste  et le déficit d’esprit civique qui règnent aujourd’hui. Pour autant, elle demeure fondamentale. Dans le respect de la diversité des opinions de nos adhérents, notre Association peut y prendre toute sa place.

 

René Merle, St Maximin-la-Sainte-Baume, 7 décembre 2013

 


À propos de la Tontonmania

 

En 1997, alors que, suite aux victoires municipales de l’extrême droite, les Provençaux étaient stigmatisés par les Belles Âmes germanopratines, nous avons créé, à quelques-uns, l’Association 1851 pour le 150ème anniversaire de la Résistance républicaine au coup d’État. Notre propos était de rappeler que la plus belle, la plus digne de nos traditions régionales était cette espérance d’une République laïque, démocratique et sociale, et de faire vivre au présent cette espérance.

 

Sans jamais s’engager dans la mouvance d’un courant politique, et dans le respect des divers engagements de ses adhérents, l’Association a toujours maintenu ce cap.

 

Il est sans doute nécessaire de le confronter aux réalités nouvelles d’aujourd’hui.

 

Le Forum de l’Association étant un espace de liberté, il est bien clair que je ne m’y exprime qu’à titre personnel.

 

Quand nous avons fondé cette Association, en 1997, nous mesurions combien était menacée la vieille aspiration citoyenne et démocratique de notre « Midi rouge ». À la désaffection à l’égard du politique, marquée par des taux d’abstentions impressionnants, s’ajoutait la montée en force électorale de l’extrême droite : jusqu’alors petitement nourri par les rescapés du maurrassisme et les nostalgiques de l’Algérie française (nombreux dans notre Sud-Est), ce vote se gonflait en milieu populaire d’une forte poussée xénophobe, et d’un ras-le-bol à l’égard des partis dits de gouvernement (de gauche et de droite). Mais aucune doctrine cohérente ne fédérait ces votes de défoulement, sinon la proclamation nationaliste couverte de la flamme tricolore.

 

Il n’en va plus de même aujourd’hui. Et c’est bien ce qui doit nous interpeller. Car dorénavant, servie par une intense publicité médiatique, c’est de l’aspiration à la République démocratique et sociale, de la défense des « petits » contre les privilégiés que se revendique l’extrême droite : la pesante tutelle européenne, ouvrant la porte à d’impitoyables concurrences, le chômage de masse, le cynisme des grands possédants et la désespérance sociale d’une partie des classes populaires, ne peuvent que faire chambre d’écho à cette démagogie.

 

Jusqu’à présent, et malgré « l’incident électoral » de 2002 (qui nous fit plébisciter Jacques Chirac !!!), la « gauche de gouvernement », confortée par la fidélité résignée de son électorat (le vote utile !), et par ses succès municipaux, européens, régionaux, ne semble guère avoir pris la mesure de la nouvelle donne politique, et encore moins de ses responsabilités dans son avènement.

 

Ainsi, en ce beau mois de mai, nous avons eu droit à une déferlante tontonmaniaque, qui n’avait rien d’innocent, avec bise de BHL à Martine Aubry, larmes de Charrasse, brochettes d’Attali pour les vétérans, et, sucre sur les poires, ce concert vide de contenu, financé par deux richissimes hommes d’affaire et patrons de presse.

 

C’était à la Bastille, face à la colonne qui porte les noms des insurgés morts au combat en juillet 1830, fils du peuple de Paris qui s’étaient levés pour une République que beaucoup espéraient sociale : ils ne savaient pas que leur sacrifice serait aussitôt confisqué par les gérants de l’Ordre et du capitalisme.

 

Comment ne pas voir là un symbole, celui de la trahison, couverte de « réalisme », et renouvelée de génération en génération par ceux-là même qui, cajolant et utilisant les espérances populaires, n’ont en fait qu’un but : la jouissance du pouvoir et le service des puissants ?

 

Au-delà du rappel d’acquis sociétaux, et notamment la suppression de la peine de mort (qui a dû soulager la conscience de l’ex-ministre envoyant à la guillotine tant de patriotes algériens), les tontonmaniaques se sont bien gardés de dresser le vrai bilan de leur grand homme.

 

Celui qui avait dénoncé « le coup d’État permanent » de la Cinquième République, celui qui était venu s’incliner devant le monument des Mées aux Insurgés de 1851, a, en vrai monarque « républicain », conforté définitivement le système hyper-présidentiel. Et pour s’y maintenir, n’a pas hésité à jouer de la promotion du F.N afin d’affaiblir la droite concurrente.

 

Celui qui promettait de « rompre avec le capitalisme » a, dans le cadre d’un européanisme renforcé, ouvert grandes les portes au néo-capitalisme du fric facile, à la concurrence à outrance, aux privatisations, aux atteintes aux services publics, au démantèlement des « forteresses ouvrières », à la mise en place, au nom de la « liberté d’expression », d’un appareil de décervelage télévisuel et radiophonique domestiquant le citoyen, etc. etc.

 

Dans cette France où l’avenir est barré à tant de jeunes, cette France du chômage de masse, des délocalisations industrielles, des petits métiers de la précarité, de l’artisanat courageux et menacé, qui est aussi la France de la télé pourrie et décervelante, de l’individualisme rongeur, de la disparition des solidarités traditionnelles, la plupart des électeurs qui déclarent soutenir l’extrême droite en 2012 n’ont sans doute pas connu les années Mitterand, et peut-être ne savent-ils même pas qui il fut.

 

Il n’empêche. Comme l’écrit Denis Collin dans un très éclairant article publié sur le site La Sociale, « Les causes politiques demeurent qui ont conduit à la décomposition des années 80 et à la désaffection de l’électorat populaire, surtout ouvrier, à l’égard du PS et plus généralement de toute la gauche. »

 

Ceci devrait nous inciter, dans nos initiatives actuelles pour rappeler le souvenir des Insurgés de 1851, et de leurs valeurs, à ne pas fossiliser le beau triptyque de « République laïque, démocratique et sociale » en formule creuse, mais à la nourrir de vraies perspectives pour aujourd’hui et pour demain.

 

René Merle, Toulon, 17 mai 2011

 


À propos de la célébration de Martin Bidouré

 

Je suis toujours heureux et ému de voir saluer la mémoire de Martin Bidouré, de Barjols, martyrisé à Aups (Var) en décembre 1851 [1], et tout particulièrement quand ce salut est donné sur les lieux du crime.
Tout récemment, en ce beau mois d’août 2010, l’invitation à une conviviale journée Martin Bidouré, tout comme une plaque d’hommage au jeune Barjolais, ont accolé au nom de Bidouré le drapeau provençal sang et or, et magnifié Martin, « héros de la Provence ».
Aussi sympathique que soit ce salut au jeune Insurgé, « fusillé deux fois », je me permettrai la réserve suivante, et je ne me la permettrai que dans la mesure où, comme tant d’amis occitanistes ou félibres pour lesquels le souvenir de 1851 est toujours brûlant, je suis un locuteur et un défenseur de la langue d’Oc, de notre provençal d’ici.
Que Martin soit cher au cœur de bien des démocrates de Provence, rien de plus vrai.
Que Martin soit un enfant de Provence, et un locuteur du provençal de chez nous, rien de plus vrai encore. Son père venait d’une région nord-occitane [1], mais Martin était profondément intégré, comme tant de fils « d’immigrés », dans sa réalité barjolaise. Comment oublier ce « n’ai proun » qu’il murmura quand les militaires du coup d’État le tirèrent de son lit de souffrance et le conduisirent vers le mur de sa seconde exécution.
Pour autant, et afin d’éviter toute confusion, je me permets de rappeler que les deux drapeaux que brandissaient Martin et ses amis à Barjols, étaient le rouge drapeau des Démocrates socialistes et le drapeau tricolore de la Nation violentée par son président. Nos insurgés ne brandissaient pas le drapeau provençal.
Aucune reconstitution d’histoire, et même les plus sympathiques, ne sauraient faire de nos Insurgés de 1851, Provençaux « de souche » ou néo-Provençaux, les tenants d’une Provence mythique, et de son drapeau sang et or qu’ils auraient été bien en peine de connaître en 1851, avant sa remise en circulation publique, (concurremment au drapeau de la Maison d’Anjou) [2], avec les débuts du Félibrige sous le Second Empire.
C’est l’espérance d’une République française démocratique et sociale qui les animait. Ce qui pour autant ne les amenait pas à rejeter leur langue quotidienne, puisqu’ils appelaient de façon émouvante cette République, non encore advenue, « la Bòna », (La Bouano), « La Santa »… L’esperam encara… (l’esperan encaro).
J’espère que ce rappel historique ne sera pas reçu en érudition pédantesque : il n’a d’autre but que de faire réfléchir sur la spécificité des engagements républicains de ceux qui nous ont précédés dans notre Var rural, et de les rendre encore plus opérants au présent. Nous en avons bien besoin, par les temps qui courent.

 

René Merle, Toulon, 30 août 2010

 

[1] Cf. – René Merle – Insurrection de 1851 – Martin Bidouré, « fusillé deux fois ».
[2] Cf. – René Merle – La Provence revisitée – 2005

 


Pensée de midi, « Héritage identitaire provençal » et défense de la démocratie…

Je viens de lire avec intérêt le dernier numéro du Magazine Littéraire, spécial Les écrivains de la Méditerranée (n°498, juin 2010), et le billet consacré aux dix ans de la revue marseillaise, au beau titre camusien, La pensée de Midi [1]. Cette revue, on le sait, poursuit un indispensable questionnement sur les polyphonies culturelles de la Méditerranée : souhaitons-lui bon anniversaire et longue vie.

 

J’ai cependant été surpris par l’entame du billet : « Notre premier numéro a été écrit alors que le Front National tenait plusieurs municipalités revendiquant un héritage identitaire provençal » [2]. Le lecteur doit-il supposer que le sentiment identitaire provençal participe de la poussée électorale du F.N dans notre région ?

 

Si tel était le cas, le propos ne laisserait pas d’étonner.

 

Certes, le Front National a cru bon d’utiliser parfois le drapeau provençal, et, plus rarement, la culture et la « langue provençale ». Mais en soi la chose n’a rien d’original. Cet héritage est assumé par nombre de collectivités locales et départementales : panneaux indicateurs en provençal à l’entrée des localités, noms de rues bilingues, articles en provençal dans les bulletins municipaux ou départementaux. Le drapeau provençal « sang et or » flotte souvent au fronton des édifices publics [3]. Des hommes politiques de tous bords ne dédaignent pas d’entonner la « Coupo santo » félibréenne. Et même d’aucuns, hélas, y compris à la tête de la Région, ne cachent pas leur sympathie pour un groupe d’activistes provençalistes dont l’ostracisme vise autant le « pouvoir parisien jacobin » que les « Occitans » de l’autre côté du Rhône… « L’originalité » du F.N, on l’a vu par exemple avec l’affaire Chateauvallon à Toulon, était de poser « la culture provençale » ( ?) en antidote à une world culture supposée destructrice des valeurs nationales…

 

On peut cependant s’interroger sur les retombées de cet intérêt identitaire. Les clins d’œil au « sang et or » sont-ils électoralement payants ? On peut en douter. Tout comme la jeunesse abandonne aujourd’hui l’accent méridional, le « peuple provençal », dans sa masse, a depuis longtemps abandonné, sans états d’âme, sa langue ancestrale [4]. D’ailleurs, peut-on encore parler de sentiment identitaire hérité, alors que nombre d’habitants, une majorité sans doute, ne sont pas nés dans la région, ou, s’ils y sont nés, sont enfants de parents « importés » ? La Provence est depuis longtemps une terre grandement ouverte aux vagues d’immigration [5]. Les plus récentes sont venues d’Afrique après les indépendances du Maghreb et à cause d’elles : arrivée (contrainte et forcée) des Français d’Algérie [6], flot continu (et volontaire) de l’immigration maghrébine [7]. À ces deux immigrations dont le moins que l’on puisse dire est qu’elles ne sont pas a priori consensuelles, s’ajoute une immigration héliotropique d’Outre Loire, sociologiquement partagée : Rmistes et chômeurs d’une part, cadres et retraités aisés de l’autre [8]. Il serait bien innocent de penser que le Front National n’a pas trouvé une partie de ses électeurs parmi ces « néo-Provençaux ». Tout comme il serait délirant de penser que les « Provençaux de souche » se sont rendus aux urnes au son du galoubet et du tambourin, le bulletin F.N en main…

 

Pourquoi alors, dans certains milieux qui se veulent intellectuels, cette insistance à lier poussée du F.N et sentiment identitaire provençal ? Pourquoi, nolens volens, insister sur ce lien présumé coupable ?

 

Loin de moi l’idée que la pensée des fondateurs de la revue [9] puisse être réduite aux ethnotypes caricaturaux qui, de Charlie Hebdo aux Belles Âmes du VI° arrondissement, accompagnèrent en 1995 l’élection de quatre municipalités Front National en Provence (Marignane, Orange, Toulon, Vitrolles). Ah, quelles plumes, quels documentaristes nous rappelleront les descentes vengeresses sur le Sud de nos « antifascistes » parisiens, prompts à donner des leçons aux Beaufs provençaux fourvoyés…

 

Il n’en demeure pas moins que le propos, offert à nouveau en ce printemps 2010 à l’imaginaire national français, participe de la même donne idéologique que ces caricatures : à l’ouverture au monde (en l’occurrence à la Méditerranée pour la revue), on oppose la crispation provençaliste, enfermement identitaire, matrice du rejet de l’Autre, qui fait le lit du Front National…

 

Cette dichotomie interroge d’autant plus que ses tenants ne refusent pas « d’être de quelque part ». C’est de Marseille que naît leur ouverture à la Méditerranée : Marseille, ville de séculaires métissages, Marseille interface entre le Maghreb et la France, Marseille bariolée mais consensuelle grâce au foot et au rap… Une vision qui conforte autant les libertaires, chantres d’une cité originale et rebelle, que les notables décidés à revaloriser l’image bien péjorée de leur apanage [10]…

 

Ainsi, polar, cinéma et médiatisation aidant, s’est cristallisée l’image d’un isolat marseillais généreux et intégrateur, face à des Provençaux confits en xénophobie. Attention, lisons bien « Provençaux » et non « Provence », car, redécouverte à travers Camus, grand lecteur de Char, la Provence, terre dure et solaire, génératrice de gravité, à la limite ne mérite guère ses habitants bouffons.

 

Si ces points de vue à l’emporte-pièce ne cachaient pas une question bien plus importante, il conviendrait sans doute de les ignorer, en laissant les voyageurs du week-end prolongé se tremper dans l’exotisme intérieur de Marseille et la piscine du Sofitel.

 

Car la vraie question est de savoir pourquoi tant d’électeurs de Provence accordent leur confiance au Front National. La réponse n’est certainement pas isolable de la donne nationale. Depuis longtemps, le Front obtient des scores importants à l’Est de l’Hexagone, (de la Provence à la Champagne et à l’Alsace, en passant par le couloir rhodanien et la Bourgogne, jusqu’à l’Alsace), et au Nord (région parisienne, Picardie, Nord Pas de Calais)… Et dorénavant, le Front grignote un peu partout, y compris dans des zones rurales où l’on n’a jamais vu l’ombre d’un Maghrébin, mais où l’on regarde la télévision [11]…

 

Dans ce phénomène désormais national, quelle est donc l’originalité de la région provençale, et plus largement, de la façade méditerranéenne de Nice à Perpignan ?

 

Je ne changerai pas un mot de ce que j’écrivais à ce propos dans Libération en 1998 [12]. Le vote pour la droite extrême est ici bien antérieur à l’apparition du Front National. Tixier Vignancour obtient en 1965 des chiffres fort supérieurs à sa moyenne nationale : aux survivances de la vieille droite maurrassienne s’est ajouté de façon décisive l’apport « Algérie française ». Et, s’il faut remonter plus loin, comment ne pas évoquer la poussée sabianiste dont Marseille fut le support [13]… Dans tous ces épisodes s’était déjà affirmée, d’une façon originale par rapport à d’autres régions, l’osmose entre la droite extrême et l’extrême droite. Cette osmose ne sera pas démentie avec l’apparition du Front National, à partir des années 1970, à qui très précocement Marseille donnera des scores impressionnants.

 

Faut-il rappeler qu’en 1986 le premier président du conseil régional élu au suffrage universel direct, l’UDF Jean-Claude Gaudin, gèrera ce conseil avec le Front, qui obtiendra plusieurs vice-présidences. Et qu’aux législatives de 1988, cette même UDF passera à Marseille et dans les Bouches-du-Rhône des accords de désistement réciproque avec le Front national…

 

La « droite nationale » s’est depuis quelque peu reprise, quitte à se poser en recours contre le Front, comme on l’a vu lors des élections municipales de 2001, notamment à Toulon. Mais l’influence électorale du Front, désormais légitimé, et plus largement celle de ses idées, ne se sont pas démenties. C’est que, la crise aidant, c’est toute une partie de la population qui a basculé dans une désespérance sociale tournée contre l’Autre, en l’occurrence le Maghrébin.

 

On dit souvent à juste titre que la télévision façonne la vision du monde du plus grand nombre. Mais en tout cas on ne peut accuser cette télévision de diffuser une idéologie du rejet de l’Autre. La banalisation du sentiment anti-arabe et « anti-racaille », le sentiment de « ne plus être chez soi », que l’on peut constater partout, notamment chez des fils de l’immigration italienne et espagnole, et même chez des personnes éduquées dans « l’internationalisme prolétarien », est un exemple remarquable de la diffusion « spontanée » d’une idéologie, à travers la réalité quotidienne et la réalité fantasmée.

 

Certes, la crispation provençaliste peut pour certains exprimer au mieux ce sentiment : « on n’est plus chez soi en Provence »… Mais à l’évidence, c’est dans la dimension nationale qu’il se justifie : « on n’est plus chez soi en France ». Le vote FN en Provence se place sous l’égide de la flamme tricolore, bien plus que sous la flamme « sang et or ». En témoigne, pour l’heure en tous cas, le bien modeste résultat des dissidents du FN regroupés dans la Ligue Sud [14].

 

Dans ces conditions, il serait suicidaire que l’ouverture à la Méditerranée et au monde des Étonnants Voyageurs puisse apparaître comme une incapacité à prendre en compte la dimension nationale, voire comme son abandon. Il serait suicidaire que le drapeau « black blanc beur » remplace un drapeau tricolore abandonné aux fondus du foot et aux nostalgiques de l’Algérie française.

 

A cet égard, le travail citoyen poursuivi depuis 1997 par l’Association 1851 pour la mémoire de la résistance républicaine au coup d’État de 1851, résistance qui fut grandement provençale, a mis en valeur un autre héritage provençal : celui de l’attachement à la République démocratique et sociale. On ne peut pas dire que cette entreprise ait suscité beaucoup d’intérêt chez nos « élites » culturelles régionales « ouvertes au monde ». Par contre, l’accueil fait à ses activités par nombre de groupements locaux provençalistes et occitanistes a montré que l’intérêt pour les spécificités linguistiques et culturelles régionales n’était pas antinomique de l’engagement citoyen.

René Merle, Toulon, juin 2010

 

Cofondateur de l’Association 1851 pour la mémoire de la résistance républicaine au coup d’État de 1851

 

 

NOTES

 

[1] « Pensée de midi » : Cette notion clé, que Camus emprunta à Nietzsche, voulait puiser dans « la tragique et éblouissante Méditerranée » des raisons de résister aux totalitarismes et à l’Absurde du monde. Cf. Thierry Fabre, Eloge de la pensée de midi, Actes Sud, 2007, et Michel Onfray, La pensée de midi : archéologie d’une gauche libertaire, Galilée, 2007.

 

[2] «  Les dix ans d’une Pensée vive à Marseille. En 2000, l’auteur de polars marseillais Jean-Claude Izzo, l’historien et éditeur Thierry Fabre et le conservateur Bernard Millet lançaient La Pensée de Midi. Publiée à raison de trois numéros annuels chez Actes Sud, cette revue puise à la source de l’humanisme camusien et dans son goût de la mesure. « Notre premier numéro a été écrit alors que le Front National tenait plusieurs municipalités revendiquant un héritage identitaire provençal », se souvient Thierry Fabre. Aussi ce premier numéro s’intéressait-il aux « Territoires de l’appartenance » que sont la Provence et la Méditerranée, et à ce qui se cachait derrière la volonté d’opposer les deux termes. « Il s’agissait de créer une revue permettant de penser la Méditerranée à partir de Marseille, ouverte sur le monde, cherchant la pluralité des points de vue, ceux des universitaires, des écrivains, des journalistes, des artistes », explique sa coordinatrice Elisabeth Cestor… A.B  »

 

[3] Le drapeau provençal actuel, « sang et or », porte quatre bandes verticales rouges sur fond jaune. C’étaient les couleurs de la Maison de Barcelone, qui posséda la Provence de 1112 à 1245. Ce sont les couleurs du drapeau catalan actuel, sur lequel les bandes sont horizontales. La région Provence-Alpes-Côte d’Azur a adopté un drapeau composite : couleurs provençales, dauphinoises, niçoises. Mais en fait c’est souvent le drapeau traditionnel provençal qui est arboré en Provence proprement dite. À noter que d’aucuns privilégient l’autre drapeau provençal, celui de la Maison d’Anjou, qui gouverna la Provence à partir de 1245. Son bleu à fleur de lys ne peut que gratifier la vieille tendance maurrassienne quelque peu royaliste…

 

[4] La langue d’Oc vit en Provence essentiellement par l’activité des associations félibréennes et occitanistes, ainsi que par une modeste présence dans l’enseignement et les médias.

 

[5] Aux strates antérieures d’immigration « intérieure » (Alpins, Cévenols, Corses), se sont ajoutés depuis un siècle les puissants apports italiens, espagnols, arméniens…

 

[6] On ne soulignera jamais assez l’attachement des « Pieds Noirs » à la terre perdue. Camus, « Français d’Algérie » comme il aimait à se définir, déclarait lors de la remise de son prix Nobel, en 1957 : « Je n’ai jamais rien écrit qui ne se rattache, de près ou de loin, à la terre où je suis né. C’est à elle, et à son malheur, que vont toutes mes pensées ». Curieusement, cet enracinement qui vaut positivement pour le maître à penser de La Pensée de Midi semble devenir négatif s’il s’agit de Provençaux enracinés sur l’autre versant de la Méditerranée…

 

[7] À ce flot s’ajoute depuis peu celui de l’immigration subsaharienne et comorienne.

 

[8] Le premier courant est aujourd’hui renforcé par un courant balkanique, le second par un courant venu des pays septentrionaux de la Communauté européenne.

 

[9] Il convient à ce sujet de lire le premier numéro de la revue, La pensée de midi n° 1, Les territoires de l’appartenance, Provence – Méditerranée, Actes Sud, mars 2000. Ce très riche dossier est ainsi présenté : « Pourquoi a-t-on voulu opposer Provence et Méditerranée ? Pourquoi faire apparaître, depuis le XIXe siècle, ces territoires de l’appartenance comme des ennemis complémentaires ? Pourquoi cette quête d’une séparation entre deux mondes, deux imaginaires ? »

 

[10] On mesure l’importance de cette ouverture méditerranéenne dans la préparation de l’année 2013, où Marseille sera « capitale européenne de la culture ».

 

[11] On notera que dans des zones à fort « héritage identitaire », mais à faible immigration, comme la Bretagne, le Pays Basque, le Front ne s’implante pas pour l’heure. Dans d’autres, comme en Corse, il peine à s’implanter, alors que le racisme anti-maghrébin est tristement banal.
[12] René Merle – « La droite extrême enracinée en Région Provence-Alpes-Côte d’Azur », Libération, 14 avril 1998.

 

[13] Après la sortie de mon Série Noire Treize reste raide, j’ai pu constater combien il apparaissait malséant de rappeler ce proche passé, alors que l’on médiatisait une cité consensuelle…

 

[14] Cf. René Merle, « La question nationale : Ligue Nord et F.N ».

 

Je me permets de renvoyer aussi à la conférence donnée en janvier 1999 à Mirabeau, Vaucluse : – René Merle, Provence : Rouges et Blancs, Fascisme d’hier… et d’aujourd’hui ?


Rattachement de Nice et de la Savoie

A l’occasion du 150ème anniversaire du rattachement à la France, l’annexion de Nice et de la Savoie fait l’objet de la part des politiques et malheureusement de certains intellectuels d’une nouvelle vague de tentatives de réhabilitation de Napoléon III basée sur une réécriture de l’histoire.

 

Vivant entre Provence et comté de Nice ma famille s’est battue dans le Var et les Basses-Alpes contre le coup d’état de 51 (et a été sanctionnée), moins de 10 ans plus tard nouveau déni de justice.

 

Les caractéristiques du vote de la population dessinent l’archétype du plébiscite bonapartiste.

 

Sans détailler le déploiement de la propagande, les actions menées pour faire taire l’opposition et acheter les voix, le vote se déroule alors que les troupes de Napoléon III sont en garnison sur le territoire du comté, que l’administration française est en place partout dans le pays, et que les maires sont ceux nommés par Napoléon III.

 

Dans certaines communautés les maires ont voté pour l’ensemble de la population.

 

Pour ceux qui avaient la chance de pouvoir exprimer un vote seul existait le bulletin OUI, pour le NON il fallait réaliser son propre bulletin

 

Mon but n’est pas (ici !) de contester l’annexion, mais que l’on ne falsifie pas les conditions dans lesquelles elle s’est déroulée et que l’on ne transforme pas un plébiscite en volonté populaire et un autocrate en libérateur.

Daniel Robert, mai 2010

 


Mémoire républicaine et réforme des collectivités territoriales

 

 

L’Association 1851 n’a pas vocation à s’engager dans le terrain politique, mais elle se renierait si, dans la fidélité aux valeurs que défendaient les Républicains de 1851, elle ne participait pas aux nécessaires prises de conscience citoyennes d’aujourd’hui.

 

Une de ces prises de conscience concerne directement le sort des Communes, ancestrales matrices de notre démocratie.

Nous avons souvent souligné ici combien l’insurrection de 1851 s’inscrivait dans ce cadre communal, où le peuple, « reprenant ses droits », rétablissait la démocratie violentée par le Président.

 

Et nous avons pu vérifier, à l’occasion du cent cinquantième anniversaire de l’Insurrection, en 2001, combien ce cadre communal était le terreau de la remise en circulation citoyenne des Valeurs des Insurgés.

 

L’affirmation des libertés communales fut un point majeur du programme des Démocrates Socialistes de 1849-1851, comme de celui des Radicaux du Second Empire. Et la sympathie à la Commune de Paris (1871), manifestée dans nombre de régions insurgées en 1851, eut pour vecteur essentiel ce communalisme démocratique.

 

Les réformes municipales prises par les républicains des années 1880 en procèdent partiellement.

 

Comment aujourd’hui ne pas dénoncer la très grave régression démocratique que constitue l’actuelle réforme des collectivités territoriales : loin d’être facteur de coopération volontaire et positive, l’intercommunalité devient très clairement l’antichambre de la disparition des communes, et des plus petites au premier chef.

 

On lira à ce sujet avec profit lira le très éclairant article de Pierre-Yves Collombat, sénateur du Var, publié dans le numéro « Spécial réforme » de 36000 communes, bulletin de l’Association des Maires ruraux de France (n°271, décembre 2009-janvier 2010). (cliquez sur ce lien pour y accéder)

 

Notre fidélité à la mémoire des résistances républicaines, et nos initiatives, doivent, me semble-t-il, nourrir l’opposition aux projets de réforme tels qu’ils sont actuellement présentés.

 

 

René Merle, Toulon, Var, 12 février 2010

 


1850-1852 : la politique, c’est quoi ? Marx, et nous…

 

(Je donne ici un point de vue personnel, qui n’engage en rien l’Association 1851 pour la mémoire des résistances républicaines).

 

 

C’est une banalité de pointer la désaffection, ou pire, l’indifférence, à l’égard de la politique, (prise au sens traditionnel de champ d’intervention des partis, dans le cadre fondateur de la dualité Droite – Gauche). Un récent sondage le confirme : après bientôt trente ans d’alternance,  67% des Français ne font confiance ni à la Droite ni à la Gauche pour gouverner. Mais ce scepticisme se double de résignation puisque, si l’on ne peut se passer de gouvernants, les nécessités économiques imposent aux « décideurs » de Gauche comme de Droite des réponses identiques… On commence à le constater à propos des retraites, de la santé ou des collectivités territoriales.

 

Pour une partie importante de l’électorat populaire, le candidat Sarkozy était apparu comme l’homme enfin capable de surmonter cette impuissance du politique. Et l’espérance placée en lui a fait accepter la mise en place d’un régime qui, pour s’inscrire dans la logique de la Cinquième République, n’en est pas moins radicalement nouveau. L’ombre de Napoléon Ier, et plus encore celle de Louis Napoléon, président (1848-1852) puis empereur, sont alors convoquées pour condamner, ou cautionner, cette situation à proprement parler consulaire (un président sans véritables contre-pouvoirs)…

D’une certaine façon, ce passé nous concerne donc. Il serait cependant assez vain d’établir un rapport homothétique entre les années 1848-1851 et notre présent. Les historiens, qui s’en tiennent à connaître et expliquer les spécificités du passé, disent fort justement qu’en la matière, comparaison n’est pas raison, et se méfient des récupérations anachroniques proposées par des non-spécialistes.

 

Il n’en reste pas moins qu’un retour sur la Seconde République peut s’avérer fort utile aux citoyens qui souhaitent que la République se dégage de la nasse où sont noyés méthodiquement les acquis politiques et sociaux des générations précédentes.

 

De même qu’en nous parvenant, la lumière des étoiles éteintes nous éclaire sur l’origine de l’Univers, la lumière et l’ombre venant de ces années lointaines peuvent aider à mieux comprendre le présent, et donc à mieux y agir. Car, à bien des égards, ces années sont fondatrices.

 

 

Je ne ferai pas l’offense aux amis de l’Association 1851 de penser qu’ils ignorent l’abondance, et la qualité, de l’historiographie contemporaine sur la période de la Seconde République. Et je ne peux que les y renvoyer, notamment à l’aide du site de l’Association (http://www.1851.fr).

 

Mais je voudrais seulement ici m’en tenir aux articles que Marx a publié, à chaud, sur l’événement, avec Les luttes de classe en France (1850) et Le 18 Brumaire de Louis Napoléon (1852). Textes incontournables et passionnants, commodément accessibles sur le Net [1], et qui continuent à interroger ceux pour lesquels la pensée de Marx est toujours vivante. Je pense par exemple au tout récent article de Raymond Huard, « Marx et l’histoire immédiate : à propos du 18 brumaire » [2].

 

 

1 – De l’atomisation

 

Il faut dire que, chez les « Bien pensants, avant que la crise financière ne réhabilite quelque peu ses analyses, le pauvre Marx était oublié ou ringardisé ; quand il n’était pas stigmatisé non seulement par les publications de droite, ce qui n’était pas pour étonner, mais aussi par les grands organes de presse qui « font » l’opinion de la petite bourgeoisie du centre et « de gauche », et particulièrement de sa fraction intellectuelle.

 

Tout au plus concédait-on quelque intérêt au regard porté par Marx sur la Seconde République, intérêt grandement confirmé par l’Université : la plupart des historiens de la période n’ont pas manqué de le citer en référence, et ses textes sur 1848-1851 ont pu faire figurer à des programmes de CAPES et d’agrégation[3].

 

Dans les mouvances de la Gauche et de l’écologie politique, cette référence n’était cependant pas toujours reçue en révérence. Marx ne privilégiait-il pas trop les déterminations socio-économiques, au détriment des permanences ou des mutations des phénomènes de mentalités ? N’était-il pas vraiment trop implacable procureur devant l’excitation verbale et l’impuissance pratique des Démocrates-socialistes petits bourgeois ? N’écrasait-il pas la paysannerie de son mépris ? La fameuse comparaison des paysans français à des pommes de terre dans un sac de pommes de terre ne pointait-elle pas une sècheresse dédaigneuse, lourde de conséquences réductrices ? Récemment encore, un professeur de philosophie soulignait combien une certaine vulgate marxiste s’est obstinée «  à opposer l’ouvrier citadin mobile et ouvert au sens de l’histoire au lourd paysan dont l’attachement à la terre manifeste l’essence conservatrice »[4].

 

Il n’est pas question de multiplier ici les citations des « textes sacrés », mais on fera à propos de pommes de terre une exception, en donnant le paragraphe entier du 18 Brumaire.

 

« Les paysans parcellaires constituent une masse énorme dont les membres vivent tous dans la même situation, mais sans  être unis les uns aux autres par des rapports variés. Leur mode de production les isole les uns des autres, au lieu de les amener à des relations réciproques. Cet isolement est encore aggravé par le mauvais état des moyens de communication en France et par la pauvreté des paysans. L’exploitation de la parcelle ne permet aucune division du travail, aucune utilisation des méthodes scientifiques, par conséquent, aucune diversité de développement, aucune variété de talents, aucune richesse de rapports sociaux. Chacune des familles paysannes se suffit presque complètement à elle-même, produit directement elle- même la plus grande partie de ce qu’elle consomme et se procure ainsi ses moyens de subsistance bien plus par un échange avec la nature que par un échange avec la société. La parcelle, le paysan et sa famille ; à côté, une autre parcelle, un autre paysan et une autre famille. Un certain nombre de ces familles forment un village et un certain nombre de villages un département. Ainsi, la grande masse de la nation française est constituée par une simple addition de grandeurs de même nom, à peu près de la même façon qu’un sac rempli de pommes de terre forme un sac de pommes de terre. Dans la mesure où des millions de familles paysannes vivent dans des conditions économiques qui les séparent les unes des autres et opposent leur genre de vie, leurs intérêts et leur culture à ceux des autres classes de la société, elles constituent une classe. Mais elles ne constituent pas une classe dans la mesure où il n’existe entre les paysans parcellaires qu’un lien local et où la similitude de leurs intérêts ne crée entre eux aucune communauté, aucune liaison nationale ni aucune organisation politique. C’est pourquoi ils sont incapables de défendre leurs intérêts de classe en leur propre nom, soit par l’intermédiaire d’un Parlement, soit par l’intermédiaire d’une Assemblée. Ils ne peuvent se représenter eux-mêmes, ils doivent être représentés. Leurs représentants doivent en même temps leur apparaître comme leurs maîtres, comme une autorité supérieure, comme une puissance gouvernementale absolue, qui les protège contre les autres classes et leur envoie d’en haut la pluie et le beau temps. L’influence politique des paysans parcellaires trouve, par conséquent, son ultime expression dans la subordination de la société au pouvoir exécutif. »

 

Cette lecture montre l’inanité de la vision d’un Marx méprisant la paysannerie. Ce n’est pas de mépris qu’il s’agit, mais d’une réflexion fort sensée sur la réalité du concept de classe sociale. Dans cette atomisation du monde des « paysans parcellaires », l’identité des intérêts ne suffit pas à fonder un intérêt commun, qui serait mis en œuvre politiquement. Les paysans, « la classe qui représente la barbarie au sein de la civilisation » comme l’écrit cruellement et ironiquement Marx [LdC], semblent camper à l’écart de la vie politique institutionnelle de la Monarchie de Juillet, réservée aux notables.

 

Mais si ce thème de l’atomisation du monde paysan peut toujours intéresser les historiens de la paysannerie, quel intérêt peut-il avoir pour le citoyen d’aujourd’hui ? Pour un révolutionnaire de 1848, l’évidence d’une paysannerie largement majoritaire démographiquement, mais atomisée, était stratégiquement fondamentale. Il en va bien autrement dans la France d’aujourd’hui, où le poids des paysans, pour être économiquement important, n’en est pas moins devenu démographiquement très faible.

 

En 1848, Marx le souligne lucidement, le prolétariat ouvrier était numériquement très minoritaire et ne tenait sa force que de sa concentration dans quelques lieux. Les revendications ouvrières du printemps et l’affrontement tragique de juin 1848 avaient révélé, s’il en était besoin, l’opposition du capital et du travail, et le rôle de l’État dans cette opposition. Mais elles ne pouvaient fournir le contenu national de la révolution. Il en ira tout autrement dans l’avenir, pensait-il, quand le prolétariat verra ses rangs grossis par la révolution industrielle, et que, désormais majoritaire démographiquement, il aura acquis une vraie conscience de classe. On peut lire dans les derniers écrits de Marx, qui meurt en 1883, sa confiance dans la possibilité d’une victoire du prolétariat et d’un passage au socialisme par la voie électorale.

 

Que penserait-il de la situation française où les salariés, hyper majoritaires, ne semblent guère, dans leur masse, enclins à « passer au socialisme »

 

Il faut dire que, paradoxalement à première vue, la grille de lecture appliquée par Marx au monde paysan de son temps demeure pertinente si on l’applique à la réalité actuelle du monde ouvrier. En dépit des idées reçues sur sa disparition, ce monde ouvrier est toujours aujourd’hui très important démographiquement. Mais il est de plus en plus atomisé professionnellement, sociologiquement et géographiquement, et la conscience d’un intérêt de classe commun ne subsiste que dans les ultimes luttes collectives défensives (droit à l’emploi, à la santé, à la retraite). Je renvoie sur ce thème aux analyses décisives de Denis Collin[5].

 

Ces réactions défensives du « mouvement social », (suivant l’expression désormais curieusement consacrée depuis la disparition de « la lutte des classes »), n’ont jamais pu s’articuler sur une perspective politique. Les grèves de 1995 et de 2003 en ont témoigné. Comme en témoigne la tragi-comédie des comités anti-libéraux de 2007, qui prétendaient unir le « mouvement social » et la rénovation de la Gauche au moment de l’élection présidentielle.

 

On ne s’étonnera donc pas, pour en revenir à notre propos initial, de la désaffection ou de l’indifférence à l’égard de la politique largement répandues dans de ce monde ouvrier, de même que l’importance du vote contestataire Front National. Nous sommes dans la queue de comète de 150 ans d’histoire politique française, et d’affrontement Droite-Gauche. Et, plus que d’un virage à Droite, l’adhésion (vite détrompée) de bien des ouvriers au candidat-miracle de 2007 procède de cet effacement de l’opposition Droite-Gauche…

 

 

2 – Du rapport contradictoire au politique

 

Mais en 1848, la vie politique, au sens moderne du mot, naissait à peine [6].

 

La Révolution de février 1848, qui avait eu pour déclencheur la revendication petite-bourgeoise d’un élargissement du suffrage censitaire, la dépassa aussitôt par une mesure radicale, mesure inouïe dans l’Europe du temps, qui renouait avec la Constitution démocratique de 1793 : le suffrage universel masculin à partir de 21 ans [7]. Ainsi, libérant l’avenir politique de la pression du peuple de Paris, c’est à la masse rurale, majoritaire dans le pays, mais apparemment apolitique et amorphe (mais en apparence seulement, les troubles de 1847 en avaient témoigné), que le nouveau pouvoir remettait le sort de la République.

 

Avec Blanqui, les anciens des sociétés secrètes républicaines, les partisans des minorités agissantes, considérèrent la mesure comme un piège : en votant, un peuple crédule et sans éducation politique ne pourra que faire le jeu des notables. Ils demandèrent, en vain, le report des élections des nouveaux représentants (23 et 24 avril). Le résultat leur donna raison.

 

En votant pour les républicains modérés et pour les conservateurs rebaptisés républicains, le monde paysan massivement, et le petit monde de l’artisanat et de la boutique partiellement, avaient en fait conforté sur la scène politique les anciennes puissances sociales.

 

À la différence des blanquistes, qui focalisaient sur l’aveuglement des ruraux, Marx souligna que ce vote procédait moins de l’ignorance des paysans que d’une conscience aiguë de leurs intérêts spécifiques. En avril, les paysans avaient voté pour défendre leurs propriétés qu’on leur disait menacée par le désordre et par les « partageux ». Et l’insurrection ouvrière de Juin renforcera encore « l’amour fanatique de la propriété déchaîné chez les paysans » (LdC)

 

Pour autant, soulignait Marx, en permettant l’avènement et la garantie de la petite propriété paysanne, les décideurs de la période 1789-1814 avaient dressé le meilleur rempart contre un retour de la féodalité. Et les paysans de 1848 savaient bien que c’est à la République et à Napoléon que leurs pères devaient cette précieuse propriété, qu’ils associaient spontanément à la notion de « Liberté ». La haine de l’aristocrate, la haine des « Gros » en constitue la base, base occultée dans le vote conservateur d’avril 1848, mais bien présente. Plus de seigneurs, plus de maîtres… Que charbonnier soit maître chez lui…

 

En focalisant sur cette motivation de défense de la propriété, Marx a pu apparaître, rétrospectivement, indifférent aux évolutions de mentalités, aux acquis idéologiques qui avaient pénétré la paysannerie depuis soixante ans. Une lecture attentive de ses deux essais montre qu’il n’en est rien (cf. par exemple l’importance du facteur religieux, ou la transmission orale des méfiances ancestrales). Mais, en tirant le fil de la motivation électorale, Marx en revenait à son thème majeur : l’avènement de la République et du suffrage universel (masculin) révélaient les rapports de classes qui sous-tendaient la vie politique, en un temps où les partis politiques (au sens actuel) étaient en gésine [5]. Derrière le masque tout neuf du politique, la partie se joue sur le social et l’économique. Mais le social et l’économique ont en filigrane pour les paysans le souvenir de la Grande Révolution et de l’Empire, et donc, d’une certaine façon, le Politique (que nous avons tendance aujourd’hui à réduire à la seule existence des partis).

 

 

Ainsi, dès avril 1848, derrière l’alibi républicain bourgeois, la bourgeoisie modérée ou conservatrice avait su garder les rênes du pouvoir, avec l’aval de la grande masse rurale. Mais c’était pour être aussitôt désavouée par ceux-là même qui l’avaient consolidée : l’impôt des quarante-cinq centimes et quelques mois de désillusion ont suffi pour jeter l’électorat paysan dans les bras de l’aventurier politique Louis Napoléon Bonaparte. En quelques lignes magnifiques, Marx montre comment l’élection présidentielle de décembre fut en même temps pour les paysans l’occasion d’un vote de défense de leur propriété et d’un vote d’espérance envers le continuateur de Napoléon… et de la Révolution. On ne passe pas du supposé conservatisme politique d’avril à tout autre chose : on continue, dans la délégation présidentielle de pouvoir imprudemment offerte par les Constituants de 1848, à défendre la propriété héritée de la Révolution…

 

 

« Le 10 décembre 1848 fut le jour de l’insurrection des paysans. C’est de ce jour seulement que data le Février des paysans français. Le symbole qui exprimait leur entrée dans le mouvement révolutionnaire, maladroit et rusé, gredin et naïf, lourdaud et sublime, superstition calculée, burlesque pathétique, anachronisme génial et stupide, espièglerie de l’histoire mondiale, hiéroglyphe indéchiffrable pour la raison des gens civilisés – ce symbole marquait sans qu’on puisse s’y méprendre la physionomie de la classe qui représente la barbarie au sein de la civilisation. La République s’était annoncée auprès d’elle par l’huissier; elle s’annonça auprès de la République par l’empereur. Napoléon était le seul homme représentant jusqu’au bout les intérêts et l’imagination de la nouvelle classe paysanne que 1789 avait créée. En écrivant son nom sur le frontispice de la République, elle déclarait la guerre à l’étranger et revendiquait ses intérêts de classe à l’intérieur. Napoléon, ce n’était pas un homme pour les paysans, mais un programme. C’est avec des drapeaux et aux sons de la musique qu’ils allèrent aux urnes, aux cris de : Plus d’impôts, à bas les riches, à bas la République, vive l’empereur ! Derrière l’empereur se cachait la jacquerie. La République qu’ils abattaient de leurs votes, c’était la République des riches. Le 10 décembre fut le coup d’État des paysans qui renversait le gouvernement existant. » (LdC).

 

On imagine quel coup de tonnerre fut l’écrasante victoire de Louis Napoléon Bonaparte, victoire à laquelle, pour d’autres raisons, avaient contribué autant les milieux conservateurs que les milieux ouvriers. Les républicains bourgeois au pouvoir avaient concocté une constitution qui devait permettre l’accès au pouvoir du général Cavaignac, bourreau des insurgés de Juin et garant de l’Ordre social. Il ne restait plus à ces dirigeants désavoués qu’à se lamenter sur l’ingratitude de ce peuple ignorant. Un peuple qui ne voulait pas voter comme les « capacités », les décideurs, ceux qui savent et qui éclairent, lui intimaient de voter…

 

Comment ne pas penser aux imprécations d’il y a quelques années sur la « beaufitude » de cet électorat populaire passant du vote protestataire PC au vote protestataire FN… En tant que Toulonnais, et que démocrate, j’ai comme tant d’autres dû étrenner les états d’âme de ces grands démocrates venus faire descendre sur nous les condamnations et la bonne parole… Un de mes plus tristes souvenirs est l’apparition finale de B.H.L sur la scène de la grande fête démocratique de La Seyne, organisée de l’autre côté du port au lendemain de la victoire du F.N aux municipales de Toulon (après que N.T.M ait eu le bon goût et le tact politique d’inviter la foule à niquer la police…), puis sa venue encore à Chateauvallon alors liquidé par la dite municipalité.

 

Comment ne pas penser encore à la déconfiture rageuse des verrouilleurs des médias, qui dans leur immense majorité avaient pilonné pour le vote OUI au référendum européen. Là encore, un de mes plus tristes souvenirs est d’avoir entendu à la radio un acteur, à juste titre estimé et quelque peu sympathisant socialiste, accompagné ce jour là d’une responsable « verte » bientôt passée au P.S, traiter sans remords d’imbéciles les partisans du NON…

 

On n’est pas sorti de ce sentiment d’une « étrangeté » populaire, « étrangeté » qui en définitive ne peut être contournée que par une démocratie confiée aux seules « capacités »…

 

Mais si aujourd’hui on ne peut dissoudre le peuple, il est toujours possible de faire passer par d’autres voies ce qu’il a refusé électoralement. Ainsi du traité de Lisbonne…

 

 

3 – Du passage au Rouge

 

Mais revenons à 1848. La suite ne manqua pas de surprendre. Car, dès les élections législatives du printemps 1849, qui envoient à l’Assemblée une majorité clairement réactionnaire, on voit une bonne partie de cette paysannerie qui venait de voter Bonaparte offrir d’importants succès électoraux aux Démocrates-socialistes, (union toute récente, derrière le drapeau rouge, des petits bourgeois démocrates et de différentes chapelles socialistes). Comment expliquer cette apparente mutation qui fait voter nombre de paysans pour ces « Rouges », qu’on leur présentait l’année précédente comme les adversaires de la propriété ?

 

La recherche historique contemporaine a apporté des réponses passionnantes, et parfois contradictoires sur le rapport des paysans à la politique autour de 1848. Encore une fois, ce serait faire offense aux Amis de l’Association 1851 de penser qu’ils ignorent les travaux fondateurs de Philippe Vigier [8], Maurice Agulhon [9], Alain Corbin,Ted Margadant [10], Peter McPhee [11], et bien d’autres… Pour avoir une idée des différentes grilles de lectures du phénomène de politisation paysanne, je renvoie à la très pertinente présentation par Philippe Vigier en 1991 [12], et à la récente mise au point de Jean Vigreux [13]. Notons aussi que les cent cinquantenaires de 1848 et de 1851 ont encore suscité nombre de colloques et d’articles sur le sujet [14].

 

Particulièrement pertinentes sont les réflexions sur la diversité géographique du vote paysan, le clivage entre les zones qui votent « rouge » et celles qui demeurent conservatrices, la perpétuation sur le long terme de cette bipolarité géo-politique.

 

Les grandes interrogations en définitive portent sur les conditions de réceptivité de la propagande « rouge », différentes suivant les régions et zones rurales, et sur le passage (ou non) à des structures d’encadrement (sociétés secrètes) à même de diffuser la bonne parole, mais aussi de mobiliser si besoin est (et ce sera le cas dans plusieurs péripéties départementales de 1849-1850, et plus massivement  en décembre 1851)

 

La thèse de Marx n’entre pas dans ces considérations, et demeure d’une redoutable simplicité. Elle tire toujours le même fil rouge :  les paysans défendent leur propriété. Ils ont cru la défendre en avril 1848 contre les partageux, ils ont cru la défendre en votant pour Louis Napoléon, continuateur de la Révolution et de l’Empire. En 1849 et encore aux élections partielles de 1850, ils la défendent dorénavant contre un régime et un président qui viennent de les décevoir cruellement, par l’aggravation considérable des charges fiscales, l’inaction contre l’usure hypothécaire, et le contrôle tatillon et vexatoire de la vie communale.

 

Les mêmes raisons qui expliquaient le vote conservateur, puis le vote pour Bonaparte, expliquent dorénavant le vote « rouge » d’une partie de la paysannerie. Le drapeau rouge, qui avait pu signifier à leurs yeux la négation de la propriété en 1848, devient dorénavant celui de la défense de la petite propriété paysanne contre l’impôt et contre l’usurier, comme il devient pour nombre de petits commerçants et artisans le drapeau des débiteurs contre les créanciers rapaces.

 

Il le devient d’autant plus que les démocrates-socialistes proposent un programme concret et réaliste applicable dès la victoire possible aux élections de 1852. Et Marx souligne combien le flot de la propagande antisocialiste du pouvoir est stérilisé par son excès même, alors que la propagande « rouge » pénètre par mille pores la sociabilité rurale et réveille la haine, enfouie dans les célébrations œcuméniques de 1848, mais bien réelle, à l’égard des féodaux et des « gros ».

 

La situation portait-elle de vraies possibilités révolutionnaires ? Marx le croit encore au début 1850. Il parle maintenant de « paysannerie révolutionnaire ». Il déchantera à la fin de l’année. « L’histoire des trois dernières années a d’ailleurs suffisamment démontré que cette classe de la population est absolument incapable d’initiative révolutionnaire. » (LdC) . Et la suite des événements le confirmera dans ce scepticisme.

 

« Dans les soulèvements qui se produisirent au lendemain du coup d’État, une partie des paysans français protestèrent, les armes à la main, contre leur propre vote du 10 décembre 1848. L’expérience réalisée depuis 1848 les avait assagis » (18B).

 

Mais il souligne qu’en majorité, les paysans demeurent prisonniers de leurs illusions de décembre 1848, et pensent que Napoléon, enfin débarrassé de l’Assemblée nationale conservatrice, va agir dans leur sens de leurs revendications.

 

 

Pour autant, aussi désastreux que soit le fracas des espérances « rouges » de 1851, on peut aujourd’hui retenir de cet échec une leçon d’optimisme.

 

Le propos n’est pas de reconstruire l’histoire, de savoir si l’échec des « Rouges » a tenu à l’incapacité d’accomplir un avenir révolutionnaire assumé, ou tout simplement à un manque de volonté révolutionnaire.

 

Il est clair en tout cas que leurs perspectives s’inscrivaient dans la lutte électorale, et que l’apparition des sociétés secrètes « rouges », (sociétés « de masses », structurées localement, et bien différentes des précédentes sociétés secrètes de la Monarchie de juillet) fut réaction défensive contre la politique de répression du pouvoir à partir de 1850, et de la menace d’un coup d’État. La prise d’armes de décembre 1851 est réponse légale et constitutionnelle à une violence d’État.

 

Le propos est plutôt de mesurer comment et combien l’influence « rouge » s’est propagée et implantée dans les campagnes et les petites villes. Et particulièrement là où le permettaient le plus facilement les conditions et traditions de sociabilité.

 

D’une certaine façon, on peut dire que l’absence de parti, au sens moderne du terme, fut une chance. Le « parti rouge » des démocrates socialistes a une idéologie nationale, mais il n’a pas de structure nationale « descendante » à partir d’états-majors et autres « éléphants ». C’est de la création de cercles locaux plus ou moins fédérés entre eux, de la lecture de journaux départementaux, qu’il tire son influence et sa force. À la différence d’aujourd’hui, il n’est guère possible d’imaginer un écartèlement entre « le mouvement social » et l’engagement politique. La politique est à la fois porteuse de la revendication sociale et des valeurs d’égalité, de liberté et de fraternité qui la soutiennent.

 

Ainsi, de 1849 à 1851, se sont créés dans la société civile, et tout particulièrement dans le cadre communal, des espaces de socialisation politique (au sens gramscien), permettant d’affronter l’hégémonie culturelle et idéologique conservatrice, et la tutelle oppressante de l’état-gendarme. Il n’est sans doute pas imprudent d’affirmer que l’on peut entrevoir, à travers ces nouveaux espaces de socialisation, une socialisation communale et fédérale du pouvoir qui ne correspondait plus à celle des Blanquistes, et dont les retombées seront visibles en 1871.

 

Il n’est pas non plus passéiste d’affirmer que les combats actuels pour la démocratie peuvent grandement puiser dans cette expérience.

 

 

René Merle, Toulon, Var, 23 

Mémoire républicaine et Réforme des collectivités territoriales

 

 

L’Association 1851 n’a pas vocation à s’engager dans le terrain politique, mais elle se renierait si, dans la fidélité aux valeurs que défendaient les Républicains de 1851, elle ne participait pas aux nécessaires prises de conscience citoyennes d’aujourd’hui.

 

Une de ces prises de conscience concerne directement le sort des Communes, ancestrales matrices de notre démocratie.

Nous avons souvent souligné ici combien l’insurrection de 1851 s’inscrivait dans ce cadre communal, où le peuple, « reprenant ses droits », rétablissait la démocratie violentée par le Président.

 

Et nous avons pu vérifier, à l’occasion du cent cinquantième anniversaire de l’Insurrection, en 2001, combien ce cadre communal était le terreau de la remise en circulation citoyenne des Valeurs des Insurgés.

 

L’affirmation des libertés communales fut un point majeur du programme des Démocrates Socialistes de 1849-1851, comme de celui des Radicaux du Second Empire. Et la sympathie à la Commune de Paris (1871), manifestée dans nombre de régions insurgées en 1851, eut pour vecteur essentiel ce communalisme démocratique.

 

Les réformes municipales prises par les républicains des années 1880 en procèdent partiellement.

 

 

Comment aujourd’hui ne pas dénoncer la très grave régression démocratique que constitue l’actuelle réforme des collectivités territoriales : loin d’être facteur de coopération volontaire et positive, l’intercommunalité devient très clairement l’antichambre de la disparition des communes, et des plus petites au premier chef.

 

On lira à ce sujet avec profit lira le très éclairant article de Pierre-Yves Collombat, sénateur du Var, publié dans le numéro « Spécial réforme » de 36000 communes, bulletin de l’Association des Maires ruraux de France (n°271, décembre 2009-janvier 2010).

 

Notre fidélité à la mémoire des résistances républicaines, et nos initiatives, doivent, me semble-t-il, nourrir l’opposition aux projets de réforme tels qu’ils sont actuellement présentés.

 

 

René Merle

 

 

 

 

2010

 

 

NOTES

 

[1] Les Luttes de classe en France : http://www.marxists.org/francais/marx/works/1850/03/km18500301.htm (LdC dans citations). Le recueil est constitué de quatre articles publiés dans la revue économique hambourgeoise Neue Rheinische Zeitung, janvier, février, mars, mai-octobre 1850.

 

Le 18 Brumaire de Louis Napoléon : http://www.marxists.org/francais/marx/works/1851/12/brum.htm (18B dans citations)

 

L’ouvrage est constitué d’une série d’articles envoyés après le coup d’état, jusqu’à la mi-février 1852 à son ami et éditeur new yorkais Weydemeyer. Ils furent publiés au printemps 1852 dans sa revue La Révolution.

 

[2] Raymond Huard, « Marx et l’histoire immédiate : à propos du 18 brumaire », Site Marx au XXIe siècle :

 

http://www.marxau21.fr/index.php?option=com_content&view=category&id=58&layout=blog&Itemid=81

 

[3] Cf. par exemple : http://socio.ens-lsh.fr/agregation/conflits/conflits_fiches_marx_1852.php

 

[4] Dominique Jobard, « Marx, la terre et les paysans », Journées « La pensée de Marx est-elle encore utile Aujourd’hui ?», Espace Marx Bordeaux, 5-6 décembre 2008. http://espacesmarxbordeaux.apinc.org/article.php3?id_article=347

 

[5] Denis Collin, Le cauchemar de Marx. Le capitalisme est-il une histoire sans fin ? Max Milo, 2009, pp.158-159.

 

[6] Cf. Raymond Huard,  La naissance du parti politique en France, Presses de Sciences Po, 1996.

 

[7] Le 25 février, alors que les rues ne sont pas encore dégagées des barricades de la veille, le gouvernement provisoire promet la mise en place du suffrage universel (masculin). Il sera décrété le 5 mars.

 

[8] Peu après la disparition de Philippe Vigier, Émilien Constant lui consacrait un bel hommage dans le premier Bulletin de l’Association 1851-2001 (1997) : « Philippe Vigier, historien de la Seconde République ». http://www.1851.fr/themes/vigier.htm

 

[9] Maurice Agulhon nous a fait l’honneur de participer aux réunions constitutives de l’Association 1851-2001, et à ses premières initiatives (Bulletin, journées d’études). On trouvera ses contributions sur le site http://www.1851.fr (>Auteurs).

 

[10] On trouvera plusieurs contributions de Ted Margadant sur le site http://www.1851.fr (>Auteurs).

 

Sur Ted Margadant, cf. la recension de Raymond Huard, « French Peasants in Revolt, The insurrection of 1851 Ted W. Margadant, Princeton University Press, 1979 », {Romantisme} 1981,    Volume 11 n°32. http://legacy.persee.fr/listIssues.do?key=roman  

 

Et l’article de Jean-Paul Damaggio, « Ted Margadant », Bulletin de l’Association 1851-2001, 19, 2001. Article publié sur le site http://www.1851.fr (>Auteurs).

 

[11] On trouvera plusieurs contributions de Peter McPhee sur le site http://www.1851.fr (>Auteurs).

 

[12] Philippe Vigier,  « La République à la conquête des paysans, les paysans à la conquête du suffrage universel ». Politix, 1991. (Colloque les agriculteurs aux urnes). http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/polix_0295-2319_1991_num_4_15_1461

 

[13] Jean Vigreux, « Les campagnes françaises et la politique (1830-1914) », Parlement[s], revue d’histoire politique, n°5, 2006.

 

[14] Notamment Fidélité républicaine et monde rural, 1848-1851. Actes du Colloque d’Aurillac 1999, Société Haute Auvergne, 2001.

 

 


Du Président Louis Napoléon Bonaparte au Président  Nicolas Sarkozy…

 

 

Ces lignes sont une contribution à la préparation de l’Assemblée générale de l’Association 1851 (5 décembre 2009). Elles n’engagent que leur auteur. Elles ont pour objet le lien entre l’action mémorielle autour de 1851 et des engagements politiques (au sens large) au présent.

 

En 1997, dans cette Provence où le Front National venait de remporter des succès électoraux impressionnants, la création de l’Association se fondait sur l’adhésion aux valeurs qui motivèrent les Résistants de 1851, et s’inscrivait résolument dans la défense de la démocratie républicaine. Mais il était tout aussi clair que son action n’impliquait pas un engagement politique spécifique.

 

« Notre association réunit tous ceux qui veulent s’informer sur 1851, contribuer à l’étude de l’événement, dans sa complexité géographique et socioculturelle, tous ceux qui veulent participer à la mise en circulation publique de sa mémoire » (R.Merle, introduction à la première journée de l’Association, Château-Arnoux, 1997). Sans jamais dissimuler mes engagements personnels, j’ai toujours, dans les années qui ont suivi, insisté sur cette ouverture nécessaire.

 

C’est cette diversité républicaine qui assura le succès de nos initiatives, avec à l’occasion le soutien de collectivités locales et départementales. Je pense aux impressionnantes commémorations de 2001 portées dans les Alpes de Haute Provence et dans le Var  par notre collectif régional (notamment Marcelle Ailhaud, Georges Bésinet, Noëlle Bonnet, Marcel Champloy, Colette Chauvin, Pierre Coste, Jean-Marie Guillon, René Merle, Frédéric Négrel, Gisèle Roche Galopini, Raymond Huard, Jean Signoret) avec l’appui de conseils généraux aux orientations politiques opposées. Je pense aux retombées initiées par tant d’amis au plan local dans notre région P.A.C.A (quel vilain sigle !), et dans bien d’autres départements, comme je pense à la brochure initiée par Paul Cresp, et réalisée en 2001 par la Municipalité de Paris.

 

Ce rassemblement autour des valeurs de la Résistance de 1851 se nourrissait donc de la conviction que la démocratie est un bien fragile, toujours menacé. Le passé en témoignait. Je suis de ceux qui rappelèrent, dès la naissance de l’Association, et n’eurent de cesse de répéter que les Républiques sont mortelles. La Première fut tuée par le coup d’État de 1799, la Seconde par celui de 1851, la Troisième par l’avènement de Pétain, la Quatrième par le coup de force militaro gaulliste de 1958. Quatre viols à chaque fois couverts d’une pseudo légitimité démocratique.

 

Dans la phase de préparation du 150e anniversaire (1997-2001), du fait même de rappeler les valeurs portées par les Résistants de 1851 (responsabilité citoyenne – résistance à l’oppression), il était inévitable de nous interroger sur notre présent : au-delà de la poussée frontiste, en quoi la République était-elle menacée ?  J’ai fait partie de ceux qui pointaient le danger dans la nature des institutions nées du coup de force de 1958, et si nettement inspirées de la Constitution de 1848. Non sans susciter sourires et agacements : le régime présidentiel n’avait-il pas prouvé ses vertus, au point que ceux qui l’avaient condamné, une fois parvenus au pouvoir, en assumaient et en intériorisaient le fonctionnement ? On se souvient sans doute des débats autour du passage du septennat au quinquennat, et de l’initiative du Gouvernement Jospin, inversant le calendrier électoral[1].

 

Après le 150e anniversaire (2001), l’Association a souhaité continuer ses activités et s’est transformée ambitieusement en Association 1851 pour la mémoire des résistances républicaines. (J’étais partisan d’un maintien dans une perspective modestement, mais fermement mémorielle autour de 1851). Un regard sur nos Bulletins montre alors combien la notion de Résistance au Présent a pris une place de plus en plus importante, particulièrement avec l’élection présidentielle de 2007 et ses suites.

 

Tout en refusant que l’Association prenne d’autorité une position politique, je me suis comme d’autres mêlé au débat dans le cadre de notre Forum. Mes réactions m’ont valu deux types de réponses.

 

Alors que certains balayaient ma conviction (fondée sur des contacts personnels) que des amis de l’Association avaient parfaitement pu être sensibles au charisme et aux arguments du candidat Sarkozy, d’autres correspondants m’adressaient de bienveillantes admonestations : l’élection a été démocratique, le système le demeure, et il est vraiment contre-productif de crier au coup d’État à froid quand nous sommes à mille lieues du Chili de Pinochet.

 

Plus de deux ans après, alors que la dérive monarchique sans cesse accentuée de la présidence a dessillé bien des yeux, je persiste à penser que le rôle de l’Association n’est pas d’intervenir politiquement, encore moins d’attaquer ou de soutenir tel ou telle candidat/e à l’élection présidentielle.

 

Par contre, il me paraît utile, à partir des réalités de la période 1848-1851, de continuer à apporter un éclairage sur le présent.

 

 

En 1848, Louis Napoléon Bonaparte « apolitique » ne portait que par défaut les couleurs de la Droite. En 2007, Nicolas Sarkozy était le candidat d’une Droite unie et puissamment organisée. Cependant, à peu de mois des élections, la victoire du second était loin d’être assurée, celle du premier apparaissait quasiment impensable.

 

Mais l’un comme l’autre ont bénéficié d’un atout que leurs adversaires avaient grandement sous-estimé, le basculement d’une partie de l’électorat populaire. Depuis les lumineuses analyses à chaud de Marx, on sait combien a été décisif le vote Bonaparte d’une paysannerie réglant son compte, en revanche sociale, à une République qui l’ignorait et la décevait. Et des études sociologiques récentes montrent combien a été capital le choix Sarkozy de cette immense France populaire et pavillonnaire, une France de salariés, chassés des centres villes par l’argent, chassés des « cités » par l’incivilité et l’insécurité. En soutenant souvent d’abord le Front National, puis massivement le candidat Sarkozy, ces électeurs réglaient son compte à une Gauche plurielle qui depuis 1983 les avait conduits de désillusions en désillusions, et qui apparaissait bien peu préoccupée de leur vie au quotidien. Plus que passage à Droite, il s’agissait d’une revanche sociale qui faisait écho à celle de la paysannerie de 1848, délaissée par les élites républicaines.

 

Louis Napoléon, élu des paysans, fut aussi porté par le vote ouvrier. On sait combien la terrible répression par la République des revendications ouvrières, en juin 1848, pesa dans le ralliement des ouvriers à Bonaparte. Sur un mode en apparence plus apaisé, la politique de la Gauche au pouvoir explique grandement la désaffection du monde ouvrier à son égard. Louis Napoléon Bonaparte et Nicolas Sarkozy se sont présentés devant les travailleurs en hommes nouveaux sensibles à leur besoin de reconnaissance et de dignité, et capables d’améliorer leur sort. Alors que la Gauche institutionnelle croyait la classe ouvrière disparue, et n’employait plus le mot « travailleur», cher à Arlette, alors que même le Parti Communiste ne parlait plus que des « gens », le candidat Sarkozy a su s’adresser directement aux ouvriers, en les appelant par leur nom. Et dans un premier temps, le Président élu a même su se faire applaudir dans des usines (cf. Gandrange).

 

Et cependant, paradoxe (apparent seulement), les deux candidats étaient clairement ceux des puissants de la finance et de la « modernité » économique. On sait combien Louis Napoléon Bonaparte gratifia les banquiers et les grands aménageurs qui l’avaient soutenu. Et chacun se souvient de la fête au Fouquet’s, réunissant, quelques minutes après la victoire, et bien loin du « peuple », le nouveau Président et les plus éminents décideurs de la finance et des médias…

 

Cet écartèlement assumé atteste de l’intelligence manœuvrière et politique de deux hommes, que rien apparemment ne prédestinait à pareille implication dans la complexe réalité française : le premier totalement apatride, grandi hors du territoire national, sur lequel il n’avait connu que l’emprisonnement de 1840 à 1846, le second grandi dans le ghetto ultra bourgeois de Neuilly et rappelant souvent, en hommage à la Nation intégratrice, les origines étrangères de ses deux branches familiales.

 

Leur rapport à la droite est un rapport compliqué. Louis Napoléon avait reçu le soutien des Conservateurs lors de l’élection présidentielle de 1848, mais il n’en affichait pas moins son attachement à la Grande Révolution française. Nicolas Sarkozy fut le candidat officiel de la Droite, dont le discours de Toulon exalta les valeurs. Mais il s’est aussi proclamé l’héritier des valeurs de Jaurès… Au-delà de la démagogie électorale, cet autre écartèlement explique le divorce possible entre la Droite et ses candidats : divorce proclamé entre Louis Napoléon et le parti de l’Ordre déconcerté par son ambition (le coup d’État s’explique en partie par le refus de la Droite d’une prolongation du mandat présidentiel), divorce latent entre Nicolas Sarkozy et une partie de la droite qui ne voudrait pas couler à cause d’une hybris présidentielle exacerbée.

 

Il n’est pas question de pousser ici plus loin ce parallèle. Mon propos était seulement de montrer que, plus que des appels enflammés à la Résistance, une visite raisonnée de la période 1848-1851 offrirait grandement matière à la réflexion sur notre présent, et donnerait des clés à qui veut comprendre… et résister.

 

René Merle, Toulon, Var, 20 octobre 2009

 

[1] En ce qui concerne mes interventions sur le régime présidentiel, je me permets de renvoyer aux articles publiés dans la rubrique de mon site :

 

http://www.rene-merle.com/rubrique.php3?id_rubrique=169

 


Le laboratoire de la Seconde République

 

La situation française actuelle, grosse de résignations comme de convulsions, vaut d’être revisitée à la lumière d’une brève expérience fondatrice, la Seconde République. Dans sa fraîcheur native, cette expérience condense et révèle une donne que les décennies à venir vont altérer, complexifier et brouiller, sans l’effacer.

Évoquer cette donne, loin d’être mise en abyme artificielle de deux périodes si différentes à bien des égards, m’apparaît inséparable d’un engagement au présent pour la République démocratique et sociale. Nos responsabilités citoyennes et nos engagements ne peuvent que gagner, me semble-t-il, à réaliser ce que vécurent, en quatre mais si intenses années, les pionniers de la République démocratique et sociale.

 

Dès son avènement, avec l’instauration du suffrage universel (masculin), cette République posait de façon radicalement nouvelle la question de la citoyenneté. Avec la proclamation du « Droit au travail », elle donnait un contenu social progressiste à l’organisation de la communauté politique nationale.

 

A priori, l’instauration du suffrage universel (masculin) mettait à bas l’idéologie des « Capacités » à l’œuvre sous les monarchies précédentes (1814-1848). Idéologie selon laquelle il ne saurait être question de confier la gestion de l’intérêt général à la Plèbe ignorante, proie facile des passions démagogiques, destructrices de l’Ordre social. Grâce au vote censitaire, ceux que guide la Raison occuperont les différents niveaux du pouvoir.

 

On sait, et Guizot ne s’en cachait pas, combien cette théorie justifiait en fait la plus plate et la plus égoïste domination bourgeoise.

 

Un siècle et demi après Guizot, plus que jamais, la théorie des « Capacités », imprègne la vie politique et médiatique. Depuis les débuts de la Troisième République, un consensus s’était établi sur la mise en place, à partir du suffrage universel, d’une caste professionnalisée de représentants et de gouvernants. Mais ce consensus impliquait une adéquation politique entre « le Peuple » qui délègue et ses représentants. Nous n’en sommes plus là. Les mouvements sociaux de 1995 (réforme des retraites), le récent référendum (constitution européenne) en ont témoigné. En dépit des réticences ou des refus d’un peuple (sans doute ignorant ou abusé), nos « élites » politiques, nos « spécialistes » économiques, nos commentateurs médiatiques, persistent dans la conviction de détenir la Bonne Politique, à laquelle le peuple doit faire allégeance comme le patient doit s’en remettre au praticien.

 

Paradoxe des paradoxes, en Mars 1848, loin de fracasser cette donne capacitaire, l’irruption du suffrage universel (masculin) la conforta. Marianne triomphait à peine que, le mot « République », qui jusqu’alors les terrifiait, n’effrayait plus les Possédants. Car, loin de les déposséder, ce suffrage se révélait outil du maintien de leur domination. De la délégation de pouvoir subie (vote censitaire), le « Peuple » passait à la délégation de pouvoir acceptée dans l’hégémonie culturelle et politique des notables.

 

S’il désorientait les Républicains « modérés », (qui depuis des années, pour mieux exorciser 1793, encensaient les rassurants Girondins), ce résultat n’était pas pour surprendre Blanqui et les rudes lutteurs des Sociétés secrètes, trempés par tant d’insurrections manquées. Tant qu’il n’aura pas été éclairé, le peuple ignorant ne saura que servir ses maîtres. L’avant-garde insurrectionnelle, aussi réduite soit-elle, prendra le pouvoir afin de conduire ce Peuple à la dignité et à la lumière. Ainsi, sans s’embarrasser d’un suffrage universel dont ils repoussaient l’instauration immédiate, les idéologues de l’insurrection proclamaient-ils la légitimité d’une autre sorte de Capacités, celle des élites révolutionnaires.

 

On sait combien perdurera dans les milieux radicaux cette méfiance initiale à l’égard du suffrage universel : dans le meilleur des cas simple thermomètre de l’état de l’opinion, dans le pire « élections piège à cons ».

 

Au printemps 1848, déjà isolés par une première vague de répression, sans prise directe avec ce qui grondait, ces cadres révolutionnaires ne seront pas à l’origine d’un mouvement, qu’ils serviront pourtant de toute leur âme. Précédée par les insurrections ouvrières de Rouen et de Limoges, la formidable insurrection ouvrière parisienne de Juin 1848, et son écho marseillais, va témoigner de l’immense déception des prolétaires devant la trahison par le pouvoir des promesses sociales de Février-Mars. L’effroyable brutalité de la répression donnera la mesure de la haine de classe qui animait autant les républicains « modérés » que les conservateurs monarchistes. Cependant que, dans la masse rurale comme dans les couches moyennes, dominait l’hostilité aux  « partageux ».

 

Mais ruraux et petits-bourgeois n’en étaient pas moins grandement déçus par le régime nouveau, vite reçu en oppresseur fiscal.

 

On sait comment ce faisceau de déceptions fera le jeu du césarisme. Les députés de 1848, mus depuis Juin par la peur sociale, avaient concocté une constitution, qui est la matrice de la nôtre : le pouvoir exécutif était confié, mais pour quatre ans seulement, à un véritable monarque tout puissant, élu au suffrage universel. L’élu devait être le candidat républicain officiel, le général Cavaignac, bourreau des insurgés de Juin. Ce fut, on ne le sait que trop, l’aventurier politique Louis-Napoléon Bonaparte, plébiscité par la masse rurale, et par les ouvriers désabusés. Un Bonaparte qui, tout soutenu qu’il était par la droite réactionnaire, se payait le luxe de reprendre à son compte les valeurs républicaines de respect du travail et de justice sociale, que la jeune République avait quelque peu abandonnées.

 

On ne peut que penser à une récente élection présidentielle…

 

Assommées dans un premier temps par ce résultat, puis résolues à ne pas baisser les bras, la gauche et l’extrême gauche vont se rassembler dans la mouvance auto-baptisée « démocrate-socialiste ». Cohabitation difficile, on s’en doute, mais jugée indispensable devant le double danger, celui du président tenté par le pouvoir définitivement personnel, celui de l’assemblée réactionnaire élue en mai 1849 : le « Parti de l’Ordre », éventail de tous les conservateurs avait obtenu 64 % des voix. Alors que les républicains modérés, pères de la constitution, étaient en déroute avec 11 %, les « démosocs » obtenaient 25 %, et étaient majoritaires dans nombre de départements, notamment dans le Sud. Ils ne cesseront ensuite de progresser. La perspective était de remporter les élections (législatives et présidentielle) de 1852, en défendant un programme démocrate et socialiste : la question sociale doit d’abord se  régler par le politique, c’est-à-dire par le pouvoir d’état, et non par l’organisation autonome des producteurs, comme le proclamaient Proudhoniens et Communistes cabetistes. C’est dire que la mouvance révolutionnaire acceptait de passer d’une  culture de l’insurrection à celle de la légalité électorale, et concevait une conquête pacifique de son hégémonie sur l’opinion.

 

Ce qui ne l’empêchait pas, et la suite des événements montrera combien elle avait raison, de préconiser une organisation, clandestine s’il le fallait, à même de résister à un coup d’État de l’assemblée ou du président, coup d’État qu’annonçait une kyrielle de mesures répressives en 1850-51.

 

Ainsi, dans leur grande variété, les démocrates socialistes partageaient dorénavant la conviction que les masses qui avaient suivi les conservateurs et plébiscité Bonaparte pouvaient être gagnées aux idéaux de la République démocratique et sociale. À condition d’unir au messianisme républicain et au souvenir encore chaud de l’abolition de la féodalité un programme de réformes concrètes et réalisables, garantissant la petite propriété contre l’usure, le droit au travail pour le prolétaire, l’instruction laïque pour tous, l’égalité réelle enfin devant la loi.

 

Le vieil idéal « sans culotte » d’une république fraternelle et  égalitaire de petits propriétaires était irrigué par la nouvelle donne ouvrière. Comment en finir, non seulement avec la domination politique des « Gros », mais avec l’exploitation sociale ? Comment pousser jusqu’au bout la vertu de la République ?

 

Les succès démocrates socialistes, particulièrement en milieu rural, sont alors inséparables d’un militantisme prosélyte extraordinaire, au plus près de la réalité populaire, et particulièrement de la jeunesse.

 

La leçon semble plus que valide aujourd’hui [1].

 

Le président avait confié le gouvernement au « Parti de l’Ordre ». Mais, multipliant les déplacements et les visites en province, s’occupant de tout et tranchant de tout, n’hésitant pas à jouer contre l’assemblée réactionnaire élue en 1849 le rôle du grand démocrate (particulièrement quand l’assemblée ampute le suffrage universel), le président se veut, au dessus des partis, le Guide d’un peuple qui lui a délégué ses pouvoirs. Et c’est au nom de ce mandat direct que le Peuple lui a confié, que, pour conjurer le « péril rouge » des démocrates socialistes et briser les réticences de l’Assemblée, qu’il commet son coup d’État du 2 décembre 1851. Son premier acte est alors de rétablir le suffrage universel amputé par l’assemblée !

 

L’insurrection qui éclata alors, sans coordination centrale, dans une trentaine de départements, là où les « démosocs » avaient su se doter d’une structure clandestine de résistance, n’était pas que refus du viol de la constitution par le président. Elle n’était pas, on s’en doute, défense de la République conservatrice du « Parti de l’Ordre ». C’est la République démocratique et sociale, « la Belle », « la Bonne », que souhaitaient les insurgés. On doit mesurer quelles passions ont pu alors animer ces ruraux sur lesquels Marx était si dubitatif…

 

Mais ce faisant, l’insurrection posait d’une façon nouvelle la question du pouvoir politique. Partout les insurgés reprennent la fière formule des révolutionnaires de 1792 : « Le Peuple reprend ses droits ». Et c’est d’abord dans la commune qu’il les reprend. L’insurrection est spontanément communaliste de fait. Elle ressuscite les « assemblées populaires agissantes » de 1792-1793. Ainsi, en filigrane, peut-on y lire ce qui adviendra en 1870-1871, le rapport entre « la Base », lieu de la démocratie agissante, et le pouvoir central, dont il est impératif de prendre le contrôle.

 

Du côté des « réalistes », il est de bon ton aujourd’hui d’absoudre Louis-Napoléon du pêché véniel de décembre 1851. L’Empereur n’a-t-il pas précipité la France dans la modernité économique, n’a-t-il pas initié les Français à la pratique régulière du suffrage universel, n’a-t-il pas autorisé les débuts du mutuellisme et du syndicalisme ?

 

L’épisode de la Seconde République, dans le meilleur des cas, est ainsi présenté en balbutiement sympathique, mais combien inefficace, de la démocratie « légale », et, dans le pire des cas, en annonciatrice menaçante de la révolution sociale.

 

Ce bref article n’avait pas d’autre but, en ces temps d’incertitude et d’urgence militantes, que d’en montrer, tout au contraire, la clarté et la vertu fondatrices.

 

René Merle, Toulon, Var, 5 novembre 2008

 

[1] On lira avec profit, à ce sujet, le très stimulant article de Denis Collin, publié sur le site « La Sociale ».

 


« Debout ! les damnés de la terre ! Debout ! les forçats de la faim ! »

 

Ainsi, en juin 1871, écrivait Pottier le Communard, traqué dans Paris ensanglanté par la soldatesque versaillaise.

 

Plus d’un siècle a passé, et Carrefour comme Auchan sont venus s’étaler dans nos mornes périphéries urbaines. Et nos caddies se sont remplis.

 

Et L’Internationale, pour qui la connaît encore, dans le meilleur des cas est devenue nostalgique, dans le pire est devenue ringarde. N’est-ce pas Veltroni et Ségolène ?

 

Après tout, comme le dit le premier couplet : « Du passé faisons table rase… ». Les prolétaires de jadis, qui campaient aux marges de notre société, ne sont-ils pas, (un siècle de luttes aidant cependant), devenus des consommateurs qui veulent leur part du gâteau, mais qui ne veulent en rien changer la société. A fortiori, la grève victorieuse des travailleurs roumains vient d’en témoigner. Eux aussi veulent consommer. Comme nous.

 

Et voilà que depuis une semaine nos belles âmes, nos journalistes, nos économistes distingués, découvrent que les forçats de la faim existent, oh combien difficilement, et qu’ils se révoltent, sur les trois continents. Qu’il faudrait d’urgence faire quelque chose, sous peine, comme le disent nos commentateurs quelque peu affolés, de voir ces malheureux basculer dans le terrorisme ou prendre d’assaut notre forteresse bien pourvue.

 

Et, partant, de culpabiliser nos consommateurs populaires : comment osez vous en demander plus alors que des Africains ou des Asiatiques meurent de faim ? Mettez plutôt la main à la poche pour aider les ONG…

 

Cependant que les puissants de ce monde réalisent que l’Internationale des damnés de la terre pourrait bien devenir une réalité qui contesterait de façon radicale le capitalisme de notre temps.

 

Il y a fort à parier que plus que jamais, ces puissants vont tout faire pour que cela n’advienne. Et ce « tout » est gros de manœuvres de diversion, de pressions corruptrices, de menaces directes, de perspectives guerrières.

 

 

René Merle, Toulon, Var, 15 avril 2008

 


Mitadié

 

N’ayant ni vocation ni qualité pour m’instituer critique littéraire, je me suis fixé comme règle de ne pas traiter des romans ou essais, fussent-ils ceux d’amis très proches, dont la matière ne serait pas celle qui nourrit ce site : l’histoire des habitants de notre région, de leurs langues, de leurs réalités « vraies ».

 

À ce titre, je veux dire le grand intérêt que représente à mes yeux la toute fraîche publication de Georges Bésinet, Mitadié.

 

Il y a quelques années, les lecteurs de Verdon avaient déjà pu apprécier son écriture dans une belle et émouvante nouvelle consacrée au Noël d’un insurgé de 1851.

 

Dans Mitadié, qui nous ramène aux débuts des années Quarante du siècle passé, le nôtre, pas de faux pittoresque, pas d’exotisme intérieur, pas d’ethnologisme desséché, pas d’attendrissements à la mode, pas de nombrilisme facile. Simplement, mais il fallait le faire, dans une savante construction de regards croisés, celui de l’auteur et celui de « témoins », un kaléidoscope d’évocations, de souvenirs, de fantasmes aussi, qui renvoient Georges Bésinet, et nous avec, dans ces premières années Quarante où, jeune Marseillais, il découvre et partage les travaux et les jours, il s’immerge dans la réalité humaine d’un village de Haute Provence, aux confins des Basses Alpes, des Alpes-Maritimes et du Var. Exercice difficile mais ici parfaitement réussi, le français limpide de l’auteur a pour complément et pour contrepoint le jaillissement du provençal parlé (ou pensé), provençal qui était la langue naturelle des habitants du lieu, par ailleurs pleinement maîtres du français.

 

À tous ces titres, cette évocation d’un monde en voie de disparition, pour ne pas dire disparu, loin d’engendrer passéisme et nostalgie stérile, nous incite à mieux vivre notre présent, en pesant ce qu’il tient, et ce qu’il tue, de ce que la facilité qualifie de « racines ».

 

 

René Merle, Toulon, Var, 7 avril 2008

 

Georges Bésinet, Mitadié deux farines pour un pain. Géhess Éditions (17 rue Alézard, 83000 Toulon), Collections témoin(s), 132 p. 15 euros

 


Avec Ted Margadant, historien aux USA

 

Dans Libération du 13 septembre, en présentant un livre, Robert Maggiori nous fabrique une vérité inexistante dont nos médias sont si friands. En trois parties il évoque :

 

a) une vérité solide : des historiens d’origine nord-américaine ont produit d’éminents travaux sur l’histoire de France.

 

b) une vérité partielle : de tels thèmes de travail viennent de la passion que des hommes et des femmes ont eu pour la France.

 

c) Puis, comme on le verra, il tord la chronologie en concluant que les dits historiens craignent qu’à présent un tel phénomène ne se soit épuisé car : « La guerre d’Irak, il est vrai, n’a rien arrangé : se sentant « trahie » par la France, l’Amérique a jeté le bordeaux dans le caniveau, et débaptisé les frites de French fries en freedom fries ».

 

Le livre présenté, Pourquoi la France ? Des historiens américains racontent leur passion pour l’Hexagone, de Laura Lee Downs et Stéphane Gerson (ne disons rien sur cet abus classique en France qui rend Américains les habitants des USA), a un grand intérêt puisqu’il rappelle l’existence d’études précieuses rarement traduites.

 

Le hasard a voulu que j’invite à Montauban l’un des ces Nord-américains férus d’histoire de France. Ce prof d’université de San Francisco, Ted W.Margadant a écrit en particulier : French peasants in Revolt, The insurrection of 1851, une étude merveilleuse sur les révoltes paysannes contre le coup d’Etat de 1851 qui m’aida énormément à écrire un livre que j’avais intitulé en 2001 : Une dictature à la française ? et qu’aujourd’hui j’intitulerai sans le point d’interrogation : Une autocratie française (plus de renseignements sur l’ensemble de la question sur le site ww.1851.org).

 

A la question : « qu’en est-il à présent des études historiques sur la France aux USA ? » Sur les raisons de cette désaffection Ted Margadant eut une réponse totalement différente de celle de Robert Maggiori: « Le cœur de l’histoire de la planète se déplaça de la Méditerranée à l’Atlantique pour battre à présent dans le Pacifique ». Ceci pour dire que les Universités des USA, vu l’évolution du monde, ont considéré que l’avenir se jouerait dans un combat entre Chine et USA et qu’en conséquence il était plus que temps de se pencher sur l’histoire de l’Asie (la guerre du Vietnam ne pouvait être cette occasion). Il y a sans doute des dizaines de jeunes nord-américains qui, pour une raison ou une autre, voudraient se pencher encore sur l’histoire de France, mais le poste de Ted Margadant ne sera pas renouvelé. Nous étions bien avant l’acte courageux de Jacques Chirac s’opposant aux USA (nous sentons aujourd’hui que cette page d’histoire de France est tournée) et Ted Margadant pouvait énumérer les noms d’historiens de son pays passionnés par la France (dont son épouse), et expliquer comment naquit cette passion : un jour de mai 68, coincé à Montpellier, il apprit que des étudiants de son pays se faisaient tuer par la police et il décida de consacrer ses études aux répressions d’Etat. Mais sa vision du monde ne pouvait réduire son évolution au passage des French fries aux freedom fries. Le face à face entre le capitalisme d’Etat chinois et le capitalisme anti-Etat des USA sera au cœur du XXI ème siècle, en conséquence, si j’ai un conseil à donner aux étudiants français voulant faire carrière aux USA, je leur dirai : étudiez le chinois.

 

D’autant que depuis ce constat, qui date déjà de sept ans, l’affrontement Chine-USA a pris une nouvelle ampleur que les prochains J.O. de Pékin rappelleront. Un économiste mexico-palestinien (un Américain donc) annonce même, avec des arguments éloignés des vérités inexistantes (nous le croiserons dans une prochaine chronique) que les USA ont déjà perdu cette guerre économique. Les USA ont toujours eu besoin d’alliés de poids à travers le monde. En Europe, la Grande-Bretagne leur sera fidèle. Au Moyen-Orient, la Turquie et Israël jouent ce rôle. Aux Amériques, le Canada et le Brésil restent dans leur orbite. En Asie, la situation reste plus instable depuis la perte de l’Iran. Dans ces conditions, l’histoire de France devient stratégiquement secondaire.

 

Jean-Paul Damaggio, Angeville, Tarn-et-Garonne, 16 septembre 2007

 


Théâtre d’ombres

 

Il est convenu, aujourd’hui, pour tout observateur un tant soit peu lucide, de considérer que l’Assemblée Nationale est devenu un théâtre d’ombres. La constitution de 1958 permet entre-autre, au président de recourir à la dissolution de la Chambre, quand la majorité des députés ne lui convient pas et d’appeler les Français à de nouvelles élections.

 

François Mitterrand, après avoir critiqué les aspects pervers des termes de cette constitution, s’en est parfaitement accommodé, arrivé au pouvoir, et en a usé à son profit. Cela a moins bien réussi à son successeur…

 

Si les statuts de l’Association prévoient “l’approfondissement de la connaissance de la résistance républicaine de 1851 et la diffusion de cette connaissance”, elle n’interdit en aucune façon de débattre, en son sein, de notre actualité. Surtout si celle-ci présente quelques similitudes avec l’histoire passée.

 

En effet comment peut-on prétendre faire vivre et diffuser les valeurs que défendaient nos insurgés de 1851 et faire l’impasse sur ce qui se passe aujourd’hui. Ne pas exprimer d’opinion, rester neutres ? Serions-nous crédibles auprès de nos adhérents aux sensibilités diverses, certes, mais qui se reconnaissent dans les valeurs de solidarité et de démocratie sociale que défendaient les républicains en 1851.

 

Comment peut-on accepter cette illusion de démocratie quand les grands médias, acquis au candidat qui faisait campagne sur un programme largement inspiré des valeurs chères au Front National, nous délivraient une information partisane.

 

Que nous propose-t-on dans cette nouvelle société de rupture? la poursuite de l’individualisme,  du chacun pour soi, travailler plus pour gagner plus en laissant les 35 heures aux fainéants, le démantèlement de tous les acquis sociaux, la privatisation des services publics, désigner les immigrés comme source de nos difficultés économiques, etc…

 

Nous voila bien loin du programme du CNR élaboré à la Libération.

 

Au nom de quoi notre association devrait-elle, sans pour autant s’inféoder à tel ou tel parti politique, considérer comme tabou toute discussion sur la politique qu’on nous prépare ? Au nom de quel hypothétique adhérent qui aurait voté pour un “bon petit diable” ? oubliant ainsi les idéaux que nous prétendons défendre. Monsieur Thiers n’a-il pas qualifié en son temps, Louis Napoléon de “sot que l’on pourra diriger”. “Sot, bon petit diable”, l’histoire ne se répète pas, elle balbutie.

 

Le temps n’est plus à la résistance armée, il nous reste les mots.

 

Mourre le Pacifique , de Cuers a dit, devant la commission mixte qui le jugeait, “C’eût été un crime que de ne rien faire”. Après le courage de ces hommes et femmes qui ont tout quitté et tout perdu, y compris la vie, pour certains, dans la défense de la République, n’aurions-nous aujourd’hui, même pas le courage des mots ?

 

Mon “billet d’humeur” dans le dernier bulletin trimestriel, signé et n’engageant que moi, semble avoir ouvert un débat. Puisse-t-il être relancé sur notre forum.

 

Paul Cresp, Toulon, 15 juillet 2007


Un bon petit diable

 

Le Bulletin de l’Association 1851 vient de signaler mes deux interventions post-électorales publiées dans Vendémiaire, et je l’en remercie.

 

Mais, pour éviter toute confusion, je précise que ces interventions présentent un point de vue personnel et n’engagent en rien l’Association. Et sans doute en va-t-il de même des opinions proposées par ce même Bulletin de l’Association. L’Association, avec son Bulletin et son Forum sur le site internet, est ouverte à la discussion, au libre échange des opinions, mais n’a pas, a priori, vocation à s’engager politiquement, et donc à engager tous ses adhérents.

 

À la limite en effet, on peut parfaitement imaginer qu’un membre de l’Association, (dont l’adhésion est peut-être seulement liée à la mémoire d’un ancêtre insurgé) se soit retrouvé dans le vote Sarkozy. On peut aussi imaginer qu’un membre de l’Association, qui n’a pas voté Sarkozy, n’estime aucunement aujourd’hui la démocratie menacée par un vote majoritaire des Français, et estime même, en cette période d’état de grâce, que le candidat diabolisé par beaucoup dans la campagne n’est en définitive qu’un bon petit diable. Comment ces adhérents pourraient-ils se retrouver dans une prise de position ouvertement hostile au Président ?

 

Pour autant, afin d’éviter toute hypocrisie et toute langue de bois, il importe de renvoyer les adhérents et les amis de l’Association à ses statuts fondateurs, dont elle ne s’est pas départie depuis sa création il y maintenant dix ans : approfondir la connaissance objective de l’événement, remettre en circulation citoyenne les valeurs qui inspirèrent les Insurgés.

 

Ce qui doit tout naturellement, me semble-t-il, amener l’Association à poser sans cesse la même question : comment articuler, en tant qu’Association, cette recherche en vérité historique et cette remise en circulation citoyenne des valeurs avec la situation politique présente ?

 

Je prends un exemple qui m’est cher, celui du Var. Ma dernière étude sur les Républicains de Toulon sous la Seconde République montre en contrepoint, sans le moindre esprit polémique, ce qu’a été l’abominable Droite toulonnaise du temps. Comment relier cela à la situation actuelle ? Faut-il dénoncer dans la puissante Droite locale les héritiers de la Droite répressive de 1850-51 ? Faut-il au contraire se féliciter que les responsables de la Droite actuelle au Conseil Général aient participé officiellement (et financièrement !) en 2001 à la commémoration de l’insurrection, en se posant en héritière des démocrates de jadis ? Ce n’est pas à l’historien d’en décider, mais c’est aux citoyens, dans leur diversité, d’analyser, de réfléchir, de peser les filiations et les ruptures…

 

À mon avis, ces engagements de 2001 posaient déjà, de façon très nette, l’appropriation par une partie de la Droite de thèmes, de symboles, qui semblaient jusqu’alors être l’apanage de la Gauche, appropriation qui occultait (dépassait ?) les positions de la Droite de jadis, comme si les affrontements du passé ne pouvaient avoir place dans l’hégémonie idéologique de la Droite actuelle. Et ce alors que la direction de gauche de la Région n’avait montré aucun intérêt pour cette commémoration, abandonnée aux éventuelles initiatives locales.

Depuis 2001, à l’évidence, le candidat Sarkozy a joué victorieusement la carte de la conquête de l’opinion à la fois dans l’affirmation de ses idées et dans l’absorption récupératrice de thèmes structurant la pensée adverse.

 

Comment ne pas penser, bien sûr, à Louis-Napoléon, dont tant de bons esprits nous expliquent qu’il avait gagné les esprits à défaut de convaincre une assemblée hostile, que le seul moyen de dénouer la crise était de recourir au peuple, d’où le 2 décembre la dissolution et le rétablissement du suffrage universel : l’hégémonie dans les esprits se traduisant peu après le « coup d’état » par un plébiscite triomphant. Mais la violence Il n’y aurait eu aucune violence de la part de ce grand démocrate, si d’aucuns, bien minoritaires, n’avaient diabolisé le président et ne s’étaient levés contre lui les armes à la main…

 

Mais je doute que le rappel de cet épisode soit suffisant pour réveiller les consciences aujourd’hui endormies ou hypnotisées, d’autant que la candidate, tard venue, a cru bon de jouer des mêmes armes dans la conquête et le soutien de l’opinion…

 

Mais c’est peut-être du recours patient aux valeurs de solidarité que défendaient nos vieux Démo-socs, qui se sacrifièrent pour une République qu’ils voulaient démocratique et sociale que viendra le réveil. À cet égard, sans pour autant s’inféoder à quelque organisation ou parti politique que ce soit, l’Association 1851 a sans doute un rôle positif à jouer.

 

René Merle, Retraité de l’Association 1851, Toulon, le 26 juin 2007


Société du 10 décembre. Une première réponse.

Par définition presque clandestine, la dite société n’a pas laissé suffisamment de traces pour qu’on en ait fait une histoire  circonstanciée. Ce qui est certain est qu’elle naît aussitôt après  l’élection présidentielle de décembre 48, et fédère les comités bonapartistes électoraux. Morny and Co en font immédiatement une officine de propagande et d’intimidation (cf. le gourdin du Ratapoil de Daumier) qui accompagne le président dans ses tournées en France et fait à la fois brigade d’acclamation et équipes de nervis chassant le rouge. Recrutement effectivement dans le sous-prolétariat parisien au départ, comme le pointe Marx, et chez les anciens militaires, comme le pointe Daumier. Les incidents créés en 50 ont été tels que la dissolution « officielle » survient, j’ignore à quelle date précise, mais la société a continué son action jusqu’au coup d’état. L’aspect société de bienfaisance est à la fois une couverture comme pour tant de groupements politiques du temps (vie politique sévèrement corsetée dès 49) et distribution d’aide matérielle aux sous-prolétaires et autres gardes mobiles mis sur la touche…

 

Quant aux aspects bonapartistes actuels de notre chère UMP, vous avez à mon avis bien raison, le candidat en étant la plus belle illustration.

 

René Merle, Toulon, 15 janvier 2007 


Société du 10 décembre

Je cherche à me documenter sur la société du dix-décembre présentée comme une organisation charitable et utilisée par Louis Napoléon pour sa propagande, je cherche en particulier à cerner les événements qui ont entraîné sa dissolution officielle, même s’il semblerait qu’elle soit restée active après ce moment. Est-ce que l’un d’entre vous aurait des pistes sur le sujet ? Elle a provoqué des violences à Caen et place du Havre à Paris, entre 49 et 51. On a baptisé, d’après Pierre Larousse, ses membres décembriseurs ou décembraillards… Marx a cite fréquemment dans son analyse du coup d’état, mais sans approfondir son fonctionnement et son histoire.

D’autre part, j’ai souvent l’impression que notre UMP actuel, de M. Raffarin à M. Sarkozy présente plusieurs traits bonapartistes, la province contre Paris, la bourgeoisie méritante contre la populace indisciplinée… Qu’en pensez-vous ?

 

Jean-Baptiste Evette, 15 janvier 2007


1848 – 2007 – À propos de l’élection présidentielle.

 

Hormis quelques « spécialistes », on ne se bouscule pas sur le Forum de l’Association 1851. Je n’en récidive pas moins, à propos de l’élection présidentielle.

 

Bien entendu, il n’est pas question ici, de manière ouverte ou de manière biaisée, d’influencer les choix des adhérents de notre Association.

 

Par contre, il me paraît intéressant que notre Association continue à éclairer les citoyens sur la genèse de l’élection du Président de la République au suffrage universel, tellement est répandue l’idée, et surtout chez les plus jeunes (en dépit des programmes du Second Cycle de nos lycées) que la République a toujours eu un président, et qu’il a toujours été choisi ainsi.

 

Il ne s’agit pas de faire autour de nous de la didactique pédante, qui ferait sourire les enseignants d’Histoire, mais de montrer en quoi le passé, en dépit qu’on en ait, continue à jouer sur le présent, et pas toujours heureusement.

 

Après quatre jours d’insurrection parisienne, la monarchie est renversée et la République proclamée, le 25 février 1848. Il restait à l’organiser.

 

Quand, à la mi-mai 1848, se réunit la commission chargée d’élaborer la constitution de la Seconde République, les illusions lyriques de fraternité sociale sont déjà bien oubliées.

 

Le 28 avril, votant pour la première fois au suffrage universel (masculin !), les électeurs ont envoyé à l’Assemblée Constituante une majorité de notables, républicains « modérés », souvent orléanistes de la veille.

 

Cette assemblée a désigné une commission à son image, où se côtoient républicains « modérés », dont Tocqueville, républicains radicaux d’avant 1848, désormais bien assagis, plus quelques représentants de la droite légitimiste, de la gauche républicaine avancée et de l’extrême gauche.

 

Malgré les nostalgies du bicamérisme équilibrant le pouvoir législatif, et dans le souvenir de la grande Convention (1792-1795), l’accord se fait sans trop de difficultés sur un pouvoir législatif confié à une assemblée législative unique.

 

Mais quid du pouvoir exécutif ? Va-t-on, comme sous la Première République (1792-1799 – Convention puis Directoire), le confier à un collectif gouvernemental désigné par l’Assemblée ? La formule a ses partisans. Mais la secousse sociale qui s’annonce, et qui éclate en juin 1848, va renforcer les tenants d’un homme fort, d’un chef du pouvoir exécutif, élu par le peuple et non par l’assemblée comme sous la Convention. Et le général Cavaignac, républicain de la veille, « héros » de la guerre coloniale en Algérie, vainqueur impitoyable de l’insurrection ouvrière de juin, et pour l’heure chef à titre provisoire du pouvoir exécutif, semble tout désigné.

 

Pour mieux faire passer la proposition, on va baptiser ce chef « Président de la République », titre qui n’avait jamais existé en France et qu’on emprunte à la république des États-Unis, sans tenir compte du fait qu’aux États-Unis, état fédéral à la différence de la France très centralisée, le pouvoir du président était équilibré de contre-pouvoirs considérables.

 

Ainsi, chaussant les bottes de la défunte monarchie, c’est cette formule d’un monarque tout puissant maître de l’exécutif que choisit la commission, « car nous avions conservé l’esprit de la monarchie en en perdant le goût », écrit Tocqueville dans ses Souvenirs. Mais, derrière l’ombre de la monarchie, c’est déjà aux yeux des plus lucides celle de l’Empire qui se profile, car Louis Napoléon vient de remporter ses premiers et éclatants succès électoraux.

 

La Constitution est pourtant votée par l’Assemblée en novembre, et le Président est élu par le peuple (masculin) en décembre. La campagne a été donc brève. Elle a suffi au candidat Louis Napoléon pour rassembler, avec la bénédiction des conservateurs, les suffrages de la majorité des ruraux et des ouvriers des villes, déçus par la République. Cavaignac est écrasé.

 

Dorénavant vont devoir coexister, dans une stricte séparation des pouvoirs, le président tout puissant chef de l’exécutif, et l’assemblée législative élue au printemps 1849. Deux légitimités fondées par le vote populaire. Mais celle du président a l’avantage d’être fondée sur le vote du peuple tout entier, et non celui de collèges départementaux. En cas de conflit, qui tranchera ? L’Assemblée ne peut démettre le président, le président n’a pas le droit de la dissoudre… Mais il dispose de la force armée.

 

On connaît la suite.

 

On comprend l’attitude des pères de la Troisième République, hantés par le souvenir du coup d’État, à l’égard du pouvoir présidentiel. Les lois constitutionnelles de 1875 instituaient une présidence aux pouvoirs fort limités, le président étant élu, non par le peuple, mais par les deux chambres réunies en Assemblée Nationale.

 

Et même si, portée par des poussées d’antiparlementarisme, la tentation de l’homme fort salvateur sera toujours présente (l’épisode du général Boulanger est le plus connu), la formule fonctionnera jusqu’en 1940.

 

Le désastre de 1940 fera triompher cette tentation du chef salvateur, (portée dans les années 1930 par des pans entiers de l’opinion, notamment dans la droite extrême), avec le vote de l’assemblée donnant les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. La République et la démocratie étaient mortes. L’État français effaçait le pouvoir législatif au profit du tout puissant chef de l’exécutif.

Après la Libération, par deux référendums, une majorité d’électeurs rejettera à la fois la formule du pouvoir législatif confié à une assemblée unique (formule soutenue par les communistes et les socialistes) et la proposition gaulliste d’un président doté de pouvoirs considérables, équilibrés par le bicamérisme.

 

La vision gaullienne, mûrie dès l’avant-guerre, et trempée par la guerre, participait moins de la tradition autoritaire d’une certaine droite française que la tradition classique du « princeps » romain, qu’une confiance justifiée en sa valeur et son destin hors norme d’homme exceptionnel appelait à diriger l’état, pour le bien de tous et de la Nation.

 

La constitution de 1946 instaura donc une présidence aux pouvoirs modestes, issue du vote des deux chambres réunies.

 

Ce n’est qu’en 1958 que De Gaulle, porté au pouvoir par le coup d’Alger et la crainte de la guerre civile, obtiendra une première satisfaction avec l’élection du président par un collège électoral grandement élargi, et par l’attribution au chef de l’exécutif de pouvoirs plus que considérables. Mais le risque de conflit insoluble, sinon par la force, entre les Assemblées et le président, était écarté par la possibilité pour le président de dissoudre l’assemblée. Quitte à se démettre en cas de désaveu du corps électoral. Ce que fera dignement De Gaulle, en 1969, et ce que ne feront pas ses successeurs. (De Gaulle avait la conviction que ceux qui lui succèderaient seraient des nains politiques).

 

Et, la « question algérienne » une fois réglée, en 1962, De Gaulle pouvait faire ratifier par référendum l’élection du président au suffrage universel : la rencontre d’un homme et d’un peuple. Cette nouveauté était taillée à sa mesure. Mais elle engageait l’avenir. Les pouvoirs quasi régaliens attribués au président sont paralysés dans le cas où les Assemblées lui sont opposées. Ils deviennent exorbitants dans le cas où les Assemblées lui sont toutes dévouées. C’est dire quel rôle majeur peut jouer le pouvoir législatif, dont l’avenir, très curieusement, semble pour l’heure totalement exclu de la campagne médiatique. Les élections législatives vont pourtant suivre de peu l’élection présidentielle…

 

René Merle, 25 novembre 2006